Gazette Nationale ou Le Moniteur Universel, Port-au-Prince copy

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Gazette Nationale ou Le Moniteur Universel, Port-au-Prince copy
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Caribbean Gazettes
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* -'C- N'A T 'E- A I


A TAT S- G N E RA 'lX.

S Er MB L tE 'S


NOT~9~A13LE Sa'r

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hez ii. AGASSE Libraire, rue des Po tevins, n 1t8.



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) -

derniere poque, auteur du Bulletin de 'f le national, runit on travail a Moniteur, et donna aux
abri hifrique des premires former du gouvernement dune la Francourte tendee et fouvent imparfaite politique,

dvrer es tatsG inrauxl deors. affembes des notabes en y et 788, et des vnemens fubquens quia ent
derniere Cepoque s auteur du Bulletn de a colxeletion commence, reunit omb travail au Monteuri e et donna aux

,.ouveau volume. Aront doubles es numbro de ce journal, deputs cette premiere poque dx 24 november 789 jufqu'au j
.ances du corps egfou latifia forme dramauqui le manqu an leur a premonferve j uion ce qjour Lfa fou0fcripteurs attaches
primer, le jugent proo.s' 'mat
ontewr a anp desire qiul comment. avec la Revolution aous a von i p ater du
y"8789,jour de rouverture des Etats-Ge-nraux avec la relation des principaux evenemens de cette menme ann'e'
,'I ons avons fait preceder le premier volume de cette nombreufe collection., d'une Introduction qui contient
VabregV hiftorique des premieres formes du gouvernement de la France, de fes anciennes affemblees politiques,
tier es Etats-Generaux, .des, affemblees ;des notables en 3787 et n788 et des evenenensub-equens qfilamenerent

X.V B. Ceux des ancient foufcripteurs dont la collection commence a u 2 _,"nwombre 1789 et, quA Ie font abonnh pour cea
Bpuveaiu voh, n trrt doubles l'es 'n' s de ce journal depuis cefte premiere epoque du -24novembre 178, jufqulau 3
* f'vrier w,79o exclufivement 3 parce qu'ils fe trouvent riimprim& dans,. i volume do 2789 avec les fances Complettes de rAAffembl'e
rationale redigees fous la- forme dramatique, qui leu? manquait dans la premiere edition ce qui faith 7x .numnros qu'ile peuygn
fupprimer.9 'ilp 1e jugent 0 propoSo -'iL .

'*~~~~~ "'^ "' '-

PC---~~~- ~----------- r~l Illli~-----rW---I-3*U~I*C

AVANT-P R 0 P 0 S.

NO nC pouvait remplir tine tAche plus difficile que celle de
eifeinner dnis utn care ( la fois fidele et circonfcrit, ce nom-
bre prodigicuix d' tvenemens extraordinaires qui fefont preffes de-
puts qu'on a commence a parler de la revolution frangaife. Devant
elle feinble s'effacer- tout ce que l'hifloire des Pen upies antiques
office de midiiorable; la science politique, cell de Igillation
civil, la conn:iiffice des hoinnmes cell de leurs droits come
e leurs devoirs et de letirs paffions, enfin le progres de toutes
Ies couniiiffincs qui s'appliquent au perfectionnement de la fo-
cietd out pris dans quelques annees par les efforts fimultanes de
tout ce qu 'u Putple nombreux renfermait d'efprits actifs et inf-
truits, 9,n developlement auquel elles n'avaieflt point encore paru
pouvoir iatteindre ; enforte que 1'hifloire de cette revolution femble
tre conime riite bibliotheque politique devant laquelle un nouveau
Mahomet aurait, prefque fans danger pour 'experience des Peu,
ples, proflrit toutes les autres.

La difficult de clatter et de decrire une maffe de faits don't
1'admiration de ceux qui portent leur ceil fur le paff a peine
a embraffer la multitude, n' tait pas la Teule que nous eutfions a
vaincre dans cette entreprife; la parties la plus nombreufe de ces
evMnemens, ceux don't l importance s'ell accrue avec les fucces
de la revolution, fe trouvaient deja recueillies dans les feiuilles du
Monit ur qui onit paru depuis le 24 novembre 1789 ; re cueil qui
a le plus pricieux advantage de comprendre dans fon etendue -tous
les details les plus propres a les caracterifer, qui eft une efpece de.
_,, .Pr.ocehs-verbal c&ri tour par jour par des temoins oculaires des fits,
et enprefence des temoins intereffls detous les partis,dans lequel entin
les principaux acteurs de la revolution, d6pouilles de cette forte de
roilette que l'hiftoire donne a fes heros et reprefentqs par eux-
miemes dans leurs d6marches et leurs difcours journaliers, ont,
pour ainfi dire broye de leurs mains la couleur des tableaux
dans lefquels its figurent.

II ne manquait a ce recueil que d'avoir commence avec la re-
volution ; car s'il peut 6tre utile de ne point negliger dans I'hif--
toire des grands homes celle de leur enhance, c'eft dans t'hif-
toire des revolutions furtout qu'il inporte de ne rien omettre de
ce qui tend 'a fire connattre leurs premiers mouvemens, leurs
caufes, les fyrptbi6me qui les annoncerent, et it nous initier, en
quelque fotoe dans les myfleres de"la generation de ces important
phenomen s qui ont en naifant la force de tout detruire. Tel eli
le motif qi nous a determines at donner cette introduction au
Moniteur et quoiqu'il ne fat question que d'un travail partiel,
et don't les elemens font depuis long-tens connus, il netpor-
tait pas moins avec lui iia grande difficult attached a I'entre-
prife de tout ecrivain qui voudra au fein d'tine revolution, en
tracer l'hiltoire cette difficult que dtfinit tin auteur c6lebre lorf-
qu'il dit, qu'un hiftorienne doit avoir fi religion ni.Patrie.a

Certes nous ne puimes oubliernotre Patrie, lorfque nous avions a
Adcrire fon triomphe. L'efprit effletiel de'la religionde tout home"
de bien a du encore moins nous abandonner lorfque nous cherchionsha
lever quelques monumens a l'hifloire ; cet efprit eft 'amtour de la
verit6- 'Panourdes homes, et ces deux idees renferment toute
la morale de o hilltorien.

Pour atteindre autant qu'it etait defirable, ce caractere d'im-
partialiti, qui regarded le vrai feul conmme utile, et fur lequel
nous vouliois fonder le feul miirte de cet ouvrage, nous avons
Sdu nous ddtier fouveint-de notrrpropie jugemem_ ; c'efte elui des_
kcrivains les plus accreditis que nous avons confulte dans tous
nos recits et ce font leurs expreffions que nous avons confer-
vees lorfqu'elles nous ont paru propres A rappeller 'efprit du
terns dans lequel ils out ecrit.

Nous devions mcme ne pas nous en' rapporter toujours a leurs
interpretations, lorfque nous avions a parler des fits principaux
fur lefluels fera bale Ie jugement que I'Europe impartial et la
poflerit p1otruiout de la revolution frangaife : aufli, pour Tiiutre
le lecteu r a meme de reformer leur jugement et le notre, avons-
nous eu foin de rapporter fur toutes les circonflances impor:antes ,
les pieces authenutiques qui peuvent fervir a les caracterifer. -

Nous avons penf4 qu',un tel recueil, s'il peut intereffer les
Frangais en leur rappellant les fouivitits don't doit fe com-.ofer.
leut experience et leur oigucil nxiuioial p.tiirt.dt piquer plus en-
core la curiofitc des tirangers auprrs defquels les c)nIcnis de cette
Vdvo(iton i'ont t fodieufement c.lomnic par leurs recits pendant
quoe I 'icrription de toute relation entire eux et lous, ne feur
.'ermettait pas de la juger par cux-,-uuCiw w mais qui vont fans

doute enifin, fe livrer avec d'autant plus d'inter&t au fpectacle de
ce valfe th:n're de 1onrii. qu'ils out ete plus long-tems privds
des noyens d'en apprkcier toutes les scenes. Quelle plus utile et
plus brillante cole pour les amis de la libeite, don't le nombre
s'accroit chaque jour en Europe,, quell moyen d'infiruction plus
agreable pour eux, qu'un ouvrage dans lequel its pourront re-
cueillir tout ce que nos gens de lettres, nos publicifes nos Ie-
giflateurs, nos philofophesont dit et publi6pour preparer, d6velopper
et confommer une revolution doit fl'eureutfe influence parait deja
fe faire-fentir chez tous les Peuples ?

Nous avoris cru doubler pour eux cet int.ret, en reprenant
les chofes d'un peu haut,, en les faifant paffer par tous les degrees
intermndiaires qui nous ont conduits au terme de notre regenera-
tion en leur offrant toutes les pieces originates qui pouvaient jeter
du jour fur les faits, appuyer la critique, peindre au nature
les mceurs et les habitudes des minifires et des courtifans. Cette
peinture fidele de l'-tat de la France avant la revolution des pro-
grhs et de la decadence du 3defpotifi-c de nosprejug6s et du re-
kichement oi fe trouvait le royaume, quand la revolution comn"
menqa a fe developper nous a paru etre come ombrere nrceef
fCire au tableau de celle-ci. Nous ne pouvions ignorer d'ailleurs
combien il exifle encore d'hommes intireff6s 'a embellir des cou-
leurs trompeufes de leurs regrets, ce regime dtfatflr'ux et '
vanter la pritendue conflitution de' la France monairchique;
fappercu que-iious donnons de cet ordre de chofesluflira pour
detruire ces illufions er ces fophifines.

C'eft vainement que dans tous les fiecles s'accumulerent fur les
Peuples affervis, les longs outrages du defpotifine; I'amour de la
liberty et les veritcs premieres qui lui fervent de bafe fe confer-
verent dans le coeur et dars la m6moire des hommnes; elles-re-r
parurent toujours avec eclat et entrainerent la diffolution des
,empires, ou neceffiterent leur r6egenration.

La France fournit un memorable example de ces vites;- c'eft
de tous les Etats de l'Europe moderne celui dans lequel les droits
des Peuples furent d'abord le plus long-tems connus et pratiques,
meprifes enfuite jufqu'au dernier term de laviliffemenc de l'homme,
et enfin proclames avec une folemnite et un degr6 d'energie qu'on
n'avait point encore vus. Des l'origine de la monarchie, nos peres
fe reuniffaient dans les champs de Mars, autour d'un roi qu'ils
avaient elu ; le voeu general dictait la loi ; Iautorite legislative
refidait toute entire dans ces augufles affemblees; et les rois
&taient tellement foumis aux lois nationals, que plufieurs fois
par des decrets de la Nation, its furent punis pour les avoir en-

Si ces affembles furent par la fuite alterees ,dans leurs former
ce ne fut que' par l'impoffibiliti de reunir tous les individus d'une
Nation deveniUe bientot trop nonibreufe. Les grands, les homines
enrichis des fruits de la guerre, qui commengaient a fe dire privi-
16gids ,, et qui avaient les moyens de confacrer leur teams et leurs
richeffes aux deplacemiens, et aux foins qu'exigeaient les affaires pu-
bliques, fe rendirent feuls a ces affemblees, ou ils' s'arrogerent avec
le confentement des lois, le droit d'y reprefenter la Nation, et
qui dis-lors, moins puiffantes et mioins refpectables, cefferent
d'etre pdriodiques, et ne parurent plus que les inflrumens des
caprices du monarque. Tel ell I'origine que tous nos publiciftes
fe font-accords a attribuer au defpotifme royal en-France;, tell
eft cell qu'atteftent les ioniumens les plus authlentiques. Nous-
-en citeoris plufieurs dans le course de cet ouvrage.

L njufliceh lafirfs roduit. indqentdance. Cette mnaxime fi fortement
exprimee par un de nos poetes, indique qu'on ne faurait mieux fair
connaitre les caufes d'une revolution, qu'en caracterifant avec foin
la nature et les progrhs du defpotifme qui l'a precedee; et il n'eft
peut-etre aucune verit6 mieux demontree par IPexperience, depuis
Pifiltrate Tarquin et Clodius, jufqu'aux examples recents que
nous eon founiffeuint la Suiffe, la Hollande-, 'Aiierique et la France.
La patience des Peuples efl longue, mais elle a un term. Patiendo
multda realinnt, qum nequeas pati. II ne faut qu'un grand reverse
ou unii grand' crime, pour liver enfin les tyrans a la merci d'une
nmilthide fatiguee do fes longues fouffrances. Alors its invoquent
en vain les lois; avec le refpect de leur autorit6 elles ont d'etre : ieurs arme i elles deviennent Peuple dans ces gra.iles
crifes, et n'ayant plus a craindre une autorite chancelante, elles
orit bicentt ceff6 de- leur offrir lappui de leur discipline. Des qu'un
Peuple a commences a oppofer fa force A la violence, it elt fltr
de la victoire; fa vengeance eft d'autant plus terrible, qttelle ad tj
plus long- ten cowpximeue; fon courage plus exafperd, qr'il fe
fonde fur lajuffice de fes droits, et qu'il s',1ecttifc a la fobis d

*I ~"~l"l""ll~lr~lllll~Lllllslr~

4 .

On,.; les i..- rniew gi':eix qu.. 1'amour de la liberty in ire a

Moitie rufe, moitd co mrainte ,'dit mn denos htinor,,ns c&e
U -1s -, un Elfagnol avait acquis ia vii prix d'mi Caraibe 1'h6i-
.q-. de fes peres. Ce!ui-ci n'ofa reliter il le croyait un Diec.
liais bient't it s'appergut .que l'ui.rp.iatU i n'tait qu'un honime.
II lIe furprend a Ifon tour, et reclame fa propri&td. L'Euioplan
lui reprefente fon contract d'acquilition. S Je no fais point lui r6
pondit le Sauvage ce que dit ton paper ; mais lis ce qui efi ecrit
fur ma fleche; tu y verras en caracteres qui ne mentent point -,
"que fi tu ne me rends pas ce que tu mn'as dciobc, j'irai te bruler
.*e foir dans ta cabanne. ,,

Voila, Jdms fon principle, l'hiftoire des revolutions humaines;
elle eft partout le recit des ufurpations du pouvoir, ,des reclama-
tiuns de la raifon et des vengeance de la force; voil thi'uout
'hilloire de la revolution frangaife.
Les annales du M,-nde ne pr'fentent peut etre aucine e- oque
plus digne de fixer les regards du philbiohe et de rhommne fj-
cial. On y verra de plus nouveau des fpectacles la force vaincue
par l a uflice, les prejuges par la raifon le cri des paffions~,touffd
par la voix de la nature, les privileges fubjug6s par les lois. On
_y verra ef les forfaits du deflotifnfe qui fe dechire 'lui-mnme -de
fes mains fanglantes, et les terrible carts de la licence, et les
.tranfports quelquefois homicides de la fureur populaii-e, et les
fublimes clans du -patriotifine, fouvent force de depalfe Ile but
dans la crainte de paraitre refer en deag. .

II n'etait point dirige, ce movement impofant de tout un Peu-
pIe fur le plan de ces conjurations tenebreufes enfantees par l'am-
bition non pour" dtruire la tyrannie, mais pour la fupplante;.
11 n'itait queflion de rien moans que de creer pour ainfi dire une'
ieconde fois une grande Nation degradde' par des fiecles d'efcla-
vage. I1 fallait renouer oe lien federal, dt&ruire des prjuges
auffi anciens que la monarchie, abaiffer i'orgueil de la naiffance,
des rangs et de la fortune, devant la dignity de homem, rein-
tigrer tous les ninembres de la confederation daps la jouiffance
des droits du cioveh, fans attaquer 16s proprietis 16gitim.s, don
,ner un efprit public a une immenfe miulitude divife etopbdivifee
en uine foule d'affociations animees chacune d'un g6nle particutier,
an'antir-l'efprit de corps, rdunir cette legion d'inter&ts divers qui,
fe croifent en tous fens, et fe combattent fans ceffe en un feui
intert celui de la Nation ehtiere; il fallait enfin donner des
noeurs et des lois i un. People gnd6reux, fpirituel et ;claire ,
mains vain frivole et corroniku.

Mille obstacles de tour gnre femblaient devoir rendre une tell
revolution impoflible.. Un riuionarque jbfolu accouitumb des le
berceau a ne voir que des efclaves proflern6s a fes pieds, et a
nettre fa volonti 'a la place de toutes les lois; des parlemens,
jaloux d'&ternifer leur exiflence politique, et de la, rendre ind6-
pendante, afpirant au pouvoir legilatif ; des provinces divilees
de privileges de moeurs, de. lois. et d'interes ; une nobletfe al-
tiere, imbue des infolentes iddes du fyfl&me feodal, et fepar6e par
fon orgueil comme par fes prerogatives, du refle des citoyens ;
inue armee nombieufe divoude au roi et foumife a fes chefs ,
tous tires du corps des' nobles; un clergle riche et puiffant, gou-
Verne j ar un r'gimne iparticulier formant une autre Nation au-
S milieu de la Nation elle.m&ne, et fort deoli credulite d'une
grande multitude, opporant la barrier formidable de la fuperfli-"
tion a toute efpece d'innovation et etabliffant entire la theocratic
et les lois 6ternelles de a raifon, une lutte terrible contre fin-
:defiructible fentiment de Tl'galite ; tin Peuple accoutume au joug
- -par1'habitude., le tci ;s .c't lIs exempl.-s qui agifrInt fi puiffniment
fur les penfees des honnmes par les 'fruits d'une education con-
facree a diiv.ig.- ecrafe fous le faix des impots et foos le
poids des huiiliations : que deobarrieres a furmonter pour par-
venir a la confommer !

Lorfque I'on confidere tant d'obfltacles avec le fang-froid qu'a
du eccluie le courage qui les a fimu*ies, et que l'on calcule
les effects naturels de l'effervefcence terrible qui a d16C &re propot-
tionn6e ai la force des rdfithnces, on doit etre peu furlris des'
wualheurs et des dcf, 11 i c paStiels qui ont accompfagnd une tele com-
Motion. Exiflait-il en efct on Europe une feule monarchic don't
le defpotilme fe fit affeLiii palr une auflli tongue duree de jouif-
fance et d'opprefflion, non interrompue, don't les racines faffent
plus profondes, plus dificiles a d6truire ? Exifl it it un empire ,
'dans lequel les ordres priviaigids fuffent plus nomnbreux, plus ri-
ches, plus effentiellement attaches d'inteet au pouvoir du ii6ii,
un feul dans lequel le Peuple fit devenu plus unalhlieure.ux par
l'exces des impOts et qui, par cela *,,i, .., ecit, du fein de fai
minfere, moins de moyens de' rdill,nce a oppoler A fes iii L.f
feurs? '

A. peihe lea afiemtblees de la Nado1 eurent-elles c,,.i'i, qu'atL

tache a la gf'be, fous le joug d'une foule d'ufirpateurs -iual,.
ternes ce Peuple naguere libre et conquerant, fut trait plus
mal encore (que ces Ilotes que les Spartiaws ne foupconnaient pas
meime etre des hbolme., ou come le font encore aujourd'hui
les Lmalheureux habitans de IAfrique tranfplantes dans nos Colo.
nies : le cultivateur paifible fut livre, lui et fa famille, auu ca-
prices 4du premier-baron qui confervant Ia la paix lea armes -et le
foldata de metier qulil avait employs dans les guerres, foriait
la faibleffe des monarques "a lui .donner avec un fief, le droit
d'exercer toutes les fortes de vexatiobs et de fortifier aux frais
des payfans, le chateau d'ou il devait exercer fur eux fcs brigan-
dages. Dans ces fiecles de fer, ces barbares auraient volontioa,
lach6 leurs chiens courans fur un vilVai, come ils les lachaient
fur les betes fauves qui etaient revenues leur propriety exclu-
five,'et dontl'exillence privilegiee leur femblait plus precieufe.qte
la vie des h6mmes. Alors en effet on vit des ordonnances leur
livrer a l'encan la vie de leurs vaffaux en ne. condamnant Jet
meurtriers fieffds qu'a' une ainended'une modique foinine d'argent;
encore les juges corromipus qu'ils nommaient et dellituaient a leur
gr6 les dechargeaient-ils fouvent de la plus forte parties de ceuii
amende pour en manager I'autre aved eux, ou leur doniai;t.-ilg
le moyen d'en eluder le paiement.

Oblig6s d'aller venger ou laver,,dans leur Tang les injures per-
fonnelles qu4e leur feigneur avait fates. a un autre feigneur ot
qu'il en avait effuy6es forces ninme de marcher centre let
rois dans ces guerres intellihies et cette anarchic fand
glante de plufieurs fiecies, les inalheureux ferfs etaient cha-
que jour expof6s a avoir leu s maifons ditruites, leurs families
captives, et livrees-au plus offrant; its etaient Cotmne un patri-
noine que les feigiini s fe viidaiint et fe revendaient.

I'oppreflion exercee par le clergy n'etait pas moine cruelle ni
intractable; on faith que dn s routes les religions, celui-ci ne chel cha
qu'a aggraver le foug des Peuplesauxquels ilvendit jufqu'au droit de
la f6pulture. C'efl principalement dela Faf.icc qu'on pourrait dire:
;) On ne pent fans argent nourir en ce pays... et les enterre-
meis Monfieur, font hors de prix. N'avait-il pas itabli des
imports non mons ridicules et cruels fur les fources tiem de. la
vie, fur ies nailtances, fur les aliens .que le nalheureux tirait
des. fueus .de fon travail ? Hela s, comibien de fois les dines ec-
cleliatliques, aufli-bien que les dimes infiodees, ne furent-elles
point arrofees des larmes et du fang de nos anctres !

_On noe, peut s p'eipecher de rernarquer ct, fujer, en reinon-
tant des effects aux caufes que -e defpotifine femble etre de l'ef-
fence des religious en general, du m.oing do touts cells qCti fe-
ront crdees pour 'intre&t des plotres. Il o6ntn de faire de la divi-
nte un. tyran, pour exercer fous fa cauiomn une puiffance fans
frein : plus ils oit voulu d'autoriti, plus ils ont dui troitcment
entraver la raifon. Its ont dit On devient facri!ege alors qu'on
ddlibere... Loin de moi les mnrtels afl. z audacietux.., pour juger
,) par eux-memes etvoir tout. par leurs yeux... Quiconqu bofe
o. penfer,' eft pas fait pour me croire. .

C'eflen donnant une faction divine, d'abord a la fodalite,
qui i'etait-qu'une forte 4e diJcip.line militaire qui alTcrniilTiit ieur
empire, enfuite au defpotifme royal, que f'olinioii de cette
origine femblait leur donner le droit de partager qu'ils com-
mencerent par faqonner les Peuples au joug et finirent ar fair
tremhbler lesa rois eux-mnines- devant, leur magique pouvoir.

Jufqu't Louis XIII, les roisdfurent contenus par les fuzerains
et les grands. Lorfque Richelieu cut ex&cute fi habilement, I1
projt tdepuis longteis cou lici P.aTilTcr la I puilL-nce d!e ceux-ci $
ie pcu or royal devint abfolu et i'.nb'tioni du cgiegd excite par
cet accroiffemenit s'eleva jufqu'au gouvernement du royaume; s'il
ne vouh.t plus depoffider' les rois il voulut gouvernetr en leur
nom ; la court devint le there de fes plus actives inutigues, et
iorfqu'il ie rivalifi plus de pouvoir avec elle it fut le complico
de fes crimes. -

Enl attirant les principaux feigneurs a la cour. le cardinal do
Richelieu purgea les provinces de quelques tyuins ; mais it acquit
par la m.'iie plus de moyens d'oppriner ces provinces ; ia a v e-
ite, it acheva d'affranchir le roi de la )iifl:iInce des feiigncirs;
mais en les tyirmlornmant en valets coulisift5s., en dir a'1n.vut .iii-
des, il jeta les germ-es de con i.ipon qiii bientotrt 'olr..i't la-
France. Ainfi done, fi les c,,is pLr'Atorit" doe e. iniiflio ni por-
i. .-lnt que lur la haute noblee s'il meubla les prifons d'L tt. de
ei1gneurs qui avaietti affez d'&e6rgie pou? ne voul ir pas &tre -le
valets, ni s'aflimiler au pere ]olhph, le premier alguafil de. ce ter-
rible inquifiteur, s'il tit cooler leur bang paria main dii bousreas,,
Is le v u,. ,,.,, bien par-la fuite fur Ic Peuple ; en s'i:nparant d(
tous les acccs du trone, cette portion de la ,noleffe lit plus de
aul ihr ce theatre d'intrigues qu'eih'e n'o eut j.uas pi fire dans
f3en trerls s.,,.6,,6

,~!m# i


Le minifere, de ton cote, conquit tout ie pouvoir que perdirent les
grands, et l'oi ne fentit pas affez que le defuotifine, pour 6tre
fioplifie n'en ferait pas moins actif qu'il n'auiait que plus d'agens ,
quaoiqu'il y ecut moins de defpotes, parce que les minifires lui
appliqueraient au befoin toutes les forces motrices d'un grand Etat.
fL defpotifme f6odal 6tait fuirement plus contre nature mais
il y avait au moins une efpece de lien de relation qui 'lait le feif
Sfon ma tre et interelnit le feigneur a foin efclave; au lieu que
le defpotifime des minif res ne portait fur aucune bafe qui ne ofitt
odieule. L'un appartenait plus li barbaric, feautre fut plus atroce. Le
inifllre qui, ne regardait fa place que comune un paffage ou it de-
vait puifer fa fortune, ne croyait avoird'autreinter&t que de difiper,
tyrannifer et detprider EtaitTil un crime plus punitiable et moins
puni On fe contentait de le jrenvoyer' avec les depouilles de
I'Etat; et fa famille, qui fe confolait du deuil de ambition avec
pe qu'elleavait obtenu de la favour, co'mptait apres les premiers
terns de la disgrace parmi fes tires d'illuftration d'avoir eu un
miniflie dans foi fein, tandis qu'elle devait n'en conferver que la

Au regime d6faflreux de la f'odalite, fuccederent aufli'toutes
les horreurs fifcalite. Ces derniers fiecles front fameux par
les atteintes que-le fylltme financier porta a i'humaiiit6; alors pa
rurent cei lois ces edits irnjurieux aux droits des Peuples pro-
voques par la faibleffe des princes, ou dictes par la mauvaife foi
de leurs miniftres ; alors naquit la gabelle, ce fl6au deftructeur,
qui enleve a I'homme V'ufage d'un bien que la nature a prodigue'
aux nations, qui a faith couler des o.gde larmes et de fang, et
torturer des milliers de malheureux.

Ces maux augmenterent par la 'vnalit6 des charges, abus qui
ouvrit une reffource au rival de Charies-Quint, et qui, dans la
fuite couvrit tout le royaumne de deuil par les anris iniques des
companies de magiftrature qui ayant herite, come d'un im.neu-
ble, du droit de jugei, leurs feknblables, vendirent la justice, ou
Ja firent vendre par leurs fecretaires et des courtifanues.

L'abb6 de Mably, en parlant des vices des empires, obferve
qu'il y en a de ficonds, et qui fervent, pour ainfi dire, de ma-
tric et deo foyer a la corruption. n A leur tete, dit-il, eft ce
vice, doit je ne-fais pas lenom;- monflre ai deux corps, corn-
pofi d'avarice et de prodigality qui ne fe laffe jamais d'acqu&iii
mi de diffipeci, et don't les befoins, toujours renaiffans et toujours
infatiables, ne fe refufent a aucune injuffice. ) C'eft a ce vice ou ce
monifre que '6on doit f'inhfie et incalculable impot de la v6na-
lite. Vers la fin dut dernier regne,. M. Quinaut fut charge de
dreffer un keat de toutes les charges et emplois, crees pour avoir
de l'argent; elles monterent A plus de trois cent mille. La crea-
tion de ces charges, la plupart inutiles, don't les revenues grevaient,
rlEtat, etaient, commune toutesles efpeces d'emprunts don't un gou-
vernement n peut, ainfi qu'un commergant faire valoir le capital,
un impo4 indirect pays par le Peuple.

On voulai.t, difait-on, ;viter la corruption attache la la mi-
fere On repouffait avec dedain quiconque ne pouvait, pour un
emp!oi, offrir, que lui-m&me, qt que rien ne diflinguait, except
les talents En vain, eunfez-vous, par vote merite, par vos fer-
vices, cherchl 'a furmonter les defivantages du rang et 4e la for-
tUne; vous vous trouviez comnie enlac6 dans un cercle vicieux
dans lequel fe fondait toute emulation; car, ou vous ne pouviez
rien devenir fi vous n'aviea 6t& quelque chose, o I'on ne don-
nait le Jroit d'acquerir des richeffes qu'i. ceuy que deja la cor-
Sruption et les intrigues avaient enrichis.
----- -M qucl -fl donc le plus incorruptible liiomine opulent,
ou le citoyen pauvre? Qui des deux voit -on raiper dans 'les
cours ? Qui fe train le plus fouvent aux pieds des minlires ? Qui
6tudie 'art de violer la confcience des princes ? Qui maudit avec
infolence, revoit avec orgueilt, et regarded une faveur obtenue
corner le droit d'en obtenir une nouvelle ? Qui peut catcher ai-
fement ce qu'il a recu dans ce qu'il pO6ede ? Et qui par fespro-
fufions mnemes fe rend plus fufpect ditapines ? L'homme jpauvre
ou miHdiocrement aif6 qui fe trouvait exclu des places n'offrait-
il pas, au contraire, dans l'habitnde de l'ordreet des mceurs. do-
mneftiques, le gage le plus precieux de fon integrity? Moins ii
poqffde, plus il elf pres de vous de vos ,iuierts; plus it a be
foin de mn>riter votre eftime, puifque votre euime lui done un
lulire fup6rieur Popiulence, et place au-deffous "de lui le milt-
lionnaire qui n'a que fon or.

Les richeffes corrompirent la Giece et amenerent la decadence
de Rome: en France, la vinalit et le fifec eurefit bienti t'con-
fonmm l'aviliffement du gouvernement et banni de fon feii toute
dcc:nce. '

It nous femnble blen vil,. ce fenat Romnain, qui decernie a I'alTranchil
Pallas la pr6ture avec 150o milt' grads felbrces et qui, fur le

refuse que fit cet ancien enclave, rkbe de plus de fept millions, de
la fommi qui lui etait offerte, le compare aux Fabriciens, et con-
facre a fon defint latrice. Mais de nos jours ne vit-on pas une municipatitede Paris
faire bitir et magnifiquement meubler un h6tel qui lui co'fita plus
d'un million,pour en gratifier un miniflre complaifamt M. deSait-Flo-
renuin aux depens des citoyens furcharges d'imkot pour fubvenir
a ces 1 rodigalitis.

Le luxe, une fois introduit dans la court par la facility que lui
donnuaintu les traitans de preffurer les feuples ne tarda pas aLfe
repandre dans ja capital et dans kls provinces; partout il cream
les fauffes jouiffances, les didains orgueilteux les maux de l'en-
vie de la cupiditI de I'oifivete, et les haines, ndus rendit tri-
-butaires de l'indulfrie. etrangere nous. fit inutilement confomnner
dans 'interieur les produils de la notre, nous fit meprifer l'agri-
culture et les arts utiles [.orta la difolation dans les famvilles
le trouble dans 1'.union conjugale, la corruption generate dans
ies.mnacurs; et-comme it s'alinwnaii t de Popprefllion fifcale, inra-
tiable de jouiffances, if ne tendit qu'a I'accroire.

Le fafle des princes n'etait ps tine moindre force den al-
heurs et de depridations. ifque le pere de Louis XVI fit voir
A fe, e-fans avant de niourir,, ls regifires oiu talent confignees
les naiffances de Verfailles il leur donna une fiiblime niais inutile
lecon: exempts de devoirs envers la focikte, des millions de re-
venus ne lJeur luffifaient jas; il leur fallait par fupplneent des.
millions de dettes que p.ayait 'Etat, et dent les cr6anciers, 'nal-
heureux artifans, attendaient avec defelpoir, et fans offer fe plain-
dre le tardif acquit; 6tabiiffant une forte d'iumpt jufques fur la
perveirfit4 des miniflres s'ils ne puilaient dans le trefor public en
aitres its y poniimaient en vampires nylterieux et impunis.

Toute la' focite fouffrait, de la revoltante pullularion d'annoblis
que l'on voyait fe pavaner au foitir de leur r6ture cominme le
papillon naiffait avant de devenir habitant de I'air frtille fur fa
depouille d'infecte. Quoique le parchemin, que no; princes leur
doninienit au prix dei6o ou 120 mille livres ne fiat guere qu'uni
permit venpdu la vanity d'etre impudente et nimerifee, le noin-
bre de ces diferteurs de la cafle commune tait 'iprodigieux. A
n'en computer que cent par chaque annee, ce'tait en cinquante .
ans, cinq mille familiess privilegikes pour 'im 6t; le Peuple,
outrage pat les annoblis, trainait ayec fop lourd fardeau celui
qu'ils avaient laxie au-deflbus d'eux.

It fe faifaient uil nierite du privilege excluif de commander.:
dans le6 camps : qu'y portaient-ils .? leur inc; >rience et For-
gueil qui en doublait les dangers, les. intrigues d. court, les,,ja-
loufies les baffes ambitions, auxquelles ilU facrifiaient lhonneur
de nos armies, les manieres infultantes qui p'ortaient, le decouragc-
ment dans, 'ame, des vieux guerriers, le droit de s'arroger!/leur
gloire, en ne faifant remplir que de leurs noms de flfli2icufes
gazettes la corruption qui fouvent livrait.a nos ennemis le fruit
des plus brillantes victoires, la lachete couveite des d&orations
de la valeur obtenue dans les boudoirs, et qui leur faifait repandre
des lots de fang pour mettre a covert leur.precieufe exiflence;
enfin avaient-ils a fe faire un -ndrite, au fein de la paix d'un
fvfiteme qui ne tendait qu'A conf6lider leur tyrannic et I'aviliffe-
tent de la Nation, en mettant dans leurs mains tout le pouvoir
de la force armee.

Le defpotifine des lettres de cachet ne fut, pas moins terrible,,
on en comptait- prs de 200 mille ditivrdes fous le long min
niflere de Lavrillire', au profit de toutes les haine.s et des am-,
bitions les plus fubalternes. Quand perfonne nfeft a fa place,
le--flbrdre ne doit-il pas regner partout ? et le c fordre, efl la
boeUo d Ptidobe i e'i.ri frto ustlean mui 1. I fois. -

En vain, eut-on comprtfur les parlemens, pour les repritimer ?
N'avaient-ils pas eux-memes concouru a precipiter la dec'q iatitn
de 1'Etat ? pour un Robert de Saint 'incent, combien de
membres qu'on ne pouvait nommer fans faire une fatyre ? Et fi
['on veut juger Jleur pouvoir, qu0on fe rapjelle Louis XIV s'y
prlfentaht en bottles et en 4perons un fouet a la main ,pour y
fair fciegill er j4 volontit fiqrrne, a la fuire d'une parties do
*chaflfe. .

Cetait dans le fein du defordre qu'il fallait tronvr-r des ref-
fources nouvelles :, le revenue public ne pouvait s'accroitre que do
la deftruction des abus particuliers c'6tait faire jaillir une force
de, profl.6ritc du principle mene des malheurs.

Mais comment devait fe conltuw. l'adminiffrateur fo!_rce de de-
cou.rir la France fa veritable fituiatni l'dmini.flrcuetr qu'un
devoir imperieux oblig'ait de rapper fur les priviliegies, et d'aneau-
ur let exemptions qu les enaichitieint ?i

II &tai facile de pr~voir, qu'autaquer & la fois tous les corps

I~~--9L3--"IT~~ll1111~ C __ CY Ill(sCIP~e~l~6LIPI

les plus pmuflrns; d 'talt fe tiifhiter d'innombrabtes-.ennernms,
c'tait les provoquer eni vine telrs aux pieds du trone et aux
pieds des autels '
Servir le Peuple aux depens des grands, c'ai-r Sexxroe' a fe
tiouver ifoleb pendant un flecle. Souvent le Peuple, aveugle par
fes 1.eiug'" ne retrouve fa voix pour benir fon bienfaiteur, que
loifqu'il eli delcendu dans la nuit du tombeau; ce Peuple abule
par ceux mime qui lui nuifent, fe reunit momentanemenl1t a euxx
centre le minilire qui le fert. encore s'il etait affure d'achever
fon ouvtage. Mials la haine active et implacable des corps qtiil
attaqnte, peut lui ravir et fa gloii e et fa place. Elt it difgracie ? alors au
1, in des micoritentemens et des troubles qu'on lui impute, etau milieu
d'tabliffemeiis divers q,'il laile imparfaits; il n'eft aux yeux du philo
t fophe, qu'un example malheureux des viciflitudes humaines; aux
yeux du clergy, qu'ila ofibraver, c'eflut uminilire juflement facrilie
aux yeux de la nobleffe c'eft un minillre victim de fon impru-
dence'; aux yeux du,,,Peuple c'ell 'auteur bientot oublie d'un
piojet que foii inexecutionl met au rang des chimeres.
Annoncer la crife de l'Etat dans un edit de reformation, en-
voy6 fimplemiient aux course arlementaires, c'eut ete rendre. le
mal incurable, c'eut etc ouvrir la porte aux reclamations de tous
les genres;, c'eut et6 differer le moment de la deflruction des
abus; et en retarder I'inflant, etait le moyen 'de les enraciner
d'avantage. 'I s'agiffait de rig&nerer la Nation ; it fallait rappeller
ces anciennes inflitutions qui avaient entoure fon enfance, quii
avaient embelli fa jeuneffe dans les teams les plus orageux; it
fallait lui rendre toute fon energie, en lui rendant les formes pri-
mitives et cheres de 'fon antique existence; ii fallait ranimer lon
coeur par de fi pr&ieux fouvenirs et lui faire retrouver fes ver-
tus en lui rappeilant que ce fut dans les affemblees venirables
du Champ de Mars, que la Nation, fe pendtrant a l'envi et
d'emulation et de zele, d6voua 'conflamment et fans r&ferve fon
exiflence et fa fortune A Ja profjfrite de 1'Etat.
Pour aneantir d'antiques abus, il fallait recourir aux moyens
refpiectes et cheris qui en avaielln aboeaa'li jadis de fi pernicieux ; on
voulu-td uic rtuir ;fo s-les yeux du monarque-, des- notables de tous-
les-ordres de la Nation, et le montrer a fon Peuple au milieu
de cette atigufie affemblee.
II ttait a craindre que les corps memes qui devaient la composer,
fe foulevaff&it, a l'afpect des sacrifices que PEtat aliait exiger
d'eux; mais armi ces corps divers it en etait qu'on pouvait ra-
mener et conrvaiitcre ; ii en 6tait don't on ne devait pas craindre d'ex-
citer l'implacable reffentimepit; c'6tait un motif de les runir :' le
roi allait connaltre les citoyens fideles, et l'Etat fes vrais e'inemis.
Une d6narche auffi 6clatante devait laiffer d'6ternels fouvenirs, qui
furvivraient au miniflre, quelle que fit fa deflinde ; et dans ces re-
minifcences ineffablesil pouvait voir l gage alfur d'unbien a venir,
que la haine la plus animbe, que la vengeance la plus obitinde
no1pouvaient touffer.
La faibleffe eftl amie des tenebres 'obfcurite le nillere accom-
Y pagnent et couvrent les pas decelhii qui veut tromper; c'eefit la
clart du. foleil que fe montre la v'erite; et qui veut parler fonl
-langage, qui veut trouver en elle feule fes moyetis et fes reffour-
ces,, ne fau'rait s'entourer de trop de furveillans : fous ce rapport la
convocation de la premiere Affemblke des notables, fut un
homage rendu aux principles effentiels de tout bon gouverneiment,
Shbmmrage foree, fans doute, mais qui eut dans fes fuites des advantages
Dans l'intervalle de la convocation et de l'ouverture de l'Affem-
'blee,'il et.ut, aiff de privoir quels orages les ennemis du minilire
s'efforceraient d'aturer fur fa tete.
S Dej le clergy allartie prevoyait les changemens qui le mena-
uaient; la connaiffance -parfaite qu'avaient fes chefs, des abus qui
leur etaient utiles; la poffibilite de couvrir d'un voile refpecte
1'exiflence de ces memnes 'abus, la facility de rdunir la durie de
leurs privileges aux objets fpirituels don't ils devaient uniquement
s'occuper, l'ignorance du Peuple, I 'ancienne habitude d'effraybr'
le monarque, I'ufage de perpetuer leur exiflence, par la terr-ur
.u'ils imprimaient aux minifres qui avajent voulu la changer ]'ef-
poir de confondre leurs r&elamations avec lint&rt de la nobleffe :
telles &aient les armes de ce corps redoutable on plutot trop
Jong-tems redout6.
Reuniffez A cela tout ce que l'habitude de difcuter, de gou-
.verner de dominer, donne de talens et de lumieres; l'eloquence
tonnante des uns infinuante des autres artficieufe de quelques-
uns; en general, c 'i art d'iimouvoi, fourdement les efprits,
cette foupleffe qui fait eviter le choc, pour conferver Pintegrit6
de fes pretentions, qui fait attendre pour lep fire reparaitre des
circonflances critiques et p.Ioiter du maiheiur ')h I'Etat, pour
reprendre auffi-tot fa preOiet,, '.l,:ii_ a: ces t:aits, vdus re,

conn:atrez que ce'tait lt le priucipe des plus grands obftacles,
le foyer de la refillance, I'ame de i'oppolitiuon.
Le mumoire fur l'impot territorial en nature fut pr6rent '
l'Alfemble ; c'etait a ce moment critique que Ie clergy attendait
le minifire, et 1e flattait de 1ecraler lous le poids de fes dcla-.
Ce niimoire offrait une foule de pr*ncipes-irr6fragables et de
conf6quences neceflaires: fes rdfultats devaient 1'duire tout efprit
non prevenu ; mais ce m6ne m6moire contenait des v&rits cruelles,
qui durent exciter toute l'animolite du clergy. C'ell dans cet
tcrit que, rendu i la Nation, ilt tait place avec "la nobleffe,
co1ifondu avec elle foumis avec elIe aux imn s. Cette egalite
etai u n outrage a fes yeux. I fe trouva'avizi, parce que fes
imrmenfls richeffes allaient enlin fubir les taxes imnpofees aux for-
tunes des defenflurs de la Patrie.
II fentit neanimoins que prefenter fes pretentions dans toute leur
etendue, c'ctait s'expofer ai un combat illegal, c'etait s'otfrir fous
z'odieux afpyct d'un corps stranger ia lEtat qui fe refuse de con-
tribuer t'la difenfe. Attaquer I'imjot en lii-m6ii e et dans les
forces, fobutenir qu'il 6tait injufle et impraticable, profcrire 'a
jamais I'idee Id'une fubvention pergue en nature, lui a paru etre
un m6yeni plus fir d 'renverfi le plan deliructeur de les privi-
leges, et do fe m gnager la poi1bilite de s'n reffaifir un jour. Le
clergy a toqjours merveilleufement fu' tirer parties de ce principle,
que la vie politique d'un minifire eit bornee, et que felprit des
corps eft immonrtel.
On a done fait trouver des 4ifficultis infurmontables dans la
fubvention territorial en nature; la crainte.d'une perception trop
difpendieufe, le defaut' de bafes certaines pour la claflification des
terres, l'inconvenient d'itendre l'impofition jufques fur les frais
de culture. Le clergy qui fit valoir ces raifons avec l'inergie la
plu's exag6ree, n'a pas fenti que tout ce qu'it diFait centre
cette efpece de dmeroyale e r0torquait avec advantage contre la dlite
ecclefiaflique qui etait beaucoup plus confiderable.
t Le clergy prdf6irit les dons gratuits ; ce fut toujours te moyen
donfiil paya la rellauration de fes privileges. Voici foit project.
Lorfque la claffification exacte de, (bnimes que le clergy doit four'ir
i la contribution general cut td faite, il devait dire au rol : Vous
n'avez plus d'intR it la deltruction de nos antiques privileges,
puilftqe nous offrons, en coifervant nos former, de verfer au
trefor royal le contingent auquel nous foinmes aflfujettis. Cette
.ffre adoptee, le clerge continuait de voir dans. les crifes ora-
geufes de P'Etat les caufes de fon bonheur particulier; il Jes at-
tendait avec autant d'impatience que. d'attention. C'eft dans ces
moniens difficiles, q'i fe faifait un merite d'offrir des fecours,
un emprunt, un don gratuit, qu'on devait recompetifer, en lui
rendant fla premiere existence.
M.' de Calonne avait,. cru, en depouillant le clergy, fe concille'r
les deux autres ordres, nmais il t'e lit des c memis de plus, et nri
fe 'concilia pcrfomnii. II s'etait imagiin6 qu't la fayeur d'un plan
qui ofirait en effet de grands avantages, et accordait it la Nation
plutieurs des chores qu'elle defirait depuis long-tems, il ferait
pafter des imp6ts d4laltreux et elquiverait !es attaques -des par.
lemens ou les &ralerait fous le poids du voeu des notablhs.;-
mais on ne l voulut ni de fes imp6ts ni de fes plans : la main qui
les ofliait les rendait trop lfupects. 11 foutenait qu'il avait fauv1
I'Etat; nmais I'Affembeje jugea qu'il I'avait ruined. Le roi porita le
n.eme jugemeut et 6ta ia ce depolitaire iafidele et fa contiaice,
et le cordon de fes ordres. !-1-,
_La coupable adrell-: quie mettaient lescourtifas, pour parvenir
a d6rober au 'roi la crife oil fe tronvait le royaume n 'tait pas
un moindre obilacle a l'utilite de 1'Allemble des notables. La
nobleffe, efphrait ajouter un nouveau reffott i fa puillh-ice, et
gagner quelques marches de ce (tr6ne qu'elle brilait depuis- long-
tems de partager; les grands inquiets n'ayant ni le courage de
fupporter la mediocrity ni le talent d'en fortir intriguerent avecc
fucces en apparence, nmais furent bientot ,tmrauikspar le c'urs des
A tant d'efforts on vit de hardis novateurs oppofer avec rour ag- les
arnnes de la philofophie, l'inidretperfonnel des IPu.Ies. Mais ce noeft
pas l'ouvrage d'un moment que de redoiiner a ine grande Nation
on ancient patriotifine, et defaire revivre en elle glamour du bien pu-
blic en lui ren.da.r la faculty de s'en occuper :- c'efl "l-ar des
moyens fucceffifs et lents que l'on d6compofe une Nation qu'oi
eteint fa vie politique ; ce n'eri pas dans unr inliant qu'on la re-
conflitue qu'on la ilgnerc.
Les fiedes ecoules nvaeiit am:ccumul' fur la France des charges
Siin'fes ; il no'6;ir plus d' icr icf in,:. :. pour les ilhgt-r
qIK celles qu'on povait tirer de 'incr>ie mnme de la Nation ;i

b--- ~ -s-----


rallait lti montrer quclques Iunurs de liberty,. fi 'on vouaitk Ipi
faire recouvrer fa vigteur. Ces tiibuts, que dw y Peuples forces ai
une aveugle ,foumiuillo, ne fe laificfit arracher qu'avec douleur ,
font offers avec zele par d's Peuples eclairds. iur les befoiiis
publics, devenus les leurs .du moment qu'ils leur font connus ,
et qu'ils font appelles a fire eux imees la repartition.
Ainfi a force des chores contraignit les niniftres ", donner
c'ux-mnies le premier nouvement a la revolution.

Ce futren annonjant I'&abliffement des AflemblIes provinciales
que le roi part manififdter pour la premiere fois qu'il voulait ren-
dre A flon Puple une partie de forn exiflence; les dikcfylions
qu'elles firent naitre conduilirent bientot it la demand des Alfem-
blees nationals.

Leur conflitution fuivant PidWe du miniflre fe rapproehait des
principles du droit natural ; les uns lui ont reprcIch d'avoir coiln-
fondu tous les rangss, d'autres d'avoir repandu dans fon mumoire
des idWes encore trop nouvelles pour une Nation vieillie dans 'les
rejuges, d'avoir plug confilte fon .rcur quie fon fiecle. II tfaut
-.,convenir ,en effet qie ce 1't It pas fans de grands, effortss et que
" ce n'eft mem que graduellement tque I'on revient aux idbes pri
mitives quand d'antiqu es prejuges oit mis les prelliges de l'orgueil
a la place des premiers fentithens de la nature. .

Un des principaux vices des affemblhes proviiciales fut
confacr la diflinction des ordres dans une inftliution dont-
pularite devait etre le premier mirite.

la po-

(Cette diflinction a laquelle on attachait une fi grande impor-
tance, qu'avait-elle produit-,dans la,'plu|iart des pays d'Itats, i
ce n'eft des defpotes et des victims ? L'attribution h un feul
ordre de la prefidence aux affemblkes provinciales avait donna le,
fceptre au clergy. La nobleffe dominant apres lui; les communes
refterent dans une exclusion avilifiante qui aigriflait les efprits.
._N'tait-ce pas-un ju te redreffemnient que d'lever toutes les ames au
renme niveau, que de leur rendre leur primitive egaliti et de
-faire jouir chacurt 'des co-int4reffes de f'influence qui lui appar-
tenait dais une, election oi, lks.rangs ne doivent ette marques qutt
par les vertus, la capacity, et 1'habilete a fe rendre utile?

Cependant ce moyen a, paru, aux notables incoinlliuti 'nnel et
anti monarchique,'meme pour I'galite du dioit de prefidence
entire les trois ordres. En fp refufant a fire d&pendre d'un choix
librela preeminence dans tune aflemblee patriotique, ils augmenterent
le nmecontentemnent, donnerent aux conmmunies des auxiliaires dans
la clafle des nobles et provoquerent par cela mine, des preten-
tions plus 6tendues.

Le miniflere commit une autre faute. Apres avoir cherche a
detruire les abus du regine des inrtendances en 6tabliffant, pour
maintenir fon outrage des administrations paternelles dans ,plu
fieurs provinces, ii laitfa bfibfefler celles opprimnees par les Etats ces
anciennes corporations qui avaient perdu toutes les gfornies repr&e-
? fentatives, et etaient revenues Iariflocratie de quelques families.

II tait des provinces oif les Peuples tolraient encore eette forme
d'adminiflration a la vmrit& prd&able fous quelques rapports aux
intendances ; il en etait d'autres ofi depuis long-terns elle paraif-
fait plus onereufe qu'utile : pourquol n'avoir pas fait participer
au mloins ces dernieres aux bienfaits qui paraiffaient devoir refulter,
des nouvelles affemblIes provinciales ?' Comment n'avoir pas au
_puins iun.,gin un moyen iufli fi nj le que legall, de favoir files
Pcuiples des 'provinces regies par les Etats voulaient conferver
cette ancienine adniiniflration, ou adopter la nouvelle ? Ce qu'on
-nie lItr permit pas de faree, plufieurs le tintlicent de leur propre
miouivenent ; desifcl,-i&s fe formnerenti-cet elf. t da', I,.s grand. s
villes, et dlles fivoriferent le developpemenit 4e I'efprit-.public
beaucoup ati-dela des craintes' qu'on avait, puconcevoir..

-L'obfervateur qui jettait fes regard dans I'avenir voyait avec
une fecrette joie combien un fetil home avait pu fubitement
porter de changemens dans les iddes avec quelle facility il ref-
lufcita le courage abattu, rappella 'Fefperance fugitive i tel fut
r'effet des memoires de 'M. de Calonne. Une revolution fubite fe
lit dans les efprits ; tout le monde ec mit "- difcuter les affairs
publiques lorfque nagueres chacun kfemn1ai. y t&re. n.auger.

Comparons en effect Lt'at president de la France et celui au-
quel elie s'dleva tout a coup a cette epoque importance. Le premier
etait l'im '-g" fidelle de ce que font encore tous les Etats defpotiques.
Dans'les gcCin3.ancs on laboure, on fouffre, on g6mit, et Pon
fe tait. Dans la province pen' de voix.font affez fortes pour fe fair.
entendre ; dans la capital les grands intrigueint, les riches s'amu-
fent, les fin.mcci. ) fp culent, les academiciens font de 1efprit ;
-tout le Cmonde rlivrche s'agite fe tourmente ; les uns ,tom-
iut et ntMaine ut Ileurs amis das leur chlite ,les autres s'dlevent ,

et vende'nt 1' fCrA'nce. II eft un tres petit nombre d homes au
delhis d:s pallions des vains defirs, 'des befoins i.igin.ires, qui
contemplent du fond de leur folitude la corruption de 'fent
facial, les malheurs de la condition hliiiaine les erreurs des
gouveinemens'-, les fautes des rois'; frappes de tant de maix x, ils
s'6puifent en mnditationm, trouvent on croient avoir trouv6 des
remedes; its les offrent,: N'y a-t il pas de la d6mence a les pour-
fuivre, 'a les precipiter dans des cachots parce qu'ils out voulu
&tre ,utilcs ? N'y a-t-il pas de la barbarieji prendre leurs plaintes,
pour des cris lediticux ? Et n'eft-ce pas une derifion infultante,
que de purni ceux qui s'informent pourqupi on prend leur argent ?
Les gens de lettresdetous les pays te faventpas affez ce qu'ils peuvent,
fi au lieu de fe raflembler pour chercher des mots pour fire des
vers et dea loges its fe coalitionnent ,jamais en ol veur de la
raifon, de la vertu. ; s'ils donnent au courage cequ'ils prodiguent a
l'elprit: Ie regnp des medianls eft paff6, la terre leur Iea' enlevee.

C'eft ce qu'ils firent en France. La multitude d'ecrits don't les
partifans et les ennemis de I'adminiflration inonderent le 'public
les recherches qui en refulterent fur les principles et l'cltence de
o1tre gouvernemtent, ideclairerent tout a coup les citoyens de touts
lesclafles fur leurs droits', et fur les devoirs du monarque : ils appri-
rent avec une fecrette tfieri -que le prince 6tait faith pour le Peu-
ple, et non le Peuple pour ,le 'prince; que le plus j tiilLii des
rois et le dernier de fes fujets font egaux par leur nature; et
que dans le' parallel, l'avantage fe trouverait rareinceiii du cote.
du fuuverain. Ils apprirent ce que difait un Perfe, 'prifbnnier de
guerre,. a un Lagedeionien qui lui reprochait la lichetd de la
Nation ) elle ell lui difait il, le fruit de notre efclavage ; fi
cotime vous nous n'avions d'autres mares que nous-mneisiues, fi
nous ne c6mbattions que pour nos propres interests couime
vous, nous lerions invincibles. Ils frimirent a l'afpect du prd-'
cipice oi le defpotifine avait jet6 l'Etat, et-parurent julemient
&tonnes d'exifler' encore au milieu de tant de principles de ueftruc-
tion don't la tyrannic les avait environnes ; come ce miniffre d'un
Sophi, qui ne fortait jamais de 1'appartenient de fol maitre fans por-
ter fes mains a fa tete', ou'r voir fi elle tenait encore a fes
'homne-libre-n-poinm la-tte courbee -vers la terre ; fon
regard efl affur fa demarche et fiere aucun de les mouve-
mens n'annono e la crainte ; plein de co ifiance en fes propres
forces il ne voit perfonne autour de lui qu'il doive redouter,
et devant qui il ait befoin de s'humiiiier; fa joie eli. pure elle
ell franche fes .,Wffecti6ns font douces et bonnes ; ces fentimens
de 'Fame donnent it fon corps le plus parfait developpement, les
plus belles proportions. Cette verite que la moindre relexioin
dermontre, que experience des anciens Petfples a prouvee, n'efl,
en g1l 1I.AI, pas aflez featie. Combien la contrainte de l'efclavage
cotbien les idees trifles et ficheufes du malleur n'attaquent-elles
,pas notre temperament et ne font-elles pas de ravages fur notre
conformation exthrieure? la moindre revolution morale n'occa-4
fionne-t-elle pas un bouleverfement'phyfique ? Comparez un enfant
peniblement retenu dalis une attitude g&nafite, forc6 de fixer -fes
regards fur un livre qu'il dchii'erait en morceaux s'il en avait le
pouvor avec celui qui, du mn,,cl^ age Ioue s'amufe en pleine
liberty, va, vi:nt a fon gre boit et mange quand it lui plait;
ce deruier ne'fera-t-il pas intiniment, plus agile et plus robufle ?
Cette dII.' ,nce entire deux individus ell la mni me entire deux
Peuples. Je. fppofe'ces deux Peuples fous le, meme climat, '1un
libre', Patutre efclave ; les homes de la Nation libre front au
phyhque ,[plus grands, plus beaux plus courageux.; aii moral'
ils front plus vertueux et meiileurs.

L'homnine libre ferait-il mechant ? 11 eft heureux; fes biens",'
fon hoineur., fa vie fonft .en fir etc, i ne voit autour de lui que,'
des egaux qui font dans li, uiiiTffice, de lui nuire. L'homme n'eft
;pas unechant- ~-cellt l'oppreflion, c'et Ide.ivag. qui leI Ieint r
fourbe, nehnteur et cruel, qui le d6pravent. Enviroune de gens
qu'il doit ciJ'iidre il les flatte'et les trompe. G&in dans fes moin-
dres actions il fe cache et diflimule ; preffe de toutes parts par mille,
int&er&ts particuliers ,dirig6s control' lien, it s'irrite il s'offenfe ; it
,attaque ia fon tour. Livr6 a des guerres ,peijpiuch;, il.vit vdans,
une agitation douloureufe fans jamais trouver le reJio.,., Les lois
qui devaient [l otcger fa perfonne, le laiffent a la merci de honnme
:puiffant ; it Ie plaint de foin fort, it fe livre au dfelfpoir, et t,
porte a tous les exces. Comment voulez-vous qu'il foit bon lorf-
que tout P'iitra i,' au vice et au crime ? Rendez-le libre ti vous
voulez fon bonheur et celui de la focited : plus on approfondira
cette verit e, ,plus on'la fuivra dans fes developpemens I et plus
elle paraitra frappante.

Comme le fentiment de l'galit, repand un baume filitaire fur
notre txifleir' voyez ces hommes r&unis en troupe pour fe
liver aux travaux les plus pinibles ils font tous gais et joyeux;
a peine cependant ils out leur Thbfiiance ; mais leur fort ell c. 'n-
mun; des4-fors il leur parairt duix. ifolesz es hommes, donnez-
leur les nimines c.u.upa.iotm ,, placeztes auprfs de la demein du



iche o(fif e fde. n ; vous les verrez bient,'t ir : et abattus
La .com -jariibn duuioueuie de leur nmitkre avec l'opu.iene doi
uis font tcmioin1s, porter la couillerAtiulTi dans leUts cceurs.
L'egath efit done f l principle le plus fTcind. le plus falutair
dauls 4s conc: s ii s'vtelid a tout, ii elt la source dt
bnnes l is, dc la profperite des Nations, de la paix et de lhar
1ioniie eCtre ts citoens. M .
Les jays guive- .'" defpotiquement, dit Mirbeau prfenten
de loin, aa a rite, ture uIc.ace alez came. Le fuver.un veut
Sit parole ii A obei ; il en rfthite un ordre apparent, une tran
quillite exterieure qui hGduit au premier coup-d'oeil. Les revolu
tions de ces gouvernemens font ccependant I iuen t mais fou-
dajins; la cour en eff le theatre et le Peuple y intervient ra
recent le lendemain tout ell rentre dans le premier 6tat, autr
raifon pour des Ipectateurs flperliciels, de penfer que dans ce
contrees f'rviles, la paix Ief un dedommagement de la liberty(
M is combien ces apparences font trompeufes! Sous le defpc
tifiue, on n'icrit point on comumnique peu, on ne s'informn
pas du fort de fon voifin; oi craint d'avoir une plainte it fire
.uine triftef fe livrer aux fouppons, aux interpretations, un me
contentment i& laiffer percer. Perfonne n'ofe computer les vict
Dies; mais efl-ce i dire qu'il n'y en ait pas? Pefe-t-on ces larme
filencieufes, ces douleurs muettes, ces calamities ignrorces doi
les ravages font d'auwant plus terrible, que rien ine les arrete
tient-on regiflre des affaffinats judiciaires, des vengeances fecretes
des fpoliations, des meurtres clandeflins, des victims devouie
anx tourmnens des prifons d'Etat ? La paix publique femble exifler
vaine illufion! Dans une multitude de lieux a la fois, des miller
d'individus ifokls 6prouvent dans l'interieur de leurs maifons, dan
leurs relations avec des hominmes plus puiffans qu'eux tout ce qu
la guerre civil a de plus horrible. Ce filence qui .vous trompe
efd celui de la terreur; rapprochez par l'imagination tous ces etre
inalheureux, tous ces efclaves opprims donnez a tous les mur
mures fourds, a tous le defefIoir concentre, la voix qui leu
manqrie, et dites, fi vous l'ofez que le defpotiime ellft un et;
de paix. )
Le tableau des pays libres eft bien different : point de voil
myflerieux qui couvrent les iniquitrs de l'admininitration tout e
connu; ia, de peur de paii:r pour un adulateur du potvoir, on cer
fire,, on fe plaint, et Pon fe fait prefque honheur d'un efpr.
chagrin. Ce mecontement apparent qui n'efl pas le malheur e
un des caracteres de la liberty. : J'homme libre femnble defirer tou
'joirs une perfection, qu'on n'atteint jamais. II eft en matiere d
gouvernerent, un Sybarite bleffe parades feuilles de rofe. O
n'attend pas les maux r6els pour fe plaindre; mais on s'etudie
les prevoir. Une .opinion fait un fchifme, et tout home dou
de grands tales peut devenir chef d'un fyftlme; inais tous I
contiennent les uins par les autres;. tous finiffent par flchir devar
la loi, qui efi gale pour tous.
(. .
Les gouvernemens defpptiques out cru qu'en emp&chant le
micontenternens de fe niontrer par des actes legaux its les empeche
raient aufli de fe marnifefler par une multitude de manieres ilhegale
et dangereufes. Ils font fouvwnt les victims de cette erreur, e
font nahre des revolutions, don't il-fautattribu-eri eux feuls le
exces. Le Peuple dans ces gouvernemens, eft tant6t rampant
tantot fuiieux. La moderation et la raifon n'appartienlent qu'a
regime de la liberty.
Pourquoi encore fous ledefpotifine, toutes les parties de fadrminil
tration offrent-elles fi peu d'honiues capable d'en tenir les renes
c'eft qu'on a la trifle habitude de ne choilir que des gens de la cour ,
que les course des rois font le lien de l'efpece humane; c'eftll Aquel
naiffance et la fortune neferventqu'a affurerl'impunit,; que lainoi
et la nicecfie de- I'argent ont avili les ames. Oniv efl temoini no
de faiblefles, mais de baflitefes; non dimnprudences, niais de cr
meg; non de legere'es miais d'iminoralites; on y vend l'honneur
le rang, les places, les femnimes, le credit, avec une impudenc
revoltanite; on emprunte ce qu'on ne payera point; on ne pay
que ce qui peut rappprter; Ik menfonge, la calomnie, les fiuppc
fitions1, 'alienation des efprits, le trouble dans les families fot
les mnyens ufuels, qu'on ne prend pas incne la peine de di
fimulkri .
DW a vient que notre Nation fut accuf6e de n'avoir point d
caractere. Ii f tble qu'i foit de i'elfence des Peuples qui nanquen
de cPnflitution de maniquer auffi de caractere national; c'eft qt
les pricipes de fon adminit ration changent come les hoinim
qui '. Jilemi.t; c'elt que les individus appartenant a un ordre c
chbofes intini.nent mobile doivent infailliblentent s'arranger pour c
ord e de chofes; c'elt qute d';.Io rs, A Pexception d'unbien petit nombr
tous, ili ,l'iie miieux, doivent fe compofer une maniere d'etre, qi
f; prcte a tout,tous d.lovn it sforgmiferde faon ace qu'auci:tu'c ciri(o
.u: lne les bleie celfta-dire, fe donner une oyaifut, ,n fat
wiiti;ik"c fi on me permet cciie cxpjrelioi, qui s'afIbupliffe fot

., toutes les mans et fe compofe fans efforts pour toutes les former
it qu'on veut 1ui fire prendre.
QuaJnd Augufle buvait, la Pologne deait ivre dit un de nos
r hilloriens : quand des principles fixes exifteront dans 'adminiftra-
es don, it en exiflera dans l'efprit et le caractere des citoyens; et
r- le patriotifine revivra dans les coeurs, quand it fera utile d''tre
patriote. On aimera la liberty quand I'etat de rhomme libre feia
devenu pour tous un objet d'honneur et d'envie.
L'avantage qu'obtint le Tiers Etat, d-avoir au fein des Etats-
Gdneraux.une double reprdfentation qui lui donnait les moyena
j- d'y exercer la pr&eminence, avec le fecours du petit nombre de voix
,- qui avaient d6ej retenti en fa faveur dans les deux premiers ordres,
3- fut done pour les partifans de la liberty, tun triomphe d'autant plus
e complete, qu'honores et encourages par. cette allirance d'une pro-
es chain fupreinatie, ic rallia a leurs reclmna 'iins tous les homes
jufqu'alors faibles et indecis. L'orguiLjt .r enthoufiafine de la
)- ,victoire les animiaient a de nouveaux dbmbats, le fucc6s leur
ie donna de nombreux, auxiliaires et le premier chan.ement ap-
porter a Pancienne forme des Etats, flit bientot le signal d'une
revolution plus important. Du droit de contrebalancer les deux
i- premiers ordres, its pafferent it la prtention de les vaincre, et de
as celle-ci bientot encore, 'a celle de les detruire; en effect, une foisi
it que les efprits euirent et appelles i difcuter les rapports a tablir
? entire le noinbre des deputies des ordres et celui des commettans,
it etait difficile que la queflion ainfi ramenee a fes calculs fim-
es pies et eliementaires, n'ett pour refultat qu'une fixation arbi-
; traire.
is Le problem devenait mathlmatique ; une simple equation altait
e fulfire pour en compare les terms; et comme dans le cal-
cul des chiffres, des refultats differens peuvent etre reprefentis
's par des caracteres .,gaux en quantity mnais diftincts par leur va-
leur les deputies du Tiers ne tarderent pas a fentir qu'ils devaient
ir avoir en force et en droits, ce qu'on ne pouvaiht leur donner en
at nombre c'eft d'apres ce principle que, fans cnfiulter les ordres
privilegies,, fe bornant A lire dans leurs pouvoirs le droit de
reprefenter a eux feuls les cent dix-nenf cent vingtieme de la Nation,
es ils fe conflituerent en AssEMBULE NATIONALE.
i- Cet acte fut le coup de mort porter au defpotifnim; il n'avait
it pu refifler au principle qui le leginmait; il ne put en eviter les
ft confequences ; it n'exhala plus que les fureurs de P'agonie. Los
pouvoirs qu'il avaitrfufrps, rentrerent dans le corjs qui repre.
e lentait la Nation; avec le droit de fare les lois, il remit a cette
n Affenmble toute la force du gouvernement ; et celle-ci reuniflant
a la force du gouvernement ai celle de I'opinion, n'eut befoin pour
6 confonmmer la plus etonnante des revolutions, que la peine de pro-
e clamer des decrets.
Comme les int&rts et les idWes des homes changent avec lea
positions celui qui devient le maitre de creer lesI positions elft
s par cela- mnme le fuprene arbitre de nos volontis, d'autant plus
puifant quil ne nous contraint, pas, qu'il ne nous fait agir qu'en
's nous faifant vouloir C'eft de notre liberty qu'il fe fert come
et d'uninflrumentinfaillible ; endifpofant, il product; ,en piCvoyant ,
Is il opere; c'efl ainfi que AffTemblee national, creant les cur-
conflances don't elle avait befoin mouvantau gr de it-s volontes,
u le levier de 'opinion parlant aila railon publique, a f'int'ret de
tous, faifant fervir le gouvernement mnme don't elle dirigetait les
efforts A fa propre deftruction, fit concourir au fucces des :;'-1,s
f- changemeps qu'elle avait medites, toutes les forces de la Nation,
? et les refinances meine de fes ennemis.
la II y a des matieres fur lefquelles on dirait que la raifon eft une
tr folie4;ue- fvidenceeft- une- chi i-ere qI i' b,.u i, -T .uii- -
dn dlire; ce fnt Tes matieres du droit public ; dans cette ,ca'rrre,
i- it fauti dit-on fire ce qu'on a fait, dire ce qu'on a dit, de-
r, fendre aux lumnieres de faire aucun progres a Pattu.tion de re-
.e marquer l:s erreurs, aux mnoeurs de fe perfectionner nux circouf-
7e tances de changer, aux homes d'effayer tmo.l- I1 'n nt d'etre faages;
toute innovation etl un crime, tout mouveeient une revolte toute
it critique un bl.ffpiemc: ainfi entendait-on parler ai la court dans
f- les parlemens et jufques dans le fin de I'Afnemble, ces homes
don't la science ptuife dans les fits, ne change qu'aveC Jes fie-
des ; fophiftes quelquefois fpicieux toujouts oj ii..s, il y a
le dansle real mcime, difaient-ils, lorfqu'il ell l'ouviage du teis ,
nt une forte d'harmonje qui foutient I difice, et quine fe retrotve pas
le toujours dans le bien, lorfqu'il eft fithbileiit hom-
es mnes. Incap.ibles, dans leurs vues ltroites d'lffinei ou Je conce-
le voir le fticc-s d'un plan compl.t' de reg6i)nation, tout ce'qui
et etait nial, pretendaiemt ls, n'en devait pas moins refer tel, dnIs
e, I'itcenitude de faire micux. Les pl ug.'s de ceux-li o'u'iicnt pas
x les feuls que I'Affemble. eut a vraincre. L'efprit de rform.aion
f avait aufli fes excs et Con i;itemutrt.tce, Dans toutes les revolu-
is tions, il et des hommnes exalts qui chr'lriht n s'e.mparr, pour
Is lkur folie, des ch M,,1wcnis qul ne de'ral'iit Ctre fails qfau profi-

~rC-- ----L~rU~-IL ---- --lg~-~l ~I -


ea raifon, qui ont un int6ret I dceler lterudhion et qui, vain
de leurs vaines penfees voudraient Imprimer ~ tout le globe, 1
1nouvenienta rapide et defordonn6 de imagination qui les agite
Rlien ne fera bon pour eux que le idees qui viennent de'nahre
la fience politique n'efl cre&e quo depuis eux, la raifon a attend
qu'ils fuUlfnt nes pour avoir -des oracles; tout ce' qui n'a pas kt<
crie par eux doit difjaraltre,

Combien it 4tait diflicile qu'une affemblie toute Iheuve dans Par
de gouverner, plus neuve' encore dans celui de i~gzinerr une Na'
ton evitat toujours Pun et I'autre de ces eiccs ? fElle fit de
grand es chofes, "lle en omit de plus grandes .encore; elle voulut
oppoler au pouvoir royal "qu'elle ne crut pouvoir detruire, celui-
d'une innombrab:e multituJe d'adminifrations electives qui confti-
tuaient une forte de'del oiline populaire ; et en placant ainli dans fa
coiflitution a clt d'tin trone. les exc6s de la denocratie elle
y fema, par cette, alliance monftrueufe, le germe de la guerre in-
telline qui devait la detruire. .

Cependant les refies de la barbaric fuirent devant Aes lumleres;
la Nation, fe refondit; le gothique tdifice des fois arbitraires
tomba aux pieds de fa fage&ie, et elle laiffa a fes fucceffeurs tous
les moyens de remplacer par une conflitution plus reguliere, ces
imlformes debris.
La revolution fut fate 'ds qu'on 'vir un cor:s de reprdfentans
fbflitiu aux antiques corporations. La division des ordres avait
crec dans les Etats-Gcn'raux trois corps diflincts, fans ceffe en
6tat de guerre J'un centre I'autre, et touiours moins-occupes de
1'intj et public que de leurs riva!itis perfonnelles. C'efl dans une
aflimnblee homogine compofe'e do deputns temj.oraires du Peuple
qu'on trouvait enfin les plus fiirs mnoyens de fair, predominer,
parlinter&t mime des homes qui la compofaient, le bien public
fir les paflions particulieres.

On ne peut d'raciner fans doute entierement l'int&6rt per-
fonnel, parce qu'il eftplante par la nature, et malheureufemeint
cultive par routes nos inflitutions : mais dans une Affemblee na-
tionale., it n'elt jamais bien daiigeiclix parce-qu'il s'accorde 9
beaucoup d'egards avec ITiitcrt public, et que dans ce qu'il a
de contraire il eft d*une injuflice fi frappante et fi honteufe,
qu'il rougit de fe montrer en presence de tout un Peuple.

11 n'y a point d'homme i qui ufe vouloir autre chofe que fon
bonheur ; ce qui eft. vrai de 1'individu, neo 'elt pas moins des
-ggrigations. Si cette aggregation eft un Peuple fi ele eft forbmuee
des d6putes du Peuple, pris indiftinctement dans toutes les ,claffes
I'unique corps que cete affemblee repr6fentera fera le Peuple, et
le refultat des deiibdrations deviendra nkceffairement le bonheur
I IIen eft autrement des companies, telles que furent les parle.-
mens, et les ordres privilgis dans lesg Etats-Ge'6raux: ne pou~-
vant 1e onferver par la direction variable des volontes monien-
tanees, elles foit c mine forcees de refpecter religieufement les
vieux principe., qui ies ont formees autrefois et gouvernees dans
tous les terns. Ces principles, ,qu perfonne n'ofd difcuter, font
devenus des prejuges, etont, par confiqueit, plus, forts que la
railbn. Its out pour but unique le bonheur bimn ou mal 'en-
tendu, de ces foci6tis mais enfuite ce bonlhur vat-il s'unir a
la fdlicit6 publique,? c'eft tne question qui fera le plus bfouvent
indiflerente a ces corps come eite dl preliue touj-urs etran-
gere .aux projects oue chacun de u.Ous forme potur fon advantage
i .
Tous ces diff'rens gro tpes- -ces' a..'rcAto panthicltres eta-
blies dans les Etats mal conflitues out un objet qui eft common
par rapport a lurs meimbres, mais qui ell reellement particulier
a Ilgard de la Nation ; et delat vient, qu'un fentiment natural au
cocur humnain, lui reprdfente comnme noble tout ce que no is fai-
fons pour les autres; et la vue 4e la Ilp'j)p it des homes, ,tant
infiniment bornee, its prennent aifemiint leur fociet4 pour le,
public ils fe croient defintereffls, loifqu'ils ne travaillent que
pour la imaffe dans laquelle its font confondus; ils fe glorificitn de
tout ce qu'ils font pour elle; leur attachement a cette petite Re-
publique leur parto: un divouement, et ce qu'ils fouffrent pour la
d6fendre, fe revelt i leurs'eux de tous les honneurs d'un f4critice.

s tion quls agitent, pirra par fc refoudre felon les plus pures mnaxi-
e ries morale uiiiver elle. Ainfi en rap:rochant les deputies
. des diffirentes rot incls, les iepritfientan des diflereos ordres dans
; I'Aflnemble national, en les mettant enfemble el-n ei lantji.ait
u leurs pi jugies, en tempFrant ainfi par la fociibil Il qm noii dif-
i tingue, la roideur' de iefprit de pari, on peut tre lufir, on a duo
moils, dans ce fyftlee f.ul, I'eaoir fonde d'obtenir une dilibe -
ration dictee par iinter&t public.
Ces principes d'ordre public front partout les refiiltats de Li
Sfuppreffion des privileges, qui ifblittue 1'orgueil de la vertua celui
de la naiffance Vm 1'ulation d'etre utile, au coupable lihoneur de
refer oifif. Auffi Ie ciel, dit un de nos philofophes, femble-t-il n'avoir.
permits qu'il exiflft des R1publiques fur la terre, que pour donner aux
vertus une patrie digne d'elle, come il permit la tyrannic pour punir
'les homes e leur aviliffeient. Aufli Sidney obferve-t-il que les
"Republiques furent de tout terns plus heureufes et plus riches que
les monarchies fondees fur les privileges parce qu'on n'y connalt
point cette ridicule et coupable vanity qui arrache des bras au coin-
merce et les plus groffes fortunes a rimbnt.

Que ceux don't eforgueil s'ahmentait de la 1fltriffute de ces dif-
tincrions, ceffent done enfin de regretter ces vains hochets d'une -
fuperflition qui-nWeft plus ; et s'ils veulent 6tre heureux, au lieu de
fe livrer a d'inuitiles regrets i.,de fanguinaires fureurs, qu'ils fui-
veni. ces confeils que leur a'vait doni6 : d'avance le philofophe do
Geneve, dans un article de IEmilem ou ii a fi bien fu predie la r&-
volution qui devait s'oprer.

v Vous vous fiez a l'ordre actuel de la foci&t6, fans longer que
cet ordre ell fujet ai des rdvoutiorisinditables et qu'il vous elf
n111 impoflible de prevoir, que de prevenir cells qui peuvent me-
nacer vos enfans. Le grand devirInt petit, le rice devient paty'
Svre le onarque devient fujet. Ces coups du fort font-ils fi rares,
que vous puilliez computer d'en etre exempts ? Nous apprbo-'
hoiis de I'etat de crife et du fiecle des revolutions. Je tiens-
pour inpoflfble que les grandes monarchies de l'Europe aient
encore loig teams a durer ; toutes oniit rill6 et tout. 6et4a
qui brille ell fur fon decline. J'ai de mon opinion des raifons plus'
particulieres que cete maximeni; mais it n'ell pas a propos de les
dire et chacun ne le voit que trop. Qui peut vous rfpondre-de
ce que vous deviendrez alors ? Tout ce qu'ont faith les bohames
les homines peuvent le detruire : it n'y a de caracteres ineffaja-
bles que ceux qu'imprime la nature, et la nature ne fait ni princes-o
ni riches, ni grands feigneurs. Que fera donc, dans la bafffe*fe .
ce fatrape que vous n'avez l1eve que pour la grandeur ? que feri
dans la pauvrete ce publicainm ui-ne fait vivre -que d'or. Que
fera, depourvu d& tout, ce faflueux imbe'cille qui ne faith point
ufer de fui-mnime et ,ne met fon t&re que dans ce qui eft stranger
a lui ? Heureux celui qui fait quitter alors 'etat qui le quite, et
r-fter home en depit du fort! qu'on loue tant qu'on voudra ce
roi vaincu qui veut s'enterrer en furieux fous les debris de fon
trone; moi je le m1 prife; je vois qu'il n'exifle que (par fa cou-
ronne, i et qu'il n'eft rien du tout s'il n'eft roi; mais celui qui
la perd et .s'en paffe, eftl alors au deflius d'elle. Du rai de roi,
qu'un liche, un m6chant un fou peut remplir come autare,
it monte a 1'tat d'houime que fi Feu d'honnmes favent r iplir"
Alors, il triomphe de la fortune, il la brave il ne doit rieiNqu'L
lui feui; et quand it ne lui refle a montrer que lui it n'eft point
nul, it eft quelque chofe. Oni, j'aime mieux cent fois le roi de&
Syracufe maitre d'ecole a Corinthe et le roi de Maccdoine ,
greflier ti Rome qu'un malhLtireux Tarquin, ne fachant que de-
venir s'il ne regne pas ; que I'biritier et le fil& d'un roi des rois
jouet de quiconque ofe. infuiter I fa uifere errant de court eai"
cour cherchant partout des fecours, et trouvant payout des
..froiits faumee deo favor lae a:iLre cofe qu'un- metier qui n 'e
plus en fon pouvoir..

Ce n'efl pas fans quelque regret que nou0 offrons d'abord i rfos-
lecteurs le tableau dedscalamites paflies et que nous nous trou-
vons forces de meler des fouvenirs :a 'efprance flatteufe
qui va luire fur notre Patrie. Alais pouvait-on parler de 6t re-
generation fans parler de fa difgrace Tacite ne peignait-il pas ^
grands traits et en couleurs d'une horrible verit6 les regnes de
Tibereet de Neron ,pour s'empreffer de fire paffer fon lecteur efiraye
aux regnes fortunes de Trajan et de Marc-Aurelle, par le tableaut faro

Sglant deti.tyrannie,et le preparer a appiecier es jouniancesu e quetque
'Separez niaiuenlt ces imeimbrcs d'un 1n1 me corps 5 jettez-lesdans hnimulacre de liberty? On verra comment la tyrannie d6trufit par fes ex-
un, cercle d'linn'nusimbns de maximesdiverdes, nourrisdansdiffrens ces les deux bafes de fon pouvoir les impts etrarmiee, en epuifant
itats, livro'it des occupations varies, qui n'aient d 'comimun par fes profutions infentles les oIiuti's-du tr6tor public, et en
entr 'eux que la raifou humane: quO verrez-vous ? les principes aviliffant et mi orueinin les troupespar- des coiniiois hon-
oppofds qu'ils appOrtent chacun de leur cote, coiimnccr nom part 'teufes et cruelles. L.i liberty nous en deviendra plus here, quand
fe hourter avec qliulque violence; mais en fe I.ijpirochaiit, en fe nous confidin'rojis a travers combien d'Qpprobres, de vexations
ntilant ensemble, ils vont fe modifier I'uri par 'fautre, sidou.cir et de perils, nous avons echapp au fleau1i dvor n de la .dif inco
Ijr le frottement; its tranfigeront en qutelque forte; les p[,rjig6s arbitra;ii c; un malheur pafl ne 'tend-il pas plus vif encore le fen-
Lfe d(pofiott, pour ainfi dire, dsns le courain de leur conft- timent du bonli-i present. Ceft ahin que le fage Alibee, par-
Sice; la jullice ct la raifon feule iucgeoInt a la fin et la quef- venu du fein de 'efclavage aupouvoir du trone que lui :nventi

- --------- ~---- II.~

feCi vertus, conl:i.r vit dans un, coffee enrichi d'or et de pierreriesI
les mnu ques de Ion prefer clat.

Que penfe-1ez-vous., difait M. Servan, dans fon difcours fur l':
E'..i s-G>-ir Anix, d'un homune qui s'6pouvanterait de fe voir co.u-"
vrir de pufties aprks avoir rcuu l'inoculation pour garantir ta
vie mftCIme 2 Ceut plfene S'sqplique a la plupart des plaintes et des
*nlecontcntemnacs qa'on entend cxiale:r parin les homes 4t la iin
d'une revolution nkc'ffaire. La fervitude avait accutmui dans ie
corps fociil des humeurs d:orrotipues ; les palliatifs mnime de inos
in,mpiriqui: s'etaient convertis en poifons ; nous avons embraff6 h a
liberty conmme la feule resource june organization prte ia fe d6-
truire; et n os, nous etornons que cette liberty ait produit unt
feimtentation iuiirale, qAi'elle ait ete accompagnee d'inqui6tudes ,
Ctq'elle ait eit 'es. "ruptions fa fire et fes defires!

Les troubles et les matheurs de la revolution etirent en grande
iartie leur 4aufe dans 1'ignorance du Peuple, entietenue par le
lefipotirwme fa credulit6 foment6e par rhabitude de la fuperftlition:
delh n quit ce penchant univerfella croire, a exag6rer les nouvelles fi-
n iftres qui fle mantfeltent dans les terns de calamity. It femble que la logi,
que ne confAle plus a calculer les degrees de probability, mais a preter
de la Yraifehnblaidce aux rumeurs les plus vagues, litot qu'elles annon-
cent des attentats, et agitent r'imagination par de fombres-terreurs.
Un People dani cet etat d'exaltation reffemible aux enfans de qui
les cyntes les plus effrayans font toujours le niieux ecoutis. Auffi
0 les niittni de la liberty furent-ils avec art dans les commence-
mens de la revolution fe prevaloir de cette difpofition pour 1'ex-
c6eder par d, fauffits allarmes, et l'endormir enfuite dans une fecu-
rite funefle. ;

Des villes des provinces ent c te remplies de terreurs pani-
ques; les citadins ,~les laboureurs, ont quitt6 leurs travaux pour courir
aux armes. Des les premiers miois de l'ann6e 1789, on vit des bandes
de brigands fe r6pandre dans les campagnes, faucher les .bleds avant
4Skur maturity, et faire refluer dans les villes les habitans des villages
pour ripandre partout la terreur et le defordre. Tel fut le com-
Snencement-des-troubles qui, vifileoient excites alors par des mains
etrangeres, s'accrurent entuite, et enfanglanterent partout la France.
Quel qu'ait,&t6 long-tenis notre didain pour la politique inquiete
qui gouveQAait I'Angleterre, et don't la tracafferie de notre cabinet
des affairs &trangeres lui a imalhenreufement-pour-nous donnfe
rexemple, on n'a pu douter deputis de l'intention abomina-
ble de fon miniflere. On s'elt convaincu que quel que ffit furJes
troubles influence des ambitions inteffines, lui feul fut tonjours
la caufe premiere des malheurs du continent; et lui-meme a etc
foice d'avouer le prix inorne .que lux a cofite ce trifle honneur.

Ne li prouvera-t-on pas enfin que les Peuples libre et it et
exile.ia nlgre luii out encore plus d'interet a s'unir pour le
m:ijiiitien de leur ind6pendance, que les defpotes-n en ont a guer-
royer pour leur domination. Cette croifade eli fans doute prepared
dans les dciiinie;.

. Si la liberty desPeuples fe fonde fur les principesdu droit nature, it
eft pour les Nations entire elles des piincipes gnenraux de liberty
qui conflituent leur droit public et veulent que chacune relpecto
'inmdpendance les proprietes et les droits de l'autre C'efl a la
France a donner la premiere l'exemple de leur rthiuL, -t1erva--
tion. Ce font ces principes qui, t;ant que les obflrverent les Bata-
ves preferverent Icur federation de toute atteinte et les conduifi.
rent au plus haut point de profjiritd.

Les Suiffes qui, plus encore .qu'eux n'ont uf6 de leurs forces
que pour lecouer le joug, et recouvrer .leur Obertei naturelle, ont
trouv6 dans cette moderation la force de leur bonheur I'affermiffe-
ment de leur conllitution. Leurs efforts n'ont nui qu't des tyrans; ils
n'en ont plus. Ce Peuple respectable exempt d'ambition affez puif-
fant pour fe repofer fur lui-mtme du maintien de fa liberty et
pour fubilituer la franche probity aux rufes decorees du beau nomn
de politique n'etendit jamais an de dela de fes projects interest de fon
independence, et il refla libre : on ne rcduit point a l'efdavage
celui qui didaigne le defpptiline. Heureux fi la difproFomtion des
forces la rivalite des difflrens membres de cette belle allbciation;,
et la diverfit6 de leurs conflitutions particulieres, les laifent jouir
de cette tranquillity durable qui femble ne devoir appartenir qu'aux
Rlpubliques fondues fur' l'unite de gouvernemnent et l'uniforinitj
des principles!
Plus confxquens dans notre 4giflation que tous ces Peu-
pies qui n'ont du en parties leurs lois et leurs infitutions qu' d'heu-
reux halards, foyons-le aufli dans notre conduite,

Nous croirons aux progress de l'efprit public, lorfque nous
verrons les pafllions fermenter moins la raifon parier des
chofes, fans prevention pour les perfonnes; les homes moins
agglomeres -dans des parties anibitieux moins agites, moms
d6vores du befoin de parler et de faire du'bruit prendre
une opinion plus reflechie, et par cela meme, plus inde-
pendante; abandonner, enfin, cette Icgrt'- Parfienne qui am-
bitionnai' d'etre le caractere national, ce facile engouement fi
promptement fuivi de l'indifference, du d6got, de l'averfion, dela
fureur des nouveautes et cette corrofive impatience qui bruile,
et confume toxus les objets fur lefquels fe porte fa malaifante

/ I

- -a -- ---- -- -----_-


L N enclave ie doit rien parce qu'il n'a rien en propre ; un home i
d coeur foltri blikanto d'un p.iys oil le defpotilime fera 6tabli: s'il ne le
pent pas, it let.i bimutr ddgrade. Oui a Patne n'eft iicn on ne lui doit
tien parce que 'les devoirs font tciproques. Le gouvernement qui appar-
tienta 1n feul hon' me, difpofe de tous les auntres pour fon plaifir, fon caprice
ou fol interest ; des-lors chaque individu a la permillion ticite de s'avan-
tager auIant qu'il le pourra fur le fouverain. En justice r6glee, il ne fau-
rait y avoir de trahiton dans. un Etac defpofique, parce qu 1'efel.ive ne
pent etre ni creancier Ai debiteur. On ne taurait ('des lois et
des regles dans un gouvernement don't Yeffence eit de n'en avoir point ; et
ce defaut de regles ett le vice qui doit tout detruire car rien ne le conserve
et ne fe reproduit dans la nature, que par des lois fixes et invariables. i
Telles font les paroles que m liribeau, du fond d'un cachot adreffait au def-
potifine dans ton ouvrage furlesk ttres deca. het. Veut-on que leur vditd devitienne
plus frappante, iifuffit derelirehifloire desders d ers exc's du defportime en France.
Des dettes enormes, et un credit public -ananti des impots divorans, un
People aigri part fes malheurs, ,pret., A fe refufer a leur exaction d'i.m-
putifantes lois fubftliuees' violcimimnt a nos lois antiques... de nouveau'x
magiftrats, a la fbis imnvlis de & 'opprobre et de leurs digniths i un militaire
dperdu" indecis entire 'ordre des iinitllres et la voix de la confcience ,
etfray6 de la dcfobifllince, mais plus effray6 encore des affaflinats qu'on lui
command, des 'provinces entieres pretes i repouffcr la violence par la
violence, unles eticore la couronneie, par Thabitude de leur attachment
pour leur roi, mais coiilleeiees par leur haine et le m6pris pour les mi-
niltreS c tableau donitie I'inige zx.iare des derniers regnes, et des com-
motions qui fuivirent les dernieres fureurs de la tyrannic, oblige de re-
cburi, aux ruiedes dent la violence devait la detruire.
Une longue fervitude avait fl' tri routes les ames. 11 fillait que l'exces dui
&e-potifnie vint les tirer de Iengourdiffement lethargique dans lequel elles
etalent plongees : il falblit, nous donner de. la colere, pour nous rendre un
petn de itflbrr. Les forms de la justice andanties, des enregitlremens forces,
des exils, deux cent mille citoyens arrach6s de letirs foyers, jeteds dans des
cachots, on bannis pour de ,mifdrables querelles de ithologie ; des lettres
de cachet fans nombre achetees et furprifes a 'autorite, fouvent vendues par
des courtifannes; deux banqueroutes ouvertes et a'uthentiques ; des milliers
d'infractions la fobi publique, palliees par des rules de chevaliers d'induf-
arie ;_ nouve:-aix viligticmeI-s; augmentation de 'taille ; reunion arbitraire. au
domaine; IitIc.uge nii Ile dc.iiiec.s de premiere n6ceflitd &c.
Tous ces prodiges do tyrannie ne fuiffirent pas pour nous irriter. Le Peu-
ple ferepofait m&mae avec la coufiance de la fecurit6 fur le fecours des par-
lemens. Le chancelier Maupeou ne tarda pas A lui montrer fur quels rofeaux
fragiles il avait mis fon appui. IS furLlit tous caffl s leurs membres
exiles, religues -et difperfds dans tour le royaume, pour apprendre A la France
entire combiefi dtait redoutable la vengeance dXun mniniftre. On murmura
des-lors, mais on inofaitiencore oppofer aucune rififlance', et 'on n'6tait que
faiblement attacheU a des corps uniquement occupds de leurs pretentions
Le defpotifine avait commence focus Richelietu la d6gradAite feivitude
Xucced. a la franchife du regpe de Henri IV. 11 voulut affervir jufqu'au
genie. C'eft lui qui perfitada aux rois qu'ils pouvaient ofer tout co qu'ils
pouvaient ex6cuter. Cette ddtefIable lecon egara Louis XIV.
L'intrigant _ct avare Mazarin tedtait pas propre a rparer le al. II n 11avait
wpas, come Richelieu les vices d'un grand caractere, mais les baffes paf-
lions d'un ame fauffe et avide. I1 vexa le PJ ple, I'accabla d'impbts, accu-
auila des tr6fors et 6leva fa famille.
Deux paffions funefies aux Peuples domiiterent Louis XIV le fafte et
I'anbition. La premiere ollitc.a hs courtifans a d'nornies depenfes, et les
conduilit a s'avilir pour y fuffire. L'intrigue multiplia fes retforts pout avoir de
V'argent, et devint moins ctrupuleufe fur le choix des moyens.
Mais la pretpntion de dicter des lois a 1'Europe foumife et de la courber
fous le joug, le voua A des guerres interininabils. De fes orgueilleux triom-
phes naifiv.t le g. rie, de la vengeance et de fes revers, l'efpoir d':tre
enfin genS. L-lxe de fa court, la iigmificene de fcs baiinens en tout
genre, les travaux executrs A Brefl, A Toulon a 'Rochefort, a Dunkerque ,
&raient dedj plus que fuflifans pour deff6cher le trefor royal; 1'eitretien de
fes armies puilfa ce royaume.
-Mazarin avait adminiftr6 arbitraireent ; les troubles et les guterr-s qui
aftolci.t la Ft.uI-cc. pe.nd la.ita inbritede Lonis XIV, liii aaient donned
la facility de s'enrichir au point de fire defirer fon alliance par des princes.
Cdux oni adminilrhaient fenu lui, avaient come lui concourua d puiier
le tr6(or dans la proportion de leur faveur et de leurs places; enforte
que Colbert trouva en 1661 les finances dans un d6fordre effravant. A
I'6poque du regne de Charles VI les ddpenfes de la court n'avaient
jamais pafl 094,000 liv. Ceft avec le befoin ou la manie des grades armies,
avec r'1tabliffenment de la marine militaire mais fimouit avec la corruption
des course, quI s'accrurent le bl cl;l des finances dans une pruoputioni plus
que decuple de I'.,Icuiil,.u-nt naturel qu'eullent pu apporter dans ls imports
iLxcteL-nio du territoite et la Iuiillli:ca.iU< des m6taux pr.'f.'. u;. Aflit6t
que lei-pi tieres ; a..,ito'.r que des ennemis strangers fe porterent en force fur la France,
il fallout des fonds rdguliers et confiderables. Les rois aurtient bient vouluaor-
donner euxnmknes ces contributions : plus d'tiune fois ils le tulterent. La
6cla:niation des ,ri,. .t-l.'i,,c 's les avertit de lenrs ufurpations, ort lesrdvoltes
des Peuples les forcerent A y renonCer. It fallut reconnaitte que cette auto-'
1it6 appartenalt A ia ;atioii, aflfenblde, e t fnappartenait qui aelle; ils jin, -it
mmne a ur facre, que ce droit wf u, inalienable ferait a. jaais refpect: ;,
ft ce ferment eut quoellc .fo i.-. Adurant plufietis fiecles.

'Peii1urirtomite t,:,, c ic6s lacourolle n'avait eon d'antre ql. le piodnit
de fon d, ai:'i '.I'It nI es ll 1ihm 1, 1 '. '.fll: q i i-hacti l do.ll, ,.
pii.iniuir, d6aienth crl.u,. di rcn.ivtrciiit des deniers publics. II fallout
tIbliv in n ouvel order de dciofes, lorile les impofitions devintent gene-
i1~ dkafs le royanime. Soit que les taxes pottaffent 'hria perfoune ou fur

les mi :oins des citoyens, foit qn'on leur deanndat le dnquieme ou I.
dixieme de leurs,/ iito.k.I, !e cinquantinme on le centieme de leurs biens,
meubles et immeubles, foit qu'on fit,d'autres combinaifons plus ou motis
heureufes c'6tait una ndcefUit d'avoir des gens pour recueilir ces different
tributs ; et le malheur de 1'Etat vouln: qu'on les allat chercher en Italie, ou
Part de preffurer les Peuples avaic deja 'fait des progres immenfes.
Ces financiers, connus focus le nom de Lombards, nlie tarderent pas ,
montrer un genie fertile en inventions frauduleufes.
Aprbs leur expulsion, les Etats-Gednraux, qui ordonnaient les fubfides, fe
chargerent d'en fair la lev6e ; et cet arrangement continue jufqu'a Charles
VII, qui, le .premier, fe permit d'dtablir un impot fans le confentement
de la Nation, et qui s'appropria le droit de faire percevoir par fes d6lgu6s.
Sous le regne de Louis XII, le revenue public, qui -s'tait accru par degrds ,
fit port6e 7,950,000 1. Cette fomme reprefentait trente-fix de nos millions
4 fa mort de Franqois, Ie', le fifc recevait I5,730,000 liv. c'6tait cin,
qudnte-fix de nos millions. Sur cette fomme, il fallait p.6lever6o,406 liv. 3 f. 4 d.
pour les rentes perpetuelles cr6ees par ce prince, et -qui, au denier 12 ,
reprefentait un capital de 7i5,coo Iliv. : c'tait une innovation. Ce n'eft paso
que quelques-uns de fes preddceffenrs n'enlfent connu la funefte reffource
ties emprunts mats c'etait toujours fous la caution de leUrs agens, et l'Etag
n'etait jamais engage.
Quarante ans de guerres civiles, de fanatifme, de d6pr6dations, de cri-
mes, d'anarchie, plongerenit les finances du royaume dans un defordre done
il n'y avait qu'un Sully qui put les tirer. Ce miniftre &conome 6clair6
vertueux, applique courageux eteignit pour fcpt millions de rentes, di-,
minua les impolitions de trois mnil!ions, et laiffa a lEtat, ving-fix millions,
grey s feulerbnt de 6,02z,666 1. 2 f. 6 d. de renters, toutes changes deduites :
il entrait done vingt millions dans le trrfor royal. Cent cinquante-un millions,
cinq cents mille iivres ftffifaient pour les ddpenfes publiques ; et les x6fervesM
etaient de 4,5c0,000 liv.
La retraite force de ce grand home, fu t ine calamnit publique,la cour s'abano
donna d'abord A des profufions quin'avaient point d'cxemple dans la monarchie,
et les minintres formerent, dans la fuite, des entreprifes que les forces de la
Nation ne comportaient pas. Ce double principle d'une confusion certain 9.
ruina de nouveau le filc. En 1661 les impofitions monterent 84,2.22.,096 1.
mais les dettes abforbaient 5z,377 .172 liv. : il ne reftait par cohnfqutent,
pour les depenfes publiques, que 31,844,914 liv. fomme evidemment infii--
fifante pour les befoins de l'Etat. Tel etait Ietat des finances, lorfque Iad-
miniftration en fut confide a Colbert.

II1 commenca par reconnaitre les revenues et les' dettes de l'Etat pour 6ta-
blir.u n meilleur otdre dans Padminiftration des finances, et il reuffit a renh
dre fon travail fi simple et fi clair, qu'il 6tait a la portte du roi qui 6crivait,
chaque mois de fa propre main, le montant de la recette et de la ddpenfe,
et la balance de I'un et de Fautre. En 166z, il trouva que les dettes eil
anticipations, en emprunts fur les receveurs g4neraux et les alienations s
montaient A 451,354,033 1. Pendant fon administration, il paya non-feule-
ment ces dettes, mais il augmenta fucceflivement tous les revenues publics,
fupprima itne infinite de charges onreufes a 'Etat et au Peuple diminua
le nombre des privileges fit des remifes fur les tallies, le fel, les aides,
reduifitles chargess a z3,375,274 liv ; elles montaient en 1661 a 52,377,184 1.
Ilporta les revenues, qui ne s'elcvaient a a na me 6poque de 1661 qu',
84,2.00,000 1. A 16,o03i,74 1. Lef-refor-rcyal r'avait pas ,.32 illiodis de re-
venus quand il prit les finances : en 1683 il en avait plus de 92. Malgr6
fes 6conomies ce grand adminittrateur encourage les fciences, le comn
merce et l'induflrie,,et les faifait tous fletrir. Son-primcipe etait celui de
Sully,c'eft-a-dire, de confulter intirec du roi et celui dcsfujets. Leurs fuccef-
feurs n'ont ,t guides que par le befoin d'argent, et la ncelfite d'en trouveg
pour refer en place.
C'eft a Colbert que la France dut les puilTantes reffources qui lui refterenip
pour fe repater favoir ; les grandes manufactures de Lyon, de Tcurs, de
Nifines; celles de Vanrobais Sedan Loiviers et Elbenuf, cells des Gobe-
lins et des Glaces. Mais la revocation de 1l'dit de Nantes, et la perf4cution
des pio,.fl.iis nous fircnt perdre une partie des fruits du genie de Colbert.
Les- fucceffeurs de Colbert, au lieu d'eteindre, A fon example dce
rtntes et des offices a gages,.en creerent tans meftire, puifqu'en 17J1, i'ls
avaient charge I' plus de 7 tiili.i:. de renters; leur incapacit6 et
-ks defafhics de i vicilleffe de Louis XIV mirent le royaiime ;. deux doigts
de fa perte.
Apres fa mort, le difcr6dit devint bin:6t univerfel ; lesbanqueroutesfo
mnltiplierent; Iri gent difparut; le conlmerce fitr ananti ; les contobmmations
diminuerent on negligea la culture des teires 5 les contracts flu Ph6otel-de-
ville ne fe vendaient que la moiti6 de leur valour. Louis XIV, fur la fin de
fes jours, et tun beibin lpizIrhnt de huit millions; il tut oblige d.:- les ache-
etr par trente-deix millions de refcriptios : c'6tait preter A quatre cent pour
cc lir. .. -' *' ,'
LTr'it avait, it eft vral, 115,389,0o4.1. de revenue. mais les charges ,:
emportaient 8z;859,5o4 liv. 5 et il ne reftait pour les depenfes du gouverneo
Iment, que 32,52.9,570 liv., ,30 liv. to f. 6 d. le marc. encore ces fonds
etaient-ils -oifci nonum)' d'avance pour plus de trois ,inanes.
Lorfque le duc d'Orl6ans prit les renes du gouvernemnent, fes vrais
amis deliraient qu'il affetublia les Etais-Gndraux : c'6tait un moyen iiilail-
lible de conferver, d'aiigi. ii. m&ne la faveur publique, alors ouvertc-
.ment declaree pour lui, Philippe fe pretait, fans efforts, a cet exped&ent ;
mallieureufement ks perfides ;. liid... qui avaient ufinpe tiop i'ecmpite flot
fes penfdes, rdprouverent un project' ot leurs inOtr&ts partriculiers le (q
trouvaient pas il fut abandoned. (0

(i) On tr,:iv-wa plus bas d-4 notes -lh n:: fur les tentatives fA ci

A. la inot dte 'ce pt,;e, 11 tait eni-tit de ?,-r.,doo,.no 1., Targent
,6t3,t a !y hiv. le n.urc ; ce qui f de nos jeous plus de quatre mniliards i
encr,-e e fteh .onoIc qu- la dettt lie Ibit pas plus 6norile quanid on coulpire
ldes depenfes en tons genres, et tus les revers de ion regne, avec la too-
dici t de es revaius. Pour le concevoir, ii taut convenir que Colbert a
*trouve td'iiiin. ,h.jt. c- dan$ tes .op .'itnis et furtout danis le colin-
:maerce -u'il ouvrit avec 1ae quatre partitr e du alndi e.-
Ce ne fut.q'iaptes Ia miort de Lu-ms XIV quela plaie piblique fat bien con-
Ai'me. Ce monariue qu,. en *avosit imipole Ai 4 fortune 4t qui avat f utetitu.
,en grand home les rev r':, ks pl' a accablans m.ttiuait dii' fa ttoine de
gJtnduItui Ls access de u 'bi' ; inis qu'i parnt profound, quand on n'eut
1lhs, que lt, tuhinuoire a _.i.i.kci ou a entiirer et qu'on erocuva les
t.rrcut qui precdeit la gu-'rre civil! Si le teilament du ful li. i rhavawt
s ere ,.caff. que ferait devenui le vaifeau doe 'Etat focus la main impaif-
falc i. du du du Maine ?

Le g&nie du due d'Orldais pouvaic feul taffilrer les efprits. It cotironipit
es nimucirs, nais il fauva le royaume t t eri, lprit le hard project d'evictr
(e dIshoii.LUr d'uic bl.uiiqteroite prefque 6videntue.
Y. Le r6gent, voulant op6rer une liquidation aoeine poffible, avait befo6n
dp moyens plus quiordinair flecoflius Law,' au nidyen duquel on devait tanisfaire aux engaeme-ns public, s
;avec des billets,, et fe remibourfer fur les immenfes profits que produirait
la decouverte de la Louifiane, da Mi i pi,, &c.. Malheureiuement tes bbn6-
Ae'es- ctaiint fantaftiques. Cependant, J apres ces fpeculatit.ns on etiblit en
a7r6 une banquet, don't le prix des actions etiiL hypothique fur les p.rto-
4nIts et benefices du commerce du Sinegal elie acquit le privilege de Uan-
rales. On count avec fiueurt acherer des actions, qui femblaient porter fliur
Sd'aufl vaftes foindeens. Elles montereat d'x, vingt fois peut-etre an-deiftis
de lear premiere valeur. Les plus grades fortunes furent bouleverfdes, etr
des agioteurs, des intrigans en firent d'immienfes dins l'efpace de quelquts
inois.- Law,' enivi' de hPvrilfe publiqne, cea tuiit de bilitsj, qu'en 1719 ,
la va;eut chm6 ique des aCtions valait. quat -vingt fois tout argent qui
pouvair circuk-r dans le royaume. On reibouiCf en paper les intiEtkr de
'Etat. En fourenanit le taux des dividcknds 'illifion fe foutint quedque
teni, encore ; mais le regent, emp;rte malgro lui par le inouven ent rapide
'tune miatiine aufli grauide-que compliquie, ne put emp&cher le mafque, de
bomber et le credit tomba tout d'un coup avec li. Le due d'Orleans voulut
eft vain Ile reliever par des arr&ts qui 1aneantirent. 11 fallui fufpendre les
paiemens. Les portenturs de billtis devinrent crtanciers de I'Etat ,et Y'on fat
oblige de reduire l'intr&t au centieiafe denier de la primitive valeur.
A la majority de Louis XV le guvcrtnemntr, decharg4 de l':ormitedu far-.
deau de la dette, etdidig6 par la inin tnimide t paculique du cardinal de Fleury,-
fe- ontra avec fplendeiur. Les rreute premieres ,annees de ce lregne furent
brillanres et heureifes. Mais les minilteres de Machault et, de d'Argernfon
flrent les deniers de cette epoque, et les dernieres anndes de Louis XV
furentile long opprobre d'un trop long regne. (2)
M. de Choifeul, quoique dou6 d'une certain el6vation & d*un carac-
tere plus franc,; tprite p us l'animiadverfion de i'hifloire. I1 fera cited comme
au des corrupteursde fon miaitre,toujours aux aguets avec le due de Richelieu pour
dtouffer les records qui auraient puJe rendre A fes devoirs. Ii avait cepen
dant un coup-d'il juftle, une energie peu commune Ala noblefle franqaife
et une parfaute connaiflance du caractere national et de Part de manier les
homes. Les couns de Vienne, de P6tersbourg et- de Berlin n'oferent
tenter le partage -de la Pologne focus fon niiniflfre, quoiqt'elles en
alors les inoyens. Ceux qui Paccufent d'avoir le premier port un coup mortel
u militaire franqais, en contrariant les anciennes ordonnances, luti font bn-
mage des deux plus etconnamnes revolution que les annales du Monde puiffent
offrir it priparr. la revolutionl d'Ameriquie & celle-ci amena la trvolution
de F trance. ,
it a vant6 ls iedictioni qu'il avait faltes dans fes d'partemens, inais ce
fat d'abord 1etiter natural de la treuiion des m niflters dourt il etait le chef:
car un memre hotmme reprdientant trois minillres, pLuit fans beaucoup de
ane ite, porter en ciunom- rce queP envie de fe difltingue danst lon depar-
tement fait dam.inder au-di.l'Is du neceffaireiu-minithre qui nDen gere qu'nn ;
quad on p.idernit ces econo ies, feront-elles comnp.ta b'ls a fa. diipaationi
'reconnue, aux aulgmetlit t111ons de dp2 s fates p*r ui ? ne fait-on pas qu'il
donnait de tours n:.i 's ? Pour t-p..-r le trefor royal it reduifit les pro
vinces la mifere en accaparaut tons les bleds, pour ei fire. le commerce
exclulf au hnom du roi., M. de Choifeul avait des talents, mais furtout le
ion trancha!,t qui les faith reflortir (3).

Apres la paix de 176z, i'abbW Terrqy home d'un caractere ferme riais

pendant la regence et fous le c-gne de Louis XV, pour une convocation
(I) On pett et 1'on doih rgarilei 1a vie diffolue du roi come une des
priricipales caufes de la ddpredation des finances. On 6vale 500oo millions
Ce qu'il en a cotiti tEtat,'fous ce regne pour les d6penfes que leur na-
turo homttsfe rendait effentiellemnent fecretes ; des nilliers de families leur du-
rent l'ppntnbre et la f'ittui et puiferent dans le trefor public, les unes
le prix attch6 ati" plus aviliffT.n:s faveurs les autres le d6dinim.n.gemeuir
de leur hemiliatin ; mais qui pent 'calculer an jutte ces myfteres ? atffi
le parlreunit de Paris reFnintt L-t-il que f6us Louis XIV tes bo'nsnon motL-
v/s ne s'taieny jamais v6.y6 a plus de dix millions et que les fiens paffaient
mddji cent.

(3) On trouvera plus bas tine notice plus 6tendue du caractere personnel
et des opierdtiriits des miniftres les plus marqnans qui fe font ficcedds fous
les Tp-:nts d' Louis XV et de Louis XVI. Nous avons pris le founl de la plupart
de res portraits dans des ouvrages imprimns avant la r6vo'ution -t public,
par des hosnn' squiavaienl fa. mame d'avoir une conntailtii..- !'.arLic,!iere des
a'its. Nous te nous fommesfervis que pour quelques-uns d'un ouvrage iptimrnf
ei i,, la rdvolutrion i c'eft celi de M. Senac de M, ilha,, qui continent di.-
v.'s rl particuilarites fur les miniifleres de M. de Calonne et de M. Necker.
Nous en avons tired les details les plus frappans, fans prrtendre cependanr
W en garantir Ia vwi n. ii pa rtager routes tes opinions fur des perlornages
vivans, et qui no doivent encore re jugs que timme homes pua.
. "blics.

Idr & fans moraltt, tie pouvant avoir d'argent n vola an non, du rol
il iuiina tous les cihoyensqui avaient fourni aux frais de la guetre., en tidui-
fant a deux et demni pour cent let int6eres de tleurs chancess foit fur les
f .ni:es, les ciolonies, les pays d'Etats bill.. &c.Tout le monde faith cor-
bien le gouvernenient et le l;iiitilre tl, ce" exactions devinient odieux. Le
priduit en fut bi,.i6t. devote : cCiait une faible pluie dor it en aurait
fallaIuuu fleuve.
A ]a mort de Louis XV, le revenue public s'elevait a 37 5% .,;73 hlv.,
wiais les eimeg.i r,,, malgr- cette ft.,e de banqueroutes qu-on s'etait per-
miles moit ient i90.858,53t liv. : il ne reflait donc; de librc que
184,473,343 liv. Les dep.ntes de iEtat-exigeaient 2oc,oo-.,)coJ de liv. ,
c'eait par c.onf'i.quit ut n vidde e 25,56,657 liv, dans le trt6for de & Etat.
A fon av~nement au tr6:e le jeune roi, auquel par mpris hour Louis XV.
aiutant que par flatterie les. p.trl.iens ctles princes vll.iieit d,.nim-t le nowi
de' Dir qu'il refufa appela atpres de lui les honimes qu'on lui d:fiigia
pour les plus v':nrmUtu-1 on les plus habiles. Le comate de liautr.pas deviant
til intiime fon tuteur. Ce choix dtait un maltheur : courtifan dil-
gracie de la tout d: Louis XV on crut qu'il porterait fes refl -ntimnL
inrte.(l-s a tabli1h un iounvel ordre de chofes, a biiger le, titre de r'-;-,.ur ; it n'appoitu.i 1 minitere eni- I'innniitie et la corruption, Pegoitmie
d'un viedilard couriitan, joint A la leg [ 'rctd eiet a 'efprit futile de fa jeu-
nele. i '

M. le come de M:a;i-repvas cominiena par s'occuper des parkmens exi'l5s
depuis prbs de cinq ans. Leur rapper! fruit regard corner une des plus grntides
lauces de Ifon iiiniiltie. Lc ni.Iat-t h, i dii Mly, niiiftrcde la guerre, alnicien feve*
rie ,, inaKauquel on n'.ttli' pIs tous Is- ralens n6ceffaires a ci place, Papo-
firopia en plein comiLui ,l n lui reprochant de deshonerer fa vieillelfe, et
.i'Abufer d-- la jewnell dL! roi. I a fiiite aprouive que le niarachal avait raifrn, au
mains dans le iydflme du de!iouitmne de la cotr. Le roi edt 6t6 bien prlii
vranquille, bien moins tr.cille pir Ils courts fouveraines ; il autait pu i.lire
cntetr dans les Ino-I'L. x p..l n:,ns, ceux des exiks qui auraient mieux aim-
sacconimmudur aux circoriltantes, que de v6gerei dans leurs terres.

On accufa aufi le chancelier d'avoir la'fd chipperer un moment tres-
favorable au m.tiiiti.n d: cihmnbres qui l6i devalent leur exilleiice. Si, qtand
Louis XVI monta tur le none, it avair demanded a ce jeutne molnarque la
levee de touw;-s ks lettres de cachet : Ious, les niembres des par'k-iiins qu1i,
dans Jeur exile fiouti,- ,u t,,orzti une compagnie formidable, pu qui av.,I~nct
encore tn grind part outis Ia Nation, le icnt. Ltretrs ccanimn, de limpleS
particuhers dans le itern de leur famille. fHoles, fans titre ct lrns function ,
ifs n'auraienr ofe s'dlf'-blr : i'tant plus ni,Adhitureix FI'intcit qu'on pre.
naic a eur difgrace auraic iitrcnfiblenment diminti6, on,fe frairaccoutume a
les voir. Ians robe et fans function. Cette demarche etait un coup de part
pour Ih chancelier : fon defaut de prudence enitina fa chudte; il fut envoy6
'aiss is terriss.
Louis XVI, rdmit d'abod fes finances dans les mains de Clugny, ancient des colonies, adiminiliritt born, avare & intraitable ; celui-ci
ut pour icc.:-llenr Il. T..iL'.t i intendant du Limoulin, connu par une admi-
,ii|.iiioni pure, viviiai.e &8hieureufe. 11 dkploya dans ,le 'miniflere dpe l
pr juil et des vtes taiiLs, mais il f4llait ,s'.xpolfr a ddplaire, pour operer
ds re foiines ni.cut.iis : it d p'llt .L fe reutir.
M. Nicl:.r, connat pVr fon -loge d- Colbrt et par 'tin habilet6 dans It
banquet lit entrevoir anu v Ai.l,,- Mairepis la pofibilird de creet du credit
& de ie donner de l'aifance. 11 fut tontrim6 directeur general des finances.
Ce nouveau miniftre decouVert.dc toute piatt l',nvie, annoiai-tr un fylime
nouveau Ict un peu de fl ifmne, dut avoir'des pr.nurs enthoufiaftes et des
d6tracteuirs- ii n tiii es. Ses.cenfeurs lil rcprothent d'avoir 4tabli la reflource
Milufoire et c.l 'irtr iil: d, s ,.tMitinhi I davoir pris pour principles de fon admti- "
ifiration, qn'il faont.i ua Etat uh credit pti.uiiaire, comme a un banquier,
ec de n' voui pas vi que le banquier ,'emtichit iun tr.Jit qui a" P'art de
faire valoir a fzn profit que Its emprunts actifs du banquier augnentent
fa fortune, .uinlis qte les er.piurints paflifs d'un gonverneneent le ruiilnrt.
Ils diktnt quit a tout foumis aux c.lpt.ilifeks, qiu'il a nutghge l'agriculture.
lUs P.iccuf-it d'anibirion ; et pregnant pour ttg .r la difcuflion ouvilte ennre
lui et M. de Calonne,, i!s le taxent d'avurj tromp6 dans ton Compto
rendu (4) .
A fon avwnement au trone Louis XVI avait tendit un premier homage
a la jultice et a Popinion publique en rappelant a leuirs functions les an-
ciens magifrats dvenius chers a MI France par les ma'ux d'un long exit. Elle
acquit Un nouveau degree d Jnergie lottqu'utn minittre philolophe anionga
le project d preparer la n.irion'au grand binlait de la Alib:it- par PIetablif-
fenient des provimeialevs et la fnppli f11ion prochaine des in-
tnid.ins de ce' pa his crees par le vifir Richelieu, qu i sjiigiaiibirnr dela
fubilance des peuples et les ateldblitaicirnPr les c1ies les exactions, la
nlifere et la faim pour les contenir danss I obdill.imi.. On lfe crut dJ.a hbres ,
lne M. Net( i ,.liiip.tnt fes nuages epais que 'imperitlie ct la tapacit:
.k 1 .s phddeLfL-urs a"ai -nt affl-mbloks in les finances mit tus nos veu'U
l6tar de la fortune publique rendir compete d.:s diverics buinchles des re-
veius du royaume, des frais, du mode de leur perception, et de Pemploi
des contributions rationales. ,

A cetta lumiere impr&vue, cette troupe de traitans qui s' abreuvaienr dans.
Vombre du fang des victims lwilinl.s fr6mit de rage. Favoris, minifires,
c'iurtifans tous ces parafites qui cachaient dans une nuit profonda et leurs
f'-urdes apiines, et leur iIllic abfolue ; ces pr.tendus homes d'Etat qui
fe flattaient d'etre de pv, 's i,:,,.i crierent au ,. -rik.- et repr6fen-
TeLICit la ion 'des m, it, rrf-' tO cabinet, comme un attentat centre la
in.ijeli du trne. UIs fe rrunitmret doe concert centre un iadini' quit
avait, quelle que filt fon ambition particuliere 'fu morttrer l'hem rgie d'uit ci-
toyen. 11 fat difer.icij- avec tons les honneurs du triomphe dicerne par ia
ietouinaillance. publique.

(4) I1 rtfdte du Compte rendti, qu'en t4 i7 les retv'nus de PEtat exc6-
daient d. dix millions ks d6pcntks lxe<; maais coini-, ii e,. tiit a la more
de Louis XV tin vide de vintt.cin imiillions entire la recette er ha depeife,
ii faudrait done que M. ,.. Kr edt rembourf6, imalgir Ia goetre par fes
eules economies et lIxtention des r venus. fifcaux, le capiti de cs vn.r-
cinq millions de d'(i i, ce qui, joint aux dix n.,ilir.ns 43c. nt (Uil -
arnonce, donnerait une animen ati.n de rente-acinq de revenus. C' "
ait dii'cik M. de ialolne pritcid s "nraia qu'il c-xlait, m C 1 '

Tie- te pouvwat ip c &later : c'eft le c6lebre Coimptr. rendu, don't 1'idIe
tbfolun tt itiuve dans ut pays Pn'iarchique a en tant d'inuthence lir le
.,.2,1. tet t du .ee, qu a ic.yvl, les Franiis de leut long afloupiillii.nit
' lln tlni-mw_, i o les altemble.s piuci.nij.s qui leur a communique la
pnr,-i-e tincelle doe aiamout de 1a libeiit'. Ce project n'tait pas ailliniment
iiuvieai itl avait iet priip-'.! 1 A M. le due de thoilcul qtu Ie goiitait affez s
dails lks cim/iicurs de la fiiance Je forcerent a Y'abandonner.
te plait de M. NulLe.:r uiteiient !o to0ayel facile de foulager les peu-
1, a, tlns diminuer la tecette du tt6for royal, de preparer la nation A la
ibert6e p,,itiqf en I'accoutuimant pu-.i1-pju .1 trailer dLie inine fes pro-
S i1t u^:;' > de cr6er des hominmes 5n LAtI.ur les talens de-fe dcveloppeil
dhs la dit. tilhu des affaires publiques. Mais il devoilait les vices du r6-
hjime opprfl.urt" des inu n...Ilai., leo abus du lyfiente financier 'efprit de
orps d s parlemenis c'n tfuh alt pour o Lire Mir N marquer tiu ceau de la
1,1f iq.ioii t t cc iAlk"'ie 0qui appuy6 de t'opinion publique, aurait pu
jiiri 1o bonheur de la France et aniener fans crite lia Vi'YCni.uioii d l'Etrat ,
tdetieurta fectet entre le roi et ton nwinihre.'On fit dans deux provincesTeffai
d cette nouvelltte fori d'adininiltra.ion, et ellet obtint le plus grand IrUcc6s
iualgid leos obstacles do tout genre qu'o. ntie manqua pas de lui oppofer.

le lut on le vola,. et il tomba entire les mains de M. Cromot. Ce dernier,
ui fe .royai au monts k rival de M. Necker perluad& qult av;it trouve
I occasion qu'il cherchait depuis long-temps d'6carter du inhifin-Ic le feul
home qui I einchait, d'y parvenir, tire a haite des copies de're m-
moire, s'emprelle de les fire parvenir aux intendans aux parleninns et aux
chefs de la finance c'eft-a-dire a tons ceux don't 'intet&t particalier re-
poiulL.ient toute innovation pour lint itt. public. M. Necker 6tait fans appui,
contre nie male d'ennemis atffi redoutables; come protellant it ne pou-
vit avoiv dans ce temps-la fon entire au confeil it ne travaillait m&ie jamais
Sul avec le roi o et M. de Maurepas quw etait toujours en tiers s*'tait
Jd-'clar6 centre lui. La gloire que le Conmpte rendu avait pro-utd a fon au-
teur lui avait donna de l ocib.igc et it ne pouvait lui pardonner de n'a-
voir pas tait de lui dans cet ouvrage iune mention honorable.

On attiquait au confeil tous les plans du directeur-gneral, et comine il
o' 6tait pas pieflent, oa morcelait on rejettait fes plans. On avait fuivi la
nweme match pour perddre M. Turgot. M. Necker demand done au roi,
not pas une place au confeil, mais an moins la liberty d'y entrer pour dif-
cuLtet fes operations.
Apres une nmure et profoncd deliberation, on lui fromiit cette faveur ,
3 condition quit abjurerait folennetlleent le calvinifrme ; ceft ce que le
Siint-Pexe et te-oticrt Colle ge ,iuti.dint pu lui s'il avait demandti
le chipeau de -cardinal. Comme il ne pr&tendait poiht aux honneurs de la
pourpre mais a celui de fire privaloir fes plans de finance, it quitta lt
mitit there en 178z-, n.wport loit dans fa retraiie les regrets du public, et en
Conf., uCd I n loilir an celebre oivrage de VlAdminifration des finances.
On ne put fuppofer ini talent ni vertu a celui qui ofa remplacer un mi-
niitre honor e la cotliance de la nation, et don't 'iel6vation etait regarded
comme e le tfuittdes intrigues de la cabale qui s'etait declare centre le pro-
nuter. Deux imp6ts et un emprunt ondreux fignalerent la coiurtc adminiutra-
tiun de M. Joly de Fleury ; ii retrancha les fous deux fous &$ quatre fous
p.ur liyve, don't les impolitions itaient furchargies, et, pour quie a comp-
tabilite filt plus productive-et plus fimple -it charge indiftinctement tons
les imp6ts de dix focus pour livre de la valeur de leur primitive impofition.
II gteva la vile de Parts de droits fur le fuctre &c. et il fortit de place
avec des pensions et J4u mepris.

Un jeuie hlomnie d'une probity reconniie M. d'Ormeffon dontia pen
dant quelque temps des efperances. 11 lilt bintot oblige A fon tour de
depofer un fardeatr trop petant. Son brilliant fuccelfeur avec tons les avan-
tages de la fuperioriti, niavait pas celui de l'opinion publique. Nomm6 com-,
mitlaire dans. 'affaire de M. de la Chalotais, au lieu de l'impartiaite d'un
juge ii avait tervi F'acharnement des ennemis puuifans de ce courageux ma-
gittrat, uniqueientpour en obtenir de la faveur. Mal fame d'ailleurs it ne luii
ititait de droits a la confiance que de refprit et l'art de 'nfinuation. On
fut coniterne de voir M. de Catonne remplacer M. d'Ormetlon de voir
les ri~.heitre de I'itat entire les mains d'ua houmme qui avait dilapide fon
patriimoine d'un hommie qui, inconfidert par caractere immoral par fyt-
totme avait deshonore fes talens par fes vices, fos dignites par lopprobre
de fa conduite ; qui, 6tant procureur-g.nw'ral du parlemnent de Douay, s'etait
avili jutqukt fe rendre Velpion d'un miniftre aopres du procureur-geniral du
parlieu ent de Bretagne et avait eu, 'itipudeudr de devenir le judge du ma-
girat dournt iI avait et le dlddat. ur ; qui, depuis vidilli dans les intrigues
amoureufes, et dans les intrigues de la court charge de hor te et de dettes,
venait avec la troupe avide de fes protecteurs fondre fur les tichetles du
royaume coltnue pour devowt): les finances, focus pt6texte de-les admi-
Iitlrer ".
MAis iLfallait A-la (iCtiri iiniiilth f1cond en reffo ces nlbAile. con-
vrir de palliatifs la breche ouverte par les diflipations, et qui tie fe lailsat
point cltrayor par l'abinie : on' crut Vavoir tuivii dans M. de Calonne. En
effet rien i'tait .i1-dLIllis de fes talons et de fon audace 1 il plat au roi,
et le fabjugua par fes manieres fpiiitnlk'. ; il plut par fa prodigalite A ceux
auxquels un ambiticux avait piitiip.d.iein. befoin ie plaire.
p -puis le 'mois d'octobre 1776, jufqu'au uim,' de ina 178t, M. Necker
avait eitpruntt cinq cents trente millions 5 en ideux ans, font fcceffeur avait
emprunte plus de trois cents millions 5 mais M. de Calonne sle futpaffa Iun
et 'autte ; les emnprunts mionterent a plus de huit cents millions. Ainli -e
dix ans, l'Etat s'elA ,.lzd dod e la remte dnti capital d'u tuilliard fix cents
trente millions ( 5).
Comment, en fuppofant r'exactitudo du Compte renda, c'l.i--dui dix'
millions d'excedent, et vingt-ciuq millions de capitaux iteints, M. de Ca-
lonne avait c6ev6 le dki.lLit en trois ans et quatre mois A cent quarante
iiilliuir. (6). Cela p.irtt.iii icouiccble, fi 'ton ne favait' p,s qu'indepen-
damnment des charges de V'Etat, force pritnitive du deficit ('7) le trfor
royal 6tait no.- iA toute les fantaifies, acc,; iilil A \tonteO les unt u, s.-

(5) UemoUtrances du pakniuit. de Paris, du 24 juillet 1787.
(6) Taux auxquel les notables ,oult evalu6.
(7) M. hIl it, pr..>ip i ,:,aiiiu>des fiinances focus M. Dofm,,ret,., a d6non

Les dons., les pefios les iteiaon volerent aut-devant de tous les
services rdels ou fuppolfs i les dettes des princes futeift liquidees, on acquitma
niite. des cr6ances limulees. Ont fefait achoter au roi Rambouillet 6t Saint-
Cloud dA ia reine, on eugageait, on '.hl itt les domaines de la couroniie.
aJnIi:is la court ntavait et6 fi brillante, ui le prince ti nagnifique ; jamais on
n'avait vu tant d'activit6 dans la 6LCul'lou ; le 1i niire1 fe (.hthi igniLt en pluia
d'or ; enfin, il ttabilffait une cutili d'jaiouiiill -nt pour 6teindre la dette
rationale : les euiprunts fe multipliaietit ent mnme-tems, itiell vrai~ -uiais on
annonoait dans de brillans pr, amibul..s, que le controleur gn6rtal avait troupe
le fecret de libdrer le royaumen ; qu'avant vingt atns la France aurait reli-
bourle tons fes cr6anciers, et ferait parvenue -an plus haut degree de fplen-
d..ur et de gloire. Tons les edits por-ant creation de nouveaux emprunts,
lne manquaientpas de lJepromettre.Les .wh.r.-oi dont la inalfaifanto activity
s'alintente de la multiplicity des effects publics, de la cumulation et du dif-
crddit des emprunts., chantaient la lounge d'un minifke qui fervait ii bien
leirs deits..

Cependant la facility des emprunts, qui tenait priiipaikra-mu & la confiance
qu'avait inqfir&e M. Necker, ne fit plus la mrme lotfilu'on iut iemarqu6
l--s dillipations de fon fu Lti1loV. Anifi les premiers emprunts de M. de Ca-
lonne ne rendant poit .-ce qu'.u avait attend il fallut en ouvri de nou-
veaux a des conditions plus avantageaufs pour le pr'teur, jufqu'a ce que
les engagement devintlent enfin fi onreteux, qu'it n'y eut plus moyewt de
"deguitfr l'impoffibilit: de les remplir.
M. de Calonne; parvenu A cette extr6mit6, fit convoquer les notables
il efpdra en impofet par l'audace, et feduire par les refl'oirces de V'efprit;
mais on tie tarda pasa s'apercevoir que les homines raffenmbls s lectrifent puif-
fammtent que l philotophie et la revolution d'Amnrique avaient donna des
pretentious nouvelrks, et qu'il ne uatt fouvent qn'ouvrir une iffue a 'e6ner-
gie, pour qu'elle Lfaie une orageufe exploflon. Les premiers moments de foni
minitlere f&duilirent par des piomefles, et par utin iftant d'ifance qui en
impofa : c'etait un Conge flatter; mais le reveil en fut terrible. La convo-
cation des notables fut tn coup de foudre qvi tira tout a coup la Nation
6tonnie de cette icroyable fcurite. M. de Calonne voulht recaler, it n'etait
phus terns ii itoulut diffoudre l'atfemblee par des 'lettres de cachet, mais
rien ne pouvait plus fitrmonter l'opinion elle planait dap fjur Ia force exe-
cutrice, et annoncait la puiffance qui cree les lois, qui btiie en uninflant
les entraves des antiques abus.

L'inMignation publique fut dgale A la furprife, lorfqu'on entendt-annoncer
tin deficit de cent dix millions. ?.I de-Calonne prevoyant par la r .illanee des
notables, qu'il aurait plus d'un aflaut A livrer au parlement, mina fourdement
daus 'efpiit di roi le faible garde des fceaux, qui lui donna bientt lui-
n.rme occasion de t'attaquer ouvetemenilt. Le contrleur gtSu.ral ayant fou.
tenu an grand comity des potables que le trd!or royal n'etait pas, a mo-
ment de-la retraite de M. decker dans l'etat d'opulenze qu'il avaih announce,
le roi deliia d'avoir fur ce fait le temoignage de M. 301lyde Fleury', fon
fucceffeur. Sa rdponfe ne fe trouvant pis cenforme ainx vues et aux affer-
tions de M.. de Calonne celui-ci jugea plus a propos de la fupprimer que
de la combattre ; mais l'ex-minifke avai etivoys en nieme-tems au gaide
des fceaux un double de la lettre qu'il avait adreffte au cont61leur g&ndrat...
?v. de' Miromefnil en para au roi. Une infid6it~t dc ceite nature d-\.\i'
d.icider dk la perne de celui qti s'enatait rendu coupabk' l mais le rulf cour-
ifan fut en tier advantage : il attaqua vivement le chef de la justice., pro-
voqua une rixe, et finit par emt, impofer au monarque. M. de Mi.rm&efnil eut
-tort,-car it perdit fa place, maisilretrotivala paix-et-regagna l'flime pu-
blique par la fernet6 avec laquelle it foatiat fa difgrace ; il ecU-iit an
roi une lettre noble ;et touchante, en !ui renvoyant les lettres-patentes par
lefquelles il 1'avait nomnie chancelier.
D6s que la retraite de M, le garden des fceaux fut alure TvT. de Ca-
lonne propofa au roi M. de Lanmoignon, commDin-lenmme Ie plus capable :
dans des circonitaaces difficiles, de remplit les impcriantes foactions de chef
de la magiltrature : fon choix fut agree. On avait congsdis les notables ,
pour fe ddbarraffer de leur importune pr'fence, mais ils femerent dtais les
provinces la plainto et le ioupcon.
S'il 6tait facile de trouver un fucceffeur a M. de Calnne fous le rap-
port de la probit, it ne i'etair pas de liii donner un ficcefer qui '
en talents et f archeveque de Touloufe furtour auquel on n'attrrinua d'autie
merite qu la pr6fomption d'un ambitieux, et les fauifes arenetts de l'inipuif
fance, ne lui parut pas finprieur en vertus.
11 avait pr6vt la clicte prochaine de M. de Calonne et dirig4 toutes fes
demarches, tous fes difcours, ftr le pIan combined de fon t ovation n futmoe.
Le fitence politique qu'il affects n'en impofa pertonue : on feuleva minme
le voile myfltrieux don't il couvrait fes pretenions; mais .il louvoyait habi-
lement fous les aufpices de l'a bb e Verrront, et fut fervi fi chaudnmenut
qu'il fut admis au confeil, iimmi iatement apres le renvoi du controblear
gtn&ral. De 'efprit natural, une l6ocution facil ; mais utin genie 6troic, tu
corps uft par les plaifirs ; utin caractere enerv6 une vanity exalt6e par
Ls fades adulations de -quelqT:-s litK:.-:-, "i ,|:.-s, ..i--u- iddes vagues
d qjii pr'enair on pl' d. lhi ii-i;. >i de lexporiience;
tels reaient les moyens avec lefquels it entrait ,ans le miniftere. II avaiv
a peine prodait un instant d'illufion que fes vues conrtes et incinfeqnentes
Pavaient detruites .'uiuii.. II propofa au p u1-.. I, les memes impots quo
M. de Calonne avait propoSfs aux notables, imap6t territorial et celui
du timbre '; quoique conime notable, it fe f t ortsllement eiv6 control

Les imagiftrats gtev6s par le .premier imnpot, poeorortent de lodieux du
second, pour 6luder i'6quit6 de celui qui sautir port egalement fur toutes
les propriet&s. De- 1a ce combat. d ordtes et de retfus, d'injonctions de
remiontrances et d'arr&t6s, qui finit par wexil du. p.'Oefient de Paris
Cetacte d*autorit6 fut le premier signal de la guerre, et decida opinion
publique. Elle fe manifefta pen de jours apres a f'6gard des deux princes

te6 que, dans refpace de deux fiectes, on a mis forceient fur les Peuples
plus de cent millions de levees u',velles et perp'tuelles, pour remplir- less
engagemens de gages et de routes atxqucls a oblig, ia v. eulit des charges ,
et qui. talent doublement on'teules, p'no:delles .li,-.iii:,. t kes ti'-,'di: e-
des .fpiculations udees du commerce, par lefquelles leits'u.r aurcient
p ,ue tione force de tieheffes pour 1'EtatA et o les -npr,.[tii.:it d4
'l*i ui -p

qui fuient ~ envoys pour le am;>it- e,,t-gihle,,ntir, 'un A la ldiaubre des
Cormotes. I'antre la tcour des Aides, avec unile nergie qui ioiuu gakiacuic j

Ie anus de la liberty t e les fauteurs duJL !tuiid, .

La wiiiii.,, des deux freres du roi trait la ime. Cependant, Mtonlieur qui,
se'dtait declart ouvertement centre .1\. de Calonute, a r'AflemiblMe des no-
tables, et au: d:.:i :.-, alfmblees de dhambres, que tint enfuite le par-
"-L-iiEt, frt reULl dans P-aris aux acclarations du Peup!e et reconduit apres
la dance dans fon palais du Lu-'.ube.-urg at miiieu des binddictions d'uune
foule ininenfe, qui s'enmprefatit de iui preneater des bouquets et de jeter des
iliurs fur tfio paiFag. M. d'Atois, au contraire, qui s'ltait cru par re-
connaitlitnc fus doute, obimax de ddieedre les-operations du Mililthe dii
gracid recut d&a h barrier d : la Coaierence des marques du mnecontente-nte
mient public. Ji fte m.ii-!. d'une wmaniere, effrayante pour ft perfonne, au
Palais, lorfque tes gardes thirrt in no.uvement commie pour fe niettre en
dfnfe i un hoinmme b!-lfe par imprudence ou par accident, augmnenta le
tumulte et le danger. II en fct cepend&nt quitte pour la peur. Lorfqu'il fortit
de la court des Aides, ii frt affaiili par de nouvlles clameurs, et pourfuiviC
par les hues de ce nmeme Pcup e, don; it avait et l'idole, jufques vers la
Itatue d'Hepri IV, don't la vue dut erre pour l..i tn nouveau reproche. Un
cordon e troupes, depofd fiOr 1 Pont-Neuf, fAmia le paffage A la multi-
tude et donna au prince la facility de continue librement (a route, apres
une leqon effiayante death ii edit vraifemblablement mieux profit, fans les
confeils perfides de ceux qui l'entouraient.

La Nation dtait trop 6cla!rie, pour que le parlement renouvelat I'abfurde
protention de renir le roi en tutelle et de porter la main au gouvernail. Pour
cette fois redit ts A la feule veritd pour fortir d'embarras, its adopterent
A'avis d'un confeiller M. d'Epremefnil, qui leur reprdfenta avec force qu'il
itait inudile de circuiter infidieufement que la verite de leur incomp- tence 6tait
apercue et fentie, qu'il fallait fe faire un m6rite d'un aveu nceffaire. Ils
confefferent donc n'avoir pas le droit de fanctionner limpet, que ce droit
appartenuit aux feuls Etats-Gkn&raux qui avaient celui de le confentir, et ils
en demanderent la prochaine -convocation.

Les miniflres furcnt enrtirement diconcertes, et de strangee aveu, et
de la demands dangercufe du parlement. En effect elle fiut fi vivement
accueillie, rcpt'6e avec tant d'enthoutiafme que le roi fe vit oblige de
de I'accorder ; ii s'y engagea par une promefle folennelle. Les parlemens ont
done rendu un fcrvice reel a 1'Etat ? Ouii mais il s'en faut de beaucoup que
leur gloire feit pure j its ne rent pas m6me pallier les motifs deterninans
de leur refinance et t'aveu de itur incompetence : 'interit de corps et lin-'
tir&t personnel percerent de route part.

Dans la crife violence oi l'on fe troimvat, le confeil n'imagina rien de
mieux qu- de normner I'arch 'vque de Touloufe, principal miniltre ; mais un
nouveau titre e peut donner un nouveau talent et le principal miniftre
ne fut ni plus habile ni plus hcuteux que ne 1'avait et le chef du confeil
des finances.
L'enrteenvint et la faibleffe priefant a toutes les operations d'inpudence
err impudence, iL amena les ch, .f s au poitpt qu'i! &tait dgalementdangereux-
pour I autorite royale d'avanccr ou de reculer, et lui fit.faire Fun et I'autre:
heuareufem-nt pour la monarchic frangaife le parlement ne fut, ni plus po-
litique, ni plus prudent. L'enregifrement de la prorogation du deuxieme
viigtieme pendant forn exile, montra qu'il n'tait pas moins inconfequent,
qu'incompe6enttet le roi, en le iendant a la capital, lui fit petire pour toujours
iripoitance qu'l avalk ufurpde dans Iadminifravion.

La mauvaife-foi avait prepare R'accommodement fimuld des miniftres et
des magilfrats : la mauvaife-foi amena une nouvelle rupture. L'archeveque,
a qui la vote des imports etait fermee, tenta celle des emprunts, et elle
lui edt peut-ere reufli fans la perfidie de quelques magiflrats et la gaucherie
du garde des fceaux. M. de Lamoignon avait engage le principal minittre a
eritrer en nlgociation avec le; membres du i arlement qui avaient le plus
d'influence dans leur compagnie. Tous convinrent des befoins du gouvernement
et de la neceflite de lui trouver de l'argent.

Le miniftere crut la circonftance favorable pour 6tablir une court pl6niere
impofmnte qui lui donnera t lks moyens de fe pdfer des parlemens. Cette
cour devait erre compofe'e des princes des pairs de marechaux de France
et de qudlques inagiltrats : 'cdc et: vraiment (a cour pliniere du defpotifme.
En mrime-tcemi le garde-des fceaux Lamoigr.on fe vengeait du parlement, en
axant, dans cheque g.neralite, les baillages auxquels il donnait des pou-
voirs tres-eteudus rant au civil qu'au criminal. Tous les parlemens firent
une levee de bouclier ter bl- ils fe conf&dererent et conclurent un pacte de
refiflance, qu'ils tanctionnerent d'un ferment. Pendant qu'on recueillait les voix ,
le garde-des-fceaux s'appercev.ant que la majority nie ferait pas pour les
projects uinilteriels, monta au trine pour avertir le roi d'en taire ceflerle
recolement et de declare l s volon. s ; ce qui tut fait. (8) Le duc d'Or-
leans s'tanit permis de demander au n:oi fi c'6tait un lit de juflice on une
feance ioyale qu'il entendait tenir et de protefler centre 'enregiftrement,
fut exile, aini wue deux autres confeiliers, MM. Friteau et Sabbatier de
Cabrt, qui avaient parle avec d)umtag.. Le premier movement du roT-ifit
de le faire arrcter au mil enu a e la grand'chambre; on prevent cette d6-
marche, qui n'aurait fait qu'aigrir Ics efprits. Les minifires n'en furent pas
moins pourfuivis avec. plus de fireur encore par les cris de .'indignation
publique, des que 'orate d'exil fut conui...
M. d'Epriem fnil avait donne "idee d'un emprunt fucceffif : la declara-
tion du roi, libellee tur fan plan, reila plus de hnit jours env:ef es mains,
et la fiance royale ne rut arr&6te au confeil que lorfquton fe crut affure
du confentememt, des magiraUmts. La v.Villn, tout change: on pr&tendit que
des membres du parlemeit avaient eux-m6ines prifente des minmoires pour
demander A diftr.ire du reftort de leur coat plufieurs provinces et propof&+
d'y etablir des confess fuAprieurs. M. d'Epr6meffil fut defign6 commine de-
vant ktre premier prdfi ,atI d'un de c, s nouveaux tribunaux ; d'un autre
c6td, quelques propose i _' -'i.. l'archeveque Iayaut fair foupatonner de
mauvaife foi les inmreteds craignirent d'etre compromise et lui manquerent
de parole. Cependant une grand,- majority s'etant declare pour l'enregiflre-
anent, dans la .-.-ovalc i! ne reltairt que deux parties a prendre, 1unn
de faire recourner le roii a Vefailles, et de l.ail, i confommer la delibrea-

(8) Quand M. de Lam oignon enitra au parquet, M. S guier iui t-iii i,.li s'il
otait vrai qu'il fdt decide a etregiltrer fans prendre les voix. Sins awie ,
lui repond le garde-des ffeaux, "ft-cc iae Voes voulr qte le il tne foit u'w a
",niillii an paarlenient ?

----__ I --- II -- ;--- I~-Lb--r

tion l Ia pliralite des voie puque le pnl'.mnent y atachiait tanlt d'impoto
tauce ; l'autte d'accorder fur le champ les Etats-G

Mais M. de Launoigniitn penfa que le roi devait fuivie aufli fltictement
les determinations de fon confeil, qu'un premier pr6fident les arrats de It
court. 11 tie fenti pas que 1'AflemblIe des reprekentans de la Nation 6tait
deformais indifpenfable, et qu'il valait naieux pour la gluire et pour Pin.
t&& du prince qu'elle part un bienifait de fa part qn'un facrifice arrach6
par la iiccfitm. Peut-etre auffi eaet-il pas le courage de braver le iellci-
timent du premier miniftre.

L'emprunt ne fe remplit point, l'Etat ppriffaiti; mais les aftaires particu-
lieres des uiniftjes profp6raient. L'archeveche de Sens et une riche abbaye
.furent la rdcompenfe des brillans fucces du principal minittre, et le garde-des.
fceaux requt pour prix de fon habiletd, z2,oooo liv. pour marier fa tille,
On r6folut de perdre M. de Lamoignon; pour y r6uffir, on fatigua ia coua
d'arr&6s, de deputations, de remontrances. LUinflexible garde-des-1iceaux fai-
fait parler le rui avec la hauteur d'un fultan. Les parlemenis r6pondaient avec
une fermet6 refpectueufe, et faifaient de leur caufe la caufe de la Nation,
en paraiflant combattte le defpotihine miniftriel, uniquement pour affluer la
liberate publique.

Cependant lahfiftance qu'ils oppoferent' A l'tabliffement des affembides pr6-
vinciales leur donna de la ddfaveur; et les ftenes qui fe pafferent an pa.
lais, lorsde fidit qui accordait I'6tat civil aux protetlans, I'humble con-
feflion de M, d'Epremefnil, la fcillion don't plufieurs membres inenacerent la
compagnie, jetterent du ridicule Iur leurs ddlib6rations. Encore deux lois
julies et agrdables a la Nation, et les miniftres triomphaient. Mais leur im-
peritie et leur audace les perdirent tous deuax.

Un comit6 de jurifcoufiltes philofophes, s'occupait fous les yeux du chet
de la juftice, de la reform de la jurifprudence civil et criminelle. Le garde-
des-fceaux, toujouns prelle d'agir, voulat faire en quatre mois, ce qui de-.
mandait plufieurs annees de meditation et de travail. Le principal niiilhte,
jaloux de partager fa gloire, fe joignit a luf, et ils arreterent d'operer une
revolution an moist de mai, come on aretaitt un voyage de Compiegne on
de Fontainebleau.

Tout-i-coup les fobt donnis. Tous leg militaires font rappelds fous
leurs drap.aux ; des oftiiers generaux et des confeillers d'Etat partent.pour
les provinces ignorant eux-maines l'objet de leur million. Le menme jour,
a la mneme here, ils doivent ouvrir des paquets cacheres qui renferment
le fort de la France. Une imprimerie 6tait drelfee a Verfailles, une fouled
de preofes y gemiffaient jour et nutr, ct un triple rempart de bayonnettes
derobait le fecret des miniftres aux *regards indifcrets.

Cet apparel nouveau de defpotifnme avait feme I'alarme. M. d'EpremefniI
vint a bout de decouvrir le myflere, et fit jurer les magiftrats et les pairs
du royaume de le retifer a tout project qui emanerait des preffes minifie

Les miniftres furieux, lancent une lettre-de cachet cbntrel'atiteur-de la
decouverte, et centre un jeune magitirat qui avait denonce leurs vexations
dans la perception des vingtiemes. Ceux-ci echappent aux fatellites, porteurs
de h lettre, fe refugient au palais, et le parlement les met fous la fatve-
garde du roi et de la loi. Les pairs s'affemblent; le Peuple fe porte en fouled
a la grande falle; une deputation foLmnelle part pour Verfailles. et va
supplier le roi d'ecquter dans fa fgeffe, tde meilleurs confeils.
Cependant un home eft furpris dans l'enceinte m&me du palais, vendant
des exemplaires falfifies du fameux arr&6 du 3 tiai. Les portes do la grande
chambre s'ouvrent, et la court, les pairs y feant, condamne aux flinmmes
ces imprimes impofteurs apres avoir fait lire au Peuple original mmne de
leur deliberation. Cette circonitance echauffe les efprits; la fermentation
augmentait d'heure en here, tout Paris attendait avec line curiofitd inquiete
la fuite d'un 6vanement qmu devait decider fi le palais allair devenir un hlie
d'immunite, d'oA tout confeiller pourrait deformais braver les foudres de
Yerfailles; ou fi les miniftres, au rifque d'encourir lexecration de la France,
employraient Ia violence pour faire executer les lettres-de-cachet.

t1 6rait minuit, lorfque pluflieurs bataillons fous les armetz, prc6ddes de
leurs fapeurs, la hache furt P'paule, accourent au p:das i !pastpr,-cipitrs
prets a brifer les portes, en. cas de r6fitance ; le fie n Vincent PdAg.ult les
command. 11 entire dans la court des pairs et demand les victims defignis.
Nous tommnes tous Goiflard et d'Epredmefnil, ripondent les magiffrats. Tous
les Francais furtnt ce jour-la pour d'Epremefnil. IUs ne favaient pas qu'il n'tait
que I enneni dtuminifre et non ami i de la liberty. Le marquis d'Agoult
montra fes ordres mais common its n'etaient que minifi&iels on refufa de
les reconnaitre. il fallus done retourner a ,'erlaillks, dveillr le toi pour Juli
fire figner un ordre que 1'on doit croire avoir etk 6ontraite a. fes difpofi-
tions naturelles. Vers les cinq heures- de la in&me nuit, l s deux con-
feille furent enfin eaievis. M. d'A,.,ult- conduiiantcomme en triomphe, ces
deux-niagiftrats en robe, la t&te de deux nmillihomines arms, requt tout
long de la route les temuoignages de I'indignation publique oret contre fa per-
fonue et contre les ordres don't il etait porteur;'comme it avait fait une efpece
de fiege du Palais et failli empoiter la grande chambre d'aflaut, on lui
donna le gouvernement de la place qu'il avait conquife.

Ce dernier acte de defpotifine etait trop violent 5 it devait paraltre trop.
odieux A la Nation, pour quo les deux miniflres de qui il 6manait conjfer-
vaffent leur place. Comme il ne leur reffait plus fur la terre de dedomma-
gement que celui des tichelffes et de orts tires, on les en combla. M. de La-
motignun et une groffe penfion, et archevdque obtint tout ce qu'un roi
de France peut donner, afro de proportionner, autant qu'il etait poflible,
les graces a la hainue du public. II emporta pour pros de 80o,ooo liv. do
penfions et de b6n6fices.

JI1faut reconnaitre que dans leur lutte avec le miiiifl ~e, les parlemens one
fervi puiffamment la revolution focus laquelle ils fucconaberent. Is ont avertti
la Nation qutelle avait des dtoits pi ii.Di a1 exercer, de rclamna-
tions a fire valoir. La volonte pcrfonnelle du roi etant nille devant 1'id-
fluence des mninites qui la di>;rj-,, Int ;. lenr grd, il ne trouvni'le point
d i'de le fare itervnur dans lt ku quterdlel is to- mir-ent bI4a ._ p..rr
tie sinftrmre par tli-n~iiae de fes droits, qu'lls avaient l'air dI' drontlre.
Pat'. er prtention d' rre parties e"feptielle dla lgiflation ils fe font ex-
Spofes a lexamen, a fulartveillance, i la critique ; et aon vi qu'ils avatenfl
A .aa, ,d

,a.e.nens, c'ef-i-iSre, des Etats-GCnraux, quoiqu'en 144, .ux Etats
ta us pendlant la minorte6 de Charles VIII le premier pr6fideit la Vaque-
ne elt ,pinecnt d6clar6 au regent :, Que le parlement etait pour
r fendie la justice au Peuple i, que les finances, la guerre et le gouverne-
Sliunnliit du roi, ntitaient pas de fon icfuict.
L'oi reconnut bient6ft en effect qu'ils t*ayaient monter d'6nergie qu'autant que
letrs pr"T'g' itiv:s, leurs pr-tciitions oil leurs ihteiets draient compromise.
Oit-i1'b p.tI' IIIVi les crimes d'E.t.ii dans les minifires ddpredateurs ou fri-
Pons, dans les d frote-s fiubalternes qui cominettaient au noni .de Louis
IV, toutes fortes ~hllo tneus? Ont-ils pidlerv ou il6me elfa t de pr6-
fervir le Peupie kl I' ppinive progreaion des impets ? Selon auteur de
T'luoge du chancclier, de l'Hofpital, ils doit corrompu et cqc qily a de plus
facre fu lr terre et le feul bien qtue les gouvernemens puileiit fire aux
, 5,mcs, la jutiicji et les lois. Cependant le Peuple, qui ne voyait que les
ourifs apparent, .avit confer6e long-terMs pour cette vieille dole tin refpect
Anuatiquei et d.m s ces derniers rims, il regard tit encore les doure padle-
S'ils repandus dans le royanne come autant d'6gides qui protegeaient les
citoyens et les prpi6etes.
-Pen do jours apres la scene du Palais, parurent les fameux dits du 8
.mat i788. (9) Pent-etre eut-on vu d'ua.oeil tranquille, ietabliffement des
grand bailiagesS quoique ,us'.-:rcu: 'dans 'etat oa fe trouvait alors la
lgillation franqaifa, ils t e pou-naient, manquer d'etre miles et agreables aux
provinces. Mais la haine de la court pleniere r6unit la Nation aux parle-
anins, et ceux-ci, forts des fentimeiis excitts dans tous les coeurs, tant par
la conrageuf r6filtance du Peu,dl de Rennes et les ecrits vigoureux de la
commillion intermndiaire des Etats de Bretagne, que par la conduit ferne,
mefuir6e et vraiment patrtotique du Dauphine, triompherent de la puiflance
royale tindignement proftitu e, de ,la force militaire, ebranlee par l'ufage
deshonorant qtl'on en vou'ait faire, et renverferent enfin les grands bailliages,
lai cour pl6niere et leurs ineptes auteurs,
C'eft a M. d'Artois que V'on pretend que la Francp dut d'etre delivr6e
de I'archeveque de Sens ; il ouvrit les yeux au roi et !a reine fur la fitua-
tion d. plorAble des affaires du royaume fur l incapacity du minifire et la
m~ceflite d'en pi.indre un autre don't le choix fut agrdable a la Nation. II
s offrit i alter lui-mAme lui demander fa dimnilfion i on, 'arr&ta en lui pro-
metlant d'avoir regard a fes reprefentations. Quelques peifonnes de la cour
avaient ddjL fait Ientir au principal minitire qu. M. Neckcr etait le feul
homine qti pdt retire le royautne de l'abime o4 il dtait plong6, et il en
avait paild au.roi. Le prIlat confentait de lui abandonner en enter le dd-
partement des finances. Mais fancien admniniftrateur refufa d'entrer dans le mi-
njilere tant que l'archeveque y refterait. La retraite de celui-ci fut do. c re-
folue. La reine vnilut en vin *Ie preparer a cet vinemrent il s'6tait arrange.
pour tenir toujours les renes du gouvernement et ne comprit rien a ces
dicours. II faillut que l'abbe de Vermont allat les lui expliquer le jour de
S. Louis dans la matinee.
Sa conduite pendant fon minifere eft une nouvelle prenye de la vanity
des reputations; il n'imagina rien que la cour plniere. La maniere don't il
tr.ivilla i foutenir cette operation fur plus houteufe encore, que lopera-
tio moinme : pendant quatre mois il tne chercha qu'a tromper le roi et la
Nation Toute Ih France fat infiruite qu'il avait perfuad6 au roi que le Cha-
telet de Paris avait enregiftf6 avec joie fon erection en grand bailliage. (10)
Jaloux de M. Necker, dont il fe croyait le rival de gloire, et don't il
Craigaiit lafcendant fur le roi, il favorifa conflanmment les ennemis de cet
adminittrateur. M. Panchaud, qui eut beaucoup de part a une r ponfe de
M. de CAonne, au compete renidu de M. Necker, trouva dans les bureaux
du contree-gneral toutes les facilities imaginables pour fire des recherches
fur fon admiinifration et fon ouvrage fut vendu public uement et fans obfta.
cles dans un terns of mille entraves gonaient la liberty de a preffe. (i i).
II jeta le premier entire les trois ordres ces funeftes germes de division qui
deputs ont mis 'EtIat a deux doigts de fa perte ; il jeta egalement le plus grand
defordre dans les finances par les facrifices immenfes qu'il fault oblig6 de faire
pour foutenir fes projects. Les fomnmes r6pandues pour foulever le people ,
acheter des juges-pour les-grands bailliages les marches et contre-marchesdes
troupes, la bill tidu change la futpenfi 'n diu paiematit des impofitions, les
frais d'efpionnage, &c. codterent a la France plus de cent millions.
II march toujours an hafard, et fans but dttermin&. Parmi cette foule
d'&venemens qui fe fuccedent avec tant de rapiditei il n'eft pas poffiblj ,
difait-il, qu'il n 'n furvienne que'qu'un qui nous foit favorable 5 it ne faut
qu'une chance heureufe pour nous tirer d'aff.tir ,,. Une perfonne qui !'dcou-
tait, lui fit observer que la guerre civil pouvait 6t e une de ces chances.
-cc Nots avons caulltled la-dcjfus. ., tepondit-il froitdemennt.
Dans les deniers temps de fon administration, fes mauvais fuccs l'avaient
,aigri, la moindre contradiction le metait en fureur, il ne meditait que des
violence. 11it etait ia la veille de s'emparer de tout I'argent qui etait en dipor
chez les notaires, et d'y fubilituer du paper. Sa retraire prevint ce nouveau
crime, et la ruine d'une foule de family es.
La r6eorme des tribunaux les jugemens par jures en matiere criminelle ,
instructionn .publique des process, un confeil donn6 aux accufds, la fuppreflion
ablolue de la torture et des fuipplices atroces, et une foule d'autres r6gle.
Iruens utiks. pour Padminiiftation de la juftice entraient dans le .plan de tra-

(9) Ces edits font rapports en entier dans le ourant de cette introduc-
tion. Voyez la table des ni.jrictes.
(to) La reine for fa parole, avait annonc6 a Mefdames: deur heures
apres, leur medecin 6tant venuLi Bellevue, leur apporta .urrr&e de cettt
compagnie, et mit le comble a i;ut furpifte et A letr indignation.
(xi) C'eft une chofe remarquable que la prodigieufe r-pidite avoc laquelle
le delpotihme s'4t enracin6 dans l'efprit de ce niiiittr: : c concevez-vous,
difait-il un jour, tien dc pareil a I'extravagance de ces bretonO? Ils ne font
que nous harceler de nm6moires hnout fatigue de didputations ; les voill ici
inuriin.iit & tant pour en re.lcim.tiler douze qui font a la aftille. 3'ai voulu
bonnement raifonner avec eux: Melieurs, ekur ai je dit, il eft vrai que vos
-iipomp.iriotis font a la 3Baftille mails on les y traite avec toute la distinction
et tous les 6gards ,pofibk-s. Eh Monfeigneur, deft 6cri6 un d'eux ( une
bete qui &ait derriere les autires) ce ne font pas des ,..ard que nous fommes
Wf'nns demanded ici pour eux, c'eft h liberty. Ma loi, je fuis refti con-
laidu e nioi quo voulex-vous qu'on dil i des antimaux. de cette efpece-la ? 'a

i bis

vail don't s'occupait fous fes otrdrs le comtit6 de legi atioii ud'il avait dtabli.
Comme it fallait, pour faire paller la cour piewit: utfiir'au public quel-
ques lois propres i 'balainc.r e it a ouvrir I'odieux de ce nouveau divan,
on s'emipara du rav~l',d 4ucomit6. on Ie tronqiua, on le morcela pour le fire
ca.irr avec Ioper.utbn yton4.ip1i-. L'abb Maury fat charge des preambules
et des difcours, etde garde -s-fcejiui de let pronotcer.

Apris la retraite de 1'archev6que, la demiflon qu'offrit M. de la-noiglnorn
lie tut point fur le champ accptee. 11 fe flatta ui moment de conferver fa
placa imais la haine du parlemuent de Paris Vobligea de hater de deux jouts
le moment fixed pour fa retratte.

Cetre cour,'avant de fe rendre o Verfailles pour le lit-de-iuflicodifpof6
par M. le g*.ue-d-:s.fce.ui:. avait pris un arr&t6 vigotireux contenant une
deiionciation centre lul, et avait charge fon prdlident d'en fire lecture en
pr6f nce de fa majelet. Sur des copies que Fon ewit de cet arret6 Je lit-
de-juStice ftit contre-mnid -: M. da Lamoignon renvoya les fceaux au roi
et les parlemens furent reint6gres dans leurs fouctions, fans lit-de-juftice.
On n'a jamais fu au jufle quel traiternent lmi avait fait la co.ur. II eft mort (i z)
avec des dettes. II avait 6t6 magilttrat integre i miniftre, il bouleverfa la magiftra-
ture et le royaume. 11 laiffa un exeinple frappast i cette fouled'ambitieux qui
convoitent les grandes places, fans s'embarraffer d'avoir les talens ndceflaire$
pour les remplir.
La jeuneffe de- Paris ayant appris le depart du principal miniffre, alla de-
mander au lieutenant-de- police la permillion de fe divertir, c'ett--dire, de
donner des marques publiques de la joic que lui pro.. urait cet &v6nement.
Elle s'affembla donc a la place Dauphine, & promena un manequin veti
d'une robe d'ev que dont trois cinquiemes htaienit de fatin et les deux
autres de paper en d6rifion de I'arret du confeil dui6 aodt qui autorifait
les differentes caiffes a faire en paper Ies deux cinquiemes de leurs paie-
mens. On le jugea enfuite, et il fat condamne au feu apparemment cornm-
me coupable de favoir mis ,aux quatre coi:is du royaume. Un ecclefia(t.que
qui paflait, furaarret:; on lui donna le nom de Fabb6 de Vermont, et il fit
ch.rg6 de confeffer fon prot6gd. Cette c6remonie achevie le manequin fug
brdl6 en grande c&6rmonie, et chacun fe retire.
Le lendemain,le Peuple voulut recommencer; mais le cheyalier Duboisacomman-
dant du guet, s'y oppofa. lFaurait pu facilement prevenir le tumulte et m~me
I'afduence i la place Dauphine, en s'emparant de bonne here d9 cette
place, et en fefant garder routes fes avenues par de nombreux detachemens,
c'eft ce qu'il ne fit pas. 11 s'imagira que vingt cavaliers, foutenus par une,
cinquantame de fufiliers, lui fuitiraieut pour difperfer plus de yingt taile per-
Sa pr6fence nelui paraiffant pas en impofer an Peuple, it ordotine de.
fondre fur lui a coups de fibre, a coups de bayonnettes et de charger indif-,
tinctemeht tout ce qui fe rencontre fur fon paffage. Plufieurs perfonnes de
marque furent bleffees i quelques autres, tant homines que femmes, pordirent
la vie.
A la vue des miorts et des bleffis le Peuple, quoique fans armes, fe
rallied la fureur fuccede au premAim d6fordre, et les satellites du petit tyrant
fuailterne font mis en fiite avec leur chef On force le corps-de-garde plac6
au pied de la flatue de Henri IV; on depouille les foldats'qui y.6 aient can-
tonnes, on s'mipare de leurs armes, o a brdle leurs habits- -et on les renvoic
avec des commitei.ition dot jils's'etaient rendus indignes.
Une foule d'artifans et d'ouvriers fe r6pandent enfuite dans la ville, et
brillent divers corps de-garde ifolds, fans fe permettre de faire aucun mial
ceux qui s'y trouvaient. C'6tait un ddfordte puniffable, fans doute j mais
n'tait-il pas occafionn6 par la violence et fineptie du commandant du guet ?
On crut rdparer un premier crime par un autre plus grand encore. Lorique
cette jeuneffe indifciplinee fe porta lur la Grave, des corps de troupes. que
fon y avait poftees, et que la nuit couvrait de fon otnbre, firent des d&-
charges redoublees, et 6tendirent fur la place un grand norbre de ces mal-
heureux, abut on jeta les cadavres dans la riviere pendant la nuit. Le len-
demain, le came reparut. dans la ville, mais il tait bien loin d'6tre dans
les coeurs.

La retraite de M. de Lamoignon fit recommencer les memes fcenes. Oil
le brala comme larchevdque, aprts avoir ordonni qu'il ferait furfis pendant
quaranre ours a fon execution, par allufion a fon ordonnance fur la jurit-
prudence criminelle. Des brigainds et des homes foudoy6s par les ennemis
perfonnels des deux ex-miniffies fe mnlerent dans la foule et l'excirerent
;i la vengeance. Des troupes de furieux parent de la place Dauphine pour
caller mettre le feu a leurs hotels ect A la maifon du chevalier Dubois.

M. de Brienne, frere de l'archeveque, et miniftie de la guerre, arrivait
de Verfailles a infantt odu ces forcenes, arms de torches brilantes, s'ap-
prochaient de fon h6tel. 11, va fur le champ chercher du fecours. On eA pit
faire ioarcher un bataillon de gardes-fratuiaifes et un corps de grenadiers qui
en auraient impof- a cette multitude d;umit :0 onl tronva plus court de la
maffacrer impitoyablement. Deux corps' de troupes ennti :t la fo6is par les
deiix extrdmites de la rue Saint-Dominique, chargent a coups de bayonnettrs
tout ce qui fe trouve entr'eux fans auctne diiftnction, et couvrent le pav6
de cadavres. La minie fcene fe rdpetair dans la rue Mele ou demeurait ie
chevalier Dubois, et deux rues de Paris furent inotadies de fang.
Sur la d6nonciation tie ces affaflinats le commandant du guet fut mand6 par
le parlement. L- major comparut en fon inom, et prdfenta un ordre fuperieur.
Le chevalier Dubois fut oblige de fair de la capiiale : fa furet6 perfon-
nelle exigea le sacrifice de fa place.
Le mal 6tait tel, qu'il fallait pour les finances un hbmme qui fdt riche de
l'opinion publique plutot qu'un minifhie habile. Les facults d'uan feul hoini
auratent pu peine mefurer I'abime; il fallait le concours de vingr-ctr q
millions d'hommes pour lecombler. M. Necker fur rappel, i i'.t: u'il n'y
avair que lui qui eitr un crdit personnel, qui pdt fervir d'une immniufe cat-
tion. Le rappdel de ce miniife et le rtabliffement des tribunaux qui en fat

( z) Le genre de la more de M. de Lamoignon a faith croire qn*elle etait
volonraire. II fit ntue par a detene d'un fafil de ihafle qu'il avait en main, etant
dans une grotte de fon jardin.

. !-Mob*"

4 ter.
]t fire, p:anmdireut la joie et une forte d'c!Ithonifiine qti foutitt moitin-
tauei6ent le credit.
La premiere chofe que fit M. Necker fut d'obtenir la grace des exiles,
et de fire tciteer Ia proniefle de la tris-prochaine convocation des Etats
Imis les p.lenmens voulant fe in I li une retraite, demnandaient qu'ils fuffent
convo.Ja,.s dans la n mea torme que ceux de 1614 c'ft-i-dire en nombtre
6gal de d6pnutes de chaque ordre et d'apres tn mode d'6lection qui affrart
l'entr4e de hl chaubre des commnuites aulx oicis sininiftierils, aux baillis,
JLnlith.iti ofi-lieis muiticip.tux etde juftice qui, avant eu en 16t4 le droit
d'y enter, Eta'ent toniourt dti part de la cour qui les nommair. Tel etait
aulli Ie vo-:a die la niobllfe et du clerg ; mais la grande manorite des Fran-
*sals, qudques nobles mne rejeterent c tte tyrannique pritention.

Le Dauphin6 venait de donnsr t la France tni grand'exemple. 11 refifla aux
violencee. ruifil rielles. fes re .rtf._ntans delibEreercnt avec courage a Vizi It,
au milieu des bataillons don't is etaient environnes fous le feu de plutieurs
batteriesdirigees contr'ux et forceientpar leur fagelfe leur conflance et leur
ncrgie, le ninifere a rec'nmnaitre le d"oit eternel qu'ont tous les Peuples
de regler eux-m&mes ieur exiftlnce politique de former des Affembldes
rationales pour difcuter leurs interest et affurer la tranquillity publique ,
I'affemblde deRoma-s fut convoquie par le roi 1 effet de drefferqun plan
de constitution pour les Etats du Pays don't I'ancienne formne repoutlee par
opinion et le sentiment univerfel, ne pouvait plus convenir.

Les deux premiers ordres facrifiant les miferables pretentions de la vanity
a cet elprit de patriotihine, toujours equitable lorfqu'il eift clair6, s'empref-
ferent de renoncer a des diflinctions anili injuftes qu'onereufes pour le Peu-
pie ; et afin d'tablir entire tous les citoyens cette unit d'intdres qui feule
peut afferniir 'union, et former de toutes les parties de MEtat un enfemble
arrecerent que l'ordre du tiers aurait aux Etats de la province
uine reprtfentation ,.gale a celle des deux autres reunis; que I'affemblde ferait
une qu'on y delibdre'ait par t6re et que les fubfides feraient proportion-
qellenment repartis entie tons les citoyens fans diftinction. Ces bafes avaient
deja 6te etablies par les notables convoques pendant le miniftere de M. de
Calonne; et adoptees pour toutes les admninifirations provinciales citees par
cette affemible.
1Us flatuerent 1. que octroii des imp6ts ferait abfolument, et en der
tier reffort, attribud aux Etats-Gene6raux, ainfi que leur repartition entre
les province ne poutrait ere 6tabli dans la province, avant que les diputes en eufient
delibere dans P'Affenblee des Etats Generaux. Enfin ils etablirent la necelited
du People en arrerant que toute loi nouvelle, avant Ion enregilfrement
dans les course, lerait communiquie aux procureurs-g6ndraux-fyndics, afin
qi'il en foit delibere &c. I s confommerent leUrs travaux patriotiques, "n
declarant que dans aucun temns, on ne pourrait changer cette coriftitution
fans le concours daune pa-reille Affembiee national general 5 en demandant
enfin que les Etats-Genir.tux de la France fuiffent formnes fur les mimes bafes
d'equite et qu'on les aivit dans la nomiination-des d6put6s.

Le Dauphind devint l'admiration et le modele du royaume. Les provinces
qui n'avaienr point d'Etats ,.vwulurent s'en former fur ces principles. Toutes
les municiFalites de Erctagne ; les trots ordtres du Velay, du Languedoc
du Vivarais le tiers-rtat de Provepce envoyerent des d6putes porter autpied
du trone le voeu des Peuples.

Le gouvernement ernbarraff. entire ces demands et les arr&t's des parle-
mens, s'empreffa de raffembler [ancien confeil des notables. La nobleffe
bretonne alarmee pour. fes privileges, iproteila auffitot centre une affemblee
qui netaitt point conflituee par la loi, et don't les membres n'&ant ni libre-
ment elus, ni charges d'aucun mnandat fpecial de la Nation, ne pouvaient la
reprdfenter ni la lier par leur ddliberation. II edtpeut-6tre 6te facile au nmi-
nilfre de decider centre les parlemens qui commen1aient a devenir fufpects,
miais il crut plus fage de faire convoquer de nouveau les notables, pour leur
prefenter ce noeud a couper. Les corps et les ordres I'emporterent encore ;
car de tous les bureau celAi de Monfeur fut le feul qui vota pour- que
ie tiers-6tat efit des rereetentans en nombre legal aux deux premiers ordres.
Cette deliberation qui fit, autant d'honneur a Monfieur, que les opinions
connues du cointe d'Artois en tfefaient pe'u ce dernier, fut celle que le
aroi et fon iniiftre adopterent.

Mais cette feconde affea)blee des notables avait d&ux autres points effen-
tiels a deternminer ; favoir dans quelles proportions territoriales ou de dif-
trict on ddputerait, et comment votetaient les deputies. Si on deputaitt fi-
vant Fancien cadaflre des elections, il sen ftiivait que de petits dipartemens
auraient tine nombreufe representation, tandis que.,des provinces riches et
peupl:-Cs n' lii,. i.Ut qn'un, petit nombre de reprdfentans. La juftice rtait
'encore 6vidente ici; omais evidence n'exifle point pour les paflions. Si on
fuivait l'ordre nature de la population et de la propri6td la grande queftion
,de voter par ordre on par tete femnblait prC-jugee; et l'on fait combien le
clerge et la robleffe tenaient au domain aGifto'ratique des privileges. Ils
crierent que la France etait perdue fi on touchait a leufs droits qoue les
fornies antiques devaient, etre facrecs. 11c c.l. 'itnit tint que M. Necker crut
faire -beaucoup- que di-btemi pouti'-lT'ictitl I'Cgaitie dtIe clpi .-ilati" n ;, &
de poter la bafe de la population pour r. glt de d piutation; ntais il n'ofa
pas tranchtr la derriere confqquence an fujet de la forme tde voter. Cette
arniere question refla A decider aux Etats-Generaux eux-n-,Emes imais pen-
dant que Its notables erties parlemein travaillaient a touffer, focus le poids
de1 lur autorite6 les reclamationus univerfelles a arr6ter les vues bienfai-
fantes du roi et de fon ni, ifre, des ecrivains philofophes remontaient aux
principles des fc.cieres, dtemontraieiint qtie le veritable intr&et de 1'Etar eft
ie'ceffairemenit i.te ae le bonheur de la Nation, que les inflitutions fociales
Ile peuvent erie utiles qu'autant qu'ees font jultes, et qu'eilles tie peuvent
etre jules fi eldies ne fonti fbndees fur les droits naturels et imprefcripti-
bles de tous les homines.

M. de Kerfaint eut la gloire de ramener le premier les principles du gou-
vernement et de 'ordre politique aux lois &ternelles de la raifon dans un
ouvrage intitule !e Vo t-Scns que les .iveques, les counfiilk, et les marquis
s'efforcerent de proftrire.
Les observations fir lhiftoire de France cetti productionque fon vert neux
auteur aimair avec predilection, conmie le dcpit des tires de la Natin centre le
defpotifmne des roi o des grands et des corps,; ce tefanimit (c'eft ainfi que
l'appelait fabb6 de dMabiy) dicte par le genie de la libi en faveur de la
France, etait entire les mains de tous les citoyens. .

MM. Target et Cirutti, dans deux ouvrages volunKneu fur les droits
4u tiers-dnat et la foirme des Etars-Gdndraux dteilndaient avec eloquence les

droits du Peuple Frana1is. M. Mounier depouillait ies anciennes archliv
des Etats-Gineraux, et prouvait par lautorite des haits et des exemples, c,
qui 6tait dejr demointre par ks premieres notions de la juftiee, la
de la double reprefentation, la ii( "trl' de unite de 1alleniblee et de Ia dd,.
liberation par tete. M. d'Antir.igun s' eevait avec force centre les abus de
la nobleffe hterditaire, le plus 6pouvantable fleau qu puille frapper une
Nation libre, pcignait en traits de fet les fireurs de la tyrannie et tious
faifait frdmir, en nous prdfentant.1'dicfi'y.ibl Louis XI tout d6goutInit dd
fang franqais, armant la Juflice d'uin loig ird, habitant aun I'leflis-les-'l ors,
,iu. -dcii des cachots oui il temainaai les victims qu'il refervait a des tour.
means obfcuts, vivant familierenmiet .avec le bourreau qu'il appelait fon aml
et ten compare, et mourant au milieu des records, des trayeurs et des an,
goilies, ',Vo.i.L fous fes pieds le defelpoir et les douleurs autour de lui
la rahifon, la terreur la haine, et fur fa t&te rinmplacable colere du
C iel.
Tous les coeurs bouillonnaient de la hiaine des tyrans, et du dfir d'une
fage conflitution, le patiotifine fe propageait avec les lumieres lorfque 1'Epffi
Jar les ptiviheges part, anti que le livre intitule : Q,'cfj-ce que le tiers td ?
qui en eft la fuitr et le complement. Cette production porta le dctie-,r coup I
tous les genres de defpotifie, et' la revolution fuat confomm6e dans ropi.
nioa publique ( 13 ). i
Parmi les nombreux crits pnblies a cetteepoque,!e plus influant,parce qu'illjoi
gnait aux armes de la raifon celles de l'autoritd et de I'afiendant d'un miniftreen
credit, furt le rapport fit par M. Ne ckcr au confeil du roi fur les refultats des dtli- -
bgrations de la deuxieme Affembl-e des notab es rapport dans lequel les rai-
fbns qui militaient en faveur de la double reprfelntation du Tiers-Etat etaient
d6veloppdes avec une tell energie qu'elles determinerent opinion du roi. La
convocation des Etats-G6netaux ftit aufi fixde dans cette forme, pour le 2.7
avril 1789.

Ce rapport au confeil fut un coup de foudre pour les privilegids. is ju-
rerent des ce moment la perte d'un miniftre qui ofait preferer ai leurs pr&a
rogatives les droits du grand nombre, et pretendre que vingt-quatre millions
d'hommes forminaient le corps de la Nation, et n'etaient pas moins citoyens
que cent mille oilifs decords.
Les Etats du Dauphin6 firent tranfcrire ce rapport fur leurs regifires, command
un monument ega.l rent hono able pour le prince et pour fon minittre.
Toutts Ies provnm es nemri.iion.ales r6clamaient a leur example contre le tyf-
tame opprefleur de kIur ancien gouvernemnent, et les trois ordres reunis
centre les barons e. Ites evteqties ftippliaient le roi de leur accorder pour,
leur adminifitation paiticulieie le bientait de cette. jurte et fage repr-fenta-
tion annoucee la France, come devant etre la bale des operations rela-
tives a la convocation des Etats-Gnedraux. Les feigneurs des fiefs luttaient
ercore en Provenice conticr la noblelee, le Tiers-Etat er le clergy; ils avaient.
viold le titre fundamental de 1'aflemblde des Etats, en ne fe conformant point
aux lois etablies pour le nombre de leurs rrep cicitans et en fv rendant en
corps a une affemblee ot ils ne idvaient aflifter que par dputes : ilts avaietii
pour eux le parlement et I'archeveque d'Aix: e t centre eux la juffice et
: eloquence tonnante de hl!i;:.'.au. Ils ne parent manquer d'6tre vaincus. (14)
Les Etats de Bretag ne, du Bearn e't du Dauphine avaient form ensemble
on pace de d6fenfe centre le defportilme nminiltriel ; neaftmoins on efprta
poutoir engager !es provinces a turner leurs efforts centre un ad-
miniltrateur qui menagirt le royaume d'une conflitution libre .qui dtait un
attentat centre la conflirtion actuelle des Etats. Les BIarnais, fe laifferent'
fddire, et ecniv.irnt ,,ux Ltars du Dauphine pour les exhorter a s'unir avec
eux pour la des privileges. Cette lettre fut pour ceux-ci une nou-
velle occasion de donner des preuves du p tiiorifine dclhir6 qui avait dirigd
routes leurs demarches, et .is acquirent une nouvelle gloire en dkclaranr
que leur premier titr 6tit celui de Frangais et de citoyens ; que les pr&-
rogatives des ordres et des provinces n'dtaient precieufes a leurs yeux que
lorifqUelles pouvaient etre confidetees comme des barriers a oppofer au def-
potifme du gouvernemenut arbitraire; mais que le fcriifice des privileges etaic
ie premier qu'on devait faire a la liberate publique.
Les n6gocians de Grenoble ne fe firent pas moins d'houneur en repondang
aux principles villes du royatnie,. qui les follicitaient de fe joindre a elles,
afin dobtcnir aux lEtats-Gcneraux tin.ef p CJ'i .1ion particuliere pour le com-
merce, que les membres de tette affemblee dcvaient etre les ddputes de Ia
Nation, etinoti ceux des corporations particulioees qui la comptfent que
leur force ne pouvait r6fider que dans leur unit, et que ce ferait ia romn-
pre que de fubftituer une foule d'interdts parties a 1intr&t comnmun qui de-
vait les unir.
Les divisions qui, depuis prbs de trois nuo's dtchiraient la Bretagne, ra-
nimerent les efperances des ariftocrates. Les hmti 'is, ces vieux amis de la
liberty, toujouis divilds entr'eux mais toujours reunis centre I'opp-efion
et la tyrannic avaient vu reraitre la difcorde an milieu des f&tes qu'ils
c'libraient pour honorer leur triomphe et le retabliflement tie lois et des
magiftrats. Des abus fans nombre ,'etaient gliff6s dans leurs aflembldes na:-
tionales le Tiers-Etat n),y etait point reprefente, car il ne pouvait regarder
cotiume.lfou ,les <.i1tIicrs iii;; qni -avaient achete _du'tOi .
un droirque I- 'nunaiiqu n'avait pas lui-mneie, et quon ne pouvai rtece-
voir que dut choix libre de fen comninettans. Le clergy du second ordre 6tait

(i ) On trouvera At la fin de cette introduction une notice plus ddtaili~
des puiiinpui ouvrages qui paruvtnt I cette eipoque.
(14) Ce fut dans les affembl6es d'Aix et de Marfeille que rdloquence de
Mirabeau comment a afe d'v. .lI',i.*L avec le plus grand eclat, et lui concilia
dl'admiration publique. La noI. 1k, ., qui it faifait ombrage, l'exclut provi-
foirement de fes fiances, en d!evant une conteflation g6n&rale centre les
non-poffldant fiefs ; elle eut bient6t a fe repentir de I'avoir Iforc a porter
!a fougue de fon g6nie d&eceique datns 'aflmble des communes otA ileut routes
les occasions de fe venger de la haine des oirdres privilgids. A Aix, la jeune
bourgeoifie lui afligna ine garden d'honrieur ; aM TItl-ilk., fa voiture fut trai-
nee par le Peuple. Pendant fuon four dans cette ville, des feui de joie et
des danfes perpuielles lui donnaient focus Ifs le fpectace de de a6-
grefle publique. On lui dtinnat une place ,imitiali.-rL. 3 'a comedie; eilfii,
on lui poa tine couronne fur la t.e an ni,ih..-n i s plus vives acclamations.
elvenu I dole de de fs concitoyenss, il en etait aufli artbitre, et i! avait tne
telle influence, qude e Caranan, coinmmdant de )a province, crat-
goant les fuires daun effervefcence qni commenqait fe imaniteller, lui 6Li-
Iis I- .zo nrs, pour. le fiupplier diNterpofer I'afcendant qu'il avait fdr I
P..up: plour calmer' les efpnts, et it y i,.,iijt, en efiet avjc le fecours deo
M. Aiitonelle. -

~CIPI~' -_ --- ---------


exchs des DatE s et 1a nortlefe en totalitg y fidgeait 4epuis plus de deux
fibees par le (eul droicde la ziffaiice.. Cependant cette aftliwnce de ,4o-
lfte qui, dar s les dangers accouiair de toutes parts pour la defetne deo 14
paitie, donnait aux Etats de Bretagne une appaience de force qui en
ijnofait aix miniiitres et dans Y'affetiment 6CneLIeal, il avaicit fcoiireve un
jitadcre do liberty que le defpotifme mnWme lelcctit.

Dans tdutes aatres circonflances, on fe ferait borrin -demander kla rdformne
des abuse les pihls crians, et I on aurait refpect6 une, constitution fi fotvent
confacree par 'aifentiment de tous les ordres ; mais on commenqiit ai t6-f6
chir fr la juftfice eiC les'.vanltiges-sd'une repreititation proportionn':lle : la
conduWte des Etats de Romans, les principes iy'i ks avli:nlit guides, les bafes
,'nils avaient pofees, et fur lefquelles on defirait de voir rt.iblir le fyftlme.
adcral du gouv'LrntmcInt, 'impout dance d' adopter pour Iniriivcrt.lir des pro-
vijces un plan W'.idinirltarion uniform et co-relatif a celui du royauvHe,,
la 1'ceifit:" de rtuhir enfin en un feul corps tourIs ces provinces qui for
Uialent vingt Nations dans tine : toutes ces confiddrations furent vivement
fenties dans les villes de Bieltagir- oilA prafence des Etats et leurs cbn-
teflations friquenlts contre la count, avaient-accoutumb les e(prits dif-
cuter les intereLs n..dondnt, a cobcevqir quelques pi incipes d'independance
poJitique, er les avaient prdpards aux pragks de Ia liberte.
Toutes les munitipalitis de' Bretaghe s'affemblerent et afin de propager
les grandes impnifions donnlis, par le Dauph nd, envoyerent au roi une de-
puation nombreufe pour porter an pied du tirne Its rdclamations de la
province fur leg vices de l'organifa ion de fts Etats. Cet excinpi' fur fuivi
par une foule de villes ; dc pirovces 6 on n entendit pa&ler que dafflem-
lees it cipales, d'adreffes au roi, de petitions de corps, de omnunainmis,
et le prince fat invelli de ddputes du 'Peuple.

La nob bretotine, furprife de ce movement univerfel, au moment
oa elle v.-nait de rendre a )a Patrie des services fignales, crut voir dans ce
onctrr unldiiini dJu People one infurrection centre elle-, excite on fomtnr :.
par le niniflc-rv,- en- reprlaillkls de la protection qu'elle avait accordee aux
parlemens (1 -.
Telle etait la difpofition des efprits, l.,rfque les Etats parent corivoqdds .a
PRenues le 29 d6c;nembre 1788. le ricrs-itat n'avait qu'un moyen, de prevcriir
l'itflui t,,i,,n nul.i11z dans l'aiembhle avant qu'elle idt conlirnue de maiiiere a
pouvoir fc lier par fes decrets. 1 la demand, et profit, pour parvenrar'
itobnbut, de la premiere formalite a laquelle il devait concourir.
Les deliberations des Etats de Piret.:ne n' caierit regardless come l ga
les quudlorfque le regiltre 'ur lquel elies dtaient portees avait ere chiffr& 6
fign6 er paraphe page par page par des commiffaires des trois ordres. C.rtt
commiffion s'appelait la committion dt la chiffiature : elle devait etre nomme
1~ troifieme jour de li t.jiiu des Etats, 'Ioutes !ks.commnuuaut6i de la pro-
vince d~tendirent d'un common accord a leurs reprefentans de proceder A cettr
nomination, avant qu'on e&it faith droit A leur demand ; et pour. dteiini,,
plus efficacement aflertiment des Ltats; elles iufpuendirent toutes les adm'-
niftrations interieures de la province, en r!;fuifnt (te continue, comnme ceL
etaic d'ufage a l'epoque'di s elections, les pouvoirs de leurs d6putes mem-
bres des commiffions interm:ediaires qui repr6fentaient les
Audi la nobleffe et le clergy r6unirent tons leurs efforts pour contraindr
le tiers a franchir ce pas decidt. Mais celui-ci fe malintint avec une ferailt.
iW6branlable dans le yfldime d'invctiin qu'il avait adopf6, et iile inifances
des priviidgids, ni les ordres mini1m des commiilites du A roit, ne purent
les fire chanceler.
Le 7 janvier le comniandant da la province apporta A .AlfetmbWe ase
&tr&t du confeil qui fufpendait les dances des Etats juuiquau 3 tvricr, et
enjoignait aux ddputds du Tiers de fe retire vers leurs comnmettans, et d&
leur demander de nouveaux pouvoirs. Le procurelr g.i-'ral.i indic prorefta ev;
prdfence de M. de 'T hiaid centre un acre d'autorite coztraire aux droits de la
province et aux droits des Etars. Les ptrfidens et les orateurs des premiers
ordres conjurerent le Tiers-Ectat. il epondit qu'il n'entendair prendre au-
cune part aux larret du confell.
Le chevalier de. Guer, pour arr&ter les conmimines, faith jorer tous les
gentilshonmres et le tJerge, qu'ils n'entreraient janulis dans aucune a inin!f-
tratio., publique autre que cclle des Etats frm ;ni r r l: felon la c.Et"i
titution a'a[ Ile. Mais ce ferment ne prodtfic .nIiiii ik&t thr le Tiors t;
le p janyier, aprs avoir inrime de nOmveatu fa iti,ltiton .1 I'Aflfdmb6e ii
rcutra ; les deux premiers oidres refolurent de proroger la feanice, fans de-
femparer, jafqu'au 3 tfvrier.
Le plus grand oombre de deputies du Tiers fe renidit 1 Paris, perfuad6 que
ce. frait a la comr que l'on chercherait A frapper les plus grand coups. Ce-
peendant. les diveries corporations et. communautes s'aff4iblaient conformin
-- meant -1arrt du cond'i il, pour delieter Jict Jc ptii qtelks d.vjient piondie
dans des circonitances aulli difficilis. Le parlementi quii jufqu'alors, vait
gaIrd le filence vimt f1e mlcri la querelle, et d.'crLti d'ajolurneimentper-
onnel les-fyndics des communautns. Cet arret auqkel its lne jugerent pas A
propos d'obteiperer, angmenta I'aigreur de par t d'autre; et une etour-
dcrie de qatelqties partifans outr6s des' ordres p:ivilIgi6s, occafionna des
fcenes fanglanres, des c.iaill general, et faillirent d'imprimer au nomr breton tine intamie eternelle.
Plih t le miniftere de Iarcheveque de Sens, on avair itnagint de jeterr
du ridicule fur tes operations, en les parodiant : on avait intalle fous les
ftnefrcs du coTumandant un grand bailliage figure par des pit-. fai. et des
:.,ini.-l.nitc en limares. Les ii 'm.s acteurs plt itli. it egalemenmt airq a
jeter dti ridicule fur les afTemblies des corps de mrStiers et des commu-
nin1t's on rcflbol de les employer. Des billets fureint en confqunetice dif-
tribn s da(s t.iI tir.. clates .du Peuple pour les inviter i fe rendre ,A
11e attemrbl-e inditue' au cliamip de Montmorin; elles v accolriLrentetor k (l1.
Un litbuiais funt 'oratet'r de ceS nouveatix cornices utie table fur thf tiibun -
aux lharangucs t1 reprein: 1 fe Is audireurs avec retire l'eloquence du genre
qut leur convenair, que c'deait les Erats qui lesh faifent vivre que le but evi-
"""***-- --- .... ------ l-^-l- i-tu-1L^.^:_.-*^1.> .-.
( 3) On prrtendir que rarcheveque de .- ., ,vi i ni. des fodun es con-
b deratles pout aimer les roturiers centre ks iI.-IhkLs bire ecrafrr ia ,o-
leffe par le Peuple, afia d'6cralcr eniuiie le Peuple fous le pods ifieinelUf
e lI autoitid royale.

defit dh 1aur Tiers etait d'en abolir le Affemblees 4 qu'a.lor ils mourraient
de faim, i ce qui n'etait pas douteux, puifilue le pain etait hots de pi i:. 11
conclut A ce que P'Affembin e fe tralmporaIt flu Palais, pour ddr.Inc, au par-
leeniet queie etait de favis de la nobleffe ret priet les mnagijlit 1 de mL Lire
le pan a boun narche. '
La multitude courut au Pail.ds fur les pis de fon tribune. Cc-lu.- i hkratngua
le parlement qui profit ile fire droit fur fa plainte. Toute 1ia tipet eijor-
gueillie de fes d ,.archls patriotiquies, pleine de joie er de vin, f rdpandit
dan, la ville, armtnes de batons, ot maltraita plulieurs jeunes g iia .illlniles
daus un cafe.
Cet :iutirtpenient annonccd deiiis plufieturi jours riavait pas tk ignore dh -
parkinentr, le grand prevo6 avaic i:rpuis et porter an prlideit phifieurs des
billLts rep.andus avec profution pour :u.aLutn le People.
C'etait un gentilhomme, difair 1un, qui avait diftribua des batons ,aux
affafiins; d'autres-pretendatent'avoir reconnu fous-des habits de livrie des
mcnibres des Etats et du parlenent; une funk de faitrs et de details prefque
rols alt-re.s et exagrds par Ia colere :'ugiintaiien pamini L hbourgeouie
1'iJndginionl et la foif de la engc.nce.
Le leddemain la jeuneffe de la ville, armne d'epes, fabres et piftolets,
partagde en divers groups, parcouratirles places et Ies'rues. Une querelle
centre det hoimiies du Petple vint rallumer la fureur p'nrale, et -precipiEer
i'explofion. L'un d'entr'eux, bleff d'un coup de coitean, s'ecrie que fou
ennemi- eft Pn gentilliomn-iie travedi. La rage etait au coniblt ; dans -Ie u.tinf-
ports qu'elle excite, on uitribue a.tx done cents gentirishommeS qui coin.-
pofaient les Etats le project d :il'.iiiner uomre 1i bouIrg.oitie.
On les faifit au moment oil ils -fortaient de leurs aiibeq'.es pour fe rcndre
aux Etats. On les attaque, on les poui uit on let r tt Is fe detndent avec courage. Chaque rue devient un champ de bataille, le
Jang couple, deux gentilshowmr es flnt tnils. Les feaumes memes des deux
patis viennent fe mnler dans ces kfenesb ibaics. ... ,

Le tor fin filnne tons les ciroyens accourent; Ia -fotle augmente le defor-
dre; les inagithrats font infuilt6s : enfin ld commandant fe jette au milieu des
combattans et leur ord6nne, au nom du roi er de la Pati-ie de mettra
bas les arn'-s. S.i pif-[im. et i voix fufpendent la ficrear du Peupe l'htel- i
de-ville salYe.dit.- Li la. noblc.le rentre aux Etats. -

Les gentilshommes ne penfent plus qu'aux inmoyes de fe mettre ern ldd-
fenfe. Les Etats tenaiient Icurs feances dans tine i(Ae deo -cordeliers : dans
I clpittre t.iii tine bouutiqe d'armurier i ils s'emparent &ds armres et fe
I artagent les diferens poles.
Des troupes rtaient entrees dans Rennes; mais1 elles n'en iypofaieilt point
an People. L'h6oet-de-ville etait toujours affemble, r ais la nobleffe 'refufa
d'entrer tn composition. Enfin, M. de Thiard, conimmatidant de la province ,
eg.lIeuent cher aux deux parts parvint a leur,faire accepted un actom-
mno.iemnirt. On con-inr que la nobleffe fortirait fans autre armes quoe I'n
6pee, de la falle des Etats, et fon profit de part et d'autre do no point
trouble la tranquilliti publique. .
A la'premi're nouvelle des 6veinemens qui venaient de foulever la capital
de la province ,-les citovens de tons les ordres s'miri,-nt ; les nobles cam-,
pagnards quit-erent le toinon dq la- charrue, ceignirent la xieille pd& de
Lurs aieux, ornemens de leur cabane, et coururent a Rennes pour d6fendre
leur ordre. Les villes de Nantes et de St. Malo firent marcher I'dlite de
leur jeuneffe pour foutetiir la caufe commune; les vilies de Caeni, d'An- -
gets et pliateurs autres, leur offrireat des fecours. Rennes vit iafi A fes
portes une troupe de partifans qui venaiennt donner M. Beis-Ha leur fei-
gneur, des marques touchantes de Jeur affection er lui offrir le fecours
de leur bras pour avenger, la mort de fon fils, tue dans 16ineute dia 26 u
M. de -Thiard a!arme de tons ces mouvemens, march a la tete de
q',,.lqhis tr'.pes, a la rencontre des legions citoyennes. Quelques unes,
a,' ~ -, e affurees du retablififment- de la trnquillit6, confentent a re-
toinrer .dans La,.s Foyers j d'autres qui, pour n'etre pas a charge a oeux
qu'eles venaient feco.,rir, s'etaient iait ftivre de pltfieurs chariots remplis
de vivres et de munitions, retufeut de traitor avet le commandant des troupes
du oi, entr;tit dans la ville coiinfrent avec des commiffaires nomm6s par
les jcunls patriots, depofent leurs anes ds d des magafins ou its etabhilfent
des to ps-de-garde,et r ddcidentr attendre les dvynemens. Le conmi nmd.aii na.
prevoyant que nouveaux defaflres, donna aux Etats 'ordre onu le confeil de
fe Abparer, jafqu'au moment oul le calme renaitrait et perinetwtairi de les raf.
fembler. Tous les ordres fentirent la nicc;i'Jn. de cette reparation.
L'inaction des deputrs du Tiers, et les demarches courageufes et foute-
nues de tours Ips vibles de Bretagne ddrent faite pr-fager la firmere des
Erars Ginraiiix et leniJompiii e dess-anus dI; ia libcittu -uiti 1 partJifs5 d-i.
On attribute ces d6faftres. a Pinfouciance on la malveillance da parlement.-
T,'us frmin ffaient a I'approche de cette ffemblWe qui allait detraire leur exif-
fence politique. Deux fois celui de Grenoble fetubla vouloir reVenir fur fes
pas et commencer la guirre centre les tat-: deux fois les menaces du people
le forcerent a garder lenilence. Lepadlement de BefanPonnefit pas plus heniiup
d is ks actes de delporifine qu'tl fe permir contrer reite deuxt membres des deux
premiers ordres de la province, qui avaient eu L1 courage de s'elever contre
leIrs colleagues, et, de renoocer aux prdrogatives. Un ar&et du conreil fl trit
I' ivr&t ryramnique de cotte cour fbuveramine, er pour la preln:ere fois peut-tre V
- vir tin acte du pouvoir arbitraire enploye a protegcr la libeite individuelle
des cicoyens.

Tons les niembres do la noble(fe de Franche-Comit avaient 6galement d6-
clard danu 1 ur affenibl+e tenne a Quingey le premier ocrobre ir -:, qu'ils
6t'ieitt citoyrns avant d'etre gn tilshoniies, Mais ils employerent par-deffous
w:ini rittL. fortes de manoeuvres pour anlantir fegaiite propofrtionnelle d'in-
flu. ncI .1 laquelle le tiers etat avait le droit reconou de prtrendre dans les
aiiimbh:tes de la province. Le fermenrqu'ils avaient profidr le io feptemiire,
de ne janmais adopter d'aures affembldes que cells des, anciens dtats don't
its ne pouvaient cependant fe difluniili les monitrueux abus ; la coalition du
haum cergd qui n'avait pas rougid'ltiuip,.- lent 1 u, n le-, et de foutcnir leur
impofture auptrs du monarque, en avancant f.,ll-nei rtique le tiers exprimait
le meme voeu; ledr conftance a prrfe'.dv&' dais leurs trois cris de ralliement:
truis otdres.... trois chamnbres... tQois voix.... avaient occafionni ute i .nliia

~~--~----- -----






(14) M. de Caloane vmnt aufli d'A:ii:Iterei ft. mettre fur les rangs pour
I. .,. r d.s deniers de- fes j1.. ,a-I I'. lint|ages- dii bailliage de o ailleul.
.i.i',hnatioih publique le Ifia bientrt de tHir,

u :i.V'ct dp-ett 1 r- i.- ,e .'**,' ".-- .: : .. ." atta e :'." r ks p" -
-. ,. !-* : 1 -. 'eil,-.i :I p1J U b [I.-.,.,'.L.C-n eii t I': ddia de -u -S
ecrc Cidc ';.: .'.... *:-a.,, A.s ei obu'imet, pi~viat Its veations
ti. ... vouiaitt pajL ter ena ESpeteacat b c t.votioai des etats ,S s
ta iLere de ,i'=.. ." ar-f u r: ne ,:.:-..

Les r -.-. ; -' t ..-,'. :L: co. .+: ;:r <-gC1::.- A mw attre b ar *-,- v -' -
foie e ur biua ddecOVerte aaaiere la plus holtetdt. Apites avr
parn appr. r i i -. ."-:;'-.r qe fe tdoiernct-fIsEtais, i, s ret
1ous hu. .. -" pr o reove, zr-a .:'aL: Id Ein q.brU- i P -" a
tenir nte iat : -: ..!...- dus -_:. ..- c.*-taeta dais trem tle s IS
.u p !' ,-2. U > .:- .. ..... .s .-.. t s .M t 11 v int : -
a 1'tia aS ..- J- 1 ct: p, t ine a tiS ua =-. sre
-;- t- --, x .-i. ..:-.- o.. pr.- ed -S avoir Ie droit de d-puter as
Et. -..-. ..'., .~i4; L J .. .. s et s :-.-. ;.-- x s'obiiterie t a ml --
.n i-tc.. :- d vreas et _--i..t--z.I ,Lrta p rpoia re que par ds ft-&
,iets a cc dt:ouaearet kt ickq.
Les fccir: ,;e et i bas cLrg- de retagae s'2Tl-'b -r-tat par bailliges,
tr nommerent Ii -U.'s d-'pua L-. an. Ex:-s Gezaraum., Les deux orJies privileges
affembI& a. S:it- .rieux par orre d& reie, .echlarent quils renounaient a tous
lets privi'egesp-cui3 an s .. -,,: .eItantrpas retais en cxrps Id'Etts, ils e
ponvaient o.itaer de d=pt:~a; a A3 .fiAfrbide nionale du royaume. Leur
motif tait b crainte qu'ona e dLiie:at par etei cette affemblee, at qu'on
oufdit r y i:.e: la coriiturman bretormne.
SL.eparem rt:deRotten, I'e-mEp!tedecuil.ljj efr:ngo:,fignalafatvrannie,en
dicretant un citoyten pour ai',r of dc-evr lb voi dts fon bailliage contre
les abus du defpotifne pri-=-uir pouffI par I'efprit de corps tantor entraium par le .torrent de lopinirn
publique ne pouvait s'arrter a aucun ftvfame ; it fe montrait populaire ou
adiftocrate felon 'impuIfion du jour et les padions de fes orateurs.
Le j" dicembre il part difpofs a defendre la libertS au rois de janvi,,
fvivant i1 voulut fe fire derwncer le. rapport de M. Necker au corf=il4;
pea de temps apres i laiffa penztrer et fon veritable efprit, et fon imipuif-
Tfance par la demarche la plus impolitique. Le docteur Guillotin mdecin
de la facukr, de Paris, yant fait un -plan de cahier connu feos le titre de
Petition des citoyens dumicikes a Paris, qui fut adopted par les fix corps, et
depofC par eux cbez un notaire pour recevoic les signatures de tons les ci-
toyens qui voudr.ienrt ui donner cette marque dE leur approbation, fua
mand'" .a lgrand'chambre, ainfiiue I'inpriuieur et les fyadics des notaires
Its y arriverent au traers d'une multitude immenfe, curieufe d'apprendre
les fuites de cette affaire. Au momenE oi le parlement s'en occupait, unt
foule de citoyens fign(it la petition dans les falles du Palais ; ce qui prou
vait aux mag:ilrats q,'il etait de la prudence d'avoir 6gard aux circonfltance.
d6iicates daus leqaueltes ils fe trouvaient. L'auteur de cet ecrit interrog
d'un ton fivere fur fes principles et fes opinions, fourint avec- courage 1:
cafe qu'il a dii defendre, et les jugs n'oferent ni le condainner, ni rab
foudre.-L4-Peuple-qui-remptiiffai Tagrand'ialle et attendant avec impatience
fan intrrpide detenfeur, le reiut avec de grandes acclama ions, le con
ronna de faurs, et le rconduilit en_ triJomphe. Le-parlement &rait comm
let publicT ,u nl, in.deux parties : refprit de corps et les antiques pr6ju'ge
luttacent avec forced centree Fetprit national et les vrais princpes des droic
des hommars. C'etait 1'image du combat de la lumiere te des tzuebrcs.
Les lettrrs de convocation pour la ville de Paris retardges par des diffi
cultes locales et par lesypr&entions rec-proques du priv6t des marchand
et du prevbo de Paris, parurent erfin. Contre lufage contiant de cette vill
o'l les elections s'taient toujours faites-dans des at&,r, b.L-s de communes
les trois ordres furent convoques feparement, et tinrent des affemblies pa
LUs premiers regards, d:ns ces affemblies, fe tournerent vers les con:
miffaites envoves par le prev6t des marchands pour les prefider. C'raiei
d'apres on edit du confeil, des confeilltrs du Chlatelet, pour la nobleffe
et dtes confeiliers de viPle, pour le Ticrs-Etat. Tous, comme de conceit
fenrarent la neceffite de ne point 'e laitfer maitrifer par aucune influence
~turni--re dans i'election de leurs reprlfentans; tous refuferent de reconnaiti
les homes qui n'eticnt pas de leir choix et Ls affmiblees fe formeren
fous ia prefideace dts dAyens d'age, qui, d'une voix unanime, prirent
place de commiilaires. Ceft alors que Paris fut partage en foixante diflrict
Les cabales et les brigues, pendant les elections, s'y montrerent avecplr
de frteur encore que dans les provinces. Los grands qui n'avaient pa, dai
leurs bailliages, reufir zi fe fare deputer aux Etats-Generaux accoururel
A Paris et employ-r nt toutes les reflburces de flintrigue pour parvenir
nlaztriftr les futlfrages., Les anis de la liberty triomphereut dans les alfemble
de la ville, il n'eni fur pas tde mmee dans celles de la prev6oe. M. d'l
pr-fmenil y fur elu le premier a pareil jour ol I'antie preccdente il ava
kte atrache du Palas.
Les affMinl. d.e Ii counncmnie furent trs-tumulrtuufees -la dfiance,'a
S molitr et I'fprit de pati prolongerent pendan'pliis d'in inois la' dure ,
leurs fdanices. L'approche du jour fixed pour Pouverture des Etats qui fea
blait devoid 6tre un point de rallienient pour tons les electeurs, ane
qu'i-iter toutes les petites pafflions auxquelles ces f ances ritient entiereme
livr-es, et les elections ne ifrent achevees que quinze jours apres la cerem
nie de l'ouverture.
LIe clergy de Paris fe dishonora par la baffeffe, Hignorance et le fanatifi
qui rngnerent dans toutes fes deliberations : il fe dclara ouvertement po
le dogme de l'obeiffance paUfive. On crut etre encore au terns de la lii,
lorfIu'on vit des inergumenes crier au defpotifime, a I'hdrfie, a 'athdili
coMtire le p.-tit nombre de pr&res qui foutenaient qua la puiffance public
v'-nt de la N-tion ; mais on fe crut dans 'anti-chambre d'un miniftre, cc
verfint avec fes laquais quand on eintendit an ecclefialtique dire tout h;
'jil itait de l'orin'on de ,,' ;;, .'. :;'', non-feudement fjir ce qu'il avait dtt, m
,tcore fr tout cc qu'ilpoumrrtt are. Qtu'on decerne a l'opinant un habit de livi6e
'&cria on wmeibie de I'Afleb 'ee. Toute la capital fur de fon avis,
M:ial. les troubles qui agiterent la France d'un bout a l'autre penda

(is) 1 en a &t fait un r firn general en trois volumes in 8 avec unS
table raionnde, au moyeu de laquelle on connait, au premier conp-d'oei',
foirt unanimity, foit le nombse des bail'ages, en faveur de chaquedemridan
contenuedans lescahiers. L't&nduede ce travail ne nous a pas permis de 10
.l tporrer. AMais on en trouve les principates bafes dans le cahier du Titts,
, ftat de Paris, dont nous donnons un extrair lia fin de cette intrOduction

~S~ --

a tera des A(,fWiibis,1< pour les ilections des dirnpds, opinion pb|bliq
,B& la ptiutd. ;iz ve 0.,i ie tardi mmnie pas a s'appercevei que Ie flam-
beau d&i a dii = jeic au milien du- P.uple, tie feltvjt qt A latertr fou
fes ^ci.,tbkc' inrtits.
Aufi malgre ia p*tc:pitation ivec laquelle les cahiis des diffrens bailliages
fe6it iedigces, Us prefeinterent un enfemble frappait dr ed.amations, d'ob-
krvaions et d'ides regoneratrices. C'eft li furtout qu'il faudra recourir
pour coaaaitre enduedue des abus qui rignaient fur la France, ct le premier
effeL J= A evolution. (15)
Ce fur alors que fe n13ni,'efercrt des mouvemens dans les faubourgs de Ia
:-pita'-. un citrv.n lint.. M. RkVtillon fabricant de papers qui entre-
tenait-ch:ir'ia;:.n:uit 5cc ouvwiers, qui les failfait vivre lors minme que la
i:ueur- d la "li iiu ~e~dpi-tir les travaux, devint tout a coup robjet de la
fieur de la.mAni tude dont-il avail at aai'v-nt lTectiion. On fiun:gra aix
o0u.riersde loi demander des angmentatuons exorbitaites de falaires, on I s
aneara contre lui, de argenlt ut difiribue pour les p rtrr a un foulevement.
Les auteurs de cette coniuration r avaient centre cer honnete citoyen auc un
fuier de haine perfontelle. vlais foa iomi rait connu dAu Peple ; it avast un crimiel centre an fionw audicieu, cen etak af~fz pour leur objet.
t lear fallait un p.etexte pour aEbirt des troupes; i leur falhait dts
crimles, alina e'eercer kls troupes fur les ( 'terats pout frapper ez.fuite lur
'es gens de bien. Voi:l le mot de cette terrible inigrne qui a it long-tems
epouvanti tous les efprits.
On par ': -' .dre le bruit que M. R&veillotn avait propose de
ridnirt 1a fols la .'e dies ouvrers ; qu'il avail dit hautement qu.
le pain de froament eait trop bon pour ces gens-lia, ct qu'il fallait les nourrir
de fatine de-pomme de terre, &c. Depuis quelques jours il entrait dn-i
!a ville une-foule de gens fans aveu. Leur nombre s' tant multiplie au point
dei-e ; fans aucune oppofirion de "a police, ces nma3lhi-ircu s'attrouperent,
portrant a milieu d'eux un mannequin de paille auquel its donivnet le nom
de RIvaillor. Us lifent fur la place Royale "un pritendu artl du Ties-Etat,
qui le condarmue i la mort: delt ils fe r6pandent en tumulte dans la ville.
L'tffoi Ls precede, les boutiques font fermnes fur lear paFlae, et rYo ne
'a met nulement en peine de les difliper.
M. R'veiilon alarwme court imploraer I'affiflance du lieutenant de police.
On lui promer de-puilflns fecnaurs,_et onloi e-voi'c t',ur card:r une madion
Simmenife e dvarfes iardins, une poignee de f.ldati. Cui it roup'e de 3a-
t gabonds qui avait jet6 la tetreur dans toute la ville, paffe la nuit ans
- les cabarets et fe difpofe par de brutales oigi.s aux climies .u lendtma.n.
e Au point du jour its courant dans les manufactures, enuienent de gre ounde
e force tous les ouvers, rpandent i'argert a pleines mains, et marchent,
en pouffant de grands cris, vers la demenre de j'infortunde victim qu'on
s avait devouee a leur fureur. Qu-lq.-is ibldas conduifent pendant cinq heures
e cette foule de torcends qui rouipent enia de trop faibles barriers, et s'm-
a parent de Ja maifon.
e Tout fat brif d, devafle, les glaces rompues les neubLs prickux jet6es
Spar les fentres ct livres at'.< fltnm.s, -Its caves ne turent pas oubliees: ces
e miferables 5'y gorgerernt de vins et de liqueurs j quelques-uns y trouverent
s la mort, en avalant a longs traits de 1'acide nitreux et des drogues defti
s nies la teinture. C'eft alors feulement que les fecours anivent.
Les foldats reqoivent ordre alors d'acarter Ia futle et de repouffer la
- force par la force. C'eraiIt Iur ordonner d'arrtr& la foudre dans fa chute,
u ou plutrt c'etait leur commander un rmaffacre general. Cette multitude,
e ivre de vin et de fureur, fe fait -des armes de tout ce qui tonbe fous fes
s mains. Des charettres pierres et un bateau chabg6e de caillout
r- et de batons; paraiffaient avoir 66e deflines, et it avait 6t6 intercept dans
la journie ils firent pleuvoir une grele de tile et d'ardoifes fur les Ga des-.
Franqaifes et les Suiffes, et ce ne fut qu'apres qu'ils en eurenr ere cruelle-
'- ment fatigues, qu'on leur ordonna de titer. La vengeance fut terrible, tout
nt ce qui fe trouva fur les toits fur tue a coup de fufil et tout ce qui 6tait
, dons les caves et dans les appartemens, abandonne a la bayonnette. Ce-
, pendant cette foule difarmee fe dtfendair avec vieueur. L.a nuit et le canon
e dirige fur le fauxbourg Saint-Antoine 'mitent fin au carnage.
nt Le y mai 1789 fera eterrel'emettt une des poques les plus memorable
Ia dansnos faftes. Ce fur en ce jour que Ion vit, apres 17pU.ans d'interrup-
Stion recommencer enfin ces Etats Generaux, demands avec taut d'inflances
pour toute la Nation ces Etais don't elle attendait fa deftinde. Le tableau
us quils offritent f,:a long-tems present a la memoire de ceux qui en furent
ns Ipectateurs.
a Une vafle fale confiruite et decoree d'un grand gout, foatenue par vingt
Es colonnes doriques, ex6cutne dans routes les parties, en flyle du mnme ordre.
l Mille i douze cent reprefentans de la France, divifes en trois ordres oc-
cu'pant le fod de la falle Le tle.g6 d'un c~ t,dansfon plus rice cf1Iume'
de lautre, les deputes de la nobleffe, -couvert!,_de plumes onldoav.tes i.r
S d--s clupi-aux -de forme tolal ,; erde mnaineaux 1iiois latentt de dorure et
de d'une coupe.ti 1afois :l. gantreet th.traltle tous 'Iepee au cote. Dans le
de fond, a gaurhe, les cinq ou fix cents depi.tes du Tiers-Etat, fans 6p6e, en
fit noir, iftbits et nmnteaux-de lane, cfavates blatches et chapcaix rabattus. Un
ir rone avec toute la richeffe et la pope royale s'elevant du fond de cette
o- fall leroi rendant un compete public de i6tat du royaume aux ddput6s
du Feuple : tel fut le tableau que cette premiere journei prefenta.
re Apris l'ouverture des Etats, les d4put6s des communes fe rendirent dans
ur la faile d'aifenblee, conformeiment a 'ajournement fix6 pat le roi, ils atten-
tue dir-nt en vain le clergy; et la nobleff le genie de la difiordc le< raffem-
ne blait daus des falles fepar&s et c'eft fur cet if; element et la d6funion qui
ue en devait refulter que les ennemis du no iveau i.'jione des Etats fondaient
m. Yefpkarae de hu- entire diflolution. Le Tiers-Etat leur envoy d6putation
aut fur deputation joignit la priere aux bonnes raifons pour les toucher ec
ais les perfuader. On leur tipo dat par des phrafes vaiutes, ,ala.iifonnec s de Ia
r, motgue qu on appelle dignity. Pour paraitre vouloir concilier les efprits,





r r;int chez le garde-des-fceau tune aflr-niLe conciliatore, comporie de
j;oiiiil.lacs ponu lJe roi et, de dtputis des trois ordlcs. Cette aflembl6e to
Wr1a rien; on connut feulement que ls mniniftres prtCnda.ient. avoir' de tr(
fjifluence dans les Etats. Th
Ce fiAt alors que le Tiers-Erat, auffr enautiy que rebut par les refis de la c:
an;jiori- du clergy et de la nobleffe, fentt la necefiet6 de fe conflitner en'
aefemble des comminmes, et qu'il fe diclara reprtfentant de la Nation.
11 fe tenait des alfk-mblees chtz madame de Polignac et ailleuvs ou 'intrigue ,en
n6dhita la difpofition des r'prefen ns du People Franais. Ls princes (I) fer
aya M. le come d Artois a leur ltee, firent paraitre un manifefte adrtrta
au rd, core Jes pretentious du Tiers-Etiat, dans kIquel, apres avoir
refut d iceuti-c, ijnfdjtaux talents et aux lumieres, ils ptreSil ientc au monar-
Iae tons les mailiears, s*il ne s'empreffait de rdprimer les atteintes :qu'on
Ie difpofit porter a Ia i obleffe. Le comte d'Artois ne fe cnrtenta pas de
de ce premier manifele il en donna un second, qui menaqait d'une infur- n0
reaction gendrale de la part de a noblefle etqui laiffait voir que le chef q'
ae ferait pas difficile a trouver.
Cette proteflation n'eut d'autre .qfet que de couvrir fes auteurs de la haine no
et da m6pris qui les fuivirent peu aprbs, lorfqutils fe barnnirnt eux-memes no
de leur Patrie, pour aller porter aux rois dtrangeis leurs projects de ven-
geance. Les ddpuots des communes ne regarderent ces r6fiflances que cornme
un motif de prendre plus d'6nergle, et leur affemblde proclama la r6folution fu
d'operer feule Ia l'gi'ner.ation de la France, fi les deux autres corps con- n,
tinuaient a s'y oppoler ;cet acte d'autorit6 forqa ceux-ci a changer de fyftmne. lo
L'archev~que de Bordeaux fruit in de cetix qui influa le plus dans fori ordre, '
par le raifoznement t t'exemple, pour la reunion. -e
Dans la chambre de la iioiebkl-, les apAtres de 1a' reunion avaient tou- r
jours &t6 plus niombreux et plus puiffhns. Le due d'Orleans dtait A leur tite, f
et fon nom ffaiait deja un grand poids dans la balance i mais le duc de la
Rochefoucauld et quelques autres montraient plus de zsle'encore, caufaient
moins d'enthoufutfie et mbritaient plus d'eftime.'
La haute noblefle et le clergy s'opiniatrerent feuls a la rdifthnce. L'arche- c
vtque df, Paris alla Ai Marly fispplier le roi d'intervenir et de dicter fes t,
volontes fuiprdmes. En confiquence, la f6nce royald fur indiquie pour le z3 o
juin. Elle devait tire le prelude de h diffolution des Etats. a
-.II -fut-enjoint aux deputies de ceffer-leurs feances, pour que 1'on pAt
scorer) la falle. lIs f blerent dans un jeu de paume ; ainfi tandis que 1'on d&coraic le lieu qui
avait paru digne des ddputis de la Na.tion rafleimbliee, pour qu'i le flir de
la pr6ftnce du roa une academie de jeu devenaic une efoece de temple
en.viroann de tout 'dclat de 1'enthoufiafme public, et o' la Paurie recur
les plus auglftes fermens.

P A R A_GR-A P H E er.,

Obfervations gene'rales fir la Con ftutiatt Frarnpaif et fur les t
Af7emb/les iationales, fbus la premiere race des Rois.

La fouverainete' e'tait *xercee par le Nation et le Roi reunis. c

Conflitution primitive de la Nation.

It us on monte vers les premiers Ages de la monarchie, plus on trouve de
iiberti, de privilege et des droits dans la Nation Franqaife.

C'eft une Affemblde natiopale qui erlit les rois, ou plutbt.des compa-
gnons de conqu6tes qui les montreit a 'arnie en les'elevant far un'
A cette dpoque, il n'appartient point encore au chef de cette Nation de
convoquer quand ih lui plait, ni de designer le lieu oa il lui plait de cedl-
brer cette affeimblee. '
Champ de MA,;
La Nation elle m me s'affemblait tous les ans dans fes Champs de Mars,
foit avec le confentement, foit fans le confenitcment de fes rois.

LA on dreffait des lois ; on y traitait de la paix et de la guerre-; on
partagtait le butin par le fort j on y expliquait fa loi qui avait befoin de
Succejflon aut, trne noun dereemine.. -
Quant a la fuccefllon au trone it parat, qUWelle appartenatt A tous les"
01enns d&s rois,et furrout depuis le roi Clovis ; car on n'avait pas encore
S econnu l'indivitibilit6 de la couronne, puifque les quatre enfans- de ce rei
a partageaienc entr'eux.
Les i conv6niens d'utie pareille division n'dtaient pas mdme encore connus
las roi n'avaient pu encote ordonicr i'indivi.i6ili06 en faveur de 'ainu des
dne,- et de o s defcendans, et les fuijets n'avaienr point reconna les abus
d'une auffi grande fuccelfion partagee.
La TI.irinn qiuoque gouvernde par quatie rois 6tair cependant indivi-
fible en elle-nAeme car les quatre royaumes s'alfeibnlaient 6galement en
chanzp de MAars pour les affaires gdn6rales.

Mac let roi ne pouvait encore, de fon autorite abfoitte rien ordonner,
Xi terminer. La France affemblde dtait fon confeil e' fes ininiffres ; er pour
bttir minme l'figlife Sainte- Genevicve, le rot avait befoin du confebtement
de la Nation come pour fonder -abbaye Saiint-Geriain-des-Pr-s a la-
q 1,: lhhldebert I~' ne donna une portion de fes domaines rue de _aveu
.^ [Uar,&S., et des Neitflri-is.

(a) M. le duo d'Orlans et le duo e Penthievre refuferenc de figner le

La Natimi jouiffait fouverainement du pouvoir de juger et de depofer fes
is; les diffolutiois de Childeric fuffirent A la France pour 1'exclure du
,ne : les feigneurs s'aftiblenti, et donnent le 'gouvernenient A Gilon.
lierii II, roi de Neuftrie et de Bourgogare ,futencore pour fa tondduite
rogante, d6trnj,. taf6 et renferm6 ; et fi Child6ric remonta fur le t6rne,
;ft parce quil y fur rappeld par VAffemblde de la Nation.

11 tait bien julue en effect qu'une troupe de capitaines, qui credit dos rols
dletvant fur 1n bouclier V'un des compagnons de Jeurs conqudtes, fe con-
vait le droit de 1en precipiter, quand il ne fe comporrtai pas come.
bon monarque.

Be nos jouts on a vu les Arragonois dans Nlection ou lintronifation
leur fouverain lui prtter un ferment,, qui announce que tous les Peuples
ont point voulu fe vendre a 1aurorite royale, ni lailfer perdre de vue
ie les rois doivent la couronne i leurs fujets.

Nous qi v./doui aucant que-tol difent les Arragonois a leur fouverain .
us te faiionss, roi pour nous gouverner avec jujiice et filon nos lois ;finon ,
Une autre obfervation, c'efl qu'au commencement de Ia monarchie, ilneo
ut pas toujours prefcrit d'tre fils du roi pour lui faccider. Ainfi Clodion
traic pas pete de Mirovee qui lui fucc6da. Sous les regnes fuivans, Ia
oi qui veut qut'n roi fuccede a un roi fon pere, fe fortifia. Cependant,
n 7y1 les Frarnais affembl6s prdfererent Ie fils do Childdric I1 a Thierri
Is de Dagobert, leur roi, at Pepin fuat cr6e roi, elu roi, nommin roi ficr-
)i, au plinjidice de Child6ric, fon preddcelfeur, d6pof6, rafd et ren-
erm6 la diete de Soiffons, en 752, quoiqud fa race eilt rxgnd dans les~
raules pres de trois cents ans.
Les rois mime qui fuccedereat a leur-r pere, devaient etre- reconnus ou
ortes par les grands fur le pavois. Ainfi Childebert fut proclam6 roi dia
odfcntement des Nations fur lefquelles fon pere Sigebert avait r6gnb. Clo-
aire ne fut reconnu qu'apres certaines conditions qu'il confentir. Dago-
err I, pour fiucceder a fon pere, eut befoin que les grands le reconnufleac
vec le (erment des d6putes de la Nation.
It y avait encore, d6s ce' tems-1a, des officiers de la Nation pres do
oi pour rdpriner fon pouvoir.

Charges et places nationalss.

Tels fraie'rt les maires du palais. C'dtait laNation qui les cr6air oulbien
es rois eux-memes ; mais du- confenteiient des Franlais. Ainfi Clotaire 1
vec le confentement des grands, crda imaire du palais Radon dans 'rAuf-
rafie, et fit Herpon, duc au-dela du Jura. En 6t6, le mhme Clotaife Taic
ffembler les grands pour dlire un- maire a la place de Gamier qui '.6tais
La pluparc des maires du palais abufaient de ce pouvoir qu'ils tenaient do
a Nation; car on voyait fouvent roi centre roi : i la mort de Garnmier les
brands Wien voulurent plus, et prierent le roi den fair Ioffice lui-mrme.

Clovis 4ffemble aufli les grands en 641. a Orleans, pour 1'dlection de
lzocat imaire du palais et les plus anciens documents nous montrent que
cet officer etait tabli pour fervor de contrepoids IYautorite royale. Peu-a-
peu la Nation abandonna a fes fouverains 1'exercice du pouvoir de cer offij
:ier qui etait fi fouvent i charge a l'Etat don't le gouvernement d'un feur
etait la bafe et 'effence.

Condition des perfonnes.

La condition des perfonnes, aprts la conqu6te de Clovis, no fut p.
telle que tout fdt efclave en France.
Clovis, aufli habile politique que conqudrant redoubtable, trAita, pou
ainhf dire, avec la Nation, et fit des conditions avec elle pour olktenir qu'elle
fe laiflat gouverner.
11 trouva des cit6s policies; un Peuple 6clair6, une religion pleine d'hu.d
manite, de ,haried, qui 6tait la gardienne des noeurs, des sciences ec des
arts : ilt adopt routes ces institutions.
Le baribare du Nord brifa meme fes divinitks et fe fit baptifer: il pros
tigea les chritiens et s'appuya de leur fidelity et de letir attachment.
1llleur laiffa I lagiflation 6tablie dans Ics Gailes, les droits des cits ,-
les former municipal's-. t Iks anicmbles gineules de la Nation auxquelles-
ilsdt.iict accoutumes : d appela aupres do _fa perfonrne des prdlais : it
prelia-A leurs conciles -i 'vAuhitr paraitre devote aux faints qui etaient
alors en vendration : il voulur agir avec eux dans leurs inflitutions canoli-
ques : il promit den ppourfuivre 1'execution et de les ddfendre.

LVordre admirable que Clovss trouva dans la conflitution politique des
Gaules, retinr m6me ce conqudrant barbare dans de relies bornes de ref-
pect, que ce monarque ordonna de garamntir du pillage un grand nomnbre do
villes don't la plupart fuibfihient encore : elles conferverent Yours privileges.,
leurs ufages, leurs lois; et malgr6 fa barbarie'et foa caractere atroce, ayant
reuni tne parties des Gaules A fon arm6e de France, ce ne fat que de leur
avis et par leur coiiitmeint. qu'il fit a guerre centre les Vili~orn ; it
avait ddjA traits et compofd avec fes fitjets unis dans l'affemblie de 50o6.

Les Peuples Gaulois, quoique vaincus et foumis, ne ceflerent done pat
d'&tre gouvernws par le vainqueun felon leurs anciennes lois its talent jages
felon ces lois et -celles que les premiers monarq ucs 6tabliflaient, rtaienc
telies qu elles n'obligeaient pas toujours tous les fijets indillinctement, car
oB laiflait aux Peuples le droir d'tre jugh felon fes anciennes lois; il u'etaic
done pas rare de voir un Franc iug6 felon .la loi nonvele, er fon voifin
felon l a loi ancienne : ce qui montre que les Peoples les plus barbares
out refpecrd dartis )eurs conqueIi les lois et les ufages etablis., on fait qutt
le barbare qui ne coinir que la force, a le coear compoatifant er debon-
naire a la vue des Peuples conquis, et il neft donna4 qu'en defpote vicieut
et tfldchi de teante la delhrucion des privileges qti rtavefent fes idAes.

Qittfaux rublides qui etafnt peras d~s le commeacemient de i morit-
cdie, it f-t i '.t A les doaiutes ds rTois d'avec l edomains& d e1'rI:;
il y avait .itfi des domain qui appar taiist encolaa aux Gaulois et des
te domain e-: -.:r- fat touiours facr6 pour les rois. Quand an d-s fo-u
rains de s e-iere uace voulatt imapoz-r fur le defg4 des fbide, !e f'ie
ve.iu ,a- A ri,.'.,t,:;, c'; s'y o' dns une 3a1:_b!ic., en empch.a la!
Ltes do-ines des F:-.,- : talentt fr-ncs auir de toate imnpeftin, les
P.-o,>' ; as pir;Z t au: ciuaws -ilis que des wr-.!cs vo!oamtkii: vi des
Ldoed*. Le--.fc a coifii_ re :le-**.n.r de as formes d'ctroiL
Les zois, vo"a foub' r, 4uaient dyac obligs des'en tanir l I'ufage de ieur
aomaine ; eice dormaine- dae Ile te ta .- aucuse t ace -;3ead';.ui, eait Ia
portion des terres conaqz;s ecbuc en partage' a roi apres ah conqu ae.
L'atnie e e coitentait tnmesn a la diitibution des terres et da butia que par
la voie dt fiujc: tmoin le vafe de ._ ii:'; ; car le mor7qu:e lie ponvait Pas
nmeme dil.o,-w. i, le roi C. .:';;, ie plus redou:ale des conquerans, Lun
vafe vole dan& use eglife, fans le codentemenat des o n-4 os de fes
Cependant pour la fubfi02ance des capitaipes et des premiers chefs des
armies, pn afligzA des baenfices et des pefiAlious h ireditaires au roi Clovis
et au. iois fuivans Ad'oil ei- vena leur domaitne; er pe u pen ks rois qui ne
pouvaient difpofer diun bi,,\i pris fur Feurnmii, difpoferent des terres con-
nuifes qu'ils donnerent fous le titre de ben fices en viager. Ces bsnefices
talent une foufiraction de leur domain, qui y rentrait ila more des
PoIzvoir des Rois.
On voit donc quelle etait la conditions des rois de France de ha premiere
race : ne point agir fans la Nation, faire ia paix la guerre et les lois de con-
cert aveci elee; ne pas lever des imp6 s fans fon confentement, rifquer d&etre
d6pofis en ne gouvernanr point avec jutfice, fe voir enlever la couronne p:-_
fieurs fois pendant deux Ltcles et la voir enfin pafler de la maifon de Clovis
a cclle de Pepin. .
Ainfi les rois n'6taient guere que de fimples capitaines ou des chefs d'une
armeei mais ce chef avait en cette quality le pouv6ir le p!us abfolu fi ne-
ceffaire a la police d'uue troupe de gens arms qui avait concu le plan d'une
conquete, et ce chef qui ne pouvait pas difpofer d' coupe vo'ee, k
pouvoir de couper la tete au foldat quand il manquait a la discipline. Ainfi .
quoique maitre abfolu colTme chef d une armee, et fetrouvant reprimn dc
tous cotes par le pouvoir national quand it s'agiffait du civil, il etait a la fois
le monarque lt plus impuiflanit pendant la paix, et le plus abfolu quand it
S'agiffait de conquetes et qu'il etait en action n ma:s il erait abfolu pour regir
cette armne, et non pour envahir pour, puiique le partage n'etait
pas mme I'aajudication, mais une aiflribution simple et Far Ia vole du fort de la
chofe conquife.
C'eft done a i'anecdote da vale de Soiffons que commence veritablemenr
notre iftloire; et coniire l'ob;et de I'hifloi e loaraine eft de d6peindre com-
ment une horde de bandits fe civilifa, conquit fes voifins, et s'etrndit dans
tout I'Univers qu'elle fubjugua, de imeme I'hiftoire de France n'a i'a-trce
objet et d'autre but que de montrei comment le confiil du premier caritaine des
Francs parvint petit a petit s'emparer au pouvoir national, za joumettre les
Franfais au joug, i'efclavage, et 2a trafiquer des propriu&s de la liberted t des
privileges du Peuple le plus aimable et le plus digpne- a'ua bon gouvernement.
Marche inverfe du pouvoir royal en France et en Angleterre.
CEs progres du pouvoir minifriel en France ont te dans un ordre inverfe
et contraire de ceux de la Nation Anglaife qui, conquife d'abord et foamife
i des defpotes, m&me i des tvrans, n'a reconquis la hlberte qu' la longue et
dans les &drniers te ',s; tandis que la France libre au commencement n'a lenti
le poids du pouvoir ablolu que dans ces derniers fuicles.
Cet ordre inverfe de la tyrannic des Anglais qui fe mitamorphofe petit A
petit en liberty, et de la liberte francai;e qui deg -nere en defpotifime, de-
wanderait ici de profondes fpiculations pour en analyfer les caufes..
Naus obferverons feulement que la march du Peuple Anglais devenu fier
et Ibre reffemble affcz i celle du Peuple Franqais dans les fiecles de
Si I'Angleterre a fa't couper Ia tete a fon roi, fi elle a chaff6 des fouverains
don't elle eatii mecontente, les Francais dans leurs iges libres, affemblIs en
diete national, out cond.'mine au fippiice cette infiale Brunehaut, qui
taitcjutfement devtnue I'objet de leur hamin.
Hls oni preipire Ies M rovingiens et kls Carlovingiens' d'un trone fur lequel
-is France les avait eleves.
A;nfi la France et l'Angleter-'e, dans leurs fiecles de liberty, ont ch,'l f les
races de leurs fouverains et 6te la vie a ceux de leurs rois don't le gouvetne-
ment leur a ddplu, avec cette difference que kIs Fraqnais, come autrefois
les Romains, one chaffe une race de rois' qu'ils avaient elus tandis que les
Anglais, en expulfanr la race des Stuart, n'ont privd cette maifon que d'un
simple droit d'hiditage fur le trone d'Angleterre.
En Angleterre, Charles ler fut mis a mort par fes propres fibers. Le fio-
plice au contraire de Brunehaut, determine pa.r 'Affcmblee national, fut
ex6cut6 par les foins de Clotaire.
Si la France a foupird fous le regne de Louis XVI, aprts falibertd et apres fes
droits que le roi avait vouloir lui refttuer ce n'eftl point centre fa per-
foune facree que fe tramait certte vafte comfpiration dirigee par la philofo-
phie. 11 tait erlonnIlIn:ii. i aimS, et 'on pent dire adore. Les infurrec-
tions qui eclaterent depuis 1785 n'eurent jamais le roi pour objet. La Franc.e
paraiffait le vouloir s''lever que contre le pouvoir ufurp6 par des ambirieux
qni environnaient le throne.
Dans routes les plaintes qui lit dtaient adreffles, on remarquait le v~nu
de la Nation de devenir le confeil et comme le pi 'ai:i r miniflre du rri ',.
ne fe rappelair que le moment ou eomma e fous Louis XII, tous le-i !-.,-
Iais ren-is k'verr.'-nt les mains vers lui, et le declaretraient, lnoi-feulemnc
le Pere de l.i '.ui, mais le Reji.,',2-r de la Francc. I

Ce titre ui tait promis on doWni de toaues parts, et i n tcair q'l
cette pf.niie la Fiance ie (oupirwai qu'taprs la r6forme des pr.ncipaux abuse
uso mi ..--nt aifndge. On cicyIt m&me encore 1a royaunt niceffire a
boaur d= i L, st. fur la Corf uttM. Framupaife, et fuar l Affemblues
Natioiales, fiizs la jecunde race des Rois.
Que la 1fuverainet apiaritivit encore i la Nation runile au
Roi, fous la feconde race.
Co.tinuatzoni des champs de Mars que Pepin change en chamr.;s de Mai.
Scus la feconde race, I'AiTemblee generate de la Nation 6tair encore p&-
ridique ; c'et-i dire que tons les ans, en rafe campagne fans qu'il ft
naceffaire de convoquer les Franais, la Nation s'afemblait.
MAis !a Nation &rait -ai plus civi!iiee, plus portee aux plaifirs de la focietd;
car elle s'avifa que 'AIn~mbLe fationile etait convoquee dans une faifor trop
rigoureufe pendLnt le moi de mars : le roi Pepin la ienvoya au premier
de mai.
Sons la premiere race 'armie des conqu&ans en mars fes
e,-:ti w, piecidees de I'AflembVee national. Si ce Peuple guerlier eit con-
tinue duf-ques dans le mois de mnai fes affemblees plitiques, il it perdu en
S.ifricLo:.s un tears precieux et neccffaire aux conquittsi ;mais quand la Nation.
eat fait phius de proe&s dans ia f :ietd, on trouva que 'Affembl&e dars
les thamps fouffrait des rigueurs de la faifon : dile fut done trvinnlrce au mois
de mai. D s-fors, on n'appela plus l'AflemblIe national les Chavmps de Mars,
mais kls Champs de ai. --
PuifJfice royale et national dans les afflires.
Les rois ne diccentinuerent pas dans les Champs de Mars d'agir concur-
remment avec la NaTion. L'hommage des Peutnis vaincus ne te rendait pas
aX roi .victorieux, mais ai -. on. l au P'rkment guenral des Fratcais.
Tel furt liommage de ian -(4, rendu a Worms.
Chardmagne lui-mnme ne fut puiftTant an-dedans et an-dehors ue, parce
ue, tant en affaires d'adminiflration qu'en matieres d'irp6t- il affkcra dagir
flns c :e ie rall- -ment avec les Franqais. Pour fire fop tefiament il flim-
bla "a Nation. Les c iminels d'Etat, Taililj n, pir example, ne fur jucg que
par !a France affemblee. C'eft un Parlment qui .le reconnut fouveram en
Le Debonnaire, fuivant les traces d? fon pere n'avait crarde de rien faire
que de concert avec la Nation : fes capitulaires ne furent drsil s que de con-
cert avec 'AffA mblee. Le partige de fes royaumes er de fes domaines ne fe
fit qu'avec la faction des Etats; i depofa Lothaire fon fils en prefence de
fes fiijets et le requt en grace dans une feconde Affemblue tciuc e'pref-
SLes alliances mines ne fe contractafent qu'avec le confenrement de I'Etar.
Dans les grands voyar'es des rois, la Nation iugeait quAd prince devait &ire
regent, et les grades come les petites aaiirres eraient traitees de concert
entire la Nation et les rois.
Du pouvoir militaire d,-s rois et du pouvoir civil.
On pent faire ici une observation effentielle quit. partictliere a la feconde
race des rois de France c'efi que le pouvoir militaire qui etablit la monar-
chic par la conqu&te, s'etant charng en pouvoir civil, les roisqu'on levait
fur un pavois au Champ de Mars pour les montrer 1 route Varnme, ne
furent plus inauguras dans cette formne la fin de la premiere race et fous.
la feconde.
Alors la monarchic s'4a1it change en un gouvernernent mixte, I'inutu-
ration fe fit avec plus de' folennit dans 1'Affkmublie generale des ordrts,
conipofee de tons les reprlfentans de la Nation; et comme le pouvoir royal
fit des progres les fouverAis ne futient plus elus. Its e:rent befoin cepetn-
dant pour monster fur le tr6ne du confentmOenit nat-oaal. Ainfi, la imonar-
chie toute militaire au comimencemeit fe changeant en gouvernemnent civil
et nuxte, le monarque qui n'avait a nraiter qu'avec fes compagnoins de con-
euetes et avec 1'arrnme, fit oblige d'a+gi concurntiment avec tous les ordres
de I'Etat; et les ordres recomnnafl.nt combien la tizcceflihin herdi1taire erait
plus compatible aver le get d'une Nation pius portee a ia tranqtiiilite e
aux plaiiiis, q 'aux comr1otionis qu'entrailent tles elections des rois, confentit
que la couronne fut heredittaire, f- refearvnt nceatimoins, a chaque muta-
tion de regne le droit de-te pas reconaiuie ou de reconnaitrcI lks ouveaux
Sermens de fJ.i;te.
De-la les -ermiens de fid lit squiprnehhn1t liur origin dans les premiers.
a'.: de la rionarthie. Ces fem.ns forn la preuive la plus co,.\.,iii .ne de
de la liberty des grants de ri.connaitre leur fouvwrain ; mais au;ii ce mn~n
ferment porte av-c lui I'obligatioin autthendique e !ui ob'ir, quand la Nation
affimblIe, felon I'ufage de ce tems-lia, fa reconnu pour fouveraini lgitime.
Un fils ne fait point ferment d'ob.-ir a fon pere, parce que la Nature ]a
rendu foumis a celui de qui il a recu le jour ; et dans un enj:ire o la force
eft le principle du gouvernement, come dans plutit-rs Etats de I'Orient,
on niemploie pas non Ilus la voie du ferment pace qu'on ef 'force d'obir
an potivoir dominant, mais ine Nation qut 6lit libirement on i oi, doit s'dtta-
cher a lui quand elle l a 6lu en f'rce que tint qu'il ell jufle htimain ,
religieux et protecteur du faib'e er de I'innocenrt, la Nation Al obligee do
Ii porter honneur repcct et obe lance etant fon feut ..' fou-
Origin:e de la nobcffe fra;if.
La nobleffe f anqaile acquit, fous la feconde race furtout, une confiflance
qui frt dam la fa ita bajfe de la' muarchie. ()ni a beaucoup 6crtr et i u-
vent err fur fa v&itable fou.ce. Voici ce qui parait de p:us certain fur
Les monumens de l'hifoire les plus files nous montrent dans ',:ablilTment
de ia monarchie ranaif dans ,s Ganles, un dAg e t un ordre de grand
pite 9ovios r fpe.ti.i telement, qu'il en embraf, leJ culte et la religion, il n.
a, lnp1 les. ufages, les moeurs et les costumes. L~glife rg li, 'e et la no-
chie fIaiu1f taeent done, dans k Gaules, plus arwiennes que In monar-

L,~_ ~-~


Les Francs, de leur c6te, qui arriverent dans les Gaules et qui s'y era-
blirent furent conduits aufti p.r des chefs qui 6taient nobles, feigneurs et
ducs parnmi les conquerans. La .nobleife gauloife safflocia bient6t a cette no-
bleffe conqu6rante de Francs, et ne fit dans la fuite qu'un feul et nmeme corps
avec elle, la premiere flbfiifiliii par fes richefles hereditaires, et la feconde,
par les biens echus au partage du butin, par des terres conquifes, ou par
des bendfices qui etaient les biens fonds concedds i vie par le roi ou par
la Nation .alemblee.
lere'dit des fief fa vraie "fnurce.

On a confide'r T'herddit6 des fiefs comme une injuftice faite a la royautd,
qui, dit-on, appartenait la fouveraine puiffance : on ne faith' pas attention
fins doute que nos rois, eleves librement hur un bouclier au commencement
de ia -nonarchie ne. pouvaient refufer a la nobleffe qui fe departrt de fon
pouvoir d'elire les tois, lheredite des fiefs qui fut enfuite fanctiotnee par
Charles-le-Chauve. ,
La royanut devenue herdditaire favorifa elle-meme et profit de cette h6r6-
ditr des fiefs", ce qui confolida la revolution i car elle 6loigna de la cour
tou les anciens conmpagnons de la conqubce qui, dans ces ages primitifs ,
etaient des.voifins les plus dangereux pour la tranquillity des monarques. Dans
ces terns d- barbarie lhdredite a meme pu etre utile et la Nation, fem-
blable celle des Vanda'es, des Goths des Vifigots et de tant d'autres
Peuples qui arrivaient du Nord ;-et pent-etre etd livr6e a des divisions def-
tructives et inteflines, elle eut e'te drouffee des'fes premiers commencement,
fi 'on n'et favorife et 'permis cette continuation de commandemniit qui ten-
dait a privenir les ufurpations et les guerres intestines.
Charlemagne, quetlque puiffant qu'il fdt crut qu'il 6tait de fon intiret
de contenir les Peuples fousl obeiffance des ducs, des comes et des feiguners
rdpandus dans toutes kls contrees de fes dominations; il etablit fa puiffance
fur cette division du pouvoir, confirmant dans 'Aff.mblee national de Pa-
derborn tons les privileges de la nobleffe franqaife et allemande, qu'il nomma
les fondemens et les foutiens de la monarchies.

Cotmparaifmz des abus .di gouvernement fe'odal avec .les abuts d'un
gouvernement qui tomberait dans le defpotijme d'utn feul.

Le miniftere franqais na ceff6 dans ces derniers terns, de reprocher les
exactions- de-cette- conftitr ion-fcodale i mais il n'a pas fait attention qu,
le Peuple, ayant fecotue le joug des ducs et des barons, eft tomb6 fous la
fervitude des gouverneurs, des commandans et des jntendans que le roi
leur a donnes; car pour conitenir la multitude, pour faire regner la justice,
pour conferver la tranquillity dans tn empire le monarque a toujours eru
befoin de divifer fon pouvoir ,, de le partager et d'en confier une portion;
et il etait alors plus politique de le confier, avec droit, d'heritage a des
families qui y trouvaient leur consideration, leur fortune et leur fubfiftance
hirdditaire que de voir le pouvoir royal confie par une commiffion revo-
cable a volonte, i des commandans qui repandent des armees corruptrices
dans les provinces et A des maitres des requetes avides qui devientient
(moyennant une finance) des intendans de province., don't on connait en
general 1'efprit depr6dateur et defpotique.
Le gouvernement feodal 6tait un-contre-poids du dcfpotifine royal cefl
fous ce rapport qu'il a pu avoir run1 utility relative dans les i onarchies :
pour s'en convaincre, on h'a qu'a jeter les yeux fur quelques unes de ces
petites fouverainetds de PEmpire, qui ont conferve leur conflitution, et qui
font furveillees par le pouvoir imperial et par celui de la diete. Le duc ,
le Palatin, le prince r6gnant ne peuvent ni faire la guerre, ni g'yver les
Peuples, ni abufer de la force come dans la plupart des monarchies de
'Europe, qui, apres la chilte du gouvernement f6odal, font tombees et
dans dans 1'exces contraire, et dans tn 6tat de fubjection qu'avait profon-
deiment, et depuis long-terns, muditd Ile confeil des rois.
Mais come c'eft le propre des institutions qui n'ont qu'un genre d'uti-
lite de circonftance,' er don't le principle eit vicieux de fe corrompre ce
gonvernemtiit parvint a affervir les hommes, 1 les rendre eflaves et ferfs
et il fut un tens en France oi les feigneurs, conime d'un confentemeni
unanime, affervirent les Peuples come les monarquts modernes out afferv
leurs fujets ; car la monarchic abfolue, come le regime f6odal ont de,
nmovens de corruption qui aboutiffent an me'me re&ultat, et to6 on tard une
Nation tell que la Nation Franqaife don't le- caractere eft bon tranquille
port I la jouitfance et aux plaifirs, doit etre affervie par tout pouvoir quel
conqua qui la dominera n'dtant point dans fon caractere de montrer uni
perpetuelle refiflance a i'effort continue ou des rois ou d'une noblefle, en
vironn's d'un confeil permanent, ambitieux eclaird, avide d'autorite e
des biens des fujets.
L'Utat de la Nation fous Louis XVI oberde d'imp8ts et, foupiran
apres fon ancienne liberty, et apres des droits que le monarque a d6clar
vouloir lui reftituer, en eft une preuve.

Defj option des dges ignominieux de la fl.,i itc horreurs de c
Sgouvernetmet dans fa d,'g r-ti, ifilk.
On voit donc qqe s'il faut reconnairre que la conf(tution du government
f6odal primnrdial avait quelque motif d'interet public, on ne peut applique
cette 9bfervation au delpotifme f6odal, auffi abfuirde que le defpotifine de
vois ; la f6odalite eut fes ages ignominieux conimle la royaute eur le fien i
les annales des empires nou'lieront jamais ces ages horteux oui les honimes
n'ayant que la condition des b6tes, fouffrent, come en Ruftie, en Pologne
et come ils fouffraient en France il y a cinq fiecles, fous verge du fer d
tyran baricad4 dans fon inacceffible donion. *Cette condition des citoycns
aufli deplorable que celle de .efclavc dans la monarchic defporique, doi
etre a jamais 'objet de r'execration de tout les homes.

Reclamation di tiers-itait et France pour obtenr htla fupprefflon de

Fitiguae de cette forte de tyrannie,. plus fatigue encore de V'opptefilo
qu'exefcerenut fur les I iaiu;ais les derniers monarques la Nation fe tout
m.entait et s'agitait demandant uine nouvelle forme de gouvernement ; e
i s'eleva en France des 1787, 'un tiers' part qui dans le mecontentemer
tuiivel,( f-nibl.i demander un gouverr'inent coming populaire qu'il voula
filbtituer en France au gouvernemeit fcod.ialet monarchique. Par cette tentr
tie, on de-vait dtablir un Etat nouveau gouverne par un roi, auqut'l io
Sies ,dr.'s, tous les eats, feraient confondus en utn feul e'tat, avec dLs f'
tet6s qui auraient prtevenu 'abus du pouvoir du monarque pour ravenir.
Le part contralri oppofait que le muniuqiic ne devait jam ais avoir

droit de renverfer les prerogatives des corps; ique, s'il t'tat plus envi-
ronnd de paiis, de gentilshommes et de .lri, rutinis, des-lors i! ldetait
plus d'affociation ni de corps en France, it ny aurait plus cet interet qui
les maiutenait, qui en etait le mobile, le principle er Te futimi-n.
Comment pourrait-on former alors dans le Peuple une corporation n6cef-
faire pour oppofer A rautorit6 royale ? Sans doure que des reprefintans elus
pourraient agir aupres du roi : ainfi on placerait pros da monarque un corps
populaire et national e'la periodiquement ; car la royaut6 ayant uni ,ermanence,
ce corps populaire devrait en avoir une.
Or, dans le concours de la yermanence heredita're du roi et de la perma-
nence elective du corps national populaire, Yautorite royale, toujours fubfifiante
et h1erditahie, fubjuguerait neceflairemert Fautorite nationate qui rbfiderait dans
un corps pelpetuIi mnclit elu, parce qu'un corps qui fe rnmantient par vote
d'lection, eft I ioins bien coinfEtu qu'un corps qui fe maintien ,par fucceffiit
On en concluait en faveur du regime ancient, qu'il fallait, en bonne poli-
tique oppofer a la force et a la prerogative royale que ,l'h6rdit6 rend per-
'pet lle,1 une femblable perp6tdird hdrdditaire dans le torps rkpiefcnranu la
Nation; et coinme cette perp6tiite nepouvait fe trouver dans Yordre du Peuple
que par election ai caufe de notre grande population, la voie d'dlection tant
inftrieure en pouvoir et ea rmoyens a la fucceflion her6ditaire, il et it ndcef-
faire dans une Affembl6e national de la fortifier par un pouvoir here'ditaire,
on par un pouvoir de flicceffion, qui font de leur nature plus a labii qtu'un
pouvoir fond6 fur des Ilections, des coups dun defpote qui commtaride 'i
cent mille hommer.
D'ailleurs ils obfervaient que 'heredite monarchique dtait devenue une loi
fondamentale dans lF.tat, tandis que la conflitution elective d'un corps popu-
laire ne feriit qu'un 6tabliflement moderne, faible de la nature, combatt'u
par la nobleffe et le clergy nouveau dans les efprits et dans l'opinion pu-
blique et que la faction des fkize et les efforts de la ligue ne parent jamais
6tablir en France. ,
Les auteurs de ces objections ajoUtaient, qu'ils ne m6prifaient pas le gou-
vernenient populaire ils reconnaiffaient qu'on y trouve de plus vraies et
plus clatantes vertus que dans les gouverneniens 'nonarchiques-: nais ce
gouvernernent ne pouvait, felon eux 6tre fond6 dans un empire viciaS
prefque dans toutes fes parties, qui devrait &tre rig6nir6 datis tous fes
membres er don't on devrait renouveler routes les inflitutions les prin-
c;pes, les projug6s, Ie genre de connailfances, les lo0is et I'education pour
un vrai citoyen en France, ne comptait-on pas des milliers de laches!
'Enfin, fi les rois font parvenus dans les derniers fiecles a 6tablir un pouvoir
abfolu dans le fein d'un clergy jadis independent, fi les richeffes de ce clergy
ne font aujourd'hui diftribu6es que par le monarque ft dans les fidcles les
plus redoutables la force royale efttparvenue a renverfer iout droit d'dlection
dans ce corps, a1 plus forte raifon le pouvoir royal parviendrait a la longue
a' renverfer, a fubjuguer toute corporation elective et populaire : oppofer
au pouvoir royal'un feut corps eligible et populaire, ce ferait n'oppofer
qu une confddiration impuiffatne au pouvoir qui a fu renverfer en France
routes les digties que le genie politique national avait cru pouvoir lui oppofer;
et que pourraient mille reprefentans de la F, ance, pdriodiquemenr 61ligibles
centre un fouverain qui command toujours 'a cent inille homes?

Pretmiere e'poque de gouvenement fWodal-quand-Pautoritifegl, euriale
e.tait foumife ti celle de la Nation.

Tant que les feigneurs fe foutinrent dans la foumiffion envers le roi, et
que le monarque put 6tendre dans tout fon empire le pouvoir des lois fur
t toes les clacfds-des citoyens, cette forme de gouvernement e'tait un obf.
tacle au defpotifine abfolu. Cependant, s'il ne s'exerqait pas imm6diatement
fur le Peuple au nom du roi, il n'en exiflait pas moins. Le monarque do-
mminait fur -fes vaffaux immnediats; ceux-ci fur les arriere-fiefs de la couronne,
qui commandaient i utine nobleffe inufrieure, laquelle exerqait fa puiflance
fur ks roturiers fur les ferfs, fur les efclaves.
t Tons ces feigneurs dominos et dominans faifaient dans I'Etat la fonctionl
i que les ofliciers fuperieurs et les officers fuba'ternes exercent aujotid'hui
s fur toute une armee.
Cette hi'rarchie r&ait encore la meme que celle du cler 6, avec diffirentes
. former ; rnais elle trait foumife a la puiffance et a Tinfpection national qui
e verifiait tout en presence de tons; fur-tout focus Charlemagne qui convo-
- quait les dues, le clergy et le Peuple. j

Second epoque dii gouvernemient, ff i 'al* quand autorite royale
t devint fu eraine.

Les abus d'un pareil gouvernement s'aggraverent a cette epoque, otu I
fouverainet- d-d roi fut change par le fait en simple fuzerainete; I le monarque
e fe vit oblige .-.r; de trailer avec oks grand. vaffaux comme avec des, egaux,
et des-lors il-n'y eut plus de corps monarchique en France-, mais une elpece"
-d'affciationfde-petites fouveraiinetes.-Ce- po.iivoii rmial un: lfois divifene futi
done plus balance, et la monarchic franyaife perdit 1f, primitiveconftlitution,
it qui confiflait dans le concours de la volont6 royale et de la volonte national
!r pour toutes les operations, et ]a France ftit divide en feigneuries qui na
s travaillaient plus de conce t dans les factions genurales de la France; chaque
Sduc et cheque. comte n'agiffant plus avec le mortnonarque pour contefler avec
lui les inter&ts des Peuples, mais pour d6fendre les pt1oVe ativc; de leurs

t Troifeme e'poque de t government fe'odal dansl fdJ .6iI'e io.i ul-"
riure, on le de/potijine fiodal compare' i. la firvitude royale.

s Alors les Peuples prives de l'autorit6 directed du monarque, tomberent dans
cette fervitudedont les derniers rois n'onr pas oubli4 de conferver les monu-
mens, et qu'on volt d6peinrs avec les plus iri *.- et les plus vraies couleurs
dans les oduvrages des paitit'.us de autorire royale ; alors Ja France cette
, Nation g6nereufe et conqu6rante gemit fous ia fervitude la plus d6shono-
t rate des ducs et des comes.
it "Cependanrt cette fervitude dtaitelle gale a c lie du defpote qui fe jone
it de la liberty et des propiits dut citoven? Le defpotifvie d'un baron etait il
1- phis intolerable que celui qu'exerce fur une grande Nation la force armne
is d'un fouverain? .
- Dans la la fervitude ro.Valhi, o voit deS armies de cotiimis intraitabes ,
durs de caractere, et par habitude habiles dais l'art 1u fitk, ecxercant fns
piti4 et d'Une nmattiere irrevocable la volonid du fouverainr dans la lev6s de

3%rFICI~ "r*'-r~'~R-~-rr*--7~-"l--C*-*-


]reipot. Le ,ona 1rque inf.r->tle s i ctrs du malheureu dent it qe peut en-
Itjedre la voix plitittive a command crt iiupr deft certainer ji.'e ,c etpline
Fue fiice : ,ordre ns'eft ri agr ejiqu'aix fronticres les plus .ecuiltcs. 11 faut
qca3! nit e::ecute. Si le matheureux ne peut payer I 'impot, i faut qu il aban-
donne th proprVt fn champ et fa vigne i parce que le detpote a dit en
feant la lui, fans coanaitre fi elle peut ure executee : C'efl ma vdolot et
oaf plaijfr.
Ie feigneur au contrnire, qui vit dans fes chateaux, qui trouve fafab-
lifiance et Ie maintien de fa famille dans la cenfe que lui doit fon vaffal,
pourtait are Aiiwdi' a devenir le pere de tous lts propridtaires : il con-
ufifj1I en dt-ail !es malhemeux il pouvaire ecitre excitpar la compaflion A aider
et a enicourager fes vaflaux.
Enfin on ne trouve dans le defpote qui veunt par 1'organe de fes officers ,
-que des volontds irrevocabies; dans le gt.u-ivc mniit fdodal on voit des petits
fouverains obliges de recohnnaltre ehn perFiri,. la calamity ou la prop6rit6
.publiques; dans les grands empires regis par le defpote on ne voit qu'un
monarque eloign6 de fes fujets,. que des miniltres jaloux en eloignent davan-
tage, et qui ne peunt eant-dre parler du bien oun du final que par des oui-
dire que finteret a toujou:s foin de voiler (>u d'altIrer ou de corrompre.
Enin, fi le bonheur des Peuples pent fubfifter quelque part, c'eft furrout
dans les petit s fouverainets : la confusion et le defordre dominant au con-
traire dans tous les grands empires.
Tels etaient les principles qui infpirerent a nos anciens jurifconfultes cette
foule d'ecrits qui tendaient a fire confolider le pouvoir feodal en le repre-
fentant comme un bienfait des rois : .Cetait le coup de grace donne a un
Cafes du pouvoir feodLd.
Tels firent long-tems les avantages et les inconveniens de la feodalid6 en
France : elle fe fort fia furrout au commencement de la troifieme race Capet
er fes fucceflfeurs, ayant eu foin de laiffer en paix des feigneurs dangereux
q-Ji pouvaient fe rappeler de leur ancienne puiffance et qui n'avaient pas
oublie qu'il tenait fa couronne de leur generofite au prejudice de la race re-
gnante de Charlemagne. Ce n'eft pas que la royaut6 nte nourrit dans fon fein
['ambition d'affujettir toute puiffance qui pouvait dominer en France ; mais le
items favorable n'&tait pas venu. La feodalitd &eait encore trop redoutable :
elle 6tair dans fonoadolefcence, et cotrime routes les inflitutions elle devait
arriver A fon age de dectrpitude. Alors les monarques toujours avec l'energie
naturelle A leur conflitution politique devaient faccabler par leurs attaques,
et la better enfin dans un prccip:ce d'oi elie ne s'eft plus releveo.

La France indivifible malgre la fiodalitde.
Cependant, malgred la division de la monarchie en un nombre infini de
de principautrs fubalternes, la France ne ceffa jamais d'&re indivifible dans le
fens que le roi ne put jamais etendre fa domination fur les terres pofledets
par fes vaffaux mediats fans leur participation. Ainfi, pour la d6fenfe gendrale
de la Nation, il fallait trailer avec les chefs des Peuples pour compofer une
armee, et pour tout ce qui pouvait concerned la function de limpbt,

La fe'odalitec ontribua ai degrader lda royaute'.
Enfin, c'eft dans ces fiecles de fdodalite la plus puiffante qu'en vit lau-
torit6 royale avilie en France. Ie roi n'etait aupres des grands Teigneurs de
I'Etat-que-comme uri feigneur fuzerain-quil-dtait indifferent-de traiter-avec-
les refpects dds A fes prerogatives et A fon caractere facre: les Peuples obfer-
vaient m6me per~ptueilement ce qu'il y avait de ridicule de plaifant ou
d'informe dans 1'efFrit ou la perfonne des monarq, es qu'ils ne difttinguaient
que par des fobriquets ajoutes a leur nom et fi on en except Charlemagne
qui s'artira le refpect des Puples, on irouvera chaque roi de la feconde race
avec des furnoms de cette forte : ainfi on dit Chilaeric I'IZfenfje, preddceffeur
de Pepin ; on dit Pepin le Bref; Louis Ie Dibonnaire, Charles le Chauve Louis
le Begue, Charles le Gros ( harles le Simple et Louis Ie Faineant. Ces de-
nominations de ridicule liniffent a cette feconde race, et on ne trouve dans
toute la troifieme que Philippe le Long et Louis le Hutin, a qut la Nation
'fe foit permis de donner des noms de ridicule. Dans les Ages de fubordina-
tion, ce font des noms refpectueux ou impofans qui en prennent la place. -
TelleTut donc l'ufurpation de la nobleffe, qu'ayant felon la conflitution
de la France concouru, au commencement de la monarchie, a la l giflatio;
avec le monarque, (noNis cumn optimatibus convenic, ) ( habito cutm optimatibus
tractatu, ) ayant concouru encore A fire la loi en Bourgogne avec le Peuple ,
(de mediocribus peifonis tam Burgundionibns quam Romanis) elle s'empara des
droits regaliens les unit a ceux qu'ils avakent conftitutionnellement comme
grands de I'Etat ( Optimates) et parvint jufqu'a ce point de puiffance qu'elle
infultait impuniment par des 6pithetes injury eufes la perfonne royale ; ctte:
conduite pul lique avoude de tous prouve :bien que l'hidrdit6 des fiefs qui
fe for.ifia dans ces teams la, s'affermit par une condition tacite putfque
l'opinion publique qui ne repugnait pas i traiter les rois peu refpectuenufe
ment., ne s'intereffait guere a defendre leurs prerogatives, et c'eft a cette
opinion r6gnante que les privileges de la nobleffe doivent leur flabilit6.
: Ogiine-des-p',r de-Franceie-.
Alors s'Ideverent les pairs de France qui s'appellerent ainfi de leur prdro-
gative qui dtait tell qu'ils fe crurent, pairs avec le roi leur chef, ne recon-
naiffant en lui que i'autorit6 fuzeraine. Devenus proprietaires des gouver-
nemens ils allaient, de pair effectivenment avec nos rois qui fefaient la guerre,
des traits et des ali.inces avec eux o et tels furent les ducs de Normandie,
de Bourgogne de Guyenne, les contes de Flandre de Champagne de
Tououufe e les pairs ecclefiafliques. Ces perfonnes exercerent dans I'Etat
tous les droits que les anciens (proceres Optimates) avaient exerce de concert
avec le roi et la Nation, et come [Pautorit6 royale ne s'tendait guere alors
que dans les domaines du roi, et que le monarque ne pouvait exercer Ton
empire dans les terres des pairs de France, ces pairs devaieht dtee convoqu6s
dans les grandes functions du gouvernement.

Ofiervations fur lae constitution de' la monarchie /ofus
race, et fur les Affenblies nationales.

la troifieme

Suite'des prieves que la fotuverainite a ajipartwnu a la Nation
conjoiitcmceoit avec les rois.
Election de Capet,
Sa plhis grande prcuawe gue li fonverainete appirren.-lr encore a IA Nation
atlnablic. c'eft de vuir \a courmnt avie A h ace dC jharlemagne et donnde

.- .--*CT---*- -

_~ip~p-:-------- 4L---~-~ -~i~g~blPIL-~QPli~tii~j^ *;- ,_~lb-r -- I


SCaper. iLe nouveau monarque le fentit bien car c'eft lui et non .ont ,a
loi falique, qu'il faut regarder conmme le defirtjcteur du droit d'Ilctloti j gc
counfentement a Iav6nement au tone des nouveaux rois.
Autffi les premiers rois de la troifieme race eurent le flin de faire facze(
de leur vivant leurs fils aines. Cette politique etablit lPheredit lindale'e
agnative : elle empd publique ; mais aufli cette fuccellion hereditaire donnant a un famine la Pro.
pridte de la couronne fit oublier aux rois qu ils devaient le iron. fle
,gaux, et des-lors furtout ils perfuaderent les Peuples qu'ils tenaient de Di,
feul ler pre et r coonne, et qu'ils n'en devaient rendre compete qu' D ,
Le pouvoir du fouverain Turc n'a pas d'autres fondemens.

Les croifades faipent la fdodalite par fis fondemenvs

Le ponvoir royal une fois devenu inddpendanit et h&6ritaire fans contef.
station, ce fut un grand bomiheur pour nos rois que la piete du terns ordon.
nat les croifades. Les feigneurs Franqais, les grands de 1'Etat, tels que lh
comite de Touloufe en paffant en Orient, laiffaient en France le pouvoir do
roi s'accroitre en paix. Ils apporterent de ces guerres facrees, [amour du
luxe,' de la focidte du cdremonial, et its sattacherent davantage aux roil
qui depuisla fin du douzieme fiecle acquirent fucceffivement les coniMt
d'Alenqon, et I'Auvergne, les conmt6s d'Artois d'Evreux, de Touraite,
du Maine, de l'Anjou le duch6 de Normandie, le comt6 de Poitou, &c.

Suite du pouvoir fouverain exerc6 par le roi et la Nation affemblee.

Cependant quoique les rois fuffent h6erditaires indipendamment de la
volonte national la France affemblke fe reffouvenait que fi nil long con.
fentemenit avait toli-6 cette fucceffion h&riditaire, il nen etait pas de mrie
des r6gences en cas de la minority des-rois. Blanche fit convoquer, non leg
Champs de Mars ni de Mai que la feodalit6 avait fair oublieri mais ul'
parlerent general compof6 des pairs, des hauts barons, des 6vfques et deg
grands de la couronne et de i'Etat.
Saint Louis convoqua aufli un parlement pour s'informer du chatiment quo
meritait le vaffal qui refufait ['hommage.
Blanche fous fa feconde regence convoqua de nouveau le parlement
pour 'affranchiffement des ferfs.
r ouis-Hutin reconnut devant les Etars affembl6s, qu'on ne leverait pas do
tailles fans le confentement des trois Etats.

Nouvelleforme des 'Affemnblies rationales fous Philippe-le-Bel,

Philippe-le-Bel en effect avait chang Ila denomination de parlement en
convoquant tous les ordres de fon royaume ; et tandis que -fous le roi
Saint-Louis, la Nation tdait reprenfentde par les pairs, lIs hauts barons,
les prdlats et les grands de 1'Etat affembl6s en parlement fans que le
Peuple encore ferf ffdt convoqud les communes et les municipalities relevees
de la fervitude parurent au roi Philippe affez puiffantes et affez confid6rables
pour les appeler aux grandes functions du gouvernement.
Une preuve ultirieure enfin, que fous la troifieme race la Nation exerts
avec fon rol des prerogatives de fouverainete', cell le jugement port dans
l'affemblde des pairs, barons prelats et autres du royanme ; routes parties
-ouies -il- fat dclare par la Nation reprefentde par-les trois Etats, que I-
droit de Phili pe de Valois dtait le plus apparent pour parvenir au tr6ne:
Edouard en fut exclus.
Quant aux fubfides que le monarque ne pouvait ordonner que de concert
avec la Nation, les Etats avaient grand foin de modifier les leaves d'impots
pour les ddpenfes de la guerre : il fut rdfolu aux Etats de i3SS qtuon n'ea
accorderait que pour un an.

La France perd la periodicit defes Affemnbes qui ne font plus convoy~
quies que par la volonte ou le befrin des rois.

La France cependant qui petit a petit fe changeait d'ariftocratie feodale
qu'elle 6tait en monarchie abfolue n'avair plus d'Etats-Gnderaux pdrio-
diques: elle perdit cette periodicitd en perdant fes Champs de Mai et
ne ft plus affemble depuis, que par convocation royale ; mais le mo-
narque, comme aujourd'hui en Angleterre, ne pouvait rien faire en France
fans le concours des Etats. Pour faire la guerre, il avait befoin de fubfides,
et pour des fubfides il avait befoin du confenttment national. LUs Etats
demandaient la loi on la reform des lois par des ceaules que 1'amour du
pouvoir dans les xois fit changer enfuire en terms de doleances et de re-
montrances pour les parlemens. Les Etats ne cefferent pourtant pas de tran-
figer, pour ainfi dire, avec les rois dans les functions du gouvernemeunt
car en 13 y6 ils n'accorderent des imp6ts que moyennant I'exdcution de leurs -
demandes. Souvent ils approuverent la paix et la guerre, et toujours ils s'affem-
blerent quand il fallut accorder des apanages aux nouveaux princes.
oes rois (do ntle povoir augmentair journellement, parce qIt' Piecabli&fe-
ment d- la puiflance rqyale hereditaire fois Capet, la Nation n'avait pas eu
foin d'oppofer un pouvoir toujours f(ibfiftant, et parce que les rois redou-
tant le pouvoir des Aflemblees les d6fendirent fans le confentement royal, )
nos rois, dis-je, abuferent fouvent de leur puillance. Charles VI en So380,
rdtablit par uni acte royal la Nation duns routes les franchises, libertei,
privileges et immunites fans qu'a I'avenir les ufages introduits an contraire
puffent tre tirds A conf6quence.

La France perd les prerogatives qui balanFaient l'autoriti du rol
far l'extil.ti n des grades mabtont s.
La Nation cependant devait petit a petit laiffer perdre fon poivoir, car les
families des dues et des comes, qui en avaient tin conflitutionel, balangant
celui du roi fe fondaient dans la famille royale. Le dauphind la Pro-
vence, le L.anguedoc et d'autres pays fe rangeaient ainfi fous I'obeiffance
royale qui heritait du pouvoir de ces princes augmentait d'aurant fes do-
maines et les prerogatives des rois. Ces prerogatives s'accnurent encore,
pirce que la pairie oublianti, on pouvoir, et la Nation n'ayant A la lrte
des affaires que des pairs de creation royale, perdit airifi tous fes repre'
fentans. /
Le roi devient chef abfolu des armies.

Mais quand e pouvoir fat entire les mains du roi ,et quil falut leve .des
armies pour foutenir 'autorit4 tovale dans le royaune agirandi par la reunion


- L-F- IC- --- --rI-~~II-~7C-l- -l-~~

des p.oviiices it ss'tablit alors en France une puiffance v&ritablement mili-
taire, dependante abfolument des rois, infltument des rois et la bafe de ce
e'tBorifine, qui commence fur-tout dans le regne des Valois, a qui aI
S Na tion reprocera toujours la fubverfion de 1'ordre. II ne fut bient t en
France de veritable honneur et de moyens de s'dl6ver que dans Pd6tat mili-
taire et les monarques exercerent ce nouveau pouvor tant pour re-
rimer les eneiemis du' dehors que pour foumettre toutes les oppofitions du
Le clergy f uimis au roi abfolument.

11 reflait un corps dans l'Etat, qui par fes richeffes, par le respect que la
Nation liii portrait, par l'afcendant qu'il avait fur tous les elprits a caufe de
fs tiumieres. n'etait pas encore dans Pordre des citoyens alnujettis. Une
grande revolution le conquit aux mnonarques: Franiiois ler .s'emparant de la
Soitide des biens des tboines en nommant 'abbd qu'il rendit commendataire,
S oir.a auffi aux eveches de fon royaume en forte que dans peu de teams
on noe fut grand en France ,dans 1'glife, dans 1'6epe, que par la volontd
da toi. o
Venalite des charges.

La magift'ature cependant confervait encore quelques-unes de ces formes
antiques qui repr6fentent 1'6tat des Peuples libres :'elle chofifiiait dans les
candidates trois fujets j elle les prfentait au roi qui choififfait encore. Franqois Jer
rendit ces charges venales, et des-lors il ne fut plus permis de juger qu'aprps
en avoir achet6 la prerogative.

Les provinces percent leurs reprefentans en pei'daht ledrs Etats.

Tout allait en decadence, et tout pouvoir national difparaiflait. Il reftait
cependant encore dans les provinces rdenies des images on des ombres de leur
ancien droit public des rtftes dejleurs Erats-Ghndraix. Cette conflitution fi
favorable aux Peuples, fi capable de fire connaitre aux rois la profpirte on
la mifere des provinces, fut encore la proie du pouvoir minifleriel; la Pro
' vence, la Guyenne la Normandie, le Dauphino perdirent leurs Etats. Un
roi jaloux ie tout faite immndiatemer.t par fls miniflres imagine enflite la
function des intendans qu'il repandit dans toute la France pour y exercer fon
pouvoir arbitraire.

Cependant la France, fans Louis XIIf, foupirait encore aprbs fa liberty;
mans Richelieu part, qui par fes coups d'Etat punit quiconque ofa parler de
privileges. On imagine aufli la reffource des cotimiltions, parce qu'il reftaitr
-dans-la magiftratureu n certain amourde lJajutice qui l'empechait de comnuettre
des facrileges centre nos lois. Et il y eut des hommnes qui fe vendirent a ce
winiftre pour executer fes ordres fanguinaires ; et par Iinvention des commif-
fions, les minifitrs furent affairs des jugemens.

Traffic de la liberty des citoyens.

Telle etait a pen prts la march du pouvoir royal quand le miniftere trafiqua
plus que jamais de la liberty des citoyens,
Pour opdrer en paix ces revolutions, la perte de la liberty raitr l'pou-
vantail redoutable qu6 19 gouvernement oppofait au mecoritentement des corps
et des citoyens.
Petit a petit le jeu des miniftres fur la liberty des homes fut tel, que fous
Dubois et Fleury, ii fur donn6 des milliers de lettres de cachet pour maintenir,
par exemple, lune bulle des papes, don't les Peuples n'ont jamais connu que le
premier mot unigenttas.
France etiez-vous digne d'un pareil traitement I



Letur former et la cauife de leur convocation.


La convocation des Etats-G6n6&aux a 6te vivement follidite par les course
fouveraines i elle a &t6 promife par le roi : objet des voeux unanimes de
la Nation, elle eft regardde come le ieu.ede unique a tous les maux don't
_ la FTince eft atfligee. .. ... .. -
J'ai puifd dans notre hiftoire le dwveloppemeit des motifs qui, dans les 'poques de la monarchie, out neceffit4 les Etats G6n'raux, et
les Tfets qu'ils out products.
Je n'ai voulu fupplIer par aucune r6flexion particuliere, aux reflexions de
ces hiftoriens don't les ouvrages confacres, par le terns deffines a Finititu-
tion des princes eux-mnmes, et authentiquement publides, font rev6tus d'un
caractere le6gl qui les met a labii de la cenfure.
J'ai penf6 qu'un- recuell hiftorique des 1t.ats G4ndratqx ne pourrait que
fecondgr les vues du gouvernement qui vient d'inviter tous les ordres
des citoyens a lui envoyer toutes les recherches et tous les 6clairciffemens
qu'ils peuvent fe procurer fur cette iuailerc. C'eft une force oft chacun
pourra puifer beaucoup plus facilement, que s'il faillait recourir t d'immenfes
bibliotheques. Les hilloriens qui nous one tranfinis ces details, les ont trou-
ves dans les proces verbaux Jeponi's datis nos archives et 'on ne pent
s'egarer en pregnant pour guide des homines qui out eu eux-mnwaies des in-
terprtes autti fideles.
L'ufage de convoquer les Etats-Geniieraux eft n6, dit Savaron avec kla
ir,,n..-1hi, u; ce qui fait croire a plufieurs ecrivains que les Etats tenus !
Salifln en 421a fous Pharamond, pour la loi falique, etaient des Etats.
Mais quelque nom qu'on donne a ces dictes Chanp de Mars Chamdp
de Mai,", Parlement, il eft certain que fous la premiere race elles fl'etaient

compofres que de la nobletfe; et que fo'is la feconde, ainfi que fous utie
partie de la troilicie-, eiles n'admettraient que la nobleffe et le clrrI,.
Joachim le Grand dans un trait fur cette iatiere, refute le nom d'Etatr-
Gen&6aux 1. une Affenmbl6e tenue en 1302o fous Phlilippe-k-El parce que
le tieis-4tat n'y fut pas confilt, conjointement avec les deux auttrs.ordres,
mais feparement.
Pafquier done aux Etats-Gneriaux une autre oihin? que celle des dd-
melds de Philippe avec le Pape, et recule leur inthumtion jufqu'en 1314.
On pent le confilter dans les Recherches de la France liv. 2 ,; chap. 7.
Pour fe former tine jufle idWe de la tenue des Etats Geneiaux, des
causes et des occafions pour -fqinelles on les convoquaitit du fruit que
le People a .droit de s'en promettre pour favoir s'il eft utile ou nuifible
au roi de les affembler, il ne fant que parcourir la 'harangue du c6lebre
chancelier de PH6pital, en l'Aflembl6e de 156o.
On entend/par le mot d'Etats-g6ndraux l'Affemblee de la Nation entire,
foit par elle-meime, foit par fes reprfeintans. Tenir les Etats, c'et, de la
part du fouverain communiquer avec fes fujets, prendre Jeur avis fur des
matieres qui touchent Al'ordre public, 6couter leurs plaintes pour y appli-
qtier les remedes convenables. Dans les anciens terns, on donnair a ces Atlem-
blees nationals la denomination de parltmens, qu'elles confervent encore en
Angleteire et en Ecoffe.
5, Les rois les tenaient, foit en terns de guerre, pour demander a leurs
fujets des fecours extraordinaires-d'hommes et d'a' gent. foit pendant la paix,
pour afligner des apanages A leurs freres, pour r6tablir la police gn6tiale,
ou pour reformer quelqu'abus du gouvernement.
,, Perfonne ne conteftera, fans doute, que ces fortes d'affemblIes ne foient
infiniment utiles an Peuple puifqu'elles lui procurent le piecieux advantage
d'approcher de fon fouverain, de lui fire entendre fes dolkances, et d'en
recevoir tous les foulagemens qu'il pett raifonnablement et attendre. On dif-
pute feulemeht fi elles le font egalemient au roi., Bien des gens pretendent
que c'eft degrader fa puiffance, avilir fa majef6, que de l'affreindre a prendre
confeil de fes fujets, a confulter ceux auxquels il a le droit de commander,
et qu'autant il fe rend fanilier avec eux aptant il perd du refpect qui lui
eft dd. Gette faqon de voir, je le confeffe, m'a toujours paru bien strange;
ct plus j y reflechis, moins j'apperqois ce qui peut y avoir done lieu : car
y a-t-il une function plus augufte, un acte plus dign-e d'un roi que celui de
prafider I'affemhlie do fes fujets, d'ecourer lears demands, et de fire droic
fur leurs requ&es fi elles lui paraiffent fobndcs ?..... 'C'eft prefque le feul
moyen qu'aient les rois de connaitre la Vwrite qui leur eft deguifee par tout
ce qui les entoure. Combien de veiations, d'injiflices et de rapines fe com-
mettent journelltment fous le nom du roi, mais a fon infiqu, et don't il no
pour avoir connaiffance-qu'en tenantrles Etats-grnieraux I 'eft l qu'il a' 'ren-'
dra le tort inappr6ciable qu'il fe fait a lui-meme en chargeant le Peup.e de
nouveaux imp8ts, en vendant les offices, en confirant les premieres-charges
civiks et eccl6fialliques a des homtmes fcandaleux : car la plupart des rois
font condamnis a ne voir que par les yeux d'autrui; et au lien qu'ils devraient
mener les autres, ils font menes par une douzaine d'hounnes qui les apprq-
client. Pretcridre qu'un roi, en' denimdant confeil a fes fujets et en con-
verlant familierement avec eux, degrade fon autorit6, c'eft vouloir fapper
d'tn feul coup routes les ancres fur lefqueles repofe le vaiffeau de MEtat.
Car il s'enfuivrait de la qu'on devrait fupprimer non-feulemeientI les Etats-
generaux, mais le confeil d'Etat, les parlemens, et toutes les course fouve-
raies qui ont droit de ddliberer et de fire des reprefetations fur les ma-
tieres de leur competrlice.
Concluons done hard ment que ceux qui confeillent au roi de fe rendre
inaccefiible, confultent plus leurs interkts que cetix du prince et de la Na-
tion. Ce font, ou des homes prdfomptueux qui m6prifent le refte des
humans et fe croient feuls en tat d'ouvrir de bons avis, ou des fujets per-
vers qui ne trouvent leur falut que dans les thnebres. Car de venir tran-
quilletme-nt nous dire que toute grande affemblIe eft l craindre; dui bien,
lear rpondi'ais-je, pour un tyran et fes satellites, mais jama;s pour un prince
1egitime qui doit fe regarder comme le pere de fes fujets. II me ferait
facile en parcourant les diverfes tenues d'Etars-generaux don't les procks-
verbaux-fe confervent dans nos archives de montrer en detail qu'ils. one
oprre le falut de 1Etat, foit en procurant au roi des fecours 'prompts et
efficaces dans des moments de d6treffe, fit eni rformant une' foule d'abus
deftructifs, et en donnant naiflance a des lois falutaires ou a d'utiles regle-
mens. 2
A co6t de ce difcours fuperbe, on ne fera point fiche de retrouver celni
de Charles de MarLlac, archeveque de Vienne, fur le mnme fujet.
Pour dimontrer dit-il, la- neceffit6 des Etats-Gendraux il fuffira de par-
coutir rapidement les principaux objets qui font du effort de ces affemblees.
Si le Peuple fe plaignaitt de Faugmentation progreflive des imports, et voulait
s'autorifer de ce qui fe pratiquait il y a un fi6cle, pour demander des di-
minutions et que le roi d'un autre cot6, voulnt lui faire entendre quo
par les changemens furvenus depuis ce terns dans le numeraire, et le renchd-
riffement de toutes les chofes, de premiere necelfit6, la meme fomme de
'deniers ne repond plus aux memes befoins et que le gouvernement, en
tirant en apparence plus d'argent du Peuple eft dans l.i ialire plus 3a 1etioic
q)I ne Ietait alors ; oa ces forces d qiLcllioils pe. vent-elles etie plus con-
vepablement difcutees et eclaircies que dans une affemblee d'Etats ?
Si le Peuple reprefentait que par I'ancienne conflitution de I'Etar, le roi
doit vivre de fes do.iines foudoyer fa gendarmerie diu pio.lit des tailles,
et fire face aunx depenfcs de la guerre avec le produit des aides et ga-
belles, puifque ces imp8ts permanent ne lui ont et6 accords qu' ces
conditions et que le roi fdt interetff a lui montrer qu'il a trouv en
montrnt fur le trine, prefque tois les domaines de la couronne alides, les
aides et'gabelles charges de rentes et d'hypotheques qui en abforbent tout
le product que priv6 de ces deux branches de revenues publics, et charge
en outre d'une mafle enorme de dettes qu'il n'a point contracts mais quT
no pouvait minconna.urc fans manquer a la foi publique, il lui i ft diformais
impoffible de fire face. aux d penfes courantes et aux frais les plin indif.
penfables de I'adminiftration ; par qui et en quels endroits ces arrangements
de Famille peuvent-ils &re difcutis et terminus plus facikmenirt que par les
repr6fentans de la Natidn et dans une tenue d'Etats?
Si les miniftres du roi font calomnies, ft I'on affected de les denoncer pua
bliquement come les auteurs des troubles et les oppreffeurs de la liberty,
quel plus beau mayen pourraient-ils defirer pour confondre leurs ennemis
et fe laver de tout reproche et mume de tout foupqon, que d'expofer
dev4nt la Nation aflembl4e en quel etat etaient les affaires, lorfqu'ls en
out it6 charge s, en quel 6tat elles fe trduvent maintenant, et de rendre
un fi bon compete de leur geftion, que lenvie foit force de fe taire ou de
rendre jufltice i leur intu6gritr,
S I.u un motns'il s'dlcve dans l'Etat unie clameur pbnl)ique, utie ,a -

c -- -e ~II rag~

I ;








i A
t s

S--:.--;- c-- S3-i .---.-- d-ans an-- foule de l- -qui c-rcule-t dans
!es pr;vinces et danIS s j ,s f etigeis.
1t 1 pet prevoir ot aboutiront ces menoes ? Fafe le Ciel que ma crainte
iit vaine: mais je er"ble qu'une cu deax province lie vicfnent a fe de-
tacher de la couronne, et a ii.rurept.-r !c deniers royaux. OA trouverions-
.-ous Ies fonds neceflakes can, mritre for pic-i une capable de les
retire. Ce ne poutrait ere qu'en fouiaIt ks -antres. Mais tie rifquerions-
Dous pas d'y exciter un failevement et le fea de la revolte en s'eten-
ianrr d'une province A 1auntre ne fiuirait-il pas par embrafer leroyaume
ectier ?
Ui des plus precieux avi3aaes qu'on a*t lieu de fe promettre de cette
Afimn;!-.'- naora el td dtir nr-'er. P; I'Etat du g. u:Vr. on il eit en-
fonoc. Le Franais eft ne ;:f-':ei:':. et feifibiY, et i! n'y a point d'exemple
cuie ia Nativcn air r, P- d'-;"tr ,'" tout tin puuvir, et fouvent nreme au-
delU de fes forces ceux a fis rois qui oL.t r=couruA elle dans le mal-
Une feco-de coRfidraetion eft la n&cefflit d'avoir de nouveles lois, onu
de renouveler les anciernes ( r plifieurs objets d'aminiflration. Car bien
que le pouvoir r;"',fi: riLd effentiellement dans ie roi feul et que fa
v-l nt- permanente et duairent notifiee foir la regie a laquelle tous fes fujets
d&,-vent fe conformer, il faut convenir ceper.dadt que, dans l'opinion pu-
b.:que, it y a de la difference entire ks l:is qui iman.nt du propre mouve-
rrc:nt du roi, affiile de fon confeil, et ceiles qui tont reaigees fur la peti-
tion des trois ordres. On ref0.c, e niminsles premieres, parce qu'on foup-
nrcne cuelquefois qu'dles out e e fuZZ7ics par des mi iftres qui avaient
des vues fecrettes; au lieu oque s fecondes, dicties par l feul amour du
ibien public, dA e:t'us et d liber-es en pretence de tous ceux qui avaient
ineer& a la chofe, portent toutes les caracteres de 1'equite, et deviennent
la volont~ commune contie laquelie aucun parriculicr n'a le front de rd-
On ne maniquera pas de dire que c'eft une vieille irflitution tombee en
defuerude, qui n'eii propre qu'a brider fautoritc du roi et qui acheve-
rai:t 4 tout p-rdre dans un morrent de troubles et de divisions. Je rdponds
que ceux qui s'autorif=nt de la longue interrupuon des Etats Gen&raux
-poar-ies-profeaire-Ij--aient- bien calcul-1les biens--et-les-raux qui-en-fontr
rtfua-s il eft au mnoins douteux qi'ils ofaffent s'appuyer d'un pareil tirre.
Car A cu-.i: autre caufe faut-il rapporter Iks calamites que nous .eprouvons ?
et n'efl-1 pas evident que fi Iks Etats eu(fnt continue de s'.f-minbl r la
corruption ne ferait point parvenue an point oui nous la voyo-.s ? Leur cef-
fation a ouvert la port a une foule d'expediens ruineux, de trompeufes
reffovrc-s et de larcins deguifs qui ne cefferont de devorer l'Etat, juflu'a
ce qu'il fe rapproche de fa couftitution premiere.
Si 'on aioute que le roi fe donnera't des entraves en renonqant a impofer
fes fujets fans leur confentement, je repondrai tu'il ne perdra rien au change.
Car, puifque fans tre confulte, fans entendre les raifons qui engageaient le
pri-cea augmenter-lesimpots, leyTeupl a paye ufqui'a ce)jour, que ne
fera-t-il point quand il faura que la demand efi jufe qu'elle a et6 ditcutee
et approuvee par fes reprefentans ? l
Acheverai-je de dire librement ce que je penfe ? Cette exceffive facilFt
quont trcuvee nos derniers monaiques A fe procurer tout Pargent qu'ils
oefiraient, le'; a rendus et trop entreprenans et trop inconfideres fur les obj.ts
de depe:ife. S'ils avaint ere obliges de mefurer leurs projects fur leur revenue,
i's aurient pref rv6 leir coeur d'attenter i la I b-rt6 de leurs voifins, et
Ieurs mains de fouiller fi avant dans la bourfe de leurs fujets.

Etats-Gineraux de 1302, forts Phil~ppe-le Bel. De'meles avec, le
pape Botiface VJfl.

Le pape Boniface VIII pr&tendait porter la plus frrte atteinte A 1'auroritI
des r is. II1 voulait 6tendre fa puiffance fur le temporel du ioyaume;, il avait
deja lance p ufieurs butllks, tant pour rtvoquer les graces qu'il avait accordees
poir fournir aux frais des guerres que la France avait a four1rir et le,
vtivileges concedes au roi et a fes fucceffeurs, quo pour d6fcndre aux eccle--
fiafliques de payer ni decimes, ni fubfides ,; fans une permiffion expreffe de
]a court de Rome. 11 foutenait qje la collation des benefices n'appartenait pas
au roi, et que la regale dtait une ufurpation.
Philippe n'oublia tien pour intereffer tous fes fujets dans fa caufe et
voulut fe munir de leur approbation-contre les entreprifes inju'fes du fouve-
raini pontife.

Le tiers-6tar prefenta au roi une fupplique wa i'eff,;t qu'il lui pltl garden
la fouveraine franchise de fon royaunte, qui eft tell que, dansle temnpoce!
le roi ne connait fouverain n terre, fors que Dieu. *
La deliberation de l'Affemblee fut que les trois ordres &riraient an
pape, pour lui reprefenter les privileges du royaume et les droits du roi. ,
Philippe, de fon icote, li envoya un prlatrpour le prier de remettre foa
concile a un terns pl:s favorable, et de vouloir bien epargner fes peines
pour h acrforme du gouvernement, le roi devant y travailler lui-nime.
Le clergy dcrivit au pape; la nobleffe et le tiers-6tat aux cardinaux.
La vigueur de ces lettres, ot le pape nk'tait nul lemeut m6nag6 et oil
1 on affect de lii refuler la quality de fouverain pontife, etonna la cour de
Rome. On prit le patti de nier que Boniface et voulut contefter la jurif.
diction du roi pour le temporel ; que le nonce n'avait rien dit qui pdt 16
fire fuppofer et que les declamatu ns du garde-des-4ceaux dans I afftmbli
des Etats, n'avaient aucun fondnment reel. Defaveu remarquable mais It
lecteur peut juger s'tdl fincere. (i)

Etats .Ge'e'ra!.x de 23 z3 fous Philippe-le-Bel.

La Flandre s'rtait revolt6e. Les impots don't cette province &tait accabIle
par les confeils da chancelier Laflotte, homine violLkt et avare, furent It
cafe de ce foulevemnent, que le roi voulut 16prinier, en marchant lui-srtme
A la t&te de fes troupes.
La refiftance courage ufe des Flamands amena la paix; le comte de Flandre
obtint la conservation de plufieurs v.lles, moyennant urne certain fomme.
Mais il fal ut biintot recommencer la guerre. Robert redemanda les villes
don't il avait paye le rachat A Enruerrand de Marigny, ct ls Flamands re-
fuferent de payer au roi ce qu'il; lui devaient.
Le roi convoqua les Etats- Generaux & Paris, dans la grand falle du
Enguerrand expliqua aux deputes les intentions du roi, remontra les befoins
de 1'Etat, et demanda des fubfides.
Les deputies fEduits, entraines par feg difcours, lui accorderent un imp6c
de fix deniers pour livre.
Les villes de Picardie et de Normandie s'y oppoferent fortement; et les
plaineses les plus amerts, les reproch s les plus fang ans tomberent furt lI
mnintire, auteur de tous ces mmux, qui infenlible a li haine de la Nation,
aggrava le mal en fjifaut fabriquer de inauvaife monnaie.

Etats G e'araux de 23t5 fous Louis le Hutin.

Les Flamands afliegeaient Lille. Louis-le-Hutin fe rendit en Flandre, et
les forqa a f,- retiter dans Courtray. Mais oblige par le mnauvais temls et
la difztte devivres, de levei le Ii. ge, il revint ea France, apres avoir perdu
la plus grande partie de fon bagage.
Cette guerre exigea des fibfides. Les Etars furent, afTembles. -On leur
demand dfs fecours extraordinaires, avec prometle de les rembourfer des
revenus du domaine. Le roi taxa les marchands italiens auxquels il vendit
le droit de bourgeoifie. 11 exigea du clergy une d cime don't les cardinaux
affcnbls lui firent prefent. 11 vendir tous les petits offices de judicatunre
dans ies provinces, rechercha les malverfations des officers, en recueillit des
taxes on des confifcatiois. II forca nine les 'fefs a acheter dts lettres

Etats Gene'raux de a 3 fous Philippe le Long.

Le confeil de Philippe-le-Long avait refolu d'tablir par toute la France
m6tes poids, mneme mefure et miime mnonnaie, fous pretext de bien public.
mais en eff t pour en tirer de l'argent.
Dans les vues de quelques frais neceffaires pour dedonimager les feigneurs
et ks prldats qui y avaient intirct, il voulut prendre la cinquieme partie
dtu bicni d les fujets.
l e roi avair mande a routes les villes de lui envoyer des deputies. Mat
la f'~ntenta.i, n du Peuple fut general. Les princes er les prelates qui avaient
droit e battre monnaie ne fouff irent point que les commiifires du ro i
travaillafint A cctte reforme. EIs en appelerent aux Eats, et fe liguerent
avey les villes pour s'oppofer A un rtglement qui lie fe faifait que pour drablit
li1 illipUL (z .

11 convoqua les Etats-Generaux a Paris, dans lifee de Notre-Dame, le Etats -Gen'dra de 38 fs Ia gen et lecouron
o10 avril 130. i a x us la rgence et le coronnement de

Philippe, dans cette Aflemblee, recut les tem'oignages de I'attachement le
plus inviolable.
Le garde-des-fceaux expofa ls pretentions monflrueufes du pontiff Romain,
et obferva que la convocation du cletg6 a Rome pour y delib rer fur Ja rd-
f(,rne du gouvernement, decelait tous les mauvais deffeins du pape cou-
pable de mille vexations envers !'eglife gallicane par fes referves, par les
colhtions arbitraires des veches, par les provisions des benefices qu'il
donnait A des strangers et A des inconnus qui ne refidaient jamais. Le garde-
des-fceaux terminal ce difcours par communiquer l'intention oul etait le roi
de ne plus tolerer ces abus et d'expofer pour cet inter& g6n&ral fes biens,
fa perfonne inmem et fes enfans, s'il en etait befoin7
Toute l'Affemble applaudit a cette gne'reufe rtfolution. On protefia
qu'on ne connaitrait jamais en France que Dieu et le roi dans le temporel.
e mionarque fut pride de prendre tous les ordres du royaume paiticuliere et de les prot6ger centre les entreprifes des puiflances
S i.ii1',. i s.
Philippe, quoique charm de cette difpofition PAi;ialh:, voulut encore
avoir Pavis de clhaque ordre en particulier fur I'article de la mouvance.
Le come d'A.rtois, porrant la parole pour la nobleffe, protefta que tolns
les y' -nilsh-ili.nies 6taient prdts d'expofe leurs bitns et leurs vies, pour la
defate des liberits da royanme. .

Philippe de P'alois. 4
Apr&s la mort de Charles-k-Bel, il fut queflion de d&cerner la r6genice4
parce que la rine etait enceinte.
Edouard, roi d'Angleterre, petit-fils de Charles le Bel, la difpurait
Philippe de Valois, qui n'en etait que le neveu.
Les Erats affemblds a Pads, perfuades. que la rigence tait un prijug
certain pour l4 royaute, et guides par les pAincpes de la loi faliquie, dd-
freretct la rdgence a Philippe.
Bient6t la reihe accoucha d'une fille; et les Etats, qui avaient nomm6
Philippe regent, lui confirmerent la royaute.

Etats-Gene'aux de 1355, 235G, zj5 3 58, 2369, tenus fous
....* le roi Jean.
Le roi Jean ne pouvait supporter le fardenu de la guerre qu'il avait
foutenir centre le prince de Galles, en x fy, qu'avec de grades d4penfes.

(r) Hifloire ecclifiaflione de Fleury
et) Au regne fuivatt, fius Charles-l-Bel, routes les monra;es furent fondues .
de rites en une ui"e, qu'on nommait agneleu. On ddfendit le corts de cellf
des feigneurs.

o m e ee r;.c ue da*s e fbie dEn? Le cierg6 balana,, demand plus de tems. your drlibrer, vculut ecute
l.-. m:e b r, c-i- e Ia..L'.: ir l, 2.P.... .r loyale exhorta le punce a conferver u1 ion qui avait tou;ouTs gnad edntrt
Les L'L..:.: et les t'camertt trouvant un cha.ap fi bien prepa,, ne fdlife Romaine et fes prdetcrdfurs; mais enfin preffe de. tpondre fur IoI
i--:.., s-. s::...c,":,-r en pLice libett couteee la' iniflra2tio, et -ne pr- champ, dirayc des fcandales qu'il cauferait et du fchifme qu'il ccoyalt
3tait !, ai:'t -s, edes..e-, u.iE,:-Et- s, ,,, n;i:;..: Is peisp e at d CRi:- l-s plis dieis point a 1''til:c u :i'ns de petits conutis que fe, lite. 11 le fupplia cependant de lui permettre de fe rendre aupres du pntcif
.I*: :.A.E. ci e Ai mputa"O.sis on les adi chc aa ci des rues au portes Romains. Le roi et les barons protelftrent qu'ils ne -e fouffriraient pas.

, .. .~=e~"~c~- -- -- --._-. _- ... ... .-rr~~ _...

- -7( F ~ -~s-w ---r -

Alors bn nti leyalt point de fublides fans le concours extraordinaire des
' Le ro i les convoqua au chAteau de Ruelj, ou, fur le rapport des befoin"
rgtens du iov:,iumie, ils lui accorderent de quoi entretenirt ,ooo homines.
pour en avoir les fonds, il fallut reeiettre la gabrlle qu'on avait' 6te et
de plus impofer huit deniers pour livre fur les mifes, et une taxe annuelle
flit oute fbite de revenues, foit en rerres fans excepter celles des princes,
foit enbenefices, foit en offices, et m6me en fa'aires et gages de ferviteurs.
Le roi, de fan c6t6, promit de tie point changer les monnaies, et de
n'en fire battle que de bones.
L'ordoynance qui a td rendue A l'occafion de ces fubfides, le A8 ddcembre
... 'ie quel rtait alors le pouvoir des Etats Genraux. Ils delibe-
i 1.t i fur le nombre des troupes n6ceffaires pour' la gueire; 2.. fur les
fomme i;6ceflaires pour foudoyer 'armae 3. fur les imoyens de lever cette
fommne; 4. Tfur la r gie et employ des deniers.
Les Etats furent m&me autorifds a nommer des g6ndraux des aides pour
en avoir la furintendance, et des elus dans .chaque diocefe pout.ofaire im-
polition et levee des deniers.
11 y a 6t6 auffl arr6et que le compete de la levee et emploi des deniers,
ferait rendu en leur pr6fence, et qu'a cet effect its fe raffembleraient dans
tn terms marque.
Pendant la captlvitt du rol Jean en 13S6, comme 11 n'y avait plus d'au-
torite dans le royaume, et que le roi, avant fan depart, n'avait 6tabli aucun
ordre, tout fe trouva dans une horrible confusion.
Le dauphin Charles V ne prit d'abord que la quality de lieutenant. Il crut
que c'6tait aux Erats-Gendraux a pourvoir au gouvernement du royaume et
a la delivrance du roi.
II les convoqua A Paris le i5 octobre 3156. Mais il arriva alors ce qu;
arrive toujours dans les grands d6fordres; quand les' Peuples one t&6 mai-
traitis durant la profperkt6, if croient que c'eft le terns de rabaiffer la do-
mination lorfqu elle a requ quelqu'echec.
Au lieu de fubfides, le dauphin ne trouiva que plaintes et qu'aigreur. Ifs
choifirent cinquante perfonnes pour entendre' fes propositions, et ne vou-
lurtnt rien d6liberer en presence de fes commiffaires. Ils demandaienr
la deflitution du chancelier, du premier prefident., de fix on fept autres
officers qui avaient adminiftlr les finances la ddlivrance du roi de Navarre
et qu'il fe gouvernat par iun confeil que les Etats lui choifiraient; moven-
nant quoi, ils lui entretiendraient et lui payeraient par leirs mains trente
mille homes. C'eft ce que le dauphin ne voulat pas fouffrir.
Cependant ils etablirent tn confeil pour administrationn du royaume, e!
commirent des gens pour manier les finances.
Le dauphin nayant pu les flechir ni ddtourner leurs rfoblutions, uOfa
d'adreffe pour'rompre 'Affeinblee ; et, focus divers prerexres, obligea les de-
putts a fe retirer. It en envoya d'autres par, tous les bailliages et fA6ncha'iffdes.
pour leur demanded quelques fecours, efperant que chacun en particulier
ni'ofkrait lui ddnier ce que tous enfemble lui refufaient hardiment.
Durant ces troubles, chacun s'imaginait avoir le terns propre pour recou-
vrer fes droits et fes privileges. La nobleffe commenqait a s'allter avec les
villes. S'ils euffent bien ciment6 cette union, la royaute en eAt erA fort
affaiblie. Le dauphin trouva moyen de fdparer la nobleffe de cette union, et
de f'attirer A lut par PIefpoit des r6compeufes. De leur cot6,.les villes en-
trerent en defiance centre les gentilshommes, et fe forrifierent.
A 1'exemple du fouverain, qui avait plus fong6 a l'.grandiffement de fa puif-
faice qu'au bien public, tout le mionde ne fe fouciait que de fon intrt&t
particulier, et renverfait tout pour y parvenir.
Les 'dputes que le dauphin avait envoys dans les provinces n'en rap-
portaient "qu des griefs. Le Languedoc feul offrit deGfouJov.r ooochevaupi
pour le service dii roi; les aurres refuferemt tout, a morins qu'on ne le fit
ordonner par les Etats.
En 137, ayant befoin de quelqu'autorit6 publique pour fe fire declarer
regent, ii avait convoqu6 les Etats pour le I fivrier a Paris, et ils furent
tents aux Cordeliers; mais it ne put en obtenir plus que la premiere .fois. Ils
forcelent le chancelier Laforet tie quitter les fceaux, chafferent tons les prin-
cipaux officers des finances, firent faifir et annoter tons leurs biens o et fur
les remontrances de o dveque de Laon, d6fapointerent tous les grands officers
du rovaume, rm nme ceux du parlement, hormis feize. te Aluphin, netrou-
vant done pas fon compete avec eux, remit l'Affemblee a quinze jours apres
Les Etats furent affenblds en x5y8. On avait befoin d'argent pour la rancon
du rot. Les Anglais ne demandaient que de Pargent, et le dauphin fefait
conrir le bruit qu'ils le d6livreraient pour 600,oo000 florins. Pour fe rendre
maitre de cette Affernblte, il amalfa des troupes autour de la ville, ce qui
offenfa beaucoup les Parifiens et les d6putes des Etats.

D,',..l,nt. uienr par le parlement,-il te voulut plus
Patifinsi-ni dr-** Er ats-G(neratx-; il tonva meilleur d'on
qui lui accorderent quelques contributions.

etre a la merci des
t,.ntr de pa ticuliers .

Depuis ce terns, il n'y eut que des troubles et des d6fordres dans le
royaume. .
Cependant le rol, toujours captif A Londres, s'en remit aux Etats de fon
rovaume fur les con litions que 'Anglais lui propofait pour fa delivrance.
Les Etats affembls A Paris en 139, trouverent fes conditions fi dures,
que tons d'une voix, ils choifirent plutot la guerre, et offrirent de grands
fecours pour h faire.
L'Anglais ne fe laiffa point prdvenir; il la d6clara. 11 s'avanca m&ne jufqu'I
fept lieues de Pais. \
Enfin les deputs de part et d'autre conclurent la paix et la ranqon demand
pour la delivrance du iofi.

SEtatsGe'ne'raux de z3q9, fous Chaei.rx V.
Charles V avait r6folu de' rendre nul le trait6 de Bretigny, par lequel
Ed,,uard, rol d'Anglctrir6, fe croyait fouverain abfolu en Gviyeine et il
voulut que ce prince demeurAt touj6urs vaffal de la couronnne. I
11 lui fit declarer la guerre; et les Etats-G6n6raux, afle-rI'.:fs le 7 decem-
bre, octroyerent au roi une imnpoiition d'un fou par livre fur le fel, de livy.
,fur chaque feu dans les villes, et de 0 fous aux champs : come aufli fur
a vented de vin A la campague, le xf3 en gros et le 4' ea detail. Et fur

l'entree a Paris, iy fous par queue ie vii fianlals, et 74 fous par queue
de vini de Bourgogne. c A quoi, dit MNleeisai, les villes confentirent fort
q.tin nit, parce qu'elies bien que ces levies fe.aint bien m6nligdes,.
et qu'elles cefferaient avec la guerre .,

Etats Gendraux de tzSo fous Charles VI.

Le Peuple g6miilait fous le fardeau des impofitions. Le feu de la fidition
s'6tait allumn, et le roi avait 6t6 oblige d'abolir g6n6ralement tons les fub-
lides impofes en Fiance depuis Philippt.-le-Bel.
Cette condefcendance ne r6tablit point le calme. Les princes 6taieut eux-
mnmes divifes le partage des provinces et des trifors de 'Etat ne fitffifait
pas encore pour entretenir une folide union entire les princes : toutexcitaic
ieur jaloufle.
Les Etais-G6neraux furent affembl6s A Paris. Loin que les miniftres puffent
obtenir le rdtabliffement des aides qu'on venait de fupprimer, ils furent obliges
d'en confirmer de nouveau I abolition.
Les princes, et furtout le due d'Anjou, n'ofaient infifter fir cet article,
en repr6fentant les befoins de iEtat et fI'puifement du trefor-royal. Uls he
pouvaient fe diffimuler les jufles reproches qu'on aurait eu a lui fair.
Les. d6put6s ne s'ent tihrent pas A la revocation des fubfides. uis fentaient
leur fitupriorite fitr un miniflere orageux et incertain. On vit alors cq qui
6tait toujours arrive dans les terns de trouble et de faibleffe. La Nation fe
crut en devoir de'r6clamer ancienne forme de gouvernement, fans longer
que le changement des circonffances et 'du fyfltme p6litique n'admettait plus
la mnme administration. Ceux qui auraient pu oppofer ces confid6rations auc
demandes exceffives des d6putes, manquaient du credit neceliiire pour les
fire valoir : ceux qui difpofaient de la principal autoritr inlenfib'es aux
int'rrts du Peuple et du fouverain, ne confiddaient que les leurs. Le6 Etats
obtinrent tout ce qu'ils demanderent.
Sur les plaintes des trois ordres, on dreffa une declaration par laquelle le
roi renonqait g6dnralement a tout ce qui avait &6 innov6 depuis le regne
de Philippe IV retabliffant la Nation dans tbutes fes franchises, liberties,
privileges et immunity fans qu'a Pavenir les ufages introduits au contraire
puffent etre tirds A confequence, ni former un titre pour le monarque regnant
on fes fucceffeurs. Les fouverains fe trouvaient par ce mtoyen reduits aux feuls
tevenus domaniaux fuffifans A la v6rit6 pour leur entretien, fi Fon avait ee6
moins prodigue -d'ali6nations; mais qui ne r6pondaienti plus aux autres charges
de l'Etat, confiderablement augmenrtes par la multitude des troupes fou-
doydes, par la diminution infenfible, et Yutilit6 prefque reconnue du service
fdodal; service momnentan6 qui ne s'accordait plus avec une guerre con-
tinuelle. -
Cette reforme, arr&tee dans les Etats,1 exprim6e en terms magnifiques dans
l'dit public en conf6quence fous une vaine oftentation du bien public, pro-
duifit un mal r6el. Ne pouvant avoir lieu, fon inex6cution devint pour le
public un fujet de m6contentement que la douceur ou la fev6tit6 ne purene
iamais appaifer : force intariffable de division entire le prince et les
sjets. Etats-Gdne'tdux de 4 four Louis XI.

II s'etait form, d6s le commencement du regne de Louis XI, une ligue
1 la t&te de laquelle fe trouvait Monfieur, frere du roi, le due de Breta-
'ine, le duc de Bourbon, prefque tons les princes, grands et capitaines -di
feu roi.
Louis XI 4tait r6folu a rompre cette. ligue A quelque prix que ce fdt, en
donnant A chacun ce qu'il demandait. II &tait prefque d'accord do tout, hormis
de 1'apanage de Monfieur qui voulait avoir la Normandie.
Le roi ne pouvait confentir A d6membrer cette belle province; nais it
fat oblige de la laifer a fon frere le duc de Bourbon, s'en 6tant rendia
maitre et ayant donnde a Monfieur.
Le due de Normandie, qui avait mis la Normandie entire les mains de,
Monfieur, travaillait a Pen retire et A la reniettre eitre les mains du roi.
Monficur, denun d'argent et d'amis ,. fut contraint de s'dvadjer et de chercher
un afyle chez. le duc de Bretagce. 1 ne fut que deux mois duc de Nor-
Le roi recut bient& avis que le due d'Alenqon, qui fe melait dans tous les
parties, tait, entrr dans celui de Monfieur et du duc de Bretagne, et qu'au
moyen des places qu'il leut avait abandonnees, its occupaient prefque touted
la Baffe-Normandi9. I1 fit marcher fes troupes dans le pays du Perche et dtt
Maine, et fe rendit lui-meme au Mans. 11 corrompit le free du due d'Alen-
von, qui lui livra le chatean d'Alenion, une des places la mieux fortified
de ce tems-lA. Les Bretons abandonnetent la ville. Le roi voyant Monfieur et
le due de Bretagne edronnes d'un coup fi irnprdvu, employa le l6gat du faint-
pere pour leur fire entendre qu'il remettrait tons ces diffedrends au jugement
des Et.ts-geiieianx. II les convoqua A Tours an ter. avril 1468.
Tons les d6putes fe trouverent tellement devouns aux inter8ts du roi qu'ils
fe confidmmreont a fes intentions. On y decida que la Nor'mandle tant unie
.i la couronne, ne fe pouvait ddmembrer pour la donner A fon fire; que ce
jeune prince voudra bien fe contender de iz,6oo liv. de rentes en terres
pour Ion apanage, et de 6000 liv. de penfion anriuelle, fans tirer A conf&-
quence pour I'avenir, pour les autres fils de France; que le Breton rendrait
les places de Normandie et que s'il n'y. dferait on lui ddclarerait ja
guerre, tons les fujets offrant d&s ce moment leurs vies et leurs biens an
Les princes conclurent' leur accommodement avec le toi, et en paflfereat
par la rf6olution des Etats.

Etats-Gene'raux de 1483 fous Charles VIII.

Guillaume de Rochefort, chancelier.

/ ,-

Louis XI venait de mourir. Charles VIII, fon furcef eur fe trouvait en
age de gouverner mais, par fon teftament, le feut roi avait nomine r6gento
fa fille Anne ,dj Fraice, dame de Beauieu.
II fe pr6renta d'autres concurrent, qui crurcnt avoir des droits pfus appa-
rens A la regence5 fa mere, Charlotte de Savoye, mais qui ne tarda point
A mourirs le due.d'Orleans, premier prince du falg, et le due de Bourbon.
Madame de B-aujeu effaya, en les comblant d'hotlneurs et de biens, de
les faire renoncer A leurs prdtenrions.
Mais les princes en p6nitreretnt le motif, et s'attacherent a d Uc ri.r le goBi-

-- --

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C". -OiL s IL 'e-.' ,r n ee's s: o- utors.,o de ce -r Me rnt
Les r. .... : a Lc m ;m e u h rempt o ier f&cet

Cil :a .rfe e da- 13, .'e 3E ire s :r a 1.:r suse leu ar-nt, enafu it
.- On .- o o' 1-sws t
*u mi ntchcchquofotcd prorinee des arueLs
ALeS fao d leese a ^is a'o furent d r etii bs means leous foit-t ons.

age.a dea 0c h-es ct de ftifcreis. on &aorna des areas p. Lur

raS s. fn rit. a L. u- c eart des inpolitions de cette :r'ti. -
,iK. se -r.:.e-ue d .cs e ft ,re g deIa ce etn.te du roi. Le i5 janvier,
Sier s s'ot rent. La heralgue du chan celo r rempir c a premier feance.
A av r. r oair s tnl es operations qui avai-nt prcidr les Etats il les
a> i 3trt-r r O'abo rd-Ls : nicres q1 i concernent le bien general, enfaie
c es 'ui re-irJ ent ch- quO province etenfin ltes affaires ies particuliers.
Elt ion- des .-'7r:. Orre qu'on fe pro;ofe de fnivre dans les dilibirations.
Le f- a, lsp aus s'.em'b lerente, fans adnimottre parmi eux aucun t ranger.
.t.. dru. pEitdsf ent e d do deux fcrtraires. Partage des Etats en fix
Na'ior's. Z
Chalese N'ntiorn ceut ur fle parriculiere pour travailler fpar6-ment. On fe
d enfuie d:ns uti, falle glnerale Pour entendre la lecture des ca-
ias L tou1r l: mois de janvier fau employ a ces conferences.
Le zer. Efvrier, los fix Nations fe communiquarent lheus ctravaux ref.

Terratines da dac d' Orlka:s pour gagner k-% dipute's. Les princes, pour captor
la f e ur popuaire, fireIt de clarer queils conentaient A voir genpprimer leurs
fi s'e pourvau que cer arrangement tournit au foulagement due Peuple
et quio les Etats e'ate a fare nmain-baffe four routes cells accords fous
h dzrrierrtgnO.
Oen s remercia de laru lset; a c commeont ne pouvait fe tronnper fur le
-Mtzif de ces fe'timtns, on no leur en tint aucun compete.

SOpsefirion des iviques oquelquaes rgle fens.
Le a ftvrier, il s'-leva une te s-vive dispute entire les dlpuets. En cher-
chart les caufles de o la mifre publique et do e a dinette d'argent, le tiers-
tLeat s'mporta centre les abus du gouvernement, et demand le r6tabliffe-
nentt d& la pragmatiqu. fanction.

Difp e fur lapragmatique-factit on.

Quelques iveques s'oppoferent ai fon rtabliffement. Le second ordre du
ceior e r le tiers-6tat d6fendirent leur demand avec vigueur, et peu s'en
faiuuc qu'ou n'obligea't ces 6vques difcordans -i fortir de I'Affembke.

a'yen avait qu'un petit nombre.
La requ&te communique aux -Etats. excita l'ipdignation gn6rale. On
rTpondit que les Etats Gen6raux n'6tant ni des fu nodes ni des conciles ,
mais des Aflemblees politiques, ii n'y avait aucune raifon d'y appeler les
di"puts du clergy en plus grand n ombre que ceux de la nobleffe et du
euple ; que d'ailleurs loppofition de quelques particuliers ne pouvait ni
valideri, i infirmer le vmu de la NationJ, et que ces prulats ne fe mon-
traient fi oppofes A la pragm antique, que parce que leur nomination avaitc
dte contraire a fes decrets.
Plaiutes fur la gae lte.

Qutlques provinces denmanderent la fupprefflon des gabelleset expoferent
les borribles vexations des eimp!oy6s.
On ne prit fur cet objet aucun part d dfinitif.
Come routes les provinces s'accordaient a demander la fuppreffion des
tailles, et qu'on ne pouvait retrancher A la fois tous les imp ts, on arrlta
fr'yeu;ement que fi lou trouvait quelqu'aurre moyen moins oneux pour le
Peuple de procurer au roi le mnme revenue, on le fipplierait d'abolir la
gable; et que fi ce moyen etait impraticable, on la laifferait fubfifter,
cn reprimaut toutefois la tyrannic des employes.

Rcquites prafentdes aux d ats.

Tandis qu'on travaillait A la reduction des imports, plufleurs articuit LUs
vIernt porter leurs plaintes aux Etats, et rqclamer leur protection.
_s Etats ~iaodir,:int ou'apres avoir traits les affairs gen6rales du royautne
ais auiaint .s r d& :It des pertonnes qut auraient bien voulu leur confierv
ktr' itvit5, t ,i.'ils fetaient valor aupres du roi la jufilce d le urs
cafe s.
esULfius fur la rigence t fbr lfe vrl.;fa n.r du couf ilo

On dtlibtra enfuite fur Ia maniere de tru-l, le confeil et la forme de
,iladinril1ration pendant la rm6gence.

L s t e!-.. tl iL cour fe Teve;llerent alors avec plus de chaletur qj
pttava.- t Ij',r ivjair des vr'lijgers.- la part destroys cont.enjMa. r
:.-- ra A ths Is couifl, ir'ratent pas nmoins inquies O'

La Newion de Nm,_nd- ouyrit un avis qui tedait a mnerrre les print,
: s u* I l:. i:- de fire eux-meiiines la reformne dfivCe. On aig
z Iar-oi e Jda ri entire les mains de ceux qui avaient ditig. fan enfjnd,
SO refervaitau codfeil tous les objets de ad miniltration actuc-lle. Le co
.2-.. te o'.if des princts du fjg, de douze anciens conIrilAetS, i
de dtzBe aouvaux tires du corps des Etats et par eux nomrnts.
Cet avis, qui tendait mettre lautoite entire les mains du Peuple It
beaacoup ds .r...!.fs. ,
II n'y a poi.:t a balancer, s*'cria-t-on ; pendant la minority d'un rai,
Nation te trouve depofitaire de I'autorite fuprmnie. 11 faut forcer, s'il a
et bcfoin, les pFri.ces a fe foamettre A ce rigl:ment.
Dans un royaume h r!ditaire difaient les autres la Nation n'a aucta
droirt a 'autorit tant quit refle des hiritiers legitimes. Apres la mort di
roi, ce. pouvoir paffe dans les mains deon fits, sil efl en etat de Yexer.
cer et en cas de minority en ce!!es des princes du fang fes tuteurs natt.
rcs, qui feuls ont le droit de former le confeil et de regler routes le.
branches ce radminifiration, fans prendre Iavis du Peuple, fi ce n'eft pour
la j-cp.ffiti;on etla levee de Vimpot.
Au fort de la difpute s'Y:lva Philippe Pot, deputy de la noblefle d
Bourgogne, qui combattit ces dernieres affertions, et prouva Iautorit6 des
Son difcours fit des impreffions difflrentes fur P'Affemblie. On ddlib&ra.
Apres un mur examen la nation de Bourgogne adopt lFavis de cellt
de Normandie, et referva au3 princes la liberate de conferver doute des
ancicns confeillers d'Etat Aleur choix auxquels on affocieraic douze nouveau
deputos pris en nombre legal datis les fix nations.
Les Nations de Paris d'Aquitaine de Languedoc et de Languedoil,
perfifterent a remettre aux princes du fang le choix du confeil, et refu-
ferent de proc6der a.aucune election.
Paris et le Languedoc ne pouvaient que perdre en adoptant le nouveau
plan. Elles formaient prefque tout Pancien confeil, et elles ne voulaient pas
etre reduites A nenvoyer que deux deputes.
L'Aquitaine avait deja dans le confeil des protecteurs accredites et puif.
fans auxquels elle ne voulait pas en fubftituer d'autres.
Le Languedoc pays d'Etat et gouvern- par fes magiftrats n'avait pour
objet que la diminution des impots et s'efforjait pour I1obtenir do
complaire aux princes et aux miniftres.
Apres bien" des debats, on prit unanimement un arrite par sequel le roi
6cait-fupplid de prefider lui-mdme fon confeil.
c En l'abfence du roi,.on nommait le duc d'Orlhans president d confeil;
en absencee de celui-ci, le duc de Boarbon, et enfin le duc de Beaujeu.
,, Les autres princes du fang avaient feance et voix deliberative au confeil
fuivan: l'orare de leur naidlance.
Douze dptputs choifis par les Etats, devaient etre affociks aux anciens
confeillers don't t la nomi nation 6tait au choix du roi. ,
On avait affect de ne point nommer dans cet arr&et madame de Deaujeu;
mais de la maniere don't ces articles avaient t6 dreffs elle confervait touwe
fon autorite. Le roi difpofait de tout; et come elle difpofait du roil ella
etait toujours maitreffe de rompre les mefures du due d'Orleans, s'il s'oppo-
fait a fes vues.
Analyfe des callers prefentes au roi.

Le cahier des Etats a dre partag6 en cinq chapitres. Le premier, de l'i~atdo
1'6glife ; le second, de la nobleffe ; le troifieme, du riers-eratj le quatrieme,
de la justice ; et le cinquieme, du commerce.
Cahier de f'glife.

Dans le premier, on fuppliait le roi de ne point diflerer fon facre
De retablir la pragmatique- function, regarded coamme le fondement des'
libertes de l'dgli@ gallicane et tendant a rdprimer les abus 1We -a cour
de Rome; 9
De refpecter les franchises des Peuples en ne faifant point faigir le : ..ord
des 6glifes fans de jufles causes, et manie en ce cas d'exenipter de ia ,,iia. it
oblations et ies dimes.
: Calikr de la noblete.

La nobleffe fiippliait le roi de ne convoquer le ban et l'arriere-ban que dans
les occasions on l'Etat ferait en p6ril i
De faire ceffer les obitacles qu'elle 6prouve 4ans la jouiffance de fon droit
de chalff e
De n'accorder les pu'acs de gAovcrneurs, f6nechaux et baillis qui'aux gentils-
hommes les plus accredits dans les provinces, et non a des strangers qui no
tiennent a la France que par un interct pecumiaire.
S Ca ier du tiers-etat.

Cetroifieme chapitre contenait le detail des cantl"4 qui ont amen6 le6pul-
fement des finances, celui des imapofitions, les concufllions et les violence des
On demandait la decharge entire du fardeau on6reux des tailles mais eft
privant le roi de cette parties de fes revenues, on le fuippliait :
De r6unir au domaine toutes les branches qui en avaient 6te fp.irps, &
quelque titre que ce fiAt
De fupprimer les offices inutiles, et de rdutire les gages des aitres;
De retrancher, on du moins de moderer les pensions qui ne doivent ttre
prifesque fur le domaine du roi, et qu'on accordaiti des feigneurs qui devraient
le contender du revenue de leurs feigueiries.
On y obfervait.aufli que les revenues du domaine devaient &tre employs a
payer nat deJamaifon du ro i, de la reine ; les gar s des oiKiers vils fts
niilit.irs ; et jufqu'a ce qu'on edt prouvd clairemenit le concraire, on dtr
convaihcu que le domaine de la courmanne, auquel on a joint les gabelles dvat
plus que fuffifant pour acquitter les charges neceffaires de 1Etat.

_ ____ _I__ _I__ ____

Dans (e quattieme ;,hapitre on demandait lVabolition de la vWnalitr des
charges et des offices rcenmment crcds ;
L'inamovibilit6 des officers, a moins qu'lls ne foient coupables do for.
On examine quelques branches de P'adminifiration, la forme du grand confeil,
les expeditions du fceau, les functions* des fecrktaires du roi, les locationss
,t.les appeals en matiere de procedures les enqubtes, lordie et la fubordina-
tion des tribunaux, aliens s des cominifions extraordinaires les functions des
ditferens offices de jullice, &c. I
Chapitre du %prtamnerce.

9.ans ce cinquieme chapitre, on fe plaignait ,des droits exorbitans 4tablis
tur certaines denrees depuis Charles VIII on demandait I'abolitiop de ces
droits, '
L'adminiflration des foires, don't la multitude prejudicie at bien de l'Etat,
en faifant forti I'argent du royaume pour des ouvrages manufactures chez
i'eiranger I ..
Le reculement des barriers aux frontiers du royaume;
L'entretien plus exact des points et chaufftes.
tes Etats ne s'taient d6fiftis qW'avec peine du choix des douze nouveaux
confeillers qui devaient former: le confeil; ;iais ihs furent extrrmement morti-
fies de voir que le roi mand.iti feize d6putss pour difcuter les principaux
articles des cashiers. Ils avaient cru qu'on leur laiflerait aujioins fur ce dernier
point le choix de leuns reprlfentans.
On ftatua que les feize- dputes appeals an confeil, n'ayant point ete au-
torifis par les Etats, ne pouvaient en aucune maniere les reprefenter.
Alors le roi permit a Paffemblee d'y envoyer les d4putes a leur choix,
outre Jes feize qu'il fe refervait d'y appeler: elle r6pondit qu'elle n'y confen-
trait point.
Les felie, craignant de fe rendre odieux A la Nation s'ils continuaient
d'aflilter au confeil, revinrent A Paffembl6e.
Embarrass da confdl.

Le chancelier ne s'attendait point 'a cette conduite ferme et rigoureufe qui
d6concerta 'es projects. Reduit a traiter directement avec la totality des Etats,
il s'y rendit et expofa les propositions du roi.
Le roi dethandait plus de troupes que les Etats nen voulaient accorded.
Ceux-ci rdpondirent qu'ils ne 'fe relacheraient fur Particle de la milice que
'orfqu'ils auraient connaiffance de ce que codrent la maifon du roi, les gages
des officers, les pensions, etr qu'ils auraient les roles exacts d' produit des
domaines, aides et gabelles, fans y comprendre les tailles,
Le chancelier fentait combien il 6tait Aangereux de rendre les fuiets ar-
bitves de la depenfe du fouveraiu d'un autre cO^r, il voyait que les Etats
it.titn obfliinS n'accorder aucun fubfide fi on refufait leur demand.

Rdles de recette et depenfe.

On finit par donner les xdles desrevenus et d6penfes de I'Etat.
A leur premiere infection, les deputes les fufpecterent.
Le romaine de la Normandie et tous les revenues de la couronne, y Compris
les aides et gabelles, ne leur parurent point 6valuhs A leur produit veritable.
Ils trouverent qu'on avait beaucoup diminud la recette et grolai la depenfe.
Dai.s IP'tat des penfions, on n'y lifait que les noms de ceux qui les touchatent.
Onn'y avait fpkcifid aucune fomme.
Les d&puts enflamnmes de colere, en firent de fanglans reproches aux
gEneraux des finances, et refolurent de d6noncer ces faux rtats au roi.
Pour trancher toute difficult, on dtait d'avis de demiander le retabliffement
Sde ce qui fe pratiquait fous Charles VII, la r6duntion des 'penfions et de
routes les depenfes taut ordinaires qu'extrabrdinaires.
On prit P.iiet5 fuivant:
Nous offrons done de payer A la royale majefH .n forme dp don et octroi,
a mnime fomme que payair le royaume au glorieux roi Charles VII: mais A
condition que cette contribution n'aura lieu -qtie pour deux ans; an bout
defquels les Etats front de noriveau affembles, et nous demandons que
I'on fixe, par une declaration irrevocable, le terns et le lieu de cette
affemblee. '
II y eut de vives altercations au confell fur les offres des Etats. On ne
pouvait les accepter fans fire des diminutions confiderables fur les penfions,
'les gages et les offices. Les grands ne vouilaient pas que ces 'retrarichemens
tonibaffent fur eux. D'un aitre cot6, il paraiffait difficile de faire changer aux
ELt us ltir dernier ant&6. .
Le chancelier revint I'Affemblhe et timoigna aux &dputes qu'ils n'a-
Vaient plus A adlibrer, fmais-A A foumettre A la vblont6 idu roi.
Ce difcours fulit fuivi d'un morne filence puis d'un murmure confus et
de tons les indices d'un m6contentement gndr&al. On trouva que le dikcours
du chancelier portaitatteinte A la liberty national et au droit facr6 de
propri&dt. Si le roi pouvait de fon propre movement et fans le contfente-
nuent des Etats, augmenter les impots de 300,000 liv., il pourrait, de meine
les doubler et les triple.
An lieu de 7M,000 liv. auxquelles on avait 6valu6 le domaine., en y
: Comprenant les aides et gabelles les d6putes, en fe chargeant eux-m4mes
de la rtgie, affitraient a 'Etrat un revenue de 1,900,000 liv. avec sequell et
fans rien lever fut le Peuple on ftipendierait la mill ddja exiflante, on
paierait la d6penfe de la maifonf du roi, les gages deg officers, &c. les
competes en devaient 6tre rendus aux Etats affemblds ; moyen 'fiiuple de fe
dt'lioPcr des officers de finance qui abforbent une parties des revenues, de
fiupprlun.: les penfions et les autres hiberalites indifcretes qui eptifent le
trloar public.
.La.Nition de Paris ddclara qu'elle s'en tiendrait A fon premier arrtt,
et qu inedanmoins elle paierait 'pour une annie feulement, fa part des
.Wo,- hy. d'augment.union ,- pourvu touiefos rfueles autres Narions y don.
Snarf,1t auti leiur conf.nremenrt. .
La Nation de iBour~igti,, d&lara qu'elle ne prenait aucune part a I'affaire
prefento, et qu'en propofant de rdtablir les iinmpts fur le pied oi ils talent

s Conis Charles VII, elle n'avait pas entendu tre comprife dans la diithibutioni
de i,zoo mille livres.
Les quatre autres Nations i"e fe d6partirent point de leur dernier
arret .' '
La tour ne favait qquel part prendre. D'un c6t6 c'6tait compromettre,
s fautorit6 du roi en I'expofaiit a un refus abfolu; d'un autre co'e, il pa-
raiflait honteux aux'princes de cider, aprks s'6tre fi fort avances. On crut
Sque le meilleur mioyen 6tait de 1corrompre les homnies les plus accredit6s de
chaque Nation. On les made A la court, et Ton s'attache lir-tout aux de-
putes de Normandie, I1'gard defquels on employa tout-a-toiur les voies de
la reduction et des menaces.
, Les diput6s de la-Normandie rdpondirent que perfonne ne devait 4tre fur-
pris qu ayant jure de d'fendre la caufe du Peuple, ils &'acquittaflent de
leur ferment: que les tailles 6tablies dans l'origine pour fubvenir A un
prefluit befoin, et pour un terns liniit6 auraient -ad ceffer depuis la paix ;
que le domaine de la co uronne, pendant bien des fiecles avait fuffi a toutes
les charges du gouvernement ; que iniml,'E fur le fel et fur les boiffons,
atcordu dans des morens critiques avait it6 annex au domaine de la
couronne ; que le product de ces impofiticns etait paff6 entre les mains des
particuliers, par des conceffions indifcretes, que finapplication de quelques
rois et leur profrfion ayant dpuif6 la force des reveaus publics on avaic
imagine les tallies qui tie font pas born6es a une redevance fixe et cer-
taine, mais qui dependent uniquement du caprice de celui qui gouverne.
Les gens du confeil furent irrit.s de ce difcours. N'efp6rez pas, dirent-
ils aux d6putes, nous en impofer par routes vos rufes. Nous penetrons
votre deffein. vous, ioulde rogner les ongles au roi et lui computer les
mnorceaux n.
On finit cependant par promettre d'avoir 6gard aux remontrances de ces
d6putes qui s'en retournerznt a Tours et furent furpris de trouver forte
avancee la negociation dont,ils fe croyaient feuls charges. On avait eff-cti-
vement ufe des memes arms centre les deputies des autres Nations, qui
s'6tait rendus fans beaucoup de refiftance.
Les articles concernant Fimpot, furent rbdig6s dans la forme fuivante:
Pour fubvenir aux frais de 'ra"iiimniftration et aflurer la tranquillity du
royaume, les gens des trois Etats accordent au roi, leur fouverain fei-
gunzur par maniere de don et octrois et non autrement, et fans qu'on
puifle Pappeler dorenavant taille mais don et octroi, tclle et femblabl6
fomme qui, du terns de Charles VII 6tait levee fur le royaume et ce,
pour deux ans tant feulement et non plus condition que cette fominae
fera repartie egalement fur toutes ,les provinces qui component la mo-
,Outre cette premiere fomme, les Etats accordent au roi 300,000 oooliv.
Line fois payee, et fans tier a conf6quence, par maniere de don et octroi ,
pour fubvenir aux frais de fon facre ".
Les Etats demandaient en outre a faire eux-memes la repartition de ces
deux f6mmes, et fiCppliaient le roi d'affembler les Etats dans deux ans;
carils n'eiitendent pas difaient-ils, que dorenavant on impofe aucune
fomme de deniers fur le Peuple, fans convoquer les Etats, et avoir obh-
tenu leur confenteinent ; cofiform6ment 'aux libertis dt privileges du
royaume .
La reponfe du roi fut que les Etats euffent a fire le choix de leurs depu-
tes pour affifter aux deliberations du confeil, touchant les thatieres continues
dans les cahiers.
On forma trois bureaux ; le premier pour la repartition de 'impot. Chaque
Nation pouvait y envoyer quatred6putes et mine plus.
Le second, pour les matieres eccldfiaftiques. Tous les dveques. pouvaient y
venir. Le roi devait y joindre quelque imagiflrat.
Le troifieme pour les articles concornant la justice. 11 devoit etre corm-
pof6 de huit confeillers, au choix du chancelier et de deux deputies de
chaqie Nation.
Les aitkiles touchant la nobleffe et le commerce, devaient &tre examines
L'affaire de l'eglife fut agite'e avc aigreur, et dg6n6ra prefq u'en que-
relle perfonnelle. Le procureur-general qui avait en ordre d'afli1ter a cette
conference, y interpofa fon autoritr et menaqa de traduire au parlement
quiconque s'oppoferait au retabliffement de la pragmatique; cette constitution
precieufe ne fut point cependant retablie.
Le cardinal de la' Balue arrivait de Rome avec deux ou trois chappauu
de cardinal, en faveur de ceux qui auraiertt temoign6 le plus de zele pour
le faihit Siege. La pragmatique trouva de zlecs contradiceuvsr, dan tons les
jeunes pt6lats qui ambitionnaient cette dignity& trafigere. File I.: trouva de
partifans que dans le tiers-Etat dans la nobleffe, le second ordre dii
On exanyina enfuite le chapitre concernant la juftice et la police gCnirale
do roy.aumne.
Le chancelier, fur iliaque article, prenait f'avis de fes aflelleurs. DMs
que u'tn deux formaic quelque objection, le ihancelier .crivait A la marge:
Rejete' on renvoy a un plus mur examen. Si les deputies voulaient y r6pondre,
il les interrompait, en leur difant qu'ils avaient rempli leurs dicarges que
les Etats n'avaient a f'egard du rot que la voie de la repr6fentation et
,q e deformais c'etiit au roi. et 1 fon confeil a juger de la legitimitr de leurs
Un des d6putes perdit patience, et fe leva de fon fiege. Que faifons-
nous, dit-il avec colere ? Pourquoi nous a-t-on mand&s ici, fi I'on nons
defend de parler? Nons ne nous attendions pas que ron traite ait avec cette
legeret6 les reprefentans de 'Ia N1itio.. Nous fornmes t6moins que-vous
n'avez rejet6 tel et tel article, que parce que vous ne l'avc(z pas entendti. "
Cette fermet6 en impofa au cl.iiceller. Les dputs ptil.dr'nt LI)nntI.
On procdda avec plus de r6ferve A examenn des edits.
Dans le bureau de Iimpot, il y eut des d6bats plus vifs. La 'Normandie
obtint fur- tout une diminution confid'-table. Mais ,'n Ilui ;I,imit itde continer
a montrer beaucoup de chagrin et d'emportement, pour dmrober la (con ,if-
fance de cette faveur particuliere aux aures Nations qni fe p!iiiir.i mois
fortement, parce que le fardeau de leurs impofitions dtair proportionnellemenc
inoins onrefux.
Difputes fur la taxes des dp'uts. __
On agita enfirie fur qui devaient tomber les frails de l'affembl~e qui durait
depuis deux niois. '



- r---nr--r "" r-

L.e Tiers tr pyt na-ir que c~iqae ordie dvair payer les iens. Lt
cerg et la nobieffe foutenaient qu'its devaient tons retomber fur le Tiers-

La aefion fat port&e devant le confeil. Un ct'. bre avocat de Troyes
ulail.a L cafe du uL-,. Il prouvi que les tcd'ufiidhqu-s t les nobles etant
venus foliciter Ia coafe-rvation de leurs droits et le r-tabltlnienr de Ieurs
p livil6ge it etait naturAl qu'ils y voif,-nit aux depei de ceux qui les avaient
frvoy s; que 've'que de Poitiers lui-mmnie, avant fon depart, avait etabli
sane taxe fur les abbos, priems et curds de fon diocefe, pour Iub,ciir aux
Irais de la'dputatiou.
Lavocat de la nobleffe dnmontra les services que cet ordre -et celui du
r! ige .tvaizut rendus au Tiers-Etat dafIs 1Affemblke, en defendant fa caufe.
31 ta I'exe i.ple du Languedoc et de la Normandie, qui tous les ans avalent
des afeemblees d'Etats. imais le Tiers-Etat n y avail refuf d'acquitter la
taxe entire de tons les deputies.
Le chancelier donna gain de cafe au clergy et a la nobleffe; mais il les
- exhorta a ne point ufer de leur dreit a la rigueur, et A confentir pour cette
fois feulement, fans tier a confequence, que la taxe flt dgalement repardie
fur les trois ordres.
Nowueaux projects des Etats.

Malgr6 les femences de division que la jaloufie avait r6pandues lots de la
partitionn de 1'impit, les fix Nations fe r pprocherent. Eles fe reunirent
pour empecher que la fomme de 00o,000o liv. accordee pour une annee feu-
_'ement, ne s incorporat avec celle de 1,200,c00 qui de~tait durer jufqu'a la
prochaine convocation des Etats.
Elles propoferent enfuite de fupprimer les lus et les receveurs particuliers.
nrfia, routes les provinces voula-ent fe former en pays d'Etats, a examplee
Ju Languedoc et de la Normandie.
Le chancelier, inform de ces deliberations, preffa la fin de cette affemble,
qui fe terminal le y mars.
Les deputes reflterent encore qelques ours affembles, pour mettre la
derniere main a la repartiticn de 'impot, et folliciter des reglemens relatifs a
chaq'ie province en particulier. Its fe fkparerent tousle 14 mars, contends de
ce qu'ils avaient obtenu, et renvoyerent a un autre tens la difcuffion de
-quelques objets don't its s'rtaent apperqus trop tard.
Ainfi fe terminal cette celebre-Affemblee qui avait paru fi formidable A
Vautorit6 royale. Les princes qui l'avaicnt demanded, n'en retirement aucun
vantage reel. Madame de Beaujeu triomphait ; mais loin d'infulter a la dif-
grace de fes rivaux, elle n'oublia rien pour les confoler.
Depuis le commencement de la monarchies jamais la Nation ne s'6tait
-occupee de fi grands interdts et n'avait parli avec tant de liberty. Les
r6glemens d'ailleurs, emanes de ces Etats- Generaux forment encore aujourd'uni
Ia pattie la plus confiderable de notre droit public.

Etats Gne'raux de z6d58, tens a Paris fous Henri II.

He'nri II, a fon avinement au trone, s'etait trouvd malgrd lui engage
dans des guerres difficiles, tant centre les Anglais qui voulaient s'emparer
de Boulogne, que centre Charles-Quint, qui voulait abattre la mionarchie.
11 avait fall entretenir des flottes nombreufes et des armecs confiderables.
Les revenues de I'Etat, avec quelqu'6conom e qu'its fulfent adminiftres, ne
fifAifaient pas a 1'normitr de ces d&penfes extraordinaircs. On avait vendu
ou aline prefque tons les domaines de la couronne. On avait hauff, la taille.
,On efperait que la treve de cinq ans, qu'on venair de conclure, inuli.ett le
roi a port6e de foulager le Peuple du fardeau accablant des impolitions Cette
tr&ve n'etait qu'un nouvel artifice de 1'ennenii. 11 fallait le combattre oa
acheter la paix a des conditions bien huniliantes.
Les Etats-G G eraux furent convoques a Paris, le janvier, pour avifer
aux moyens de -procurer an roi des fecours extraordinaires.
Cette Affemblee ne flit point pricddie d'Etats provinciaux pour proced-r
au choix des d6put6s, et preparer la matiere des cahiers de doleances. Le
terns et-les circonflances ne comportaient pas ces lenteurs.
11 n'y part pour rordre du clergy, que des archevhques et des 6v&ues;
pour la noblefle, que des f6nechaux et des baillis i pour le Tiers-Etat, qu,
-des inairs et des echevins.
On y appela les premiers prefidens de tous les parlemens dt les gens dA
roi don't on forma un quatrieme ordre, fous le titre d'Eta de la Juflice
-et qui eut rang avant celui du Peuple.
Le roi promit de diminuer confidea.blem nt la taille pour l'annie fuivante
et de fupprinter e-tieienelnit to's les droits dl'entue de foxtie et ,Ie paflig
ur-les denres et ics inacli.ndil'ais aiind'enco.iager le comnimie.,
On accord au roi trois millions d'icus d'or qu'il demandait.
Le clerg "outle les ddcimes ordinaires.
Les tro;s autres ordres fe chargeaient du refle. Le roi s'engageait 3 le leu
rembourfer, et A leur en fair, en attendant, la rente au denier douz6.
Cette fomnie devait etre r6partie proportionnellement fur les differcn
hItels-de-ville, en laiffanc aux officers municipaux qu'on en rendait gaians
le foin d'en fare 1'afliette fur les principaux bourgeois.
Les Etats fupplierent le roi, fi cette fomme ne fuffifait pas j 'exdcutio
de fes projects do les affembler harditnent, et Jui en prominent de non

Dans leurs cahiers de doleances, iti infifaient fur les rdformes les plu
t rgentes. Les cicoltl.mces, fans doute, ne pernitrent pas de s'en octuper
Oni nie voit pas du moins qu'il en foit rien rcfidte finon nui 6dit qui r
dunfait les poids et mefures de tout le royaume aux poids et mefes
Ul.ais. d
Ce reglement mnme, tout favorable qu'il an commerce d'une grand
Natibn, foiuffrait apparemment de grandes diiiicult s dans la pratique. L
Sparlement ne l'enreifiha qu' n fe vferv;anit de ks metre fost los y.qnx d
oi et d'entendre tous ceux qui:coitaient avoir A s'en plaindro.

Etats-Geaerdarde zS 56o, renus & Orlians, durant la mnoriti
Charges IX.

Mal r6 tous les retranchemens que le roi avait faits dans fa maifon, les
revenues de l'Etat ne hidtfaient pas encore pour en acquitted les charges. Leg
dipenfes du dernier tegne avaient tb exceffives. Le credit etait aneant, la .
commerce abatt agriculture abandonnie. Tout etait dans le plus grand
ddfoidre. On ne pouvait impofer fur le Peuple fans rifquer d'exciter un fou.
levement g4n&ral.
i Si, pour ,viter cet inconvenient, difait-on a la court on affemblait Ies
Etats-Generaux, cette demar e tardive ne tournerait-elle pas contre le gou.
vernement ? Quel degr6 faurait on aux minilfres d'avoir acc6de a une demanded
qu'ils avaient conflamment rejettee depuis plus d'un an.,
Etair-il certain que dans la fermentation des efprits, cette grande AffembIl
procurat aucun bien? Les trois ordres ne demanderaent-ils point I abrogation
du concordat, le retabliffement de la pragmratque, et la fupprelion des an.
nates? Le clergy ne voudrait-il pas s'affranchir des decimes d le Peuple, du
taillon et des gabelles ? Tous fe plaindraient de la depredation des finances
fous le feu roi, s'en prendraient a ceux qui avaient eu part a 1 adminittrauton,
et attenteraient a ar(utorite royale.
A ces dfrordres fe joignaient encore les troubles de religion qui croiffaient
de jour en jour. Les proteftans demandaient la liberty de confcience 1'exer-
cice public de leur religion des temples et des revenues pour lentus mi.
nifires. d '
On prit le part de convoquer un confeil extraordinaire comnpof des princes),
du fang, des grinds officers de la couronne at dun grand nohnbre de notables.
II y fut arret A la pluralitY des voix que lPon convoquerait les Etats.Gen6.
raux a Meaux le to decembre, et un concile national le o0 janvier futvant.
Francois 11 meurr le y decembre ; Charles IX lui fuccede : mineur incapable
de r6gner par lui-m6me it fit ecrire A tous les parlemens pour lentur declatet
-qu'il avait mis les rdnes du gouvernement entire les mains de Catherine fa
Catherine n'etait point entierement raffurde a approche des Etats-Gen6raux.
Les d6putes-ne fe croiraient-ii, pas fuffilamment autorif(s a difpofer de la
regence, ou obliges A confulter leurs committans fur un cas qui n'avait t6
omis dans leurs iwitructions, que parce qu il avau 6te impoflible deAle prevoir?
Ce qui s'etait pafl6 fous le dernier repne tne permettait pas de douter dgs
principles et de la difpofition des ieforits -a cot egard. -
Dans Ii fameufe confultatvon qui fervi de fondement A la conjuration
d'Amboife, ils avaient decide que tputes les fois qu'un roi eft notoirement
dans l'impuiffance de gouverner par lui m6me, c ef a -la Nation fele con-
jointement avec les princes du fang magittrats nds du royaunme, qu'il appar..
tint de difpofer des charges principles, et de regler la forine de I'admi-
nitr- tion. k
Les Guifes partifans de la reine mere, avaient emplye, tout leur cradic
et celui de leurs amis dans les affenbles provinciales pour exclure les /
r6formes et ne faire nommer pour d6putes que des catholiques. Cependant
ils n'avaient pas galement reufli partout. Dans quelques fdnechauffdes, les
brigucs avaientr e:' li fortes qu'on s'etait fepard fans proc6der a l'Alection.
Dans d'auptes, les reforms avaient prevalu.
L'ouverture des Etars eut lieu le 13 d6cembre. Cette premiere feance fiut
confarrae a entendre les diff6rens ditcours et notamment celai du chancelier,
Sa harangue fut trouvne noble et dloquente. II exhorrait les partifans des
deux communions a la pair et a laconcorde. II y etabliffiit les avantages et
le pouvoir des Etats-Generaux, et engageaient les depuats a travailler I I
rdforme du government.
lUs fe raffemblerent le lendemain.
Mjfintelligtnce entre les trois ordres. Mais au lieu de fe reunir tous aux Cor-
deliers, come on le leur avait enjont, la nqbltffe et le tiers'dtat fe red-
reret. 1'une aux Jacobins, 1'autre aux Carmes.
Le clergy. fans paraitre s'apercevoir de cette marqtie de mipris, procdt
au choix d'un orateurpour I'Atffeblde. Le.cardinal de Lorraine fut elu d'utie
voix unanime. On envoya quelques d4putds le propofer A la noblelfe et ait
tiers-c tat.
Innovation dans le choix d'un orateur. Ces deux ordres le refuferent etr t'
; pondirent qu'ils avaient chez eux des homines en dtat de remplir dignement
ce miniftere.
Le cardinal piqu6 de ne pas etre V1organe de la Nation refufa PIhonneur
qu on lui avait conf&rd. On en choifit un autre; et le clerg, qui ouiffait
J .u privilege exchdfif de fournir un orateur A la. Nation allemblee diffimult
encore le chagrin que lii caufait cette innovation.
Pratique des Chdtllons pour faire defe'rer l4 rigence au rol de Navarre. Lts
promoters de la nonvelle religion, affurds de la rendre dominate s'ils par-
Sv e n. ient a- ane dik-rt Ii regence aniroi:de-Navarre, y travaillerent avc'
J])aleur. .... .. ... .-_ .. .. _-
Pour vaincre la refiftance du clergy, ils avaient rtufli A feparer les deur
autres ordres ; et pour les entretenir dans cette division on leur montrah
t que c'6tait l'unique moyen de faire retomber fur le clergy feul la contrir- a
button que le gouvernement demandait. On leur parlait des droits de la Nation
r don't its etaient depofitaires et fur lefquels ils ne pouvaient fe relacher fans ,
fe couvtir d'infamie. Le plus facre de ces privileges confiflairt a former e
confeil de la rdgence et A regler la forme de I'adminiflration dans un tems
Is de minority .
Catherine avertie de ces menes fit atr&ter an confeil un r6glement qui
lui attribuait la connaiffance de Padminiffration civil et militaire affociilt
n a ton pouvoir le roi de Natv.ite, et futbordonnait routes les operations T
- lavis du confeil dans lequel-on comiptait beaucoup d'eccl6fiafliques et do
perfonres qui, fons le dernier regue avaient encouru l'indignation piu-
S lique.
r. Altercation et partage que cette prtentdot excite. Ce rdcElement fut a prnuv
Sdpar le clerge. Iln'excita que des murmures parni la nobleffo oal ie i tor
l e d e u x p a r i s f *' ,.
Les uns foutenaient que de tout terns lai rgence avait appartenu aui,
e meres; que, le rm de Navirr.-. no fe plaignan .Ile rien, c'cait !o c3
e d adopter une d~ciffon qui; con.:iut touns 1. iatirrt et que I'in pouyt:i
u reliever tous le abus d'atoritr commis founs le derniursregne fans actquaet
Idircteweant ceux qui Formaet le confeil. 'L

15~1~~ IY--~ '--.- --- ---^~ir*i---ri~u. I

~ S~~frr~;


.ctfn t fratefirailo dane partie de Ia noublfe. Les autres fe plaignaient
e c -ufjil k la ragence edt i dtabli fans 1'avis des Etats, qui Iayaient
J r6i P riilippe Ae Vadois en 107 t au due d'Anjou pennant la rnmitio'it
1Ch!nrl.i VI, et qui, f.ius celle de Charles VII, coop6rerent avec les
S es da fang ,A la I'furmation d ll confil d'Lrat.
Vls fe plainaient de voir aa inttreau confeil des ecc flaftiques, loifqt'on
blIait leur relichemicnt 4 et qu'on leur enjoignait la residence.
11s s'indlgnaienc de voirt1.1at&t ds. affaires, des homes que i, voix
publique accufait d'&tre la premiere caufe de' tous les troubles. ,
i,1s fe darerminerent enfin d ddclarer le riglement actentatoire aut droits
de la Nation, et p rfenterent utie requ4te an rol pour le fupplier de luf-
eadrO ls deliberations des Etats actuellement atlimbles, bu de k-s cong6
er, pour en convoqger do nouveaux, afin que les deputds puffent fe
rourer de npuvelles infructions.
Le roi de Navarre n'ignoralt point la part qtuil avait dans Ia demarche des
ddputis. I1 6tair charg6d e porter 1a reqiute:au roil il ia porta', mais nat
j'ippaya point. II avait eu la faibleffe de figrier une renunciation formelle a
toute pr4tenuon a la r6gence.
La requite fut rejettde : mais la nobleffe diffidence en prdcenta une feconde,
et notifia a tous les autres ddputes gendraleinent fon opppfition a -toute do-
liberation u1lt:rieure, en les nienajant de les, denoncer a la Natkii commene
Siolateurs de fes dr&is.
Elle fe rendit enfuie en corps cdz la reine .mere qui lui rep6ndit qt'en
qou'alite de deputies its etaient charges des plaintes de leuts b.iilliags et
qu'aprts qu'ils auraient prdfent6 leurs cahiers de doldances, on ne leur-refu-
fetait pas, s'll en 6tait befoin, d'affembler de nouveaux Etats.
En ddlibirant fur cette r6ponfe, ils convinc-nt de pr6fenter leur' e hier
informed e tel qu'il avait r&4 arred dans les Etats provinciaux, pourt. rtre
offers a Francois 1I. .
Noivctle d'.ffntiois dans l. nobleff, far Ie traitement quon dialhfabe aux
reormis. On paffa i la difcullion des troubles'de religion. Ces debars amre
neient une nouvelle fciflion dans la nobleffe. II s'y forma quatre parts.
Lun demandait la confervation de o ancien cult dans fon intigrite, et
executionn des ordonnances centre les fectaires.
L'auite conifentait biein I ce qu'on ihft rigoureufement envers les novateurs,
mais qi'on 6tat la pine de mort.
Celuirci demandait une tolerance entierp et; abolition de toutes les pro-
cedures commences cortreux. .
Celui-lai, en accordant I'oubli dut paff voulait quon y about i ui etat
civil des temples, ou au,moins le droit a tout gentilhoinme d en clever
dans fon fief. ,
Daunsce conflict d'opinions, le chancelier crut n'avoir d'autre part & prendre,,
que de fire ordonner Ia promptede confection de tous les cahiers, et que s'il
y avait partage dans. le mdme ordre, chaque diputd fignat le cahier qu'il
avait adopted.
P'Prefiarion des cahldrs. Les cashiers furent prdfent4s au roi I il Janvier..,
Aucun des otateurs des trois ordres ne fe montra digne de 1'honneur qui lit
avait te defere. Celui du clergy fe dhchaina vivement centre la nobkIll ,
et s'emporta jufqu'W difigoer Famiral de Coligny qui en demand une rep.-
ration authentique. L'orateur fCut obliged de fe rderacter dans fon difcours de
cloture. ,
Caluer du clergy. Le, clergy ne diffimulait point le relichement de a difci-
pline fond6 en parties fur la tongue interniflion des conciles, 'et fur le
mauvais choix des paeuors. II infilta fur le r6tabliffement des elections qui- ,
en laifant au roi la liberrd du choix, laifferait att Peuple la faculty de n'dlire
que des perfonnages cklaircs et integres.
11 fe plaignait des entreprifes de la juftice civil fur la jurifdiction eccld-
11 demandait abolition de la vinaliue des charges, la reduction des offices,
la fuppreflion des lettres d'vocation et des commiffions extraordinaires.
'll follicitait un 6rablifferent de petites dcoles dans les bourgs et villages.
11 porta enflite fes regards fur la formation du confeil et la liberation
dies detteus de oEtat.
Sur le prettier objet, il engage la reine mere a fuivre les avis du roi
de Navarre et des autres princes qu'elle avait appellis pres d'elle.
Sur le second article, it reprdfenta que le Peuple ne pouvait payer aucun
feconurs extraordinaire ; et que les moyens de fubvenir aux befoins de PEtat,
coniftaiaent dans la reduction des pennons 6t des gages dans la fiippreflion
d'un nombre incroyable d'offices -de tout genre et furtout de finances, des
receveurs gdn6raux et particulicrs trforiers, payeurs, controleuth qui
abIord.aiept eux feuls le tiers des revenues de rEtar; en tin mot, dans le
Sret.ranhemcnti abfoltt de tons d6ns, de'toint magnificenice et-de toute d&-
pence inutile.
Cakier de la noblejfe ().
La nobleffe demandait des Etats,particuliers tous les cinq ans pour chaque
province, des Etats-G6ndrhux tous les dix ans, et pendant cet inrervatle,
oune commiffion permanent pour mettrr fous les yeux du roi les objets qui
exigeaient une prompted rdfolution.
Elle demandait la celdbr'ation d'un concile national, la former primitive
es elections pour les dveques, des affemblee, provinciales pour juget les
Scl<'fi'fiuquis ignorans ;
De nouveaux r6glemnens fur le service de rarriere-ban ;
La tfipreffion des offices des eaux et for&ts, des elections, des greniers
a fel, qui feraient'fupplees par les jdftices royals rdinaires
E'abr6viation des proc&s, ure fuppredlion dans le nombre des prociirenrs,
cllo des receveurs des tailles et autr. s impofitions qui feraient rtemplac6es
ar les officers des hutels-de-ville, charges alors de fire paffer klsdniers a
leur deflination.

( ) La firnm furvenue dans Ia nobleffe, fi-qu'i y ueat pipefurs ahiers
mais leors dembndes, I peu de chores pths ., eaient les.ctadmes; eo c'eft
iiour les prtentet mtoutes fous an mimne point de ,ie que j'ai ca devoid
teas repair toutes..

Elle 'deandait en outre un drabliffement d'cokls grtwee* pour les pauvres
d'hopitaux et daittelieis de c.hariti pour kIs n izndiis tifinies et valid-s :
l.i nispreffion des fi&es qui otaeent aux oavriers lo muoyei de liiit. blitirc
kcus lamilks.
C' a'hier du tiers-etaq.
L tiers-4tat propifait au roi la c61bration d'un iorniil e national, et 11
retabliffement dela lorme'priitive des 61cinons..
11I fe plaignait des vexations que les frigninri. fefaient 6prouver aux gens
de lacatnpagne.
I1 follicitait les memes r formes que les deux autres ordres pour 'adininiilri-
tion de 'lajuRice.
III infiflait fur la reduction ,des pelnions, fur le retranchement des ddpenfes
inutilks furi P'xameii des 'compt-s et de 1'inmpli des deniers fomu les
trois derniers regnes TCur l'abohlion de la taille 'rablie pour les 'btfoin"
de la guerre, ou du moins fur la ixductiou aun aux oul elle etair fous
Louis XII. .
11 demandair la libertt inddinie 'dii commerce, foit par mer foit par
terre, la fitpprefllion d s traites forainrs et autres n6uveaux pages (4).1
11 finiffait par demander la convocation des Etats tous les cinI ans, et
d'alligner des ce moment Ie jour et le lieu de la prochaine tenue.
Tels furen t les dnuiindes des trois ordies. Mais on voit que loin de fe
pt&er au fecours extraordinaie qu'on leur dena.ndai. les deputies firen:
entendre que les dovnaines du, roi bian adminilres, fuflfitaiCit pour aiiic Lt'.
a tout. -
Catherine parut entrer dans ces ves conomiques ; et Opour fe fire un
mrrite aux- yeux de la Nation elle propofa .au confeil I''animen des dIpenlfe
et des reductions don't les diff6rentes branches de radinifilhation pocuiiuenlc
ctre fufcoptiiblts. :"
,On dreffa des 4tats de recette et de d6penzfe. Les diput .s les depouillerent
avec le plus grand foin. Alors on reconimut Iks alienations des doniainis
aides et gabelles, les emprunts e.acflifs employs', les anticipation
enoimes cc kls deprelations de route fpect. Loin de longerr A fe hbeic.r
'Etat ne pouvait mnneme fire face aux engageimens plus facr6s.
Les irois ordres igalement embarraffes, fe rdunirent pour rdpondre que,
ddputes par les Etats provincianx pour do,.r l-euiir avis fur les troubles de
religion, ils, fe troniv.ieit fans quaiite pour ddliberer fur la maiere des,
fiubfides, et encore moins pour contractorr aucine obligation, que .tout ce
qu'ils' pouvaient fire etait de communiquer aux Etats provinclaux, fi le roi
jugeait a apropos de les aifemblkr de nouveau, les pieces qui conitataient 11
fituati6n deplorable des finances.
La cloturedes Etats fdt fixde au 31 janvier. Le roi demandait que leclerge,
qui poffedait de grands biens dans le royaume, fe chargeatpour fon contingent,
de racheter, fi non tout a la fois au mnoins ihns le terme die fix aun-:s,
let alinations du domaine, des aido s et des g.bclles, ce oui fomnait envitont
quinize millions.
11 ne demandait rien la nobleffe, qui, dans, les dernieres guerres, avair
engage une parties de fon bien polur la d-fenfe de PEat : mai il deliair.t
'etablilment d'uni iiouvean, dioit r T' ququelque deniu'e, tel que celui de if 1.
fur. chaque muid de fel dans les pays de gabelles, et celui de quart, onp
autre equivalent, dans les pirovtIcts exmiptes : im- or indirect qui, reparti
far les trois ordres, fetait prefque infenfible pour la nobleflb.
Qaand an tiers-ftat,, on lui demandait une nouvelle crue fur la taille ,on
utm iouvtau droit fur les boiffons pour fix ans feulement, et A la charge
que la perception s'en ferait par les otficiers municip.uix.
Le roi s'obligeait, par ferment, les dettes une, fois acquitt6es, dentre-
tenir fa nmaifon du produit de fes domaines, et de fe contender pour les'
ddpenfes de PEtra, des fubfides accords fous Louis XII.
Mais d'apres V'affertidn des d6put6s, qu ils 4taient incompktens pour nren
conclude fhr cette matiere, le roi les convoqu.t de nouvei a Melun pour
le premier mai, en leur annonqiant que. I'dlection des deputes nne fe ferait
point par bailliages, pour eviter a frais, mais par gonvetnemens, et que
chacun des gouvernemens y envetrait trois ddputes.
Etats ge'ne'raux de 1,6't, a Pontoyl/e, fous Charles IX.
Quoique le rtglement fur I'adminiftration de I'Etat, n'edt pas eu tout le
fucces don't Catherine s'dtait flatt6e, il avait neanmoins 6t6 approve par
1 ordre entier du cli-rge, par une parties cohfiderable de la hobleffe et implicir
cement par le tiers-6tat. Elle confervait exercisee de ia fupreme i ramuiit,
ce qui Plui donnait fur lerroi de Navarre, fon rival, un advantage conwiidiable,
Cependant elle ne fe dillimnnir pas qu'il lui fera t bien difficile d'emp&he'r
que l'affaire de la regence ne fldt mile en d6liberation, tant aux Etats pro-
vinciaux, quiaux- Etats-Gr-iniaux indiquds au-mois de mai.
Elle efp6rait feulement -sy accbrder i.i fuperiorithi pat le moyen des-
graces don't elle drait rellde fetile diilributrkje et c'eft dans cette vie qu'elle
avait defird qu'ils fuffent peu nonmbreux.
Ceux don't elle avait le plus a redouter Ia puitfance, etaient le roi de Na.
varre Pamiral de Coligny le marechal deMontmorency et les CIatilloas.
Its avaieht formed entr'eux le complot, on de fCire char lle duce dt
Guife de la cour ou de priver la reine mere de fon autorit6 i mais la reine
tie voulut jamais facrifier foh favri et le roi de Navarre n i'p"ana i.
pour fe venger de fon refus.
Ddja les Erats de Paris, conmpo;ts prefqu'en parties par les men6es dtt
mar6chal de Montmorency, de rdform6s et de perfonnes qui avaient A fe
plaindre de 'ancien gouveinoment on avait arrt&6 que la reine mere con-
ferverait la tuitelle de fes enfans; que la regence ferait confere6 au roi de
Navarre, et, en fon abfence, au prince de C.oml ; que le c6oneil d'admi-
niftration ferait fr-mr. tout ecclefiaftique; que lks Guires en feraient eclus 4
qu'it ne fetait compofd que des princes, des nr.n.h uhlici.i as de la couronwi,
et des notables choifis par les Etats-Gnhdraux ; qu*avanr de r.v 'r les dettes
,du roi, oh revoquerait tous les dons faits par Henri 11 a fes courtifans ;
qu'on les appliquerait an pavement de la dette, et que le furplus ferait
acquitti fur les biens du clergs.

(4) Plufieturs viles qui avalent obtent it de octrois fiir ces ,ouveaux droits,
foimerent oppoficion fur ces nouveaux. page. ,

r -~---

(catherine, par cette r6fu'unt' de la p ovnce1 a mainss or_:l..-1 cc.n-C
pit bitn c 1 qu'dl availt a. n,!t.ti i l Wil ait ax l tats-(Gfnr!> ;x a t o
1b+rre de cdider de foil fort; elle aima tiiicex eltrer en >ti.- qutl de tt
riiquer *d perdre e.t cur: eile ll eyoc i et fit une trattfatioin avec le roi d: ion
.'n ,, 1-) pvr I Yl..ti'- l-!e le inot i < i:uL n ,i y iit d.i du royaumen t ct n
Siii t partager a've lui la fupi-eie autorit6.
Pour fe donner le tens de g vin-: fls autres ennemis, elie lu P'adicfKL de la
fire rctnictre aun er ioi t les Etats qui d:vaieiint fe tenir au ter mal.
Le roi cafi en ef et tout ce qui s'etait fAit dans I'.lnbd:- de Paris er pl
i.: ';i les Etts-Genraux pour le er aoil. Le cl eg- devait fie K1drc a
Poiidy les denx autres ordrcs, i l'uiisj-. "c
Ye roi, d is les lettres-piateites diclarait que c'etait pour dotner aux ti
dAput&s L rt.-s de fdf procurer de nouvl.le inftnii,,s parce que quelques d
tts plo "ircnita, "la,, .IT -e $ te 'Pobjetpriticipal, avaieut dtilute fur la for-
wationr d'un con-eil, hlo!iiu'ils n'avaient ete appeles qfiepour tra.ailler a la
liijqui.Liui.,ra des duttes du royaume. "P
'6e roi fe rendir a Poiffy, et ouvrit les Etats pour le clerge. .
Le chancelier an onca ou" I' ffnmbhle devait borner fes efforts a retran-
'her "les abus qui s'tencnt bi l. ,Lis la difcipliie ecclifialtique, et a a
lie s'occuper d'aucun dogme don't la connaiffance appartenait au concile
general. .
Ie meme jour, le roi alia ouvrir les Etats & Pontoife. e
Les deux ordres n'eta:ent comfpo!'s que de vitgt-fix deputies treize pour la
tiobleffe, treize pour le ties-rat. .. f
Leur premier foin fat d'affirer le fruit des reformes propof6es aux Etats
d'Orldans. Elles .wvait nit te difcuties dans le, confkil, -e prefque routes ac-
cordees avant leur fkparation. Au lieu de les publier fur le champ dans leur c
foime primitive, le chancelier en avait extract la fubfiance et founn une loi
glierale pour le royaume. c
11II adrdffa au parlement. c
Les d'put6s des deux porres craignant les longueUrs de 1'enregiflre-
ment, dc!la:erent que, conformement & leurs infiructions, ils furfeoiraient
a toute ehlibcration, julqu'a ce qu'on leur eut donn6 une pleine fatisfaction b
fur cet objet; .
L'enregiffrement de cette ordonpance occafionna des d&bats .trks-vifs. r
LVordonnance fur virifiie. On upprinai- on eclaiicit, on modifia plufieurs a
articles elle fur enfin enregiftree et publiee. r
LUs deux ordres alfembIes i Pontoife n'avaient plus de pr6texte your s'op' -
pofer aux demands du gouvernement.
Mais il v avait un autre point auquel i's tenaient encore davantage. C'6tait
la dfenfe portee dansIJes lectres-patenites pour la coitvocation des Etats, de
fe aihler du fait de la rigence et de la formation du confeil.
Elle n'avait pas r4 infirucions a revendiq er, avanr tout, Yexercice des droits precieux a la
I, La reine mere ne s'y oppofa plus, EIL- fear e-r.v feulement le dernier
accord -paffe entire elle et le roi de NNa,ate: et dailurus, qu'avait-elle a
craindre ? Elle ne fe co .duifait plus que par les confeils des Ci'.ititions er des
Coligny, ces chefs eux-mnmes de la religion ef6cnie, qafi, dans les Etats
d 'Orlans avaient fi fort irnflu fur l'oppofition ds i-&-s e:,. Iah formation. du, mais qai depuis, favorifts par la ebie, ~ea fecoadalent tous les def-
feins ambitieux.
Les deliberations des deux ordres 'rr .' oi: trois objets principaux, Ia
formation du confeil ,la pacification des u- I..s .:- religion, et la iiquida-
tion des dettes.
Sur le premier article, ius ratrier-ent dr &rir accord paffd entire la reine
mere et le roi del Navarre, fauf outefois le droit d;s princes et des Erats-
Ceneraux, file cas fe reprefentait.
Ils dloigntrent du confeil les cardinaux, les *v&ques et prices errangers.
Ils flatuerent que lorfqu'un roi fe.ait notoirement incapable de regner parl
Joi-nmine, le plus proche prince du fang ferair tent de convoquer les Etats-
Generaux,fous trois mois -a peine d'trre repute tl.altir. au rti et a la Nationu
et qu I'expiration des trois mois fans convocation -, chaque b iilliage ou f6dn-
ci ilTfFpP: ocederait au choix desdeputes qui saffenmbraient le ry du qua-
triemie mos a PAris pour composer un confeil de r6gence et igler 1'admi-
idflration du royaune.
Ils demanderent auflhque les Etats fuffent convoqu's pour rigler l'apanage
dls fils de France.
Us interdirenr. t la reine mere et au confeil d'adminiftration hfe dioit de ton-pre
lcs dernirs traits de paix, et d'engageria Nation dans aucune guerre, fi les
I t--,cnita .iira lien avaient approuvO les motifs.
Le tiers-rtat demand fimplenment que d1(ormais les Etats fulrlnt affembids
tous les deux ans ,etque ce fit one relefixe:ct inv.a,,bl=.
SSur le fit de l.i ligion, oi conclut a ine eniere tolerance.
QU'ait :m. dettes de l'Etat, les deputes exigerent des competes plus drtaills
et plus autlientiques que ceux prefenaes a x Etats d'Otil s.
Perfiades que la plus .git .m. parties des fommes levees fur 1. People, folns
Tran.ois"I on i,'i t, pas dme entree dans .ls coffres du roi,ou avait,&t6
difraite du service public ils demanderentietabliffementd'une comnliffioll
your 1 examen des competes.
Apres avoir diminud la dette par la rentree des fommes riphhtes fur les an-
Ciens a;idiiifli, :r-., .et par la reduction de routes les depenfes inutiles, la
,vi.b1k l piopofa de partager le refidt en trois parts.
Les deui premieres, comprenant les rentes conflitu6es fur l'it, 1-Jde-,.ilh?
et les emprunts fu"r les banques feriient acquitties par le clrge, qui vendrmait
i1e parties proportionnelle de tout bendfice excidantitoo liv.
S a troifenie portion devart +tre acquitted parole Pcple en ra tri f fat oune
pruie ltu is hi ,ancJrs et office rs intieurs de justice la feconde fur les
out geois ds viles cdofes, la trolfieme, futr l-e "". ho',,rgs et les menus ro-s
irisircs ,en lcur permettaut dimpofer lks .*.clhiquts non nobles a raifon
de leurs biens p..nru ,oian,. -
A dater du jour de cette i,'{.arition, les tailles et autres impts devaient
. &re rateIns u temnie oihuls etaient fons Louis XL ttesmpts devet

Le t'ers at propora d'acvht,-r une prtle de ja dette, en applqqlm,
rAmboitIdiIn it les rip)etitins t. L i u les aiciensm riniRres d-s f [
lt s dens At.sILt3 par d'inatiables favors, uri mon que i.
applique.' ,;
Pour acquitter le rete, il prrcentait deux .lans. Le premier confijr,
.A faifir au proiir du roi kls revenues de tous les bdnafices don't les tr
ires de lielidc:.'if 'th pas fur le lia .
zA. A declarer le roi hiritier de tows les;,v&ques, abbds, prieuirs .t 1
es religieux ; "
o. A lever fiur tons les bbnefices au-.h-l'ous de 5oo liv. trois ddoimes ag
eix quift c~ki-.'i'.-riit cetce (fomihe, un quart; fur ceux de loco lives ,
ers; an- d-.lius de 3 Oo livire, lamoiti6 au-dllus de 6000 hvres. 1j
eux tiers.
A 1'6gard des archevqies, veques et cardinaux, on leur donnerair, att
remiers, un revenue de 6000o liv. ; aux feconds, de 8 et aux troifiemres
1 12 en alpliqu:zit le fuiplus aux befoins de 'Etat..
Quant aix autres maifons religieufes, on penfait que le roi pouvaik s'en.
aret de leurs dpargnes et de klurs biens, en leu laiffant tine lomme niecf.
aire pour leur modique entretien.
Le second plan confiflait i ne laiffer, pour toute propridte fonciere aut
ccldfiaftiques, qu'une maifon dans le parvis de leur I1ife. On propufait de
nettre a rnican tons leurs autres revenues remporci.
Le clergy comprit bien que les deux auttres ordres travaillaiene a fe d'charger
ur lui du fardeau de la dettr publique, e, le devina d'aurait plus ai.rrment .
Iue deux mois auparavant on avait demanded aux eveques et aux chapitaes un
6claration de tous leurs biens, fous pr iextie de rem dier aux inuuluices qui fi
;ommettaient dans la distribution des deciames.
A la difference des deux autres ordres, le clergy ne refufair point de fe
charger du tiers de la dette publique, pourvu qu'on lui accordat le rems rd.
'eflaire pour l'acquitter par fes economiess et qu'on n'exigeit p.,s (on conre.
ement a falidnation de biens don't il n'etait que le depofitaire.
D'apres les recherches les plus exactes pour s'affurer de la valeur rdelle det
biens de chaque diocefe, et de ce qui devait ten tre pr6lev6 pour allurer una
nodiacue fubfiflance aux miniftres des autels. les ddputes du clergy s'obIige..
ent &eteindre chaque anne -un capitalde i 66o,ooo liv. : ce qui ne retatde-.
aita lib-ration total des doinintcs du roi que de quelques annnes a mais
ux conditions qu'ils en feraient la perception, la repartition et l'em.
ploi, et qu'aucun b6ndficier, nmimq les chevaliers de Mali e, n'en ferait
V'offre du clerg6e fur accepted, et le contract ridig, le at octobre.
Catherine eprouva moini de docility de la part des deux autres ordres,.
3, nemiffaires leur reprefentaient combien il etair inthreffant pour les p.irtifans
ie la r6forme, de ne pas aliiner par un refus 1'efprir de la reine, qui pen-
chait endir, ment de leur cOt6, promettair d abriger 1'dit de juilLt, e.t d'ac-
corder le libre exercise de la nouvelle religion.
Ces motifs porrterent la nobleffe et le tiers-Etat a confentir & a'tabliffement
d'un nouveau droit fur les boilfons dontrle produit annuel Ftir evalu i
1,200,oooliv. et qui, par fa nature, retombait encore for le cle ge.

Etats Geniraux de t576, tens ~i Blois fous Heari Ill.

Ce font les hugpenots qui avatent inflamment demanded ces Etats-Gdii-
raux. Ils troyaiert qu'ds y feraient les plus fI ts, commune is I'avaient 4td I
ceux d'Orleans. its comnptariert qu'outre les deputes de leur religion et deo
leur faction, its y aursienr encore ceux que la faveur du due d'Anjou et In
ennemis du gouvernement prefent y pourraient introduire. Jls igtoraient qu'on
avait detach d'eux le du d'A jou, et its ne cnfi.iiraietir point qutils
n'avaient plus leur amiral de Coligny, ce puiffant genie qui faitait mouvoir,
au befoin, des efforts inconnus et mLi vLilleux, ni ce efprit d'union, fans
lequel les grands projects ne peuvent rduffir.
Aufft ne fut-il pas didficile !a reine et aux Guifes ; en femant dans les
provinces Pargent que les maltrtiers Italiexis fournirent volontiers, parce
*iu'ils craignaient la recherche de leurs deptidations dans les Etats, de fair
Aiae des deputies a leur choix, et ,dreffer les cashiers fuivant les meminoires
secrets qu'ils envoyerent dans les provinces: r IL.mincnt qu'on difaic tout haui
qu'il ne fallait plus garder la foi aux hugueiots mais rompre I'ddit qLulls
avai, -t extorquti.
A la mi-novembre, la plipart des deputes fe trouverent & Blois. Ils 1urent
leurs prbfidens. Its employ, rent le rele du mois a communiquer leurs fdances,
et s'entrecominuntquer en fubltauce le contend de leurs cashiers; aprbs quoi
les go0'erreeneLIs furent appeals felon leur rang.
La prerniere fiance fe tint le 6 decembre dans la_ grand'falle dui
Le roi expofa dans fon difcours les nalheus de l'Etat s profordes
bleiTures, et le beioin qu'l avait d'en ir: guieri. It leur protefla que I.
ret, blif.mnti de Jordre etait-l'objet de r s firs et les lexi.ta-a fe minir
h ui pour confibmiimer cer ouvrage. 1 leur aflura, pail de roe ri, qu'il tferait
inviolablement observer tous les reglemwns qui feraient tfaits en cette Affem-,
blee, et quil ne difpenferait perfonne de lear exact obf(rvai!e.
Le dilcourt du chancelier fut trouve ennuveux Yet ridicule. Apres s'rfae
excufr fur fa vicilkl-i et fur Pignorance oaf il tait du gouvernm'nent FrAn-
cais ; comme stranger, il difcourut loiguement fur la puiffnce du roi, farigua
tout tout le monde des louanges de la rqine-mere; et conclut par demander do
'.arge-nr. Mais on n'y tairt gukres difpof6.
Les fentimens des Etats ne-s'accomnioderent ni aux intentiols du roi, ni
aux efp6rances des hawinnfts. Dans -ces Affemblies, il y en a toijours
quelques-uns qui rappellent aux autres les droits ancient et naturels du Peuple
come leiquels ils ne peuvent croire qu'il y ait prescription Ceux-lA obli-
'gerent le prflident du clerge a denander au roi la ratification doe tous les
points rfohls par les trois ordres. Le roi s'imagina que cela fe faiialir rar
.'itppulfion des auteurs de'la ligue .qli dtfiraient donner une parties de fon au-
torite aux Etats ain de la reprendre de leurs mains.
Le rot voyant que les Etats s'dchauffaient beaucoup fur le'fait de Ia reli-
gion qu'lls etaient pros de lmi demander un chef pour la liiote et mfmlh
de lui en nommpr un qui, fans doute, edt td fe dua de Guifel; i le voulLIt
6tre lui-meme, la figna de fes propres mains, la fi: fien.r d touy les grandr
I'envoy.i fans Paris et daps les pri irces, avec ordre a routes Veriounes d'eeo
fire aurant VoiIa comme de rol, it devit chsfde cable, et d4 per. com- :
thalt, renienu de fes fiijeri.

_ _~ I~C~I~LCI__

4 "r ,

res plus veh .mens preiTaient fort la revocation dae fdit et den'an-
d;iir la guerre. Les ~'.qurs, d'accord avec les premiers dcmandaient ia
.,I'itl.Mi., dui Cbncile de Trente. On s'oppofa a ce dernier point : d'autres
i0,{,Alke1t de nullite, Ii 1on revoquait 1'edit de pacification .
Pet apress, les Etats ayant fiupplie I. rui de me fouffrir d'autre religion qne
Ia catholique, il r',.orpdir clairement oue c'etait fon. intention i qu'il. vouait
ue fes fujets flullenr avertis de n'ajouter aucune foi a ce qu'il pourrait dire
ol faire all contraire, et que s'il etait r6duit a ce' point-l, ii ne tiendrair
fon ferment que jufqu'A ce qu'il eult les forces et Voccaioun de le rompre. Les
dbputes des huguenots 6tonn8s de ces prouls 'et -de la rfolution des. Etats,
1,,tefferent centre., La plupart m6ne !e rCeiiint de Blois, et, alletent .por-
ter Ij'alme dans 1; Rochelle et dans le Languedoc. .
Le roi cr.ugnait cependant de perdre fon rrepos et d'augmenter le pnuvoir
desG Guies. 11 voulut que les Etats envoyaffent vers ls deux princes et vers
jD.Aville pour les inviter A fe rendre A Taifemblee. ..
-.pend.r t, pour h'avoir point a s'imputer a lui feul la guerre qui
commencer, il pdira prendce par-6crit iavis des plus grinds ftign ers, de
fes principaux* e.nfrillers. II, cuionclurti tous qmi'elle'tait jufte et neelTfaire ;
Jpoi pas quils cruffent ainfi, inais parce qu'ils penfaient que c'6ait. on
defir de la faire ou d momns d'en feindre fenvie, afin de tirer de Fargent
-des Etats.
1 .de.imnd.itt deux niillions pour les frais de' cette guerre et les tFvoris
firent jouer, tous les efforts imaginable pour fire rtufliri ctte kdmande.
Le tiers-Etat qui favait bien devoir payer pour tous ,- ne voilut jamais y
confentir, non plus qiqua I'ali6nation du domaine. Bodin fur cette qutttoh,
remnontra avec energia que le fonds du doniaine apparrenaiit ux provinces,
et cue le roi i'eln rita que Iutiifruitier. 11 petfuaota tellemint I'Afliemblee,
que V'on .rpondit A Bklli.%re-, que le roi y avait depute pour cela,, que1 h
4droit communii et les lois fondamentales du royaunme rendaient la chofe abfo-,
lument impoffible.. .
C'el dins cet 6tat des chores que fe tint Ia fcconde feince, e 17 ipivier.
Les ora.ites du .tirIgo et de la tnoblefl commencerent leurs difiours a
genoux, leuts d6putes etant debout et decouvdrets mais au bont de qudelqut
Iphrafes, les orateilrs fe leverent, et leurs deputies s'.atirnr et fe cou-
vrirent. L'orateur du tiers-Etat avait 6t6 trait de mdme aux Lrars d'Orlans
mais cette fois, on le laifla prisr d'une demi-heure a geroux, et fes dAputis
aoujouIs deboutj et nu tete.
On avait cha.rg ce dernier de fupplier le roi de rdunir tous fes fujets
daps la religion Catholique fans aacun moyen violent; de demander abfolu-
ment Il'lection des benefices, fans en rien remettre A la volomIE d,' roi: da
touclier fortement la imanvaife administration des finances ; d'idniller fiur la pp
uitionde ceux qui les avaicnt piles ainfi que fur Iexpullion des etrangcrs hours
du gouvernementr, et fur la difpenfation des deniers publics. U
Apres cette fMance, apres que les d6put6s eurent travailli quelque-termn
a leurs cashiers, les ligueurs firent conclure queie roi rf raic fiipplie de di-
fiidie roune autre exercise que'celui de la religion catholique. Cet.avis paffa a
la plurality: des gouvernemens, non pas des voix des d~puts : encore ne
paita-t il que de deux fuffrages; et, bientor api~s ceuk de Paris, craignant
que les premiers deniers ne fe levaffent fur leurs rentes- de Ph6otl-de-ville
voulure fe rdtracter.
Les huguenots, ayant eu avis de ce qui fe paffait, different un-e contre-
ligue don't le prince de Cond4 fe dclara le lIeutenant fous i'autorite du roi
Navarre, et publierenti Ie plus hardi, le plus finglant des mnanieftes. L'edit dc
cp.cifiatiuioi fut rdvoque.

SEtats-Ge'ndraux de z388, tenus t! Blois.

La guerre de la ligue cont.-nuait avec la meme chaleur. Le duc de. Guife,
A Ia follicitation 4es Seize, "tait venu I Paris. La itine-mere ine ceffait de
traiter avec lui. Soir frayeur foit prudence, Henri III s'.eait enfuii
Chartres, ot le.parlement envoy fes d6putes pour le fupplier de revenir.
Le roi fic quelques ours apr s, favor an parlement qu'il avait refolu
d'afeimbler les Etats-Gnrn&aux, pour' travailler foinu :mnr.ii-it a la reforma-
tion des abus de fon royaume, et lui affurer un fucLtci;ur cathoiique.
L overture des Etats fe fit le lo\octobre. Le clergy avait 134 deputs ,
p.n tlim fquels quatte ird.:-v quiic.s, %inzut-un ev6ques et deux chets d'ordre )
la nobleffe en avait 180o le tiers-Etat pt parties gens de robe, parttie gens
de commerce.
Le roi 6tait d6j! inftruit, par la teneur des cashiers qu'il y avait un complot
former pour abattre fon autorizt, et pour reliever celle des Etats au poiwt
Coi elle etait autrefois : aufli donna-t-il affez A connaitre, dans fon difcours,
le reffentiment qu'il en avlit centre Ie due de Guife. Mais ce prince, s'en
plaignit fi ambrement par la bouche de Parchev6que de Lyon, qu'il fut oblige ,
en faifint inipiiner fa harangue d'en retrancher b*ucoup de chores qui Wnen
demeurerent que plus avant graves dans fon coeur.
Le mardi fuivaut, dans la feconde fcdance, le, roi jura fldit de r6unioni
ordonna qu'il ftti obferv6 comme loi fondamentale'de-li-tat, et voulut que
._. es_trojs ordres le juraffent d'une veix unanime. Cela faith, il protefta d'on-
blier le paIfe et charge le p:iv6t des marchands d'en affurer la ville de
Paris. ,
Le roi, u, ~re de. ce qu'on 'ava:t forc6 de jurer cet &dit, etait bien plus
offense des plaintes que les Etats f.iildent contre le gouvernement : is de-
witandalent en effect, la lip teiliion des nouveaux offices,. le rabais des tallies
et des imports la rechclier.1c des financiers et des favor is, leur puntton ,
celle des traitans ; ils employaient tous les moyens pour borne la domina-
tion abfolue, er pour ritablir la puiffance des lois : ce qui ne provenait pas
feulemient des factions de la ligue, mais encore du defir unanime des Peu-
ple qui dans le cas oil le roi viendrait A mourir cro'.iL.nt netiiei.ire de
mettre a fon fucceffeur un freii) fi puiffant, quTl ne pdt jamais le brifer, ni
Taire foutfrir A la Fiance des oppreflions parelles a celles qu'elle avait reffen-
ties depuis le regne do Louis XII. Mais les moeurs trop corrompues des Fran-
cais ne s'accordaient pas avec lets defirs' ils fuiluaitaiLct pn vain ce qu'ils
ne miritaient pas.
L'inflance qu'on faifait an roi de :recevoir le Concile de Trente, le cho-
quait et l'u.-mbaiir.lit. La demand des Etats, que leurs cahiers fuffent r6fo
Futis, lui part encore plus rude. Mais il ne put supporter ia d6putation qu'ils
iii fireut, pour 1'obliger A declarer expreflement le rot de Navarre incapable
. de fucceder A la couronne.
,cahl6 d'inquiirud_ degodtd m~me du gouverncm:nt q'il voulait
abi .iini r In2t entire a la reine-mere, tantuot plein d: trinfi:.,nr-, tantot
erphi d'indignarion cohtre le 'duc da G.s.e, don't il voulait fe' difaire, il

pt le patti de le fire .iffinTer. Ett effet !e dge perit. Maym~ne en rc'oit
la nouvelle, et srenfuir en Lurgp"^!c. (,es Seize s'ahi.:'ct Paris s'afleimllent ai Il:.otrl-de-ville ellient le due d'Auralc >oir leIar
'Luvy riLiur et declarent hautementitleur rebellion. Quelqutes imagilfrats foit
plong6s dans la liallilLc ; d'atres,, pours.- fi ifir t.dilifint leur fertnieir
et lia liue fait figner an parlement tin mcte p.Jir l:a c.tii ii(in de la 'liionii
c lio'iinc. Le roi ordonne A d'Aiimi ,il liouir d .:PiariS transfer k- pjilce-
nent a Tourslet continue les Lt.ts 1 Bloi'; perfuad6 qu'ilr, devaient apporter
un prompt repiede a tant de maux.

II eurt fit uine feconde fois li'dir d'union pour mtatrer qu'i! 6tait
iee c..holiqwie, apres quoi il requt Jeurt cahiers, qu'il exauiina durant quIl-
quks jctui. lh emiit.nJi enfuite-leurs haratguues pl. iies de. ages expediens, de
'iiflitic.s raifons et d'avis folitaires. Mais les tAours etai-itt l-iict Jloigies ;
tellement que ce ne fut qu'une fcene oCu dh.hcum lilt fe. naliuct et joucr an
pcifoiIiiage'different de ce qu'il rait ii.L.iurn ...
Le roi reeevait d% tous cotI des avis de nouvlles emotions. ItI t qui
!a plupart-des d6putes fe retiraient fans rien d1ie; il les congedia tor:s, i:t
afin qu'ils rermportaffent des marques de li bonrt d.ans lesy provinces, il donna noblefle la libette de Briffac et de Bois-Dauphin au tieis-6it:, elli de
trois oti quatre dqipnts que Richelicu \'ait tait arieier. Malis tous oublieruln
le bienait, pour ne te fouvenir que de Ilinjure.
De plus, il leir iccorda et fit' publier quelques articles de leurs cahiers,
entr'auties ni rabiiis de la qu.atieinue partie des tailles :: auilT-bidn yen .aait-
"il plus d'un tiers en non-valeut.

S Etats- Gendraux. de 1614 tenus a Paris foits Louis XIII.

La, regerice de Medicis avait fait beaucoup de ii.contns.'Le prince de
Conde en erait le chef, et.le iial .hl de 1Bou3il oi avaiC engage plufieurs
autres princes a q(iier 'Ia court, t a.1 Ie reunir tons n ChA:ii.pagi e pouC
demander a reformation des abus qui s'etaient gliilei dtnis l royannie. i
Ces factions al.ainirent l.i rgente; elle ciiignit de voir renaitre'.les 'inal-
heurs dlont la France avait &t6 trouble focus les regnes pricedens.
Elle affenibla promptement le corfeil, qui fut d'avis que fa majef16 ecrivit
une letire circumiaire A tous les parlemens du royaume, aux gouverneurs des
provinces et des places, au pr6evt des marchands, aux maires et echLvips
des villks, pour ies exhorter a demnit~ r fideles au roi, et a ne pas fe lailler
lurprendre par le priaice de Cunde et fes partifans ; declarant que fa maieft6
avait refolu de conv.oquak les Etats du royauni e pour y prendre des rfohtl-
tions convenables au bien public.
D'un autre cote la regente noubliait rien pour tackler de regagner le
price de Conde, qui, apres avoir raff-embl les pli icip.ix de fon part, lui
ecrivit tine lettre en forme de inanif-el:.
II s'v plaignait de la dilli action des finances, dui choix des perfonnes in-
dignes qui etaient rev6tues des premiers emniplois, de la trop g ande autoritr
des miniflres, du ,penu d'g.itrs qu'on avait, pour les piin:-i, pour les pairs
du loyaumen et pour les ofciciets de la couronne, des obilacles que ls parle-
minrs trouvaient dans I'exercice d;e leur jurisdiction., de la ruiue de la noblefle,
du prix exeeilif des charges derjudicature, de l'oppreflion du Peuple, de la
negligence d'affembler les Etats-g6n6raux, de Ia precipitation avec laquelle
on avait conclu le mariage du roi meme avant fa minorie, &c. II y deiman-
dait VAienl)lembedes Etits-gcnr.muix dans trois mois au plus tard, la fufperfion
du marriage du roi et des piincelffs fes foeurs, juiqu'a la fin des Etats, et de
mettre aupres de fa maieft: des perfonnes de probite reconnue.
Marie fit tine ample reponfe au prince de Conde, auffi en forme de mani-
fefle, et lui pion.ic d'affembler a plut6ot les Etats-g-neraux, pour travailler
a la reformation des abus don't il fe plaignait.
Cependant les factions continuaient encore- et ce fut pour y mettre fin ,
que d'apres le conIril da chancelier, on fit, le '14 mat, un traits par lequel
on accord tine parties de leirs pr6tentions aux principaux chefs, qui revinrent
auffi-tot A la court. -a
Tout paraiffait tranquille. Au mois de juin, on avait expedid des lettres"
patentes pour la convocation des Etats-g6neraux, indiquns au 1o feprtmbre
dans .a ville de Sens; elle farent envoyees et publiees par tous les gouver-
n iin.:I s, bailli.ig-, e I-et.' ihaniluc. du rcyaume.
Cela n'accommodait pas la regente, qui craignait que les Etars ne la cha-
grinaffent fur fon adminiftration i qu'ls nie demandaffent (eloI,'n.-uim des
miniftres, fur-tout du marechal d'Ancre, et qu'ils ;a' ',lijf)t le roi, de-
venu majeur pendant que YAffeimblIe Crtait encore fur pied de laiffcr A fa
mere la m&me autorite: qu'elle avait eue pendant fa minority. Le prince de
Cond6, qui avait interest que les chofes fe paf1ITi-it iinfi, bien loin de les
aimener au point qui lui convenait, donna lien uli-mnme an delai qui fvri
les vues de la regente.
La rfiftance inutilee du duc de Vend8me en Bretagne, et lei mouvemens
iral concerts du prince de Condk en Pituu : foutmirent a la regente un
pli tetpl .infibkle de-menier le roi, -fon-filsT dans-ces-deux-provincesT-erde
remetre b'ouverture des Etats jufqu a leur retour a Pais.
Durant ce tems-lI, le roi devint majeur. 11 vint, le z octobre, declarer faith
majority: dans in lit .k--juflii., tenu aun pil'in.nt.. La reine'dic qu'eile remert-
tait l'adminiftration des atfires entire les mains du roi, fon fils. Le june mo-
narque la remerc.a de fes fii i'.I t declara qu'il ne pl :'tn.ida.t .- ,ui.:' r de-
formnais que par les avis de fa mere : ce que M.-dis avair en loin de me.-
nager adroitement pour conferver toujours ton autroire. Alors elle fittrans-
ferer let Etats A Paris, ert Affewiblde fat indiquee au to octobre.
Le 13 le roi fit publier A fon de trompe que les deput6s deja atuni.:s
euffent a fe reuntir le clerg -aux'Autuftn us, la nobleffe aux Cord-liirs, ec
le tiers-itat a Photel-de-vile. Mais, fur les fupplications de la noblfilf er du
tiers-6tat, les trois otdres furent affembl6s aux Augiftins, pour qu'ils
conf6rer plus aifmntent enfemble.
Le clerg6 avait o40 d.put.s, parmi lefquels y cardinaix 7 archlveques
et 47 6veques. La nobleff& eut 3. deputes. 11 y on eurt 8z, tant fIficiers
de jfftice que de finances, pour le tiers- tat, que pr6fidait M. Miron, pr6e
v6t des marchands.

On rtgla qu i I itrtis m s dc j [,pli -i in iquis pour nnplorer Iatltanlce
de Dieu il y aurait le dimaochs 16 .. r.;". une 1-i t .i' n r l ~li. a
Ntre.-D.une, et que le lendemain fe ferait I'ouverrte d'e Affimibl6e att
Louvre, dans Ia dile de i'hotel de Bourbon. Lb roit; la;reine, toute h court
aflifterent cette proueilion. L',, ju de Paris offida pontiicaiteanmrt.
L'atchovdque de Bordeaux y ptdchu.

i: r* .,' _'_____


--p __ ~C--~_L-ra~--C-CF1-41 ;~~r~-~-C-~---~-rr~----~---~i--la--- --


Les dpanei sa lr r e. !I' b S.i, et tons zyat! ps f leas placht, le rzi
dit ei pets de w*ts que ol buj 'r i p n c..i u i; ks Lz t 1-Es '*
Adu royatm. &ti.e : ,l'e:olut:r les pi't.-J. d f-s fiu;es, et --d: pourvoir a leats
g *i. L* duncdli;c ill efiiti I A ur l tsaibn prt;Z:-'.e ea& .iI LS;, aprS4
quoi, SLae2t A1. .e vrs le tos .corntt ruor ctcc.irf fe's o:-d0 s, 1 i. .iir'
af prace, c t di. r I aui nis .tts ; j Lf: a -u. ;ci- teur penertait de
I- o':1 KS ca-bier s de Lh ,.-.:-<, e q let r p:rmtrait d'y tpondre favo-
zbaWmeit. CCet, fia3ici C ft toerai e p-! cs f..;; s des trois ordes.
Le tieas-.tat ei tronoisms ciui conie.- Lc ul la court eft le plus en gnde.
Fo:v6 ordinaireidte des diputes de piu. ii:cls, qui oc brigttentm ci tacer.,
: ai ls graces de a cour, l' pi ptci:s I iveme-t les intertse du Pcat.if,
tdout il cotnait ieux leks Itic-t -.t ls fli.jrt de plaintes. L&e 0.rge et la no-
*l:Kfe, au conitraire, ne portnt qae la mainde partie:das ch.ages publiqu-s,,
4oitn aai nmus5 tdnfibels aux abs qu'il s'agit de rturnier outre que les
gt'atfiations de !a court tiManent kes .incicpi' x -e ces deux ord es d is une-
euiare ddpeandauce. AiL-i la reine et fcs 2n"I ltfrs ane fouii-zin qn0 'omnprec
les mefours du tiers-&eat, par rapport Ah itfuim-tioau*du gounmer.nenyt.
Comei il auracait rd g&r.:r Jd r-=z'ttr hauiemenrt fes deinandes or
j.uc. qaU'iI n y avai, fzs dk : Ft:i,--V ci^dati cque do metrrri l. division
-Btse les trois L a et d -enidre At.iJ- ~. la plus tumiuhsueai qu'l
*ie psatrr.t.
Por cet effet, on engage le clergy et la nobkIfle A propofer des -rticles
de rtifotru3,.rmn auxquels ts iers-rtat aurait rei co .e a tnien ; et com.-e oil
ne pas oue I -tiers-tatr n'ea propofatL aii d- -bn crcd qui n'accom-
modetaiaEt i ie clerg6 ni la nobleffe, on ef&ira que res contHiations por-
trz-r.-;t I ia-:nibl a fe feparcr, on quail ferait aifd de la coneddier, en
amufaat le People par des promeiffis .a"ues. La chofe anriva, en effect, comme
l tour i avit prjictee.
On s'a le 4 novembre ; et la premiere chofe que propofala nobleffe,
fuat abolition de la paustete. C'eft une finance que les oficicts payment tous
Jes ans pour rendre leaus charges hereditaires.
Riea n'einbarraffa plus ts tiers-6tat, compofd de ces fortes d'otflcirs et
de magiftrats. it demanda a fon tour la diminution des tallies, et le retran-
chernmnt des penfions que la cour payait a use infinite de perfonnes.
Ni kIs uns ni les autres ne s'accommodaient de ces propositions : its en
demanderent la furfzance ; et ia cour, les payant de belles paroles,' dit qu'elle
foaha-tait que kes chambres dreifa.-jnt au plus t6t le cashier general de leurs
-plaintes fans que ks propositions extraerdinaires que Von pourrait faire A
ia traverfe, les d dournaflnt de cet objet principal. Ces diffdrens inter'ts
ne manquerent pas de produire les divisions que la cour en attendait, etr on
-oublia sen pour les fire coUre.
Le cl :i eaut quelque complaifance pour la nobleffe, efp6rant que les
gentirhGmmeis en auraient leur tour pour le clergy, qui voulait obtenir
la publication dau Concile de Trente en France. Le tiers-itat s'y oppofa
D'autres, contefations fuvinrent entire les facultes de l'Univerfit6 de
Ce corps pr--endait avoir fiance dans la chambre du Clerge. Le clergy s'y
ft 0o.5. Le confeil ordonna que U'niverfitr dreflerait fon cahier de demands;
mats les Facults ne parent convenir fur ce qu'elles avaient a demander : deux
aienees garderent le filence; est fluqu. J] recteur prefenta fon cashier an clerge,
on le rejfta, fous prdeexte qu'fit avait pas eti dreflf de concert avec les
quatre Facultrs.
Le clergy et la nobleffe prirent mnme de la occasion de demander la re-
+formation de routes Ies univerfives du royaume, et que les jdfuites fuffent
a:ais dans celle de Paris, en fe conformant toutefois A fes lois et 1 fes con-
tuoies. Mais cette proposition n'eut aucun effect.
Le clrg6 et la nobleffle avait auffi dreffe un article, pour demander au
roi 1'accomrpliffement de fon marriage avec I'lnfante et de celui de madame
ifaftith de France avec le prince d'Efpagne : on ne pouvait ien fire de
plus agrdable a Marie de Medicis; mais la joie qu'etle en eut fur melee
de quedque amerume.
Les trois ordres demartderent conjointemient, que le roi vouldkt tablir une
n:alverfations commifes dans le maiijnim~a-tdes finances.
-Ce furent les partifans du prince de Condd qui mirent cette affaire fur le
rapis. Lewt vue etait de fire rendr- compete Ala regent de fon adminifira-
tion. Cette princeffe 'du161a adroitement, et fit fi bien, par fes intrigues,
qu'elle emp&cha les Etats-Gen6raux d'en connalre. Ses partifans fe conten-
tersnt de dielfl:r un article en terms forts et preffans, pour donner des
avis an roi fur la maniere de r6gler fa depenfe. MAss la cour na s'en mit
pas en peine, perfuade" qu'apres la feparation des Etats elle ferair ce que
bon lui feriblerait. 11 lui fur d'autant plus facile de rompre l'union des trois
ordres fur cette affaire, qu'ils 6tiient a l'occaflon d'un article requ dans la
la chlairbre da tiers-;.it. alors divifes. Cet axiiclt cgard.iat 1.a puillince- lou-
--r.ina dui toi &tiiur-Tffi dei pidt rine.
L... ctb '-e ji-ai"ique pre6vaut, e- fit ^ter cet article du cahier, combine
permicieux a la religion, et tendant a caufer on fdhifme dans feiglife.
Le parlement rendit u n arr pour fountenir que le roi ne devait reconnaltre
a:cun fuplrieur au temporel dains fn royaume : maxime qu'il regardait comme
itle des lis fondamentales de la monarchic, tandis que le clergy la com-
battaic otivertement datns folennelle des Etats.
Le clerg fe p!. piit'de cet arrt, let dreffa tn article pour la fdreteet
la vie des princes. Le roi evoqua a lui le difficend. Mais le clergW n'eut
a'eut point de repos qudl n'1eft fait oir du cahier Particle du tiers-etat et
de la paulette.
Ces division: taint la cojoinuire la plus favorable que la cour pdt
avoir pour coimedier cette AtfnblKe. La reine mere et tes uinfitres refo-
lur;nt d'en profiter.
O fit favoir aux trois chambres qu'elles eufle-nit A mettre i-rnenua !eur s
ciliers en erat d'etre prefentrs au roi. C'dtait, difait on, pour rdtablir le
c.l-ne dans les provinces qui comimenaient A s'agiter; mais c' ait en effet
ponurd.fHoUdrel'Aflemble qui finiffait de droiat aprs la [r- knr niaon des cahiers.
La nobifle s'en aperqut, et coummenca A fe defiesde ce grand emp-elfrmentt
df. iiilires, Etle r.:qagca le lrge A demander que les cahiers tuilTent r&--
pondns avant la fdpamrion des Etats.
Une pareille deliberation alarma extremetnent la reine et leS mhnihre~. Ifs
eitreprive. t de gagner le lergc, pour fe tier d'un pas ft deiicar. L'arche-
etaie de d o Po au fe charge de cette intigue. Le cardinal Dupetron Il
feconda de toumt fon polWoirm

Is firent entehdre an lerg8 que jamais i1 n obdendrakt effcr de fes
madcs, tant que IVA'fltcn-bWee fcrait fur pied; que tes dgpuars du tieirjW-i
V f.rmenai-n toujoujessobitacls invincibls;, quils lui debau.heraien-r pent
tic lb nT.b'ch, avant que 'e jhitr flk piclene; au lieu que I'AlffTihj,
tine ois fpr--., le tiers tat ne traverferait plus le clergY par les rcmo1an.
tr-ces, tt que le roi ferait en pleine libeiti d'avoir egard a fes reprefee
stations. Ces raifounemens vnavaient rien de folide mais les piomntffs fire 4
ce q.e n'avait pu faire la perfuowiin. Les prlats gjgrins par la c(or, en.
trainerentt-s autres; et la nobkffe ne fut pas aflez torte pour retifler."
Elle ne fe relacha pas ndanmoins tint:emrr:nt de fes demands. Voyant,
que. la court te voulait -fas confentir a ce qfil y euti des dipumts des
trois ordrcs dans le confeil du roi lorf4u*on y delbcrerait fur les rd.
ponfks i fair. anx cahiers,. elie propofa du moms qu'iI y eirt fix des plus
anciens confejilers d Etat qui fuffent appe!cs avec le prices et les officers do
la couronne, pour donner des avis a la majefIt fur les rdponfes qu'elle devait
faire. L'archeveque d'Aix fut de. la proposition.
Mais f harangue diplut a la reine, qui Voulait 6tre la maitrefe abfohlu
de faire accorder an roi ce qui lui phirait.
On fe moqua des iniances rdit&r6es des trois ordres. On traita leur pr6-
tentionde nouveaute dangereufi et prdjudiciable a I'autorite du roi, er voyant
qu'on ne pouvait les deiunir qu'en pregnant un ton dcifit, voict comme on
it tepondre le roi a la dernkere reemontrance des d&putes: Je touhaire,
dit le jeune monarque de donner toute forte de satisfaction aux Etats
mais je ne puts prendre aucune mefure que fur les cahiers que vous me pr.-
fenterez. Je veux les recevoir la femaine prochaine an plus trrd. S'il tlI nd
ceffaire que les Etats feraffemblent. a occasion deslrdponfes que f'y fetaiL
nous y pourvoirons dans les teams >.
Cette reponfe fat pour le smilrirves de la court une nouvelle raifon dS
ramener lks autres a l'autoric6 du roi. Chacun fe tint pret A prdfinter fes
cashiers le 23 fevrier fuivant.
C'dtar le jour auquel devait fe fire la cloture des Etats. Leurs majeflds
s'y rendirent avec la mtnme pompe qu'on avait vue A fouvetture de o1Af.
L'ev&que de. Lugon s'avanqa pour prefenter an roi le cashier du clergS et
le harangua. Son difcours roula fir la fuppieffion de 'h rerdie et Je la vent-
lite des A arges; fur les retranchemens des d6pentfes exccllives en gratifi-
cations et en penftions accord&es fans neLeffite fur la 1 elli:ution des b ens
de figlife pofledes par les huguenots ; fur V'accompliffement du double ma.
riage; fur les benefices donnms come des recompenfes a-des g ntiilshommed
laiques; fur ]a part que ks ecclikaltiqucs devaient avoir auxt aflaires d'Etat
et fur les ljuanges de la reine, a qui il exhort le roi d'en laijilr route 1'admi-
Le president de Senecey harangua le roi A fon tour. On furt furpris que IU
noblefle-fuivit- ainfi les impreflions di clergy et que ces deux ordres euf-
fent concert enterable les pruncipaux points qu'ils devaient nict ie a twice
de leur cahier. Tcls draient h publication du Concile del Tirente, ie reta-
bliffensent de la religion romaine dans le B6a.n et ailleurs i une det-nfe ab-
folue aux course fouveraines de prendre connaiffance de ce qui concLrne la
foi, 1'autorirt des papes, les regkcs monaftiques les r6glemens des appeals
comme d'abus, la reformation des univetifidsj le ridablifklmeit dts Je-
aites, &c.
La harangue du privot des marchands, qui parla pour le Tiers-Etar, pyrua
plus jiLjiti-ufe et plus folide. 11 prit un temperament beaucoup plus digrn
de l'occafion oi il fe trouvait. II toucha mietx qu'aucun ordre les vere,
tables caufes des defordres du clergy, et prop fa des remedies plus conve-
nables etr lus etiicacts. 11 ne s'eleva pas moins fortement contre les exces
de a noblife et des gens de robe. Enfin il recommanda au jc une roi !a
rdrabliffement de la police et du commerce la bonne adininiflrarion des
finances, abolition des penfions accordees fans neccitrd le foulagement du
People, et la diminution des talles.
On avait promise aux trois ordres que le roi repondrairt leurs cahicrs
avant qu'ils fortiffent de Paris. Cependant comme on ne vou!ait leur accor-
der aucune des chores principles qu'ils demandaient, la cour erair embar-
raffie et ne favait comment renvoyer ks deputes dans leurs provinces.
On lear permit de s'affemb'er encore, pourvu que ce Ife fiir dins aurun
lieu public, et qu'ils ne priffent aucune rdfolution for les ffaiires trairt e
dans 'Ailemnblee general ; et come la reine voulair aun moins fatuver ks
Iapparences, elie fit rediger fous trois chefs les propositions contenues dans
les cahiers. Le premier concernait les affaires de l'eglife le second, clles
de la nobleffe et le troifieme, celles du Tiers-Etat.
Tous ces points devaient etre examines dans des bureaux compofts da
plufieurs commiffai-es du roi qui devaient en faire le rapport ai S. M.
Chacun jugea favorablenent de ces difpofitions apparuntes. On .ntra dans
un examen qui fit bientt naitre des disputes entire ks d6putts.
C'eft ce que la iourdemandaielle vouljir-ks l.iflEr-par une dircuflion
Tur Faquelle its ne i'accordaient pas; et I'on ne'trouva point de pretext
piusfpcieux poures renvoyer chacun dans leus provides.
En effect, les ddput6s furent mandds au Louvre le 14 mars. On leur d6-
c'ara qu'on avaitu touve in fi grand nombre d'articles important dans les
cahiers, qu'il n't-rait p.s poflible quele roi y uxpondit en aufli penu de teams
qu'il Paurait fophaite ; que cependant S. M. vou.ait bienr donnor des marques
ferfibles de fa bonne v.lonie aux Eiats, en repondant favorablement a lets
principles demands; quellte avait pris la rdfolution d'abolir la v.-nalite des
charges et de regler ce qui en duend ;-d 'dtablir une chambre de ju,,ice
pour la recherche des financiers, de retrancher les pensions, ct de pourvoir
le plus tot potlible A tons les autres articles.
Puis la reine pregnant la parole, dit elle-n,.me aux diput s qu'un Af lng
fejour a Paris leur caufant beaucoup de depenfes, itl tait tenss qu'ils fon-
gealent a s*en retourner chez eux .
Ainfi finirent les Etats-Gendraux don't le bien public avaic e& le prg-
texte, mais qui, par "les factions oppofees A la rgence par les intrigues
de ceux qui avaient int6rdt qu'on ne fit aucune rtforme dans l'Etat, par
les davifions entire les chambres, par le dhlai qu'on apporta A rpd6ndre A
tous les articles des cahiers devinrent Abfolintent inutiles et ie produi
firent aucun des bons effects que I'on en attendait.
(hacun etait mecontent de la muaniere dons on avait con gddi les Erai.
Le parliament furtout fe plaignait des atteintes que a cour ella mneie
donnes A autorit toyae. Le m"rKchal dSe Bnuillon engagea adroitement
cette compagnit a fe clearer la premiere contte ces abus.
II fit fi bien par fes intrigues que trois ours apres la difeirtion dei
Erats, dtux mngitr-ts de chaque clambsre des enquates frent noses pour

____~~~ ____~_ ___ ____ ~_

Sl!er prier le prfident d'll miller promptement tous les autres. MaIs la dil1l-
b:artmIo et les remOntrainces du parlement n'eurenm aucune tuite, par Pat-
tentiwn q~ueurt a reine d'y oppofer l'autoriti du ro0i, et kis dcenfeis les plus
abfolues d&y palfer outre.
Ce ftit dans la conferCnce de Loudluhi, en I616, que le prince de Cond4,
toujours mnecotiient et toujours redoutable parvint A fire accorder quel-
qles- us1s des artitleS d&bartus iputilement dans lA(!ei-nblet gnindrale des
Etats. ,
En r6t-7, (uelqucs-tms de ceux qui compofalent le conufel dt roi, eurent
falcI do ha diefle 'pour dJmandc r unetnouvelle convocation des Etats; mais
c ,, ul mot f6fait trembleles nuiiiiftes., et 'on dit qu'une affemblee de
,Ables fi~filifa pour remedier aux bcfoins prbfens.
certe Affeiiil fitt indiquee a Rouen le 24 novembre, et congediee le
2, deeibrc'.iivant focus prtexte d'une indilpofition furvenue au roi, qui
of i)it de remettre les ddlibdrations a Paris. Ce furt ainfi que la cour dluda
twiotre les demands faites dans la 'derniere tenue des Etats-Gdneraux.

Fornlme pour la convocation partkuil'cre des;hiages et fiintchAiif-
fies pour l'Affit:nble ge'nerale pour le department des claffes ,
'et la formation ded jwhiLtlrs.

L'ancien'ifage pour la convocation des Etatv-GkiCraux 6tait d'adreffer les
commilfions aux pairs, qui alTcniblient ls trois ordres de leurs provinces,
ernamenaient avec eux les ddpurTs aux 1Etats-Gdneraux.
Mais dep'.'is l'iultituioni des bailliages et ldinth.ithll oks ioyvts onadreffe
ces commlnifions et matidemens* aux b.illis et fdnechaux."
Cette prerogative letii eft accordee et leur apparnient dans Netendue de
e nfftl ', a e exclulioi des jurisdictions et fiegts particuliers qui n'oit
pas droit deconvocation ni de d6putation. (i)
SLs baillis et fnechaux decernent leurs commilfions particulieres et les
font fignifier par des fergins ,aun clrge, .dans tons kls l.'iicfites du effort;
A la nobleffe, dans tons les fiafs, terres et fcigoeuries qu ils pofled&nt dans
le mne&e, rffforr au Tiers Etat enfin, dans tones les villes villages et pa-
woiffes qui y teflrtiinll't.
II leur ell intimi' de fe trouver 6t d'envoyer quelqu'un pour eux au jour
et lieu afignns dans la ville principle du bailliage onu fenchauffle, d'y ap-
potter leurs plaintes, et d'y dlie tin deux ou tel autre nombre de d6putes
- des trois ordres pour fe tirouver a I'Affemblee gdndrale des Etais.
Le jour afligne 6tant venu le greffier fiitr lecture, au lieu e fiege prin-
cipal da b:i'li.ate ou l h'nLalliffk ,.des lttLes patients du roi. Chaque ordre
eit appel4 A tfn tour.- Le b.illi ou fGneclhal ou leur lieutenant, 'y prdfide
cinlime chef de la juflice du pays, allift des miembres des lrois Etats et
; reqot des afiltiris le ferment d'l1ire leurs d6putes pour fe prdfenter i
l'.,fimblde general. .
Alors chacue I'lection, rapport, le ferment de celui quit eit lu', et dreffe chacun en
Irittulier les cahiets de pl.intes et doleances. -
Qintr attx cahiers dtu Tiers-Etat, a catufe de la confusion qui refulterait,
fi tons atliftaient a lent fotrntion on conligne tous les memoires et infiruc-
tions entire les mains de dix A douze notables qui font- ferment de les
extraire fidellemcnt dy jointdre Its aurres renfeignemens qu'on leur procu-
rerait,et de former ainfi le cashier du Tiers-Etat.
Les comnuifions pour Padis font adreffles au pr6v6t de Paris pour Ia
(onvoca.iiOn d';s Et.,rts de la' prvotd et-vicomtd. Ellks fout'aufli adreffies
i prv6ot des iarclhands et echevins de la ville, qui ddcernent mandement
MI ': qtElnii..s 'd'averzir !ks plus notabls Ae chique qu.,rtiL;, pattie officers,
li.tiL bouiu.oi dee trouvzr Aikmb'in e.
On y made P'v&que de Paris, come bourgeois, un ou deux eccldfiaf-
tiques de chaquee communjaut, come de S. Victor, de S., Marcel, des
i tuicaxnt, eo autres except&dles mendians .
Tous les mnc l ei'les ,de ville, et principaux maitres orfhvres, foureurs
i drpinrs s'atifmb~ nt d'aprcs l manLdement du ptevkt des marchands et
des chevins, pour conterer do ce .qui iunereli leur dtat et dreflerleursi
S tLIIOiLhes. qui Iuont joints au calhii de la4ville. ,
r On choit parimt niv doun.e on quinze petronnes tinigres et ed&aires, pour
examiner tons ces memoires. II fe faith des publications au pr6ne, pour
reconmnander tout particulier de porter ceux qu'il amuairt pilcnter, dans
tun tronc depofd pout ce; effect i 'otel-de-ville. **
Les xhiers adi didf'is, rius et examirn's, fontit duement fignis par les
deput6s de chaque ordre et contiennent acte de leur ddputation et de leur
Uine ordobnaoii eduToi et iIu prvUt de fn hotel, iniquIe le jour on
:_ 715..flilil;e g-nvele doit le tcnir.
M.ais la ve'ille on public fon de trompe et on affiche aux lieux publics
frquntnt6s de l,. ville, 'ue les ddputds des trois ordres de chaque bailliage
s'alui'mbleront aux lieux ,qui leur font ddpartis.
Lorfque I :d iputidsontitlltis 1,, drefle le prnces-verb.l et le r6le des
pays, gutnveitniens, badlliage et kniclhaiulees du royaume.
On rnme in gr:uiter on fec&alrrc pour enregif6rer les noms et quality's
dls diputs : la vurific.iton de *letus peouvoirs etles conferences preli-
in ila -irn : '' : ,
Cette i'ltion eft provifoire fi'iemicnt, et focus la referve expreffe des
droits appattenatis aux dek'puts '(e la noibltf et du tiers-etat. La "tit.bt6l
S-ection fe tait _a la phliduil des voix. .
Apres la prdlentation des deputies et ia verificationn ,de leurs pouvors, on A la la p alirt des voix un prefidnt et chef de l'Affemblhe. Pour I

(5) Jugs par arrtr du confeil pe,. ant i i'trenie des CEars de Blois, f588,
entre les d'putes di bailli.iae d Shs etns cei a L..ingres fiege particudier
dudit b illi.-i'-. i1 fut arr&6td que les deputes \de Langres n'auraient aucune
,. nre n; votx dilianrt v aux Etars e temrnettraient leunts othiers A ceux
de Sens .- .

tiers-ftat, on eft dans nifage d'elire le prvo6t des marchands de F:uis, et
de 'inftaller; non qu'il ait certe prerogative ure Julo mais en tant qu'il
eil f lu : les regittre en doivent fire' mention expreffe.
Le president nomm6e regoit alors lui-meme les flit, ages de cliaque dcput6
et par bailliage, pour electionn d'un gre-llier onu ecrdtaire, et de deux %van-
gc!iltes qui jurent entire les mains du pr6fident de s'acquitter fidellement de
leurs charges. Les autres d6putes prbtent auifi ferment ,d rapporter toutes
leurs d6lib&rations au service de ''Etat, et de les *t1,i'i l-treUtes.
Pour emp&cher la confufion? qui pourrait avoir lieu s'il fallait fur chaque
point mis en d6lib6ratioi n, piendre particulierenient Yopinion de chaque
deputy, on rdduit les bailliages et fenechauffles, en claffes on gonvei-

Pour drefer ley cahiers des Etats, voici come ron procede. Les dputis
de chaque gouvernement fe retirent dans tin lieu convene, pour cotiercr,
entr'eux et r6duire les cahiers de leurs bailliages etn un feul, qu'on appelle
caller daw ouve'rnemeit; ce qui faith doiit cahiets, s'il y a douze gouver-
On depute enfuiite vers le roi, le pr6fident avec un ddpute de chaque
gouvernement pour le fipplier de n'avoir aiucuin gird aux piroteltiions con-
traires aux r6folutions qui fe prendraient dans !'Allniblce. On regle auffi
Iks conteflations qui furviennent pour les rangs, et qui fe vident entr'eux
ou an confeil.,
La veille du jour afligne pour ouir la proposition du roi, oh fait une
procellfion folennelle, oi affitent le roi, la reinie, les princes du fang, les
autres princes et feigneurs, les officers de la couronne et, les d6putes.-,
Le four de fouverture des Erats etant arrive', un hdrault appelle" les
deputes felon lordre des gouvernemens et par tour de bailliage. Le maitre
des cdr6mninics les conduit au rang a eux afiigne dans VAlfcmbIde generale.
Le toi thit .lors fa proposition, et dit que le chtancelier tera entendre le
furplus de fa volont .
Le chancelier fe leve. Apres deux ou trois rev6rences au roi, il s'affied"
et dvveloppe les cafes de la tenue des Etatt. .
Le chancelier, apres fon difcours, fe retourne vers le roi, don't il prend
les ordres, et puis dit :"e roi vous permet de vous ajfemler.
Trois d6putes des trois ordres font un difcours de remerciement.
Le lendemain les ddputes de chaque ordre fe retirent dans les chambres
qui leur font departies et 'on reduit les-cahiers-des gouvernemens en un
cashier general.
On lit d'abord le cahier de Paris, auquel on joint celui du gouvernement
de l'lfle-de-France. (6)
Tons les articles lus publiquement, font mis en d6lib6ration.
Chaque claffe fe retire en fa chambre. On ddelbere on recueille 1ls voix;
on prend une decision on nomme un d6put6 pour la codimuniquer a 1'Affem-
blWe gendrale. .
Les projects font rejetds, modifies, interpreted, r6folus a la plurality des
voix. On ne ireeoit aucune 'pioteftation contre l'avis unanime, fi-ce n'eft
centre un d6put6 qui aurait omis ou aliere quelque chole en rapportants
I'opinion de ion gouvernement. (7)
Apres le cashier de Paris et du gouvernetient de 1'Ifle-de-France, examine
et arrt6n on reprend de msme fun aprbs P'autre, les cahiers des autres
gouvernmneinis en forte que par ce moyen, come les cahiers de tous lets
bailliages auraient ere rdduits en un certain nombre de cahiers, felon le
nombre d>s gouvernemens ainfi de ces derniers.cahiers, it ne s'en fait quit
feul pour chaque ordre : ce qui faith en tout trois cashiers generaux.
Los cashiers 4ainfi dreffes et arrties, fignds du greffier ou fecrdtaire, des
deux evangeliftes et des deputns de chaque ordre pour ce nommes, un
ddpute du clergy, allifft de tousles autres en corps, va les presenter art
roi., et lui denmander le jour ou' il voudra les entendre.
Cette audience fe tietit au mnme lieu et avec les m6mes crdemonies quo
la premiere ouverture des Etats.
Quant la cerdmonie des harangues, voici ce qui sobferve.
LUorateur du clergy, apres qu'i lui a dtd command par un herault do
pirlor, fe met a genoux A un pupitre devant le roi.
Api6s quelques phrafes, it fe leve par le commandemient di, roi, etcon-
tinue fon difcours debut et fa tete nue. Les d6putds qui font debut et
decouverts quand 1'orateur commence A parler salkfeyent uflni, .
Tout cela s'obfcrve pour Porateur de la nobleffe.-
_-Quant A l'orateur du tiers-drat, it parle toujours A genour". Pendant Ca
harangue le tiers-6tat derneure debout et tete nue, quoique le clerg6 et la
noblelfe foient aflis. (8)

(6) Ceft pour la facility du cabier; mais on declare que c'eft fans prejun-
dice an droit de fiance et d'opinion q'uont les autres gouvernemens, qui
doivent opinei avant les bailliages de lifle-de-l i.iic-..
(7) Aux Etats de Blois, un d6pute de Limoges voulut r6voquer l'arldle
3k la religion infier dans le caller. 11 difair qu'il fallait y ajoueer que la
reunion de lI religion catholique et romaine ie ferait fans .eui rn.; que toute
'Afir-mblde avait t&d de cet avis, et que I'orateur avait et6 1i .uc.h de
V'a noncer. L'orateur repondit quil I'avait fait. Un depute du Dauphine lui
repliqua qu'il deai bien hardi de padler de la frte-. Le pr/fi,.1:.nt du tiers-
6tat voulut mettte la main fur le ,k1t, de Limiog,,s, en difant qu'il le
'i.; an -roi.
Le lieutenant de Limoges Pen emp&ha, et le traita fort durement. Touted
'Affemblee en trmoipgn.i fon mricontentement centre fe yr i. ir, et 1orateur
voulut meme.crier un autre president i mats il vit fe'meute g&endrale, et il
fe retina par prudence.
(8) Cela s'eft obfervd aux Etats de Blois; mais aux Etats d'OrlIans, le
tiers-eiat eu le mhmri privilege que les autres, et fon or.,ti.un mumnie
palair debou.'- a'
^ ..e 1

I-5slC- Ir -



De ee qui s'ejl paffie l' Affemble des Notables, tenue en z6'26.

Void ce qui s efl paff6 le i decembre Y616, a l'ouverture de I'Affem-
bile des notables qui fut tenue dans la falle haute des Tuileries, a laquelle
Ce lieu avait et6 gate par le feu, du vivant de M. le conne'able de
Luynes t muais tout y avait ete rdpar et ladite falle fut richement tapiflee.
Pour commcncer par ordre, le jour de Saint-Andrd dernier jour du
IPojs de novembre, la meffe fo enelle, pour l'ouverture de ladite affem-
blie, fut dite en 'eglife Notre-Dame par farcheveque de Paris, oil le roi
y flit, avec M. le duc d'Orlians, et tous les notables, except les car-
L'dvdque de Nantes fit le fermon au milieu de la meffe; il adreffa fon
difcours la plupart au roi, qu'il exhorta a la clemence.
L'ouverture devait &tre faite le lendemain premier ddcembre ; mais a caufe
d'urie difpute pour la prfdance (9), entire le parlement de Bordeaux et celui
de Grenoble, elle fut remife au lendemain.
Voici l'ordre qui y fur obferv6 aux rangs et feances.
Le roi drait affis en fa chaire, et la reine fa mere pros de lui dans la
'fienne, fous on dais de velours violet, tout parfem6 de fleur-de-lys d'or.
Le dais n'etait pas fufpendu comment a l'ordinaire j mais en forme de lit ,
foutentu par quatre colonnes.
M. le duc d'Orldans drtait atfls en tine chair, a la droite du roi plus
.bas, et hors du dais: ils draient tous trois v6tus de deuil a caufe du
ddces du duc de Mantoue.*
M. le garde des fceaux ( de Marillac ) etiit a la main gauche du roi ,
vis-a-vis du banc des mardchaux de France, aflis en une chaire A doflier bas,
la face tourn6e vers I'Affemblde.
Derriere le roi, M. de Chevreufe grand chambellan, etait fur une ban-
celle et autour du roi, les capitaines des gardes du corps, avec qu ues
-archers. -
A la droite du roi, drait une bancelle de travers pour les confeillers
Plus avant, vers I'Affemblee, une bancelle de m&me a doffier poar MM.
les cardinaux.
De ce mime cot&d, une bancelle de long pour les mardchaux de
Aprbs drait encore uue bancelle de travers pour les fecrdtaires d'Etat.
Puis une bancelle de long pour MM. les archeveques et dveques, et pour
-AM. des competes.
-Une bancelle deniere eux pour MM. les intendans des*finances.
De I'autre cotr, A la main gauche du roi, one bancelle en long pour
la'noblefle de l'Affemblie.
Puis une longue bancelle pour les prefidens et procureurs- g6ndraux des
parlbmens, et pour le prdvot des moarchands de Paris.
Et derriere 6tait la bancelle pour MM. des cburs des aides.
Entre la bancelle de la nobleffe et celle de la juftice, un peu avant dans
le pare de 'Affemblie, draient les hdrauts-d'armes debout, avec leurs cottes
Les convoquds A IAffemblee ayant pris chacun leurs places, le roi fit fa
harangue en pen de mots, a fon ordinaire, et leur dit :
"Qt'il les avait affembl6s pour rem6dier aux defordres et ddrdglemens de.
fon Etat, et que M. le garde des fceaux leurtferait entendre plus amplement
fa volonte. ,
M. le garden des fceaux, fur ce commandement du rol, apres deux grnides
S6vdrences, dit : ,
M...flienms, fi j'avais de paroles correfpondantes A la dignit6 des chores
que nous devons trailer, je ne ferais pas en peine d'efpprer vos attentions;
mais je vous prie de lier vos efprits ala grandeur du fijec plutor. qu' itIes

Le rol voues acoiivoq(I$s Cn celieu pour avoir vos avis-for Jes plus grandet t
impoitantes affaires de fuon Etat, a imitation des rois fes pr6dceftieurs ,
qui en pareilles occasions ont affembli quelquefois les trois .ordres du
royaume, quelquefois des perfonnes choifies particulierement, quelquefois
run et autne, tout enfemble.
Le roi Henri II, au nmois de janvier 1y58 voyant le royaufne epuife
de fes finances et preflo des nouvelles charges niifes fur le Peuple, a
yIoW fton des guerres aleinbla, pour les niceflitis de I'Etat,en la (alle de
Saint-Louis, an Palais, a Paris, les trois ordres de fon royaume, et outre
ce, it appela los d6putes de toures fes course de parlemens come le rapporre
M. le prdfident de Thou, au quatorzieme livre de fon hiftoire, difant qoue
M. Jean de Saint-Andr6, mettant les genoux en terre, remercia le roi, ea
terms fort fenfibles, au nom de la court du parlement de Paris, et d. routes
les attires du royaume,, dout les ddpurt..S etaient pr6fens, de ce qu'il avait
compofe un qanicie:'I 'otdre des magihiats, qui rendent en ton nom la juf-
tice au People, et 'avait joint aux autres ordres du royaume.
En cette Affemblee, M. le cardinal de Lortainte parla pourl dglife,
Nevers pour la nnblff.A M. Andre Guillar Jdi Mortk-r mettant ambl les
fg,.nou.., c ,terre, parla pour le tiers-ordre; ,t M. le cardinal Bertrand, gatdo

(') Sur la difp ute pour la prdfdance, entire les prdfidens de Bordeaux et
de (u.c,oblc~ i fut dit'qu'ils e.nueiaieit alternativement, et que celui dh
Iloxdeauzx le premier jour-. -

En P'an.5e zyi46 denx e *t aprs, fat i'afl able des Etats MI
Orleans, comporfe feulement de trois ordies, fias le rot FranIoit -,.
SEt fix ans apres, le roi Charles IX convoqua une autre artelblw'
Moulins, cumpoldie de tous les ordres et de tous Its d6puts de fes M
de Parkmens.
En s176 et "',8 furent aflemblds les trois Etats AiBloisj et en r 6,
Rouen, fut une autre affemblee, tompofee e de4glife de la nobleffe,
des ouficitis des course de parlement, et des mates et 6chevits des boa
villes, en laquelle les mandes fe diviferent en trois chambres, en chacre
defquelles il y cur de tous les ordres.
En 1614 ft tenue A Paris r'afinble des trois Erats, et en 1617, i Roat
oine autre affembl6e, compofde d'eccldfiatiques de nobles et d'officrs,
imitation de laquelle, et-des autres pr&cdentes le roi vous a con.
voqus. -,
Le foin continue et affection finguliere que fa majeftid porte au repas d
fes fujets et an bien de tout l'Etat lui donne ces bonnes pefdees; car !a fin.
ceritd des attentions et la droiture des affections fait tou}ours cet effect dia
les aimes, que de leur faire prendre de bons confeils.
Von a feint autrefois que la fauffe divinity de Memnon repraftnti pt
une tt&e dairain rendait quelques voix lorfqu'elle etait ftappde des rayoni
du foleil levant, er 0on1 tirait des oracles de ces voix.
C'etait une invention, fabuleufe fondue fur on artifice huniain qui, pwar i
moyen des mouvemens difpofds dans le creux de cette thte dchauties ar lI
chajeur du foleil, refferrant les cordes du mouve'nent lui d nnalt force,
fefait refonner les autres cordes, enclofes en icelui, par fattouchlment dLe
La feinte toutefois nous reprdfente on myftere veritable et utile, et noeu
fait entendre que la lumiere celefte frappanr les pfprits bien difpofls, y
imprime des penfdes faintes, des refolutions gindreiufes, et des bons confel.1
ce qui fe remarque davantage aux bons rois les confeils defquels on: tffe
Le prdtre qui fervait an temple de cette feinte divinity appelait Alexanldre
enfant de Dieu ; mais je prendrai plus volontiers les timoignages de 1'Ecriture
Sainte qui appelle les rois, les premiers.juges de laur Etat, enfans du Tret.
Haut, pour deux raifois ; Iune, que la puiffance fouveraine des rois tft un
dmanation de la puiffance infinie de Dieu; 'Pautre, que les vertus des born
rois ne font pas tant effects de leur etude et travail, qu'rne participation de
I'hdritage paternel, tire de la profonditd des richeffes c6leites, et un effec
des rayons de 'Orient kternel.
C'eft-de ce parrage que le roi a re~q-la pietei, qui lii fait ainmer la gloiro
de Dieu, et la promouvoir en routes les occasions qu'il en a; deefler litr.
pidit, er tout ce qui eft centre Dieu ; aimer les bons eccldiafliques, et
rdtabliffement des bonnes moeurs en 'dglife ; ce qui parfe fi avant, qu'encore
que la malice infected grandement routes les conditions en ce fiecle i'efiter
de la vertu a pris tant de pied, que parmi ceux qui font en 1'6glife, c'eft
infamie que ne pas vivre felon le devoir de fa condition.
De ce partage vient encore la juflice, fi cherie du roi, qui Fait qu'il aimh
les gens de bien et les bons juges, et les eiime beaucoup ; qu'il fair punir
les coupables fans exception ; et li Ion voit des crimes impunis, c'eft os
Partifice des criminals a fuir la juflice, et d6tourner les preuves ou Is
defaut-des-juges, qui ne correspondent pas aux bonnes intentions doe [
La memejuftice lui faith encore bien faire aux bons, fans fe laifler imopor
tuner par leurs prieres ; mais les privenant A fon choix don't il y a plufiru
La fageffe en vient auffi, qui lui fait d;fcerner ntrs-clairement leg gies
de bien et les bons confeils aimer A prehdre confeil et sen rendr
Elle lui donne encore une trOs-grande docilitd A embraffer les bones r$
solutions ,etles excauter prompteinent; quality fi rare, que le d6faut d'icells
a terni la reputation des plus grands capitaines.
La bonit et l'amour de fon Peuple qui en precedent, font auffi du amem
lot, et paraiffen en la companion qu'il a de leurs mifemes.
Au foin qu'il leur foulagement, en embraffant fort volontiers routes
les ouvnrtures, juqu'A drtrinchc lui-inmme fa propre maifon pour en trouver
le moyen.
Quitter fes plaifirs pour veiller leout bien, avec la manfudiude et bienr
ewillance finguliera, qui le faith entendre ft tendrement leurs plaintes, y pour-
voir par lui-inme et fouvent fire office de juge pour terminer les di frends
des plus petit s. p
La valeur et gdndrofit6 viennent encore de ce mnme partage, er nous en
voyons los effc-rs-n-tcerire nimitrble promptitude a courier fus A tons ceOo
qui entrepiennent de ttoubler fon Erat. '
En cette condition infatigable aux travaux, que ni le foleil, ni la pluie,,
ni les glaces ; ni les orages, ni toutes les injures de Fair nont, pas la force
de le dktourner de l'ex6cuion des chores qu'Al a refolues.
Et le dernier point que je ne puis dire fans frdmjr, eft le mdpris des
hafards ; car je tremble encore quand j'eitends que les balls de canon out
paffi ft pros de fes oreilles, qu'il en. oyait le fittleinenr, qu'on "'a vu cou-
vert de la.poudre que les balles de canon tombans a Its pieds ter'ient re-
jaillir fr ili, qu'oh a v" fouvent Its moufquetades tuer plufieurs perfonnes
fort proihes de fa majefld; q;'oni h'a vue dars les tianch6ts, et longer en de
logis remplis de pouroiture puanteur et corruption qui infectaient toute
cour, fa majef fettle dfieurant faine. Ce font ffct, finguliers de celte
grande gnerofitr mais trifles f(otvenuc.s, qui nous nimplilent d'horreur
e t d e c r .u i n r e .. : .. .
Sire, toute cette compagnie vous prie, avec moi de vous garder d6for-
mais pour l'amnut d votre Peuple.
Souvenez-vous, Sire, que nos vies fiont a.rach,'es la vbrre. Souvenez-'
vous que quand vous vous mettre an hafard, vous menec tons vos fujett
a la mort. .
Confervex-vous p .ur l'.I c la Providence divine a fur vous, pour la gloire dd Dieu, er Ia grandeur do
cet Etat. ,
Ce font, Me(feurs qelques parts des riches r c prcioures icc;
m.ajtl ea reques du trhlor e-lfl, et de la grace abnndanre de ha iYi
majeltd fur luI. A quai nous ajoutols rl'liftinue particuliere que .a ^ dma

.~~ I~--~. ..,.~------ --~ -- ------b---r--..----.Ina-- rCI.--I---..L-IY-. -L-__I:I__~--I.L _

ont6, lui rend takut ai gouvernement de fon Etat que de fa propre
yetlone, .
En fon etat lni donnant moyfen de decouvrir les conjurations fecrettes qui
fe font faites contre fon Erta et fa perfonne, et tier dee PIpaifeur des tene-
bres plp.ibl.s, en une claire et tr6s-apparente lumiere, les secrets de ces
factions, iionol'naiit tons les fermens et les ts-etroites liailonis 'ds conjures
foes liequelles ils 's'eftimaient tr"s-affures er I'euffcnit e fi cet oeil tout
p1ncir.inii n'edt, par une grace extraordinaire, fair tconnaitruau roi, et rendu
tot cvidLnrt, ce qu'ils eftimaient fort cach6.
Nous voyons encore laflhil.ule de Dieu fur le gouvernemefit du roi, r6ta-
bilhlint fon autoritl royale dans fon royaume et aux lieux' defquels elle
fcbl.Airt en 'tre bannie. .
Etr en renotvellant la jeuneffe de 'Etat,; Ini donnant urie nouvelle vigueur,
,t aj nous I'e fL;rain, fi nos pechds et nos d6fordres ne Ten emp&chent, de
voir r tlnir 1'Etat.en routes les b -ictinianii qui autrefois font rendu fi
leiureux et fi recomnuandabic. Mais fJ'afil:lunte divine fut la propre poerfonne
itj roi, nous eft encdre un plus grand fujet de confiance et d efp6rance d'iine
grade profptrite fur fon regne. Car le grand Dieu par qui les ross regnent,
ap dlaiffe'amais ceux qui le fervent et qui ont foin de lui plaire.
Nous v .vowis au roi ine crainte de Dieu fi particuilire. qu'il en donne
1'exemnple a tons fes flijts.
Une haine fit grande du menfonge et du p6che, qu'il ne cede point anx
plus grands rVligicuix des plus aufteies congregations..
Mais le troiietne point que j'y remarque et qui -nous fait voir plus clai-
rement cetie fallillh iiic, .xt1:irdiiii.i re de Dieu, eft la prr. rv:ation de fon ame,
vivree dans la' court au milieu des courtifans en one piiltance fouveraine, en
um age fl.iniffaint, en un liecde fi licentieux et fi debord.-, et y vivre en inu-
jlcence et y etreOpreferve., ce nelft pas vi-ntu, c'efl miracle.
Aimons, iMliliours et honorons de tout notre coeur, un prince fi cher
a Dieu;
Aimons et honorons ce prince d6nn6 de Dieu pour la reftauration de cet
E t qi t o ^ ~ .
II eft ne auffitt qu'Rl a pu naitre ; et, fit6t q'il a pu marcher, Dieu lui
a mis le fceptre ci main-,'les premieres aniiies duquel s'etant paiues fous
les houreux atfpices et la finguliere providence de la reine fa mere.
Aufitrbt quail qu'il a mont6 a cheval, Dieu l'a comlble de conqu&tes.
L'Hiltoire Sainte nous reprefente un grand capitaine qui, tournoyant une
ville en fait tonber les nlurailles ; la vue et la pr~fence du roi renverfe les
-_emp;::rs-,-ruine les balfions, :abat les muraillesoet'ks 'portes des villes;
Iange de Die u march de;vant iii qui lui ouvre les paffages. Tout cede a
ffiifaince divine qui le conduit ; ce que foixante ans de rebellion avaient
fouftrait A l'beiffance de nos rois il y centre en n infant ; les villes a
centaines fe niettent a .fes pieds et qui plus eft', il regagno les coeursetr
4:.-Ix qui auparavant ne trouvaient repos ni fdrera qu'en leurs armes, en
leurs confedra tions, et dans les murailles extorqudes de nos rois, s*en d-
partent aujourd'hui, renoncefit a routes liaifons et intelligence, dedarls et
dehors du royaume, et ne cherchent autre repos ni affuratice qu'en la pro-
tection et bienveillance de fa majefti.
C" font les fruits que Dieu nous fait goutier er efprer. de jour en jour
plus grands fur t'heuieufe conduit de notre roi, qui ,. ayant par f i iailianc
oavert le x7 fiecle, nous ouvre un nouveau fiecle da paix et de profpe-&
rit6, qu'il pouffer'. bien avant.
1' toutes les divisions et fera renahtre en fon Etat l'ancieiire" m c-
deflie de nos predeceffeurs, *et pcrdre la mrmoire des defordres qui on't
provoqud 1'irede Dieu tur nous, qui nous ont plonges dans les grandes
anileres que nous avons p-Idaes, et out mene cet Etat jufque fur le board
fle fon tombeau.
Cos miferes, Meffieurs, nous tiernent encore dans les debilit6s d'un corps
',,nv l-:.-..n t, ayant mis cet Etat fi bas qua routes les parties d'icelui en font
encore afigdes.
Trois annres de guerre,de 6zo, z et it z, outconfomnii des deniers
iinmenfes ; la depenfe yait inont rtelcle annee jhnfqu'A 4o millions de lives,
twi s des fecours extraordinaires qui out furcharg le I oy)aunme de grades
dWpenfCs, en l.,L;es en et renters, e Cujtitif une incroyable diminution du revenue.

Muis croyions, apres la prife de'MontpIliI.r, etre en paix nous com-
liiElcorns A nous remettre des acc6s pr6cedens qund tout-a-coup nous
avons vu une confpikation prefque univerfelle Contre eet Etat, tant dedans
gqe dehors le royvamne. Nos voifins tenaient de Cr.muls ari i fir lers fron-
tieres de,,. et de Picari"', pr&res a fe-jeter fur ces provinces,
doit le roi rccevi t tons jours de bons avis, qui i'obligertnt d'armer de
Ifon c8td, et tenir fur fes tiontietcs de&i(x pui1nrt5s armideS. L'a rebellion in-
tetline le forqa de tenir encore des arniees en Languedoc, en Guienne et
n Poitou, et-uine armne naivale aux rnvironis de la Rochelle-, da nt le fruit-
--a detete-que ks accliaatiols de joie eon durent encore.
Nos voifins ont voul opprimer nos allies, et eflay6 d'oteft a cette cou-
ronne les paflages de la Vateline qu i appartienntnt privativemenit a tous
autr-s princes, par les anciennes all-1 ius.
La jifllice, la loi de l'illi.ince et l'thorinur de la France, ont nrikt'cc d le
roi d'envoyer au fecours des allies et a la c9nfervatioft des paflages, une
puFinillu armiee, et utite auire en Italie, pour dive tir les forces enemies
et les ' d'entrrprcnfre fuor nous.
SL'entict.,iinent de routes .ces forces a dpuifd touts les finances, con-
foitmii ne grande pa.rtie du fonds et revenues ordinaires de 'Etat, e t qdette
le roi de plus de 50 millions de livres.
Sa miajefi6 aimant mieux prendre fur fon propre fonds les mrvens de oi
poutler les ennemis deans et dahors que de fikuhar,,- fan P i-.jil in
c'i..-,i-r fes fujets eh qtuelque forte qt cce foir; car vous remarquerezA
.M'f ns ce que yous aurz grande peirie A croire et la pft.'rit. noe
I'C'-1t.1uRI i'.mais fans'on, que le revenue ordinaire de 'Etat ne four-
'ae point 16 millions 'de livres, .Ir It dApcnif'e en a monte en routes lis
di.'.ies annres jufqu'a 36 On 40 tnillihni par .an et n6anmoins le roi ii'
ja'.als accru les tailles qui fe levent fur fon 'euple ni retranch6 un quart,.-r
des rent Vera en aticutn des fiecles pricdens. lYais daura.nt que cette difproportin'n
de Lia rectte la depenfe done lieu, par la uic.iitc', A bleaucoup de mayns
citraordinaires, fia maiefl dM firi'.t 'dviter ci-prs a efltie qu'il n'y .ivitu
*ucan meillt-nr mnrven que d'galer la recette ~ la d6penfe, auguentant 'un
tt di.inmani I autre.

Pour diminue la- dcpetife, it ne pout .fe fire que par retranchement. Le
roi a rifolu de rettanl her ini-mIdue la dbpiLnti de fa propre maifon et de
ce qui en depend, pour donn'r example A fes futets : et afin qu'ils ayent
plus d'occafion de fe retrancher eux-memes, il a fait fon edit des lois fomp-
tuaires ; il a atilli deharg6 fon Peuple de fix cent mille livres fur les tailles
de Pannie prochaine. I.
II a iteint les charges de la conn'.iblie et amirnute, et fupprimt les gages
et les depenfles que ces deux charges caufaient, qui ne montent pas moins
de quatre cent mille livres par an outre les incommodites que la puiltirnci
et I autorit6 des memes charges apportaient aux plus grades et importantes
affairs dp 'Etat.
Sa majefl6 penfe encore a d'autres grands retranchemens ; aux garnifons,
aux gens de guerre de la champagne par le rafemenit de plufieurs -places qui
Pe fervent que de d4penfes minutes et de moyans d opprimer le Peuple, et
engager le roi a entretenir les armies dans les provinces, 1itot qu'ily a des
mouvemens dans le royaume.
II veut aufi, que I'on examine f6tat des dettes, pour retrancher celles don't
on fe pent decharger.
Pour augmenter la recette, il fatit chercher les inoyens les moins nui.
files, pour y parvenir par. autre voie que de furchargcs fur i Peuple.
Racheter les domaines engages a vil prix, et les droits ali6nws fur le fel
et fur les tailles, et pumr cela avifer les movens les plus commodes tant
par la jouiflmce de pen d'annees, que des deniers qui fe pourront recouvrer
de divers avis qui fe propoftet.
6e touts le(quelles chores mnefieurs des finances vous entretiendrone am
progres de Fafl(mblke, pour en. donner apres vos avis A fa maj iZf.
Vous aurez auffi a tiavailler fur Ietabliffement du commerce, come au
plus propre moyen d'enrichir le Peuple, et rdparer P'honneur de la France.
C'-ft chore digne de companion on d'indignation, de voir la lethargic en
laquelle nous avons v&cu depuis plnfieurs annies. Nos voifins nous ;iffujet-
if'. ant a toutes les rigueurs de leurs lois- ils donnent Il prix A nos denrdes,
et nous obligent de prendre les leurs a telle condition qu'il leur plait. Les
pirates, les Turcs, et autres doguilfs en Turcs, viennent ravager nos cotes,
enlevent les fittjts du ol i,. captifs en Barbarie perdant leur liberty: leur
forture et la phipart leur foi, par les tourmens et les miferes qui'ls fouf-
frent parmi les ifidells. Ils vous tent la peche des morues aux Terres-
Neuve5s et par l'aide de plufieurs de nos voilins, on a deja retranch6 do
-eaucoup la peche des harengs; on vous a 6te celle des baleines an Spitzberg ,
et peu A pen ce qui refte a la France fe perdra, fi nous demeurons davan-
tage in c.t endotmiffement; eu quoi nous foinnies d'autant plus blamables
que nous avons dans le royaume toutes les commodities neceffaires pour nous
rendre forts far la mer, jufque-lA m me que nous en tourniffons a nos voifins;
et avons encore, par les difpofitions de la nature, des avantages tels que
nous pouvons aflijqttir tois nos voifins, et les faire dependre de- nous.
Nous avons les 'rin'ids bois et le.fer pour la construction des vaiffeaux,
les taoiles-et les chanvres pour les voiles et cordages, don't nous foutliffons
toutes les provinces voifines. Nous avons les fromens pour les biscuits, le
vin, le cidre Ii bikiie, les matclots et mariners en abondance, qui, pour
n'etre pas tmployes par nous, vont fervir nos voifins. Nous avons les mil-
1 uts ports de I'Europe, et, ce qui eft grandement remarquable, nous tenons
ia clef de touts les-navigations de I'ER a l'Oueft, et du Sud an Nord.
Je ne parole point de la conjunction de la Saone et Seine, qui fe peut fire
facilement; qui 6te A 'E fpagne routes les-commodites du commerce, faci-
lirant le chei;i du Levant par la France en 1'Ocean, et otant la fubjectior
de pauter le detroit de Gibraltar; de forte que toutes les commodities du
Levant et de la mer Mediterranee feraient plutot et pous Tfcileinent A
I'extr6mite de la France qu'A entree de l'Efpagne, et rendrions la France
le depot communi de tout le commerce de la terre.
Je n'y veux pas ajouter la communication de Seine et Loire, quoiqua
facile, pour ne fonder ce difcours fur dcs deffeins de longue execution
mais je parlerai feulement des chores qui font de la ficuation naturelle de ce
LEfpagne ne peut trafiquer en Italie, ni en quelque antre endroit de la
met Mediterrainee; ni l'hralie et Ies autres lieux en Efpagne, qCu'ils ne paffen
a la vue et fous ta coulevrine des fles de Provence; et pour trfiquer d'Efpagne
at des cotes d'Afrique en Flandres, en Hollande, en une pattie d'Angle-
terre, en Ecoffe, en Daneniarck, aux villes Anfiatiques et autres endroits
du feptentrion oi' de ces lieux en Efpagne et autres endroits du fid it
faut que le vaiffeaux paffent le Ras Saint-Mah6 a a mifericorde de nos
canons, et par la Maancihe de laqnelle ilne tient qu'a nous que nous ne nous
rendions maitres avec peu de dilliculte.
Toutes ces considerations que M. le cardinal de Richelieu a reprefenties
au roi, entire les grands, honorable et gendreux confei:s qu'il'lui donne;,
oint faith r6foudre fa majefte de mnettre, a bon efcient, la main au commerce,
er ne perdre les-occafions d'cnridhir fon P.uple ,t agrandir fon Etat, d'hon-
.neur et de puiifance, don't it vons fera reprelCeter Kcs articks fli lefiluets
il attend aufli vos avis.
Vous verrez auffi les rsglemens que fa majeft a fait drefer pour les gens
de guerre rant des garnilons quoe do Ia canmpagne, I'ordre pour I s fire
vivre fans foule le Peuple, la maniere affurte pour iegler leurs paiemenis,
le moycn de faire que le nombre porte6par eIts eats du roi foit etlctif, ct
autres points important que vous fera entendre M. le marcihal de Sclhiiibergj,
A qui fa majei1e e, a donn6 la charge.
Si outre cela, vous avez a reprdfenter A fa majefi` quelque chofe pour
le bien de fgl'ghf et de la justice et police du toyaunme, on autrement,
elle c-lit'.ndra bien volontiers ; didir.imn n,-manimilis que A'.fenblJtie ne ruit p.s
firde en loigui-ur, pour ne detourner d.ivn,,iire ni niehlics lt s lcs'lprel do
leur tefidence, ni nieflieurs les ofticiers doe l'a initfhaion d- la jufiice.
J'ajouterai encore deux points; lefquels ( combien qu'ils foienr'.fort f6vd
rement punis par ls orddnnances ) oat befoin de nwuv Iks lis, ct plus rigou-
ri uit ;--our leur. ch&iimens e et d'une plus jnduflrieufe recherche- pour p6n6-
trer les fraudes --i les ecrettes votes que I'on y prrit qu,: ar la t-reiqunce des
crimes augment la rigueur des pines ; et la tc-ilite da les comniettrme oblige
les juges et les lois a en rendre les preuves plus aifies de pei.r que L ma'ice
ne triomphede 1';ur foin et demeure impunie, ibus I'affurance qu'elle prendO'
dans fes artifices. .
Le premier point eft la licence eff'erne d'abufer des disenr dp roi, les
retenir et les approprier avec rant de fubilit et de finefle, que Tes lois intro-
duites centre le pecuilar font impitiflantes, et fur,'otues par avarice quu
deguife et enveloppe fes larcins en tant de nianieres, qu'il eft quai impofllilI
d'6n convaincre les coupablts.

L -~CC 117-**ARpl*-r~-7(-qiFC

_ _~___ ---- ~-LC~

_,'auntie eft des fiquentes t, ellions, foulevemens et conjuirtions contreC
lIur, etde liiIuippiitable facility A s'y tg.ger lefquelles fe traitent par
factions, liaifo),s et .ficn.ei., fous diverfes couvertures, en idle forte que
oun ia pine de les ddcouvrir.
Et la demiere confirmation donne fujet a fa majefie d'y pount oir pour Y'avenir,
pour ce que I'ayant ddcouverte et averee fi clairement, come il a fair Ia
naniere de laqudle il en a eu les preuves, lui a faith connaitre que ces aftaires
fe n6pocient avec un fi grand foin du fecrer qu'il eft nceffaire d ipporter
pour lavenir de inotiveaux remedies tant pour avoir plus -tcilemetit la
-connaiflance et les preuves de celles qu'on pourrait fair ci-apres, que
our detourner ceux qui fe voudraient engager A tels crimes, de ne s'y
bafarder d6formais, voyant qu'il fera plus aif6 de les convaincre.
UIs font come ceux don't parole un ancien aureur franqais bien fage et bien
eloquent, qui veulent, dit il, parairre fi religieux obfervateurs de leurs
fermnens, qu'ils aiment mieux commettre un homicide que de manquer au
ferment qu'ils out fait de I'exdcute.r, fthivant les lois de cet infiame hon-
nieur qui renverfe tons les fondemens de I'honneur veritable et de la folide
Les crimes qui fe cbmmettent en fecret fe prouvent par temoins et cir-
conflances que I'on ne recevrait pas en on autre crime', et le droit canon,
pour arr&ter le course et la trop grande facility des fymonies et des confidences,
a recu pour preuves plufieurs acres qui, aux autres crimes, tine pafferaient que
pour conjectures. Mais les lois civiles palfent bien plus avant, ayant voulu
qu'en factions l'on execute promptement fans attendre les procedures.
Ceftl, Meffieurs, ce que vous aurez a confiddrer, pour donner au roi fur
ces points et fur tons les autres qui vous feront propofes des avis dignes d-
votre experience et fapacite, et de la fidelite et affection que vous avez a
ion service. ,
Apres que M. le garde des fceaux eut fini, M. le marechal de Schomberg
parla'des affaires de la guerre et dit que ]'intention du roi drait d'entretenir
trente nille homes de guerre et de les bien payer, et que le roi l'avait charge
de memoires pour trouver le moyen de fournir a cette depenle, lefquels il
conimuniquerait a PAfRlenblIe.
Apres lui, M. le cardinal de Richelieu fe leve, et felon fon eloquence et
grace de bien dire ordinaires, adreffant la parole an roi, dit:
11 n'eft pas befoin, a mon avis, Sire de repr6fenter a cette c6lebre
compagnie les grand.s actions que votre majefid a faites depuis un an, tant
parce que M. le garde des fceaux s'en eft fort dignement acquitted, que parce
qu elles. parlient d'elles-memes, et qu'il n'y a perlbnne qui ne voye que Dieu
a voulu fe fervir de la pi6td, de la prudence et du courage qu'il a mis en votre
majeflt pour fire en peu de terns, a l'avantage de cet Etat, ce que beaucoup
eflimaient impoflible en des fiecles. -
11 t'eflt pas aufli befoin de leur faire-entendra As grandes dqpenfes qui ont
ert caufees par ces figna les actions, parce que chacun faith qu'en matiere
d'Etat les grands effects ne fe font pas fouvent a peu de frais, et que le grand
nombre de gens de guerre que votre maiefie a ete contrainte de tenir en mnae
tens en divers lieux, tant au dehors qu'au dedans du royaume, fornmit aux
dairvoyans autant de fujets d'admirer votre puiffance et d'&tre etonnus par des
depenfes fi exceffivies, come la faibleife des plus finpks leur pent donner
lieu de douter de la poiflibilit6 de ce qu'ils ont vu de leurs propres yeux en
ces occasions.
I n'y a perfonne d'entre vous, Meffieurs, qui ne fache avec quelle puree
ces depenf-s out ete mmnagees, et combien elles etaient neceffaires : la pro-
bite de ceux qui ont adminifire les finances, juftifie le premier point ; et
Poppreffion des allies de cette couronne, la rebellion que ceux qui font re
bel es a Dieu ont faite en ce royaunie, les mouvemens prolettes et formeis
au meme terns par perfonnes qui voulaient, centre les intentions du roi et de
tout ce qui le touche de plus prbs fe pr6valoir par la perte de la France, des
occupations que fa majefte avait pour la rdtablir en fa premiere fplendeur, font
affez connaitre la v6rit6 du fecond.. '
L'utilite que cer Etat er fes allies repoivent de relies depenfes, fait qu'elles
lie font pas a rejeter, et que la France a tout fujet de s'en loner, au lieu de
_'en pouvoir plaindre.
Les affairs font maintenant, grace a Dieu, en affez bon eat; mais on
Woferait fe promettre qu'e les y demeurent toujo urs; et il faudrait n'avoir
point de jugement pour ne connaitre pas qu'il t faut les pouffer plus avant.
II faut, pour nicellfit, on laiffer ce royaume expof6 aux entteptrifes et aux
wauvais deffeins de -ceux qui en mdditent tons les jours 1'abaiffeinent et la
ruine, ou trouver des expediens affurds pour Pen garanrir.
L'intention du roi eft de le rdgler en forte que fon regne gale et
furpaffe le ineilleur des paffis et ferve d'exemple et de regle A ceux de
,- afliflance particuliere qu'il a touiours plu a Dieu lui donner jufqu'a pr6-
elnt- daiistes affaires inme qui f hi.neiint les plus ddplor'es, nous donit.
Sujet d'efjlser l'ff:t de fes bons deffeins.
Etant fecon, conlmme if Feft des fages confeils de la reine fa miere, et luu
concouis de Monfi-ur fon frera,'que je puis dire avec vritd dtre fi et oite-
iment attach avx volont6s de fla majefl et aux inter&ts de 1'Etat, que rien ne
I'eu p. mt feparer: je ne vois, pas lieu d'en douter.
Pdifqu'il n'y a que Dieu qui faffe quelque chife de rien, pour parvenir
A de fi bonnes fins, il faut de nucsfit6,, ou diminuer.les ddpenfes ordi-
ilaires de f6pargne, rut en atugmenter les recettes, ou fair tous les deux
II etl itpoffible de toulict aux ddpenfes nieffaires pour la conservation
de i'Etat y penfer' feulement, ferait an crime. C'eft pourquoi la maiefte!,
prdf'rant le public a fon particulier, vent de fon movement retrancher fai
lnaifon dans les chores m6mes qui touchent fa propre perfonne, vous Il.u1.ia
'aPjuger commne il en faudra ufer at refte.
On pourrait p".!ilr tque cntC: faifon ne ferait pas propre i tels rermiiche-
inens, qui alienent et retranchent quelquefois i'affection des colors ; mais en
l'ordre qu'on vetiuteablir, es Ir.ands et les petits trouveront'leur compete ;
t,:.ts atiirort pri, felon qu'ils front bien: la mediocre condition des uns ne
It. point me6pirer leurs services, et ceuX des grands front d'autant mieux
recounius que ha qualit- des perfonnes qui les auront rendus, les rendra plus

Les redes les plus aufteres font et femblent deuces aux plus ddriglds efprits,
1.q.,ad elles n'ont en ifrt comme en apparence, autre but que le bien public
et le faluttdel'-t.

Nul ne devra fe plAndre qiiand on ne fera aucune chorfe qui nait rettcr n '
quand o r6glera les dpehkfs fur le pied auqul elles 6taient du terns du i
roi et quand le roi mneme qui en tels cas eft an-deflus des regles, vada.
fervir d' Xnemi'le.
La reine votre mere, Sire, vous fuppliede trouver bon qu ile f..lfe d'edl.
mnme, en cette occasion, ce que vonre piet enlvers elle ne vou P rmtttraiti
pas feulement de pen'er, c'eflt--dire, quellse fe reduife A moins de revenge
qu'elle n'avait au terns du feu roi etant vrai qu ehe n a point anmlior ft.
condition lorfque pendant la minority de votre najefte.elle a accar cleue da
beaucoup d'autres pour le bien de votre service.
Apres avoir de6 contrainte d'augmenter en ce tens les depenfes de 'Etat,
pour en conferver le corps en fon enter, elle vous confeille de les retiancher
pour la mime caufe.
Divets teams requierent d'ordinaire diners et cont a;res moves pour une
mneme fin : ce qui ell bon Ien un, eft fouvtnt pr juiiciable en l'jante.
Dans les ,giandLs tempntes, il faut partager fon bien avec la inr, pou-
foulager le vaifleau et eviter le nautfrage: la prudence requiert que l'on en
ufe ainfi, afin de ne perdre pas tout en voulant tout lafiver. L'mtinet des
particuliers n'y oblige pas moins qu- celui du public. Rien n'&etart plus vrai
que ce qu'a dit unwanricn prtlat de ce rcyauti qu'il <.fl inupoflibll que Iabon.
dance et les richeffes des perlonnes privees puilfent fubiliter quand lEt eit
pauvre et necelfiteux.
Par tels manages, on pourra diminuei, les d6penfes ordinaires de plus ds
trois millions fomnie considerable en elle- ne e, mais qui n'a point d '
proportion aux funds qu'il faut trouver pour -g.1lcr la ]rcette la d-penlfe
Refle done a augmenter les recettes, non par de nouvelks iimp6fiions que
les Peuples ne fauraient plus porter, miais ptr moyens innocens qui duninen
lieu anu oi de continue '!e quil a commence a pratiquer'cette annie, en
dechargeant fes fujets par la diminution des tallies.
Pour cer effect, it faut venir aux rachats des domaines des gteffcs et autrej
droits engages qui content a plus de vingt millions, cominie A chofe noa,
feulement tile, mais jufte et niceffaire.
II n'eft pas queflion de retire par autorit6 ce, don't !es particuliers font en'
poffeflion de bonne-foi; le plus grand gain que puiliL-irt fire les rois et les
Ewa s eA de garder la foi publique qui conricit en fbi un fonds inopuifabte,
puifqu'elle en fair toujours trouver j il taut fubvenir aux niecflits pr~l~nis
par d'autres moyvens.
Le roi a fait des chores qui ne font pas inoindres et Dieu lui ferl It
grace den faihe de plus difficies. St 'on vient a bout de ce dlfein, et que
la France jouilfl tous les ans du revenue qui proviendra de ces tachats, ce
,ui femble A present impoflible, et qui toutefois elt ntiteiLAirc poi le bicn
delEtat fera lors trbs-facile A fa majefd. Les Peuples qui conntilent miin- par leur fang que par leur fueur aux dpyerifs de ITtlat, feront
foulages, en forte que ne levant plus ricn fur eux, que cc qui f:ra nicer.
faire de peur qii'ils 'oublient pas leur condition, et percent la coutinmedM
contribuer aox trais publics au lien de fentir ce _qu'ln titera d'tux il
eltimeront qu'on leur donnera beaueoup.
Quand it fera queflion de refifler A quelque entreprife dtrangere, a quelque
rebellion intefmne ( fi Dieu en pelmer encore pour nos puchS s ), quan( i!
fera question d'executer quelque deffein utile et glorieux pour I'Etar on n'en
perdra point Poccafion fate d*argent j il ne faudia plus avoir recours A des
mroyens extraordinaires, il ne faudra plus courtifer des pattifans, pour avoir
de bons avis d'eux, et mettre la main dans leurs bourfes, bien que fouvtent ela
tie foit pleine que des deniers du toi.
On ne verra plus les course fouveraines occupies a vdrifier des idits non-
veaux ; les rois ne paraitront plus en leur lit de justice que pour defaire avec
.raifon ce qu'ils auront fair dans un autre terns, non fans raifon toutefois ,
puifque la neceffia en elft une bien forte.
Enfin, routes chofes front en l'dtat auquel ds long-tenrs elles font defi-
raes des g.ns de bien, auquel elles pourront fublifter des fiecles enters et
auquel les benedictions du Ciel front perpetuelies compagnes de la puiffance
et des actions des rois qui n'auront autre but que la :3loe l de Dieu, la gran-
deur de leur royaume'et le bonheur de leurs fujets.
Qn dira volontiers, et peut-etre le penferai-fe moi-minme, qu'il eft air6
de fe propofer de fi bons defleins, que c'eft choae agreable d'en parler, nmais
que Yexecution en eit diflicile ; er cepend nt, apr6s y avoir bi-n penfe, j'ufr
dire, en la pr6fence du roi, qu'il fe peut ttouver des expliens par lef-
quels, dans fix ans, on verra la la perfection de cet ouvrage.
Le roi, Meffieurs, vous a affen.bles expreff6ment pour les chercher, let
trouver, les examiner et les refoudre avec vous ; fa majefte vous affurant
qu'elle fera promptmrent et religieufement executer ce qu'elle arrt&era far
tes avis que vous lui donnerez- pour la ritauration de cet EaLt.
Les nalades, mourant aufli bien qu.iquefois pour dre furchargds de re-
inedes que pour en ltre entierement prives fj'elihne'r e oblige de dire
en paffant, que pour rdtablir cetr Etat en fa premiere folendeur, it n'ci
pas befoin de beaucoup d'ordonnances, mnais bien de reelles executions.
Cette Affemblde, par ce nmoyen, pourra finir plus promptement, biert
qu'elle doive etre perpetuelle quant i1*li dirt e du fruit qu'elle produira. PetN
de paroles et heauconp d'efftts ttnuoigneront et les bones intentions, et
les jugemens de ceux don't eile eft comporfet. .
Le roi ne donte point, Meffieurs, qde vous ne failicz tout ce quil ell
de votre devoir en cette occurence. Vous cortnaitrez aufli, par I'evmnement,
que fa maieflf fe furpaffera foi meme pour procurer le bien de foil Eat. La
gloire de le fair renaire de nouveau ell refervee A la veritr d'un fi gran4
prince : vous devez beaucoup a fa bontd de ce qu'elle a d.'ign vpous y donne
part Jet je i;e fntirii, trAs-partkulieremenr redevable a Di u en certe occa-
lion sl me prenair incontiaent aprs l'A.coirc',lilf.:nieit d'un fi haut, fi, g -
rieux et fi faint d(effin. '
Apres que M. 1I cardinal ett fini, nmeilir,: Nicolis de Verdun, premier pr-,
fident du parlement de Paris, fe leva et pri Ila parole I: i parla du fPu co
Henri le G'and, et que k roi foil fils l'iiitait tn fes venrus; ii fapplia au
cette Afferl'l ntie fut point nii more, ni muette comninue les aures ipuS 4
finit pliarit Dieu qu'il donuiar lignee au roi .. i
M. le garde des fceaux ajott puis aprts, que fa majeft6 enverrait Ml
propositions a lAffembide par fon procureur g~nral au parlnment 44
Paris. ',
Les dues de Guife de Nemours et de Bellegarde dtaient ddnommisn e
matides pour f tendre et fe trouvter ladite AfTembibe m::is n'l d'(u.-

D ______ C______ 1__ _~ ___ _~_~ __

$'y trouva. Les deux premiers, ce que que lon a, dcrit, pour n'&tre pas
d'mcorl entire eux 4e leuts rangs; ce flit pouiquoi, en cette Aflemible,, il
i'iy eut aucun prince, ni Aduc-pair de Fralce. Pour tout le refte Pordre y
fit tirs-bon pt flns aucune et uine here et ofinr t apres trois heures.
Dbs le coi,.mirntceinlnti de cite Airmble il fe vit plufieurs relont
trances", dliotils it n Iinoircs impriiuness, pour avis "au roi et a ladste Aftiel-
ble afin d'apporter de bonis riglc-miens aux defordres qui s'cdiaiic itiiiroduitn
en la juflice ; aux, financs et en la police.
Cette fuivante remontrtnice, fur le fait de l'dpargne fur eflimee partir de
calui ( M. de .icoil.i ):e qui les peres ert Inii, out, to umie ti celliveielnt
.l (icle eutier, fervi fidelement et utilement nos rois.en la quality de pie-
iers chefs doe f pr 'iere chambre des competes. ,
W Sire, deux chofes les plus puiffantes fur les efprits des- homes opt
mi les gens dle Vos competes a nius deputer vers votre majelle ; I'mie eft
a coinfiderationt de I hirtineiir et obiil.itnce que tous vos officers doivent
rendre 'a vos commandemens; autre eft le vif reffefiriment que chacun d eux
doit avoir en Clon ame de. foa devoir einVcs fon prince, et-la charge don't
il lui a plu I'hotiorer. .
Sire, autrefois cette compagnie ayanrt Phonneur de fdiuer votre majefte,
elle lut fit entendre qu'elle toulait prendre en main le gouv'ercnient des
affairs de fon Etat, et lui command de ne s'adreffer a autre qu'.i lt feule
perfonne pour lui donner compete de fes actions. '
iDepuis ce tens Sire, outre plufieurs affa'res iinportant at blen de vote
service auxquellis ino,s nouis fommes employs i.ois avons oni le rajpout
di ( ,uiip- de votr,. ep.iari ( qui cfl l.L g-rajdle met de vos finances ) oil
n.tls AwI ip i;11 t ll de gonffres piolands, tant-de routes egarees eo pe-
rillelufes a voteiri -tat ,-.que nous p-nlc-ionls nIl.nqutr a note devoir et A votre
cc.iiunaii.n ciirt, fi avant la fin de ce lemeltre, nous n.) lui fefio1Is CntrndicL
tine fidelle relation dLs rencontres que hnous, ivouns fLit fur, cet ocean durant
le terns de navigation.
Sire les poetes onr feint qu'il v :wait en certabns end.loirs de dia mer
Mdditerrane des gouffres eot d s boiiillons d'eau qu',s appelaient Caribdes ,
lefquiels engloutifflient les vaiffeaux tput-a-coup, en fobire qu'il n'en r'eftait
non plus de marque ti d'app.trence que fi j.Jtas is is 'euffent 6te f1ur menr.
S.Lon peut dire le femblable de *la mer de votre 6pargne en laquel'e il y
a certain chapitres de depenfe intitule co.tua.s en vos mains lefquels
abforbent les plus clairs .deniers de vos finances; et bien qu'il lemble oqu
votre nmajelt les air touches, toutefois la vdritd tIl qu'ils ont 6t6 devords par
des car'bdes c'eft-a-dire, par d-s gens infariables, et qui publient bien foi-
vent n'avoir requ aucun bienfait de votre majeIl6, jacoit que le tout foit
tourn6 a leur profit.
Ainfi, le fouvenir de vos liberalites en leur endroit, eant du tout etemnt
en Ile~n memoir, ils prennent de faux pr6textes de m&contentement, po6ui
if porter plus hardiuenit A la defobdilfnce, et bien fouvent a la re-
CeFt ulige de c,:'r.;:s Sire tie fert-pas-fullmenre dvoile poir cauvrii
l'ingratitude des donataires, qui nIe violent pas &tre-rdputis du nombre de
ceux qu'il vous a plu d'obliger mais il aide aufli A d~gCiiifr les ufures de
plulieurs qui ptrent da Iargent a votre majefte, a fi gros inter&t, qu'ils
rougiraient de hincte de le confeffer .
TJAll ient que vottre nom tres-aiiqulleque les anciens,,avaient toulours ell
Ia bouche, quand ils voulaient iflirmer qul Iie vtrite eft employed main
tenant pour valider des fuppofitions et des deguifem'nis autant contraires a
l'innocence de la juflice, que le foleil eft l'ennemi des tenebres, et votrc
mnajeAte du menfonge, dau p:ijure ot '- l'impiet6.
Sire, j'ai dit que votre epargne eft une mer en laquelle it ya des gouffres
et des abimes profonds et bien perillui: ; jajouite que cette mer n'eft que
trop fouvent battue par une forteS de pirates qui vbos enlcvent les plus clairs
deniers de vos revenues avant qu'ils foient arrives au port auquel ils doivent
&re conduits et voitur6s.
Ce font ceux que 'on appelle fofeurs de parties, qui ,.pour un petit-fecours
de deniers, tire bien fouvent de vos coffres et non des letus fe font adjuget
le revenue de vos recettes et le prix de vos fermes avant que les termes en
foient ichus.
Cela n'eftice pas inoiffoiner le fruit avant qu'il foit en fa maturity, et
observer le terns de votre nkceflit6, pour fucer le fang de vote pauvie Peu-
ple avant qu'il ait eu le loifir de le tirer de fes veines pour en fervor votre
majeft ?
Encore feraient-ils aucunement fupportables, s'ils vous fetaient autant de
part du gain exceflif qu'ils fonton leurs pari', commie ils en rejettent
lur vos coffres la peite imaginaire, laquelle ndanmoins engendre
donmmagemens dout toute It riF.i icC pale avec une julke plainte Lt indi-
g n a t i o n .. +
Car.pourquoi donnent-ils des pots de ,vin pour 6tre pr6fer6s au ball des
fermes de votre majelid, s'ils ne veulent prendre le rifque de I'dvnement
des bonnues et des mauvaifes annies?
Mais Sire, pour en parlor franchement et avec viritd, les pots do vin
fe donnent pour enrichir les courtiers et les amnis des fermiers qui fe pr&
feitent au bail de vos ferines et Ics dedomniagermens font accords eol
faveur des partifans et de ceux qui les protegent, aux d6pens de votre
Ainfi, i'on'butine flir vous, autant A la fin combine au commencement des
affaires, qui fe traitent fous Papparence de votre utility ; mais le pis eit
que les conditions de tels traits font r d'gLUilis aux officers de votre chain-
bre, auxquels neanmoins on les adrefle pour les v6rifier, et par confequent
les rendre refponfables du pjie hli duquel ils font innocent.

Mais, Sirb, la confideration des guerres inteftines, de la mifere de vote
pauvre Peuple(, et de votre ;,. c, Lil' ( qu'on leur a toujours mis devant les
yeltix por un pritexte fort fpecieux,) leua a 6te fi fenrible, que, d'ardeur
q'ils ont eu de voir la paix ern orre royau'me, et Pautorite de vote ma-
jel6t r6tablie en icelui, ils out pluot6 emnbraff6 les moyens que 'on appor
taut pour parvenir & un fi bon oeuvre, qu'ils 'ont en de curiofit a le,
A PLten"t, Sire qu'il a plu a Dieut calmer tons les oranges et la tempete
qut mn,, ij nt la France d'un natfiage, et vous infpirer de jeter les veux
fur vos atfaires, et preter 1oreille A de meilleurs confeils, ulii nSte vou'
patlertons point

pour rkcompenfes de leurs m6rites; car cela eft digii de vote grandeur,
joint qu'ils font fujets a la veiitic,ition de votre chambre ; de forte que ,
come la grace en eft due a vote miajf& qui en lelt a source, auiti 'Vexces
nous en doit etre impute, puifqtue votrre bone6 nous donne le pouvoir de les
s llhtc i.i u .I I .
Mais, Sire, je dirai un niot, avec votre permiiflion, des 6tats, gages et
appointminLiis qui ,it et6 doubles, voire triples, depuis le d6ecs du feu roi,
vtIne pere, de trbs-heureufe m6nmoire.

Ce grand prince avait regl6 fes affaires avec une telle prudence et 6ga-
lite, que chacun fe contentait de la condition a laquelle it favait r6dwt.
Celni qui rcv.lict peun de fa main lib6rale, fe tenait plus heureux et. pius
obliP dp jiugemLilt qu'un fti.gand monarque felait de fon merite, que de
~i h COUipenli." qt'il touchait dd fes services.
De forte que le prix de la vertu ne confiftait pas en l'argent mais en
Feltime qu'zn fefait le plus vertueux prince de fon fiecde.
Depiii fTor deces Sire, et durant votre minority, chacuno n'a penf6 qu'd
fie Ietdre n.celfaire par des ombrages de mecontentetrent, et nit'aiit en
oubli 'a charity que tout homme de bien doir avoir envers fa Patrie, fans
connfidration de fes intdrts a commence de poflpofer le p blic au parti-
culier, et demander augmentation des gages et d.pp.intemn s, fi que Pun,
ferv.nt d'exemple. A plufieurs enfin quaffli trous, o l pa' favur, ou par imn-
portunit6, ount renda ordinaire ce qui n'avait jamAit eu liciu de memoirQ
des hrommes.
Mais, Sire, coimme il y a des faifons en I'annie, efquelles les eaum'i ui"
avaient t.:: deboidees durant P'hiver, retournent aifement aileur an cien canal,
tantrt par 'induflrie dcs hommes, qui t anchent et .rempatent puiflamment
centre Finondation, tant6t par la faveur du ciel', qi par' un doux prin-
tems, deffbche les terres abreuvies : audi nous' voyant par ,i, grace et
bont6 divine, etre arrives ta plus doace fjifn de vote"'; ( car
depuis la mort- dtu eu roi nous avons v6cu en un co'iritniel 'hyver et dd-
bordenent ;) it eft teams deformais, Sire, de trancher er .remparer fous
votre main puiffante, co:tre Favarice et i'ambition: qui nous oat penf6 fub-
inerr,err, et forcer conflamment les defirs infatiables de vosfdu'jitsde retourner,
1 leir iancienne frugality, et fe contender des gages et:appointemens que le
feau roi votre pere leur avait preferits &s Etats de fes finances.
C'eft la, Sire, ce lit et le fein de vos graces et bienfaits, auquel chacunl
fe doit renfermer, fans vouloir outre-paffer ks' bones que le feu roi avait ft
faintement &tablies de fon vivant. -
Cette retraite dedans le canal de fes lois et ordonnances qu'il vous plaira
renouveler, rendra les campagnes riches et planniueufes c'qft--dire, vote
People foulag- de 1'exces des taxes et impointions quil a fupportees durant
le torrent des guerres civiles et reglera le defir demefur& que plufieurs
ont eun d'enrichir leurs families de -a fubftance de vos pauvres fuiets.

Or, il n'y a rien q.ii portera plus volontiers et les grands et les petits
ctt lti'Aorldtoiul inton l'e:eniple que Miellieins de vos-linances en-donne-
ionu, m..i) rnit les premiers le chenan que chacun doit tenir pour fe rduire
a une lionnete inediocrit ..
Car celui qui veut iinpofer uine regle a autrui, et la luifaire goilter, en
doit le premier tenir la mefurreo et puis dire hardiment : Sire, que ft
Meffieurs de votre conlfil ( qui doivent 6tre come les lumieres de votre
cour, Aclairees fans celle du foleil de votre autoritd, voire les premieres
roues qui font mouvoir votre Etat) ne fe difpofcnt, de leur part fair
agir les autres felon les regles de vos ordonnances, il n'y a ni Iuge, ni
.in giltliat, voire compagnie fouveraine qui puifle ajufler la balance que
Medfieurs de votre confril tiendront avec faveur et inegalit&.
Je pourfuivrai Sire, mon difcours pour ne point oublier a parler de
1'exces des taxes et cahiers de frais de vos trrforiers et comptables, lefquels
ne voudraient pas cheminer imienie prendre la plume, ou le jeton, fans fe
faire payer de leurs pines par vote majefit tant ces perfonnes-li font
attaches au gain. Audi on-les voit devenir riches et opulens en peu d'an-
nees : ce font eux qui prennent la cr&me de vos. finance, s, fe partageant
les premiers, focus pretexte de leurs taxations, lefquelles ils ont achetees I
vil -rix de forte qu'ils fe trouvent bien fouvent &tre rembourfes en deux
ou trois annees de largent qu'ils ont finance dans vos coffres, fur lequel
enco'e its otit glan6 quelque don, pafl6 dans un comptant, par la faveur et
intelligence de leurs bons aints.
Que, fi par bon menage, votre chambre s'efforce de r6duire leurs de,
clarations et cashiers de frais ils crient, its fe plaignen-, et publient que
la foi publique eft violee, que les edits de leur attribution ('qui ont et6
verifies par force on par pratique) font pour eux que ce font les tires de
lIurs pretentious, obtieiennen des lettres de r6tabliffement et des juflions
Cn6 t1mib. I e.
A ce defordre des cahiers de frais exceflifs des comptables, l'on peut
s ajouter celui des clers et commis des- intendans de +vos finances, lelfquels
gratifient les domeftiques les uns des -autres comme bon leur femble; et,
au lieu d'avoir I'eil, a Faccel6ration des affairs de votre majefht felon le
dd de leurs charges, ils s'en repofent fur un pr6tendu folliciteur de,; affairs
de votre confeil aux gages de douze cens 6cus, qui eft un appointelieint
auffi peu confid6rable que la quality.
L'on en peut dire autant de celle du' contr8leur des reties des etats ec
des fermes de votre majeft6, attribute A un feul des intendans; quoique
chacun d'eux ddt faire cette charge A mefure qu'il v6rifie '6tat qui lui eft
Bref, come it fe dechargent v6lontiers de peine aux depens de votre
1mc:jeft6, ainfi.vos comptables ne demandent qu'a fair nditre de nouveaux
pretextes de travail afin d 'avoir fujet de o rt-endre de nouveaux profits.
Sire, le feu roi votre pere, de tres-glorieufe m6moire, a et6 de fon
terns tin C6far, pour avoir en moins d'annies que lui reconquis et fubjugu6
la France, qu i tait fon propre hemur.tL.. Ses grands exploits out et6 fur
terre ; mais ceux de Pomp6e, furnonim6 le Grand, furent fur la mer, lorft
qu'il la purgea des corfaires qui l'infeflaient.
Soyez, Sire un C6far en valour et en climence tout ct-nf'mible dedans
s les belles 1ampagiui: et pourpris de la juflice. ,Soyez auffi n Pompee fur
la met de vos finances, lfl.juell(s vous purgerez (sil vous plait) de tons
ces pirates qui current en plein jour ec A voiles deployees pour butiner vos
revenues. .. ,
s Ce fefant, Sire, votre majef1t 6pargnera chicun an de tn mI.; fomines
de deniers, pour remplacer ceux qui o1u ete epuifes depuis tant d*annes,

-*-` -~-C*-1Vb

_~, -,-- I I --1--~-- ~~Q~~C~-CId%

, 'f

-tantor en vertu de I ttres-patentes de voWrc nriji-it, ',if"iies en vote cham-
bre tantit de votre puilance abfolue et felon lefur trification.
Idais Sire qui pouirait croise qu'une partie des deniers que votre ma-
jeid doit avoir touches eriulute de taut d'edits verifies en vote chamnbre ,
ique l'on nous difait etre deltinds aux atfaires de la guetre et non ailleuts eit
ets employee a payer des pensions ?
Et toutefois nous en avesis vu la d6penfe dedans le competee de votre 6par-
_gne, et nion fans etonnemient.
Car la plapart des pensions qui fe payment A prefent ont e&t accordees
0oau. 9 L.i _tr par vote majeflt lors de folu avenement A la coutuone,
en un temn came et paifible ; votre royaume 'tant abondant en toutes
f1w ti s de biens et de commodities et vos coffres fi remplis d'argcnt mnnnaye ,
qnte le caiimerce commenqait a ceffer faute d'efpeces courantes, entire les
-inains de vos fujct,.
'Auflt ce fut uiie grande prudence a votre majeftt de retenir la nobleffe avec
les princes A votre linte pour obvier aux factions ( compagnes ordinaires de
1'oifivetr6 et aiux aletnblees qui fe font fouvent dans les provinces, come
les nuees'en I moyenne region de Fair, lorfqu'elles font 6loigndes des rayons
id fol.L
Toutefois Sire, vos liberalit's, et bienfaits ne fauraient etre mieux em-
ploves qu'a votre nobleffe puifqu'elle a Ihonneur de porter les armes, et
d'expof.r courageufemenit, fa vie pour le service de votre majefte ec la ma-
nutention de fa grandeur, dans laquelle repofe la paix et la tranquillite de
fon Etat; de forte qu'elle achete au prix de fon fang P'argent que vous lui
donnez, pour en ddpenfer deux fois-autant de fon patrimoine, et laiffer
bien fouvent.fes.etfans nsicefficeux.
Mais it n'en eft pas ainfi de vos principaux comptables, lefquels batiffent,
fans peril, lenir lonine a votre fuite et font leurs maifons en P1exer-
ic : de lrurs hba.igas et tourefois ne laiffent d'emplover en leurs
ccmptes; outr'1 eurs griges, des penficns extraordinaires*, chacun de douze
cints ecus.
.Cette depenfe de penfions exceflives et conrinuelles contraint aujourd'hui
votre majeltete d'ayoir recours a plufieurs moyens extraordinaires, qui char-
ger.t I.: iment votre Etat, que, fi votre majefie n'y pourvoit par un bon
ordre et reglement, ou votre Peuple fecouera le joug ( ce que Dieu ne veuille
permettre), on bien il fondra focus le faix de fa pauvret6.
Prenez done en main fa cafe, s'il vous plait, Sire, car c'eft la re, et
tellement la votre, que fans fon fecours, vos revenues feraient reduits au pitir
pied, vetre royaume, fans forces entretenues pour le garder des entreprifes et
invafions des princes, -vos voifins.
Bref, come le coeur eft le principle de la vie du corps humann et le
foie la par te qui etitretient la maffe du fang don't le corps eft fubftant6 ;
ainfi votre Pcuple eft la partie de ce corps monarchique qui fournit A fon
aliment tandis que vous, Sire qui en o tes le coeur noble et tres-prkcieux,
donnez la vie et le imouvement a toutes les parties de, ce tout, qui ferait
en pieces, voire en poudre fans ce premier et derwer movement qui le
ii.aiitn it.
Puiffiez-vous donc, Sire, par la grace et bont6 divine, vivant.longue-
nxient, et regnant heureufement en ce monde, rendre votre Peuple jouiffant
de cette felcit6, vous r6verant et ob6iffant comme celui qui le couvre
( apres Dieu ) des ailes de fa puiffance, a l'ombre defquelles nous autres, vos
trcs humbles et fideles officers prodnuirons en nos charges, des fruits dignes
de ce grand et royal p;ourpris de la juflice, laquelle un ancien a dit prendre
fes racines er porter fes fleurs et fes odeurs dedans le ciel, non pour un
efpace d'annues, comme les fruits de la terre, mais durant le grand jour de
En ce meime-tems on imprima auffi l'avis fuivant : A mejfieurs de l'Affemblie
des notables.
Meffieurs la grande allegreffe et rejouiffance que toute la France a reque
au premier bruit de votre affembl6e fait efpirer que fes effects lui front
trrs-falutaires. Le roi enfin a ecoutn les pleurs et gemiffemens de fon Peuple;
et, touch de l'efprit de Dieu, fe refout de le foulager. Voici les propres
terms de votre convocation :
Nous proteftons devant Dieu vivant, que nous n'avons autre but et in-
o, tention que fon honneur, et le bien et foulagement de nos fujets; auffi ,
w au nom de lui-meme nous conjurons et obteftons ceux que nous convo-
i quons; et neantmoins, par la legitimne puiffatice qu'il nous a donnee fur
eux nous leur commaidons et trrs-expreuement enjoignons que, fans
autre reflect, ni consideration quel onque, crainte on defir de deplaire
Soun complire a perfonne ils nous donnent, en toute franchise etfincdrit6,
Z les conteils qu'ils jugeront en leurs confciences les plus falutaires et conve-
0 enables au bien de la chofe publique ".
Apae's cela quelle.excufe avez-vous ,-fi vous ne-faites-bien-? Vons- ave-
IIn tres-grand advantage fur tous ceux qui out jamais eu 1'honneur d'un pa-
reil emploi. Vous avez affaire a un prince abfi.hlumitn portdAIfuivre vos avis:
parri les graces que le ciel a vertles avec allIita e fir (on efprit, celle-ci
parait eminemment ; il croit fon confeil, et ne fe refout qu'avec lui : je le
dis hours de tout foupqon de flatterie; i 611t plein de pi ti jufle, courageux,
ferme et constant en fes r6folutions. Voila pourquoi et vous et ceux qui
s'approchent le plus de fa perfonne ferez tons coupables devant Dieu et
devant les horomes fi fon -regne.n'eft vas le plus floriffant qui airt er de-
puis la naiffance de cette monarchie. Agiffez-donc courageuffement et en gens
de bien ; fur-tout fouvenez-vous que vous n'dtes pas affembies pour trou-
ver de nouveaux expddien,. A epreindre et tirer la derniere goutte de la
fubltance du Peuple, mais bien pourIle' foulager des maux qu'il y a fi long-
tenis qu il endure.
Cinq chofes l'oppriment grandement, les tuilles, les logeo:in's des gens de
guerre, le fel, les aides et la mangerie des officers.
La premiere eit celle a laquelle le roi peut et doit pourvoir promptement,
en le di,h.ugeant d'une parties et remettant 1'autre fur un expedient que je
vous propoferai plaufible et utile.
On vous dira peut cute come on fit aux derniers Etats-G6neraux, que le
toi vent avoir fon compete, et que le fonds don't il jouit prefentement ne
pent pas fiffire aux ddpenfes ordinaires, bien loin de diminuer. Mais ne vous
arnetz pas en fi beau chemin ; je fais bien que iepaigne -eit puifde ; deux
chofes en font caufe, les d.ins c'. .c-tfies etr inuril.s, et la vokrie de ceux
qui maniant la bom -
FRenndiez y et puts vons pourfuivrez' au reftie fans coqtruadction. Comi
niencez pat le retranchement de la depenfe ; et, a cette proportion, voun

diMinueriz la recette : etammtiez I'lrar. te premier chapitre c'eft la ~aira
du roi ; ous trouverez qu'elle monte dix fois plus que dar terns de ces grand -
princes. Charles VII, Louis X Charles VIII, Louis XII Franoir I". r,.g
'en Li utlii pas ioins- bien fervis ; leur m6moire n'en eft pas moins glorieure,
et les Francais en etaient beaucoup plus foulages. Aufli, quand il tallait fair;
un effort, il utait aift d'en trouver les fotds dans la bouffe des' fujets ti-
ches et atttctionnis 5 tnrmoin la piilfon du roi Jem i au lieu qu'a cette hurq '
s'il faut tihd'tter, quoiquece foit, de cent imille ccus d'extraordinaire, fi ceult
nemes qni k-s out qui les out ezigloutis nie les rt. vouii(lnt ili'eft pa
potlible de les trouver ; timoin la chambre de pitihe.
Le Turc, de qui les lois polritques font aufli excellentes comme la religion
eft binil.d, tiint cetre inaxime de ne prendre k-s dcniies levi s fur le PeupI'
que pour la detenfe et conservation d'1ielui, applainrt dela le prohibe "d
people. Lorfqu'il faut prendie les armes et aller a la guerre, it s'aide de,
impofitions et fiibfids ; mais, en teams de paix, il vit du feul profit Ae fts
jardins. Reprfentez-donc au rol que s'il vent fair quelque refotmation
dans fon Etat, il tfaut qu'il donne Pexemple le premier ;et qu'il commence
par fa maifon.
Le second chapitre fur lequel vous devez jeter kls yetix, eft celui des
penfions. Vous croirez pent-'tre que ce que je vous dirai foit tin paradoxe ;
et n6anmoins c'eft une verit6 trbs-certaine: les pensions out ruin6 la nobleffei
tel qui vivait commodement er doucement en fa maifoil, et qui meme aux
occasions pouv.nit alnembler fes amis, mange le revenu de tout fon bien ea
trois mois pour venir demander fa pension. Un valet on deux lui fuffitlient '
fon village ne voyait ni clinquant, ni broderie. A la cour il a un dcuyer,
des genfilshommes, des pages, quantity de plumes, quantity de paffeniefis
d'or. Voila'otA s'emploie ton biea, et ce qui lui revient d'une penfon mra
payee, bien levee flir le Peuple, et mieux compt6e fur le roi ;et pour,
preuve de ce que je dis qu'otn recherche. curieifement s'il y a un feul'
gentilthtmme qui tie fe foit ruine pu incomnnod i ce mitier-la ; fur un &cu
de fonds extraordinaire its defignetit dix ecus e d.penfe ; et c'eli ce qiiu a
meni le luxe A fi hanu poinr otl it eft maintenait ; compete malheureufe qui
prefage intaillibklment la mine des Etats qu'elle menace.
11 y a encore un autre inconvenient que ce mal product ; c'eft que,
coinme it neft pas pollible de donner des pensions a tous les gentilshommes,
non pas la centieme parrie, ceux qui n'en out point ne croient pas de-
voir fetvir le roi fans etle pays. Ajoutons-y encore cette raifon : les Fran-
Vais s'bbligent aifement, et de peu de: chote ; mais aufli ils ne confervent
pas long teams la memoire des bienfaits quels qu'ils folent. Cela vient de leur,
natural prompt et 14ger ; auffi, voit-on qu'en leur querelles particulieres
its s'accordent volontiers fans cover aucune forte de vengeance fur fe
coeur mais autiffi tout pr&ts A fe couper la gorge pvec le meilleur ami
qu'ils aient.
Confeillez done au roirque, s'il'fe vent faire adorer parmi eux, qu'il leur
donne peu et fouvent, rien d& certain ou d'tabli parce que, des I'heurs
meinde, chacun en fait etat come de fon propre domaihe, et croit que cela
lui eft dd.
SHenri-le-Grand a 4t6 le premier qui a dreff tin etat des pensions; la int.
celc- 'y obligea; car, apres les guerres civiles, fe- trouvanti grandement
incommode, et neanmoins charge d'une infiniut de noblef4c qui avait minplovy
tout fon bien pour lui aider a conqueror ce royaume, tie fachant de quoi les
rcomipenfer,-crut qu'il leur devait pour le moins donner moyen de vivre
et de s'acquitter inenfiblement. Cette caufe ceffe maintenant peu de ceux'
qui font dans IEtat ce : puis done que les pentitions ne pro-
fitent a p'eifonne; quel danger de les 6ter .
Aprbs cela jettez les yeux fur la guerre, et confeillez au roi de ne tenir
plus fur pied que fon regiment des Gardes, fes Suifles et fa compagnie des
Gendarmes au meme etat que le touketait durantt le feu roi : aufli bien le
refte n'eft qu'une ombre et un moy h pour voler fes finances : le paper
fouffre tout ;et afin que nous ie' puiflions jamais 6tre furpris, et que nos
forces foient redoutables par tout le monde, propofez de fire une milice gd-
nerale dans ce royaume ; et que chaque province, en cas de niceffitc, foie
tenue d'entretenir et warmer a fes depens in regiment et une compagnie de,
cavalerie, fous la conduire de ceux qu'il plaira au roi de nommer iet que
les troupes fe mettent en bataille deux on trois fois I'an, chacune en
fon endroit, et apprennent les exercices. En cette fajon, le roi fera tou-
jours affur6 de 3 on 4oco chevanx, et de z2. ou 30,000 homes de pied.,
Le people ne fera jamais toule, parce que premierement il fera d6charg6 de
ce qui fe leve pour les gens de guerre qui ineft pas pen. Cette d6penie n'ar-
rivera peut-&tre qu'lne tois en dix ans; la levee n'en coutera rien. lts paye-
ront reglement aux logemens qu'ils front, parce qu'ils front leurs montres
en la meme fagon. Bref, ils vivront en France come ils vivent par- tout
ailleurs, c'eft-a-dire, avec ordre et difcrition. 11 ne faudra plus de comnmif-
faires ni controleurs, ni payeurs, ni triforiers de lordinaire ou de 1'extraor-
dinaire. Chaque province fera foei cas a part, et payera fes gens, fans 9ie
perfonne s'en minle. Outre que l'armee fera compofee de foldats choifis, bien,
armeS et quiarront- appris leur-m6tier, au-Iieu-que ii en" nO
toupts oi lie volt que gens ramaffts et fans discipline. Les Iplus 'belliqueufes
Nations du monde en font, ainfi, et s'en nouvc.nt bien. Sivous le faites.,
vous-gu&irez la-fecornde des plains du Peuple qui ne pent recevoir remede
quelconque que celui-la, parce qtie, tandis que les otficiers du roi front
fire les montres fargent lie viendra jamais a point nommi ; et le foldat
n'e tant point paye, aura droit de vivre A discretion, et fera meime n6ceffite
a cela. Quant aux places oAu vous jugerez A propos qu'il y air g.irnifon,
taites en forte qu'on la modere le plus qu'on pourra, et qu'enfin ce ne foit
qu'une compagnie ol il n'y airt qu'un chef et point de menibres : ces ordres
font bons dans les armies, et inutiles dans les places durant la paix.
Ce n'eft pas fans raifon que je dis que vous apoortiez votre jugement,
pour tire difference des places qui meritent garnifon parce qu'il y a una
infinit6 de chAteaux dans le coeur du royaue, qu'on devrait avoir raf6s et
d6meolis il y a long-terns. Tout le revenue du do-maine s'emploie a les repa-'
rer, ou A 1 entretenement des capitaines qui font dc,..ins on des mortes-
payes; et ce ne font que des nids voleurs aux minIidres mauivemens. LO
roi a commence par Pirre-Fot : faites qu'il continue,
Voili en gros la depenfe qu'on pent retranchor : ajoutez-y le bon mnnage,
et eispechez qu tl ie loit pas didrob come il eft par tons ceux qrii manieri'
Ion argent, et la France ne vous aura pas pen d'obligation. Je fais bien que
ce n' el pas un petit ouvrage; mais d,it-il y avoir quelque chofe d'impoflibia
I cette Affemblee, ot tous les plus grands efprits de cette ionarchi l
convoques ? Voulei-vous que je vous ouvre un expedient Ne le condamnre
pas pour e~tre un pen ,rude : tout grand c.nmple a je-ne fais-quoi. d inijuft
qui le recompenfe p:, utilitye que le public en regoit et Iles ulceres invid
ters ne peuvent guerir que par des remedes violins. Donnez avis an roi,
qu'i fipr:mne tons les ofliciers de finance, A condition notamment de Iewr
payer la rente de ce qu'islls m niitr- avoir actuellement port dans fet

~,- -~--- ------r:' s~^l- ~`'- -=~~ --t~rs~+ts*rullrr~,~'~"-~-~-r*l~---~"-

0' Kt rfrcrvc'- it tjjforier Aide Irantlte s gnrilits ot'i i y eOn ayait il y a
liclite ou quarante ans, et ui tr6forier de e ngI e.
Les Pi uVlks d'euxrr%%esmc portetont a l'6pargne fans frais et fans diminu-
Se .~..;'ilh -ur dn.'.nidera, come on, a vu le Languedoc, la GvenIne
e IBfnetagne le !.e, foiivent.; et ces derniers,, pout 1n6tre pas exiges. par
de IP f initov.abs lerie> n rqueront pas mows la puitlance du roi, et
awoigneroit btiaucoup de bonne volonte et amour des fujets.
Toi ces dippfes. iiikes, tant retrahchees, il fera aif6 de diminuer une
atie des tail s ; encore trouvere -vois que le roi en aura becaucoup plus
&ktic itla qu'il na. Le furplus, it le taut rejetter fur ce qui entire on fort du
aute aiti que-les 6rrangers feuls fupporitent la depenfe; et voill Yexp&
Io" auMe je vous a ii promnis. Jle ous veux fare voir par demonstration
: aque je vOltM dis eft inf.uillibk.
j1rci, rinv i t, nous demeturoins tous d'accord qqe la France a ce bonheur,
II'ejle-fe pent aife inent palmer de fes voilins; fes voifins ne fe peuvent paffer
lie. L'lEll-,aile 11' point de bl ; celui qui pent venir de Dantzick ne vaut
,iel oirrc- qu il tl peiefque tout pourri, torfqu'd arrive en fes ports, La caufe
ae I long -ut duichemiiin. Tout le feptintrimn ii a point de vin; nos fels ,
jos. panels, Pos toilks no4 s cbrdes s nos cidres vont par tout le mci de, et
sie fen elilleit en abondufice que anrini nous. On, pent hardiment hauffer,
fais, rien craindre, le pLage a tel point qt'il plaira au roi. La necefllit les
,lic de pILr par nos nitins : en voulez-vous un example qui Wa point
&, ? If y,a itreni- annies ou environ que le tonneau de vin valait
fj'antiet q uanue- v.n lts eLus it Bordau: ; les Aniglais, les Ecoffais les
-lol i las 1'nlIvaliet rons .1 ce plix -li ;maintenant il ntie vaut plus que
quinze on feize eus : quelle r.lifoi y a-t-il de leur fouffrir ce gain a novre
ouini, .'n ? Oui mais amli, dc lhi-m c6t ils nous rencheriront les marchan-
difis 'l' 11 nous d.litentc : e\liii' z-enii, s'il vous plait la qualitet et puis
vous jimc re:- I'i 1n t11a1;.n que ce nous pu:t et.e. 11 ne rious vielt point d'ar-
,eni" ,'tl[t-it' pIour tout,3 ceux qut fe lfont troun s a Boii de:ii', es tetms
dos fiairLS pcUv. nt iviri!i" cc tLminoi .i.g. !Is portent, des draps,y des ferges,
,q,.I.iu'e pen de p.'on.b et V'itain; et avec caa, ikl Li&iv,.ir nos denrees. Les
1-iollandiis vous fourniffent en parties de fucxe, de drogues et d'ejp)cri.s _
ies foes nous viennent du Levant ; I'Allenague nous lournit de chevaux
lltalie d iinii.nuficitus. Toutes ces chores font fi peu neceffaires, qu'il ferait
i ropos quL en fdt abfolumnent d.fe'ldu.
Pourquoi faut-il que Milan, Lucques, Gines et Florence, nous vendent
fi cher leurs draps de foie etr toiles d'or et d'argent, qui ne vont qu'at luxe,
et par confiquent ai a iuine de l't it ; L.i file vil 1 1de P.irus eAi contunie
plus que toute PEfpagne entiete. Le rol I lenri i flit le pliini r qui porta un
has de (oie aux n6oes de fa ftur i mainteant il-n-y a point ;de petit valet
qui ne fe fentit deshonor6 d'en polter un de fertge et voila oil s'en va tout
l'argent motrnay6 d, 1'r.nce. Marfeille hle fait point de plus grand commerce
que celui-lA t quel danger y a-t-il done qu'ils nous encheriffent leurs mar-
chandifes? Nous apprendroIns paut-etre par ce moyen i nous vdtir de nos
lines, et nous fervir, de nos draps.
Qu'on ddfende ce nombre infini de caroffes qui 'tonne les murailles de
routes les villes de Fr nice et notammnient de Paris et puis vous n'aurez
plus qwe fairede cht-v.ux d'Allcmagne, qui ne fervent qu'a cela; et afin
qu'abfolument on fe puille palmer d'eux, qu'il plaife au rot or4,nnier qu'en
tous hs prieurds et totites es abbayes de, France, il y ait un haras, plus
grand pu plus petit, fuivant la coinimodie ,des lieux et le dqpartement, qui,
a ces lins, fera fait par.les, lieit-n.ins-gn&r.iux des provinces. Jufqu'ici on
a en fi pen de foiri du public, que le Francais n'a jamais appris de fe fervir
des .i.ta3es que DieV hli a donnis,par,deffus toutes 'les Nations dui
Quant an fucre, 6piceries et droguer-i?, pour le pen qu'il en faut en
France, la cherte que les y p=urnaient mettre, ne nous faurait
incommoder, joint que cela oblieA,:. nisnarchands 4 entreprendre le voyage
des Lid s, aufli bien que les Hollandais. ,
1' r1:-. uts, prenezoccafion fur ce fujet de reprefenter au roi qu'il eft oblige,
pour la grandeur et la reputation de foi Etat, de rctablir le commerce. A
cela, it y a deux chofes a faire. Premierenient, purger cette verrmine d'of-
Iiciers qui violent tout le monde; its ont 6t6 cr6es pour la ferete du com-
merce; ct ndanniolns ils .ne fervent veritablement qu'a miller les marchands,
et i decrier nos ports. Deux ccmminlaires envoys flur les lieux, avec pou-
|oir de fire et parfaire le procks A ces u.i2s-la fuffifont pour y remedier.
Outre, il faut inflituer tin ordre gen6ral pour la navigation. N'eft-ce pas
ue honte qu'en trois cents lieues de& c6tes, il ne fe trouvera pas vingt
,va:eaux franais5 et n6anmoins s'il vous plait d'y miettre la main nous
ferons en peu de terns maitres de la mer, et front la loi a ces infulaires,
T ui ufurpent ce titre. Nous avons, fans comparaifon, plus de havres qu'eux,
plus de beis et meilleur qu'eux, pour batir des navies, plus de matelots,
temoins qu'ils ne fe fervent en leurs voyages que de nos B1ifcains, ou de nos
Bretons ou Normands. Les roilks, les cordes les cidresTles vins, les chairs
1a iees, equipages irceffait;s, fe piiiii~nt- fi nos- terre. ... _--
I1 ne refte plus que de donner A1 forme 'a ce deffein la matiere n'eft que,
rip-:a.nple. E.n voiji iunprojet-; fervez-vous'en, fi-vous n'en trouvez po;ntr
de meilleur; it ne nm'importe pas, pourvu que la chofe, fe falle, et que le
public y profile. Que le roi, par edit, ordonne qu'en chacutie ville capital
de fcs provinces, les marchands front uine compagnie pour la navigation,
fur le modele d'Amfterdam, et 6quiperont certain nombre de vaiffeaux dans
les ports les plus proches et les plus commodes; et pour les inciter, davan-
tages, qu'on leur accord de grands privileges, come, entr'antres, qu'on
rabatte le dixieme des impofitions aux navires franqais qui entreront et for-
tilont fans fraudes de nbs ports, et qu'il foit defendu, ,A pine de confifca-
tion de corps et de biens, a nos mariners d'aller fervir les etrangets. Enl
pel de terns vous ferez une flotte innombrable, et couvrirez la mer de
voles ; et vous employerez quatitite de jeunes novices qui demeurent inutiles,
et qui s'ablitardiffent.
Le fel et les aides font encore deux rudes charges; la premiere bien plus
mi ikitu que, la fecoride, parce qu'il eft bien plus aif6 de fe paffer d'aller a
1t V'a inc que de iiiinger du fel aliment neeffaire ; neanmoins je ne ciois
pas que voos en dAiiLz pour cette here demander 1'extinction onu la di-
,"n..l : it ftifiira que le roi r-._i.l.: i les tailes fardeau prefqu'infuppor-
table jufqu'a ce qu' vliir rachlct rout fon domain Dieu lui ouvrira les
"loyens pour rendre, la better la Franrce.
De tons les miniges du' terns paff, je ,nen ai approuv6 qu'un feul. Cet
or ".iiuaICl dans la Fi. lleI, ne m'a jamnais etr d'un bon augure. Le vrai
--tor _J'ii lh roi ef l. le r,- ur et dans la bnurfe-de fes fujets. J'ai
cidi.unnir cette convention, des octrois (:'crr.inr lituirs et aL terns, en recette
t'! "liiiiite1 outrd que c'dait, proftituer la fbi du prince qui doit 6tre in-
Riolable, c'etait 6ter le moyn de fervir I'Lr.t a rextrbinit. Le feul m6-

nage donc que jai eftim, t tait le rochat du domaine en feize annies de
joniffalncs, et cependant cell celui feul qu'on aura renverft : Dieu le par-
donne A ceux qui en font coupables! Remettea done s'il eft poflible, (fr
pied ces parts et qu'ils foient executes fans exception de pedronne du
inonde. I.e domaine du roi s'appelle fcri, parce que vdritablement on no
peut y ineitre la main fans licrilege.
En g6niral, rejetez avec home ceux qui vous propoferont des expddiens
pour aniginenter lI recette des finances ; le Peuple n'eft que trop charge-:
et au contraire, recueillez 1 bras ouverts les ,avis qui vont i diminuer la
ddpenfe foit par retranchemens l6gitimes, foit par bon manage. C'elt ce
feul moyen qui reite pour foulager le royaume.
Metfieurs voici le dernier de nos maux et plus agite en cette faifon: la
niiangerie aux officers. Nous avons deja parl6 de ceux de finance; refte A
parler de. ceux de jullice.
Ce mal a plufieurs racines ; il tles fut tonjours fuivre exactement ; il y
a Ja difpenfe de quarante jours, qui rend les officers commp hereditaires,
la v6nalit6 qui les met en commerce, et le gain ordinaire qui efl toler6
qui les enrichit. 11 ferait a defirer qu'on pdt gufeir ces tu'os maladies tout
d'un coup ; mais it ft bietr mal aite; tant de gens et fi puiflans dans I'Etat
font int+reff6s, que je .craindrais que le remede ne tilt pire que le mal. I"
faunt done y aller pied a pied et infciifiblenient.
La va-leur exceflive des offices eft le fondement de ce 46fordre. 11 y en
a pour cent millionsd'or et- plus en France :lefeu moyen qu'on a de le taper,
c'eft d'en 6ter les pices et les 6mo;umens; d'une pierre vous frappeie/ deux
coups ; vous ferez ramtender les offices et foulagerez grandement le I eupie,
qui nWa pas tant d'inter6t a la venalite ou a la paulette comme a Poppreflion
qu'il fent, a caufe des exactions de plufieurs ofliciers de juflice.
Outre que cer expedient fera utile au public., avantageux et honorable
,pour le roi, il fera tres-bien recu de ceux de robe longue. FEn ce metier-
1\, tout le monde fait protection d'honneur, tellemnent que ceux qui front
avarinieux, entr'eux, loueront les premiers cette reformation ; an lieu que fi
vous touchez a la paulette, ou a la v6nalite les plus gens de bien fe
plaindront, parce que veritablement ils front ruins.
Par ce moyen, il ny aura plus de p'ocks en France dans dix ans. Les
juges en lt.iat Ibtucoup plus que les parties. La jurisdiction des marchands
eft fans c'u'nuedit la plus court et la plus equitable parce qu'elle na
point d'6molumens.
Surtout Meflieurs, prenez garde de ne m6contcnter pas tous les offi-
cies; i ai m&eie vous ne vous efolvez afoulamer grandement le Peuple,
et a leur gagner le coeur ; car Henri lil en fut mauvais marchand, ayant
6t6 la v6nalitd et em,&ch6 les r6fignawions en 8z, 3 4, y 6 et 7; en
88 routes les villes fe r6volteront contre loi. Je fais bien qu'il y avaiu
d'autres cauftes malignes concurrentes a cctte f6dition i maas croyez mot
celle lit n. poufla pas penu Id roue. Naturellement les Peupits aiment Ie
changment, et s'y portent s'ils ne font retenus par la crainte des punitions.
De fon que lorfque les magiftrats ou les incident on font femblant de ne
les vbir pas, tout fe precipite -t la confusion.
Sans doute qe la paulette eft un grand mal ; mais elle a product pour le
noins ce. bien durant nos derniers mouvemens que pas un officer ne s'eft
dementi de Ion devoir : lal raifon de cela eft que le prix exceffif de leur
office les int&'effe tous'La la conservation de la paix et a la manutention du
service du roi. Et quon en dife ce qu'on voudra les homnmes n'ont point
de plus fortes chains que leur interest, ni de paftion qui les emporce plus
Toutefois, Meflieurs,, i vous voyez 1'efprit du roi port a reformer toutn
fon rovaume, et a foulager ton Peuple, donnez hardimrent confeil de guerir
toutes cs trois maladies enfemble : avec ces precautions, il n'y aura rien
a craindee 5 D'eu fe milera de la, parties, et favorifera indubitablement une
fi fainte resolution, pourvu que 1'ordonnance foit luivie pour les fuppreifions
ec nominations des officers finguliers.
Sur la demand des Etats-Gnd6raux derniers la paulette fut 6ote: qu'en
arriva t-il ? Les p emiers offices qui vaquerent furent donnis a des valets de
chambre et a de- chevaux-legers : ii y en eut parmi eux qui furent affez
infolens pour enfoncer lesportes d'un officer malade, afin de voir s'il tait
encore expire. C:t ouvrage excita de fi grande clameurs, que le roi fut
contraint de continue ce droit pour trois ans.
Si vous aimez l'Etat, faites qu'on nWte pas la difpenfe des quarante jours,
fi on 6te en m6me terms la vefnalite : anutrement vous verrez tout-;i-coup
les parlemens dniuis de ces ,ieux arcs-boutans qui les foutiennnt lefquels
fe df tront de leurs charges trois 'mois ap;es. En outre la plupart de ceux
qui voudront courre la fortune, feron iifans doute leur compete, et ticheront
dans le temns de la jeuneffe et de la force 1 fe recompenfer du prix de
-lurs _officesi-et -le-public n- -i a.----
Voici Ntat des affairs, de finances de France, qut Ie marquis d'Effiat,
iuendiidt ud'icclls, pt.-I iiia an commencement de Pan 1627 dansl'Affetmn
blWe, et lequel y tut lu hautement par le fecretaire d'icelle, afin que cha-
cun des notables fdt infiruit au vrai quel avait ete 'etat des affaires def-
dites finatices, le maniement d'icelles et leur emploi, depuis le d6ces du
roi Henri le Grand.
Meffieurs, un ancien difait qu'on ne vivait Ii bien en aucun lieu qu'A
Rome fdt pour institution des moenirs ou pour I'exercice du courage;
qu'il eftinmait plus ui Caton, qu'il n'efinmait trois cents Socrates ; je putis
dire aulti qu'il n'y a point de contree au monde plus fertile en grandss
rois que la France et que je fais plus ce cas d'un Henri le Grand, de
louable meimoire que de tous les rois des Nations tcr.uif.i-i parmi lef-
quell-s il nei s'(n eit point trouv6 ni vu qui nd'et pu apprendre de ce grand
monarque les reules necelfaires pour bien et glorieufement regner.
Et fi pour gouverner un grand Etat il 6tait befoin a cette here do
choifir des lois qui euffent et6e p.titqiiecs et product d'heureux effects, 'on
n'en pourrair trobiver de ni.ll ..inIs qtIe celles don't il s'elt fervi, et qui lui
out ft utilement i, witi; car des-lors qul 'd'eut done le repos a fes fujets ,
foil Erat devint floriffant fut rempli de binedictions ; et tout ce que la
confufion des g.Ii--Ar,. civiles avait deplace, fut rd&abli en fon prtunier
11 fit excitement observer les anciennes ordonnances fur le fair des finances;
t fj pLudeuc. p)iiir tellenment en la difiribuition de fis lib~ralites qu'au"
jourd'hni elle el tire en example, et fera admire des fiecles fitivans, ni
fe remarquaut qu'il. en ar ufe que par prevoyance d'un bien fpc'.^a., on
pour une preffante n e'...litl


----1 -r

Niamnoins, come l fiurvient au corps liumain, pour parfait qu'il puiffe
6tre, des perres de fang ( ii ge principal de la vie.) par divers accident
qui lie fe pctuvEnt aifm. lit reparer, de Iu,*1, cct Etat, avec fon excclleite
difpofirion, ie laifa de fentir au cou ant des annies plufieurs manquemtens
en fes finanices ( otl git le premier nunquenient de fa force) foit en dd-
penfes inopin-es onu pour des rabais qu'il convenait fa re aux fermiers, a
-.auit. ds ir-ib, ou mortalitis advcnues et qui ecgendraient d s non-
valeurs dans les recettes -';&ieuil.s, ou pour la reception des ambaffadeurs ,
des n4gociations, pentiions dedans et dehors du royaume, diepenl's fecrettes,
:ailiftances d hommnes et d'argent donnas aux allies, et foldes ext.aordinaies;
de forte qu'il ne fe trouvera aucune anmee durant ce grand caline que
1etat au vrai de la deperfe n'ait exc6de de plus de cinq a fix millions de
lives, les etats faits par eltiation" au commencement des annees.
Ceft chole qui confifte en faith, a quoi 'on farair rien ajourer ni dimi-
uiner, et don't la compagmne pourra &r e6claircie par les comptes qui en
ont &te prefents a la chambre, et que M. le pro- ureur-g6n-ral en icelle
peut faine voir, n'tant poflible d'en acquerir une certain connailfance qu'en
les examinant par le menu.
Ainfi, vous verrez que le fen roi faifait toujours fa d6penfe plus faible
que fa recette de trois a quatre millions de livres, pour avoir de quoi
iournir A toutes fes depenfes inopin6es ; et en outre faifait enfier fa recette
tidu bon menage qu'il pouvait faire durant 'annee par moyens extraordinaires,
et ce qui fe trouvait relter de bon, les charges acquittres 6tait mis en
referve : c'ef de-la qu'eft provenue la formme qui s'efl trouvde dans
la Baftille aprbs fa mort, qui montait a cinq millions et tant de livres et
environ deux millions qui demeuraient entire les mains du tr6forier de
Tepargn2, en exercise, pour fire fes avances, lefquels fept millions etaient
le fru.t des dix ann es paifibles qui commencement depuis fon retour de
Apres fon d&ies, la face des affaires fat change; en forte que ceux qui
eurent la direction des finances, crurent, par de louables et faintes confi-
d&rations qui vous feront ci-apres reprefentees, que c'tait affez de confer-
ver cet argent amaffe fans continue les pr&cedens bous manages pour y
en alountr-, fe cuntentant d'egaler la d6penfe ai la recette ; ce qui fuat caufe
nqu'etant furcharges par Ls depenfes extraordinaire, ils fe trouverent court
en fin d'annee, de trois a quatre millions de livres et pour reparer cette.
,fante de fonds, et prevent les mouvemens qui fe preparaient dans I'Etat
'endant la rts iis
sen ant a minority du roi, ils furent forces d'entamer ce facr6 depot qui
les fit pafter doucement jufques en 1613.
Ainfi cer argent de referve, utilement confommi et les charges croiffant
de joir eni jour, jls furent contraints de porter parties de la depenfe d'une
annee furla recette fuivante ; tellement qu'en 6L5 ils euffent ite bienempeches ,
-fi le roi ndedrt 6t fecouru de deux moyens ; 'un de la revocation des
contracts pour le rachat de fon domaine et gretfes en feize annies, et revenue
d'iceux; l'autre, de la creation des triennaux faite au commencement de
Tan 1i66 i ce qui foutint les affaires en ce tems-lI, auquel les non-valeurs
furent exceffives, a 1'occafion des troubles qui s*'murent lots en toutes les
contrees de la France. Depuis les d6penfes augmentant, il n'y eut plus
.moyen de les fiippo:ter avec le revenue ordinaire de I'Etat.
Et tout ainfi qu'on fe fert de toutes inventions pour affermir un vieilba-
-tnnent qui menace de ruine, de nm&me les directeurs voyanit que cet ancient
Irnyaume couibait fous le faix des charges, et n'avair aucune relfource-pour
Ics acquitter furent contraints de chercher tous les ans des, dits, r6gle-
rmens et creations nouvelles d'officiers, afin d'couLr le teams et foulager
Je mieux qu'ils pourraient leurs neceflrits ; et avec toute leur induftrie ils
-lie parent rejoindre le courant, fi bien que, pour fortir d'une annele, ils
turent forces d'enga-er le revenue de la prochaine, quelquefois d'un an et
demi et de deux ani'es.
SDes-lors, les comptables leur firent des advances, don't les rembourfemens
etaient fi eioignes, qu'a peine pouvait-on fatisfaire A leurs intirets et mine
i. la furet de leur pet, qu'en les rendant come maitres abfolus du ma-
ienment de leurs offices.-
Les fermiers et ceux qui avaient trait avec le roi, firent de mime, lef-
quels n'ont plus voulu mettre a prix aucun office ou portion du domain
fque fuivantt e revenue qui en pouvait provenir ; ce qui a fait que les ventes
n ont Jamais excide le denier dix er.s'en font acquis la jouiilance des le
commencement des ann6es que les creations out det faites non-obitant que
la plupart n'euffent trait- qu'apres les premiers quarters echus ; ils out ajoute
les deux fols pour livre qu'ils dilziei't rtre affect. s a fupporter les frais,
ensemble la remife du- fixitie pour les tirer hors de tous intri&ts et
les garantir du hafard qu'ils pouvaient count a faire valoir les chores par
ux achertes; sequel fixieme avec les deux fols pour livre et la jouiffance,
font une fomme egale au tiers du total.
Que fi urgente niceffit6 des affairs a voulu que les partifans aient
avanc6 le terme de leur obligation pour avoir tout en argent comptant, on
leur a donn6 des intr6rts jufques a -l, 18 et zo pour cent ; lefquels ajoutds
avec les auMres itnifcs-,oant que kls meillevi-s.-affites ne font pas-reve-
_nues a a moiti& des charges de l'Eiat, etant reduites a ce point, qu'elles
-n avaienp autre recours pour les foutenir qu'a la bourfe des partifans lef-
quels en cette nc-eflit6_s'etaient-tellement- autorifs qu'au bout du temns
on n'a fu les fire computer. nettement; et pou' s'en garantir fe fervaient
des changemens qui arrivaient dans le royaume.
II s'eft auff 'renconitre que tons les treforiers de I'epargne qui ont lev6
fur les receveurs g6neraux des fain es d'argentr avant le terme &chu n'd
-tatent point ceux auxquels its devaeunt rpondre en I'aunne de leur exercise
et I'epargne formant fes recettes ainfi confiufement, s'eft trouvie elle-menie
tellement enibarraffie qu'il W'y a plus eu lieu de voir clair dans fes
Les naturaliffes difent que la feiche a cette induftrie, de trouble I'ea
pour trooper les yeux du p&clher qui P'pie ; de mAne ces triforieis o i
perverti tout l'ordre et obfcurci leur naniement, afin qu'on he pilt appren
dre par I'epargne les recettes qui s'taient faites dans les, generalitis, n
pareillement juger des .l.-p-iis, quoique Ifpargne foit la force d'oi doi
vent fortir les moyens de les fire. De-la vient que quand le compare d-
l'epalgne eft demeur6 ceux des g6neralitis deimeurerit auffi accroches,
femblables A un peloton de ii mled duqiel vous tie pouvez tirer un boui
3 ie vous ne fetriez davantage les autres; et ce d'autatnt que les triforier:
de I'p.iiiene ont pouvoir de faire iecette et depenfe de leur autorite
jUfqui'ai la cloture de leur compete qui tie pent &tre fini que quand i
leur plait.
Le moyen d'eviter ce dfordre eft que le furintendant compte avec eui
de jout a autre ou du moins toutes les femaines, et pourtant fe trouver;
biea empdche avec cette vidlance de liUi-t, dauns Je fond de leur manie-

ment. Je n'aurai pas pen d'affaircs ctanrt a prfent en charge de voir
competes de dix tr6firicrs de l6pargne, ayant tous la neme autorit qq'4
cdui qui eli en exercise, et en mime terns computer avec cent et tant'
Sceveurs generaux, plus de fix qnt vingt fermiers et.autant deo titans qq
out dui porter leur recette l'epargue pendant, les c;nq annees don't ils tq .
encore entieremeut comnpt'. Combien de competes de diverfes natures
deniers doivent rendre les trtforiers des parties cdfuelles ?.tous ceux qui' ,,
agi par conuilfion aux revenues du dQmaine, qui en ont requ les 1eniea
par les quittances de 1'epargne, defquels is nWont point encore rappotte i1
.il.piiatioins, ce qui emp&che 1I'pargne d'en fire fa'receift a..freel
Or, s*il y a tant de difilculti a reconnaitre la vrvite en ,a plus fac!a'1,
ftonction des finances, qui eft la recette comment pourra-t-on pIto -
jufqiuau fond de Ia depenfe pour voirt ifi ele eft vraie ou faufe ap
ou'elle a pafie par tant de mains difftrentes ,tant de divers fujets et r'
I'autorite de plufieurs ordonnateurs, defquels aucuns ne font plus en charge,
et les autres difent qu'lIs ne font obliges de jendre compete de leur geftion
qu'au roi ?
Ainfi, par ces difficulties fon ne faurait apprendre le menu des fomants
tui font entries pendant ces cinq annoes dans Ia. chambl-re aux deniers ,
I'pargne rapportant la quittrance do t rrfoier d'icelle 11-ainbre a ta d&clugi ,
it n'y a lieu de contefter. it en eit de im&nedea uirie de .'argenterie.
des menus, de la chambre du trelbrier 'de la .maifon d'e ceux des reinS
et de Monfieur et g6neralement de tous les comprtbles, des malons.
Quant aux pensions,. gratifications et entretenemens donnms pendrnt ess'
cminq anniies pour favor a quelles foimmes ell.s fl monteiit ii ne faut qlj'
les quittances des parties prenantes pour en etr, ccl.Uirci.
Pour la guerre, la plupart des officiets nous'en oont cachb leme'lnihu, et
n'en pouvons avoir aucune lumiere ; t6moin la d6penfe de la marine faite
en 6.11, qui moite a un million d'or : le m&ue fe trouvera d.&s aures
annees- et, pour mieux couvriv leur jeu, i s diftnr que c'eft du I' ut d
i'amiral qui en a nfe ainfi qu'il lui a fmnble. Antant fe petit dire de I'artii
lerie qui porte le tiers de Ia depenfe de la guerr.e et iiand on demjfird
aux officers 1'emploi des deniers qu'ils ont requs de Pepargne, 'is tejettent
tout fur le grand-maitre.
De m'me eftil de lordinaire de Ia guerre Ia dpenfe de liquelle ea
connue que par le connrtable et ,e fecrltaire d'Etat qui en a le d6part
Quanta extraordinaire, pour en verifier au, vrai la depenfe il eft befol
de fire computer dix trrforiers qui onut exerce durant les cinq anriees, tant
dea que delay les months ; et y a tel d'entrreux par les mains duquel onu
palff plus de douze millions de livres en fon annee don't les dpehifes f
font states en divers endroits de ce royaumel, en Italie, en la Valteine
et ailleurs.
En cet dtat extraordinaire de la guerre, je n'y comprends point les SuilTes,
parce qu'ils font pays par les tr6foriers des liggues qui manient les denien
qui leur font envoys et fe diflribuent fuivant retat qu en fair 1'amibaf
Ce n'el pas que je, vsuille condamner 'autorite de ces ordonnateur5s,
quoiqu'ils aient form, tant qu'ils ont pu, des nuages pais pour rejeter au
yeux de ceux qui- defirent voir jout en ieurs- afrires; et pour ces confidi
rations, Ie roi ulant de fa prudence acconrunmde, a inie bon de fopprimer
Ia charge de connetable et cell d'amiral parce qu'il n'edt t&e pofible,
ces deux charges derneurant dans leur entiei ; de ta're aucun iltemI nt parem
les gens de guerre de terre ou de mer ,; tant veritable qu'oun fait plus .
pryfent pour un trillion de liv. qu'on ne pourrait faire- pour fix milliopis$
ces charges fubittant en leur pinkiere autorie6.
De l'abus de ces puiffances, font arrives ces defordres qui ont tellemena
mis en arriere- les affaires de S. M., qu'elles en font come abandlnim s,
et ne fait-on comment recoinairre ceux anuxquels it eli dd, ni de qui oft
doit recevoir I'argent pour les payer ; chaque receveur allguant avoir fourni
ce qu'il devait long-tams avant Ie rerme dchu, par d,-s advances on des pr ts,
et pourtant perfonne ne fe trouve fatisfait.
Si Von s'adreffe a ceux qui font en exercise en Famnne 16z6, ils .difent
avoir fourni a 1'pargne ce qu'ils doiVent d&s IVannee 16zy d'autres en 1614,
et s'en ttrotve qui di'ent avoir pay6 en 16z1 et 1613; que fi pour verifier
klur acquits, l'on fe vent regler fur les etats par eftimation vous les trou'
veret ne monter qu'i vingt on vingt-deux millions et par les rats au vrmi
ils fe montent a trente voire a quarante millions de livres. Que fi on VtiUt
entrer en la connaiffance du detail, its renvoient ~i des fip&rieurs et chefs
de charges defquels la naiffance et autorite font fi grades qu'il nous tfe-
ment la bouche ec nous difent qu'ils ne rendent comptpe a perfonus
qu'au roi.
C'eft ce qui a bouleverfe4 'ordre des finances, par sequell on.pouvait con'
mnitre la verite de recrttes et depenfes. Aufli a ce ete la caufe que ceux qui
m'ont-precede-, out-6t6 -tellement emports-par les grandes-dep nifes que i-
grande quantity d'armies a engendrees, et ont trouv6 leur courant i de-
placd que, quelque affection qu'ils y aient eu de remettre les chofes en leur
s ordre, its ne 1'ont pu, bien qu'ils aient vaque avec toute forte de foiAl et
t d'intigrit6 au devoir de leur charge ; mais les moyens de foutenir ces excef"
fives depenfes leur manquant tout-a-fait, et .etant toujours en peine de chtr-
cher de nouveaux fonds pour le fupporter, il ne s'eft point fait d'tiat dia
roi ot' toutes les depenfes doivent etre continues as dernieres ainnes d'oA
- eft provenue la difette que l' fouffre prefentetment, qui man ue Ai touted
s occasions de moyens pour (fipoittr la fixiemne parties des d6penfes dai
e .oyaunie, lefquellks font routes propof-es necelfaires et demutiLts commne
s juites ; et fi ells font diff6tres on refufes, Ile furintendant fvul en revoit eI
blame, et paffe pour condamni6.
S II11 eft comme Ie pilote qtji regarded les vents et la mer conjurer ensemble
r centre fon vaiffeau et apporte ce qu'il a de pr6vovance pour y remndier:
- de meme eft-il feul a fe d6fendre centre tous venans qui s'accordent pout
i 'attaiuer, fair ce qu'il peut pour les conkelter ; et unayant moyen de lear
- donner satisfaction, pour ce qu'il ne lui eRt poflible d'accomnmoder tne affairS,
e d re et donner course a leur douleur. Ainfi ny ayant point Je regies das
t Nepargne, routes chores qui en dependent, tombetir en coiufiion.
Jappelle { remoin de men dire la chambre des comptes, s'il In'eft pa
I veritable qu'elle s'eft trouvee en ce point de ne pouvoir examiner et clotS
les competes, faute que ceux de I'dpargue tiavaient point 6te arrrds.
M.lepr' y'ou-i t'nc'rd en ladtre chambre ci-prefent, vots afriureraqu'il a'ef
venu dire de leur part qu ils ni pouvainr tfaire lears fonctions, qe lest
Scompbks qui y portent les deniers de leurs charges, ou y prennenEt '


I-. ---* _- ~T~--gl-.'~`...~-- ~-~-~--`


fignations, nteuffentifai~ de mnme ; d'autant que les recettes de tant d'a
0e;s accumulkes formaient de fi grandes confusions, et favorifaient fi fort l
gjivertilffemens qu'l n'etait poffible de difcerner les vraies recettes et depenf<
davec les vraifemblables. J 'aouterai que cela donna fujet ala cl a nibre d
lD6puter deux imaitres de chaque bureau pour m'en fire plainte S et peu d
tea-s aprs, elle donna un art6t celebre centre tous comptables a nidme fi
qui coitient ce que le dis.
Voila ltat auquel eft la France i prfent, qui a befoin de puifftns re
edes pour la remettre en vigueur, les faibles ou palliatifs lui dtant inutiles
'eft avec douleur que je d6couvre les niceffit&s qui font en ce royaume
no qu e j redoute que nos vaydins en puiffent tirer de 1avantage pare
font encore en 6lus muvais tac ; mais d'autant que cette grande ud
Ceqt ettait- comp.a ion des bans Franais qu i aimei lut Patrie, et pour
itrr lces aix tie font 6 extremes qu'on no les puiffe reparer et reudre A 1
tantces ns q n ,os
france fa premiere fpleideur.
Le moyen d'y parvenir, eft que rous les etats des finances foient forms &
f'avenir fur le modele de fan L6o8 et que dns la recette nous laiflions unn
founme ftiffifante pour remplacer les non-valeurs et les parties inopines quie nou
fiipportons i parce que, fi nous nous contentons d'egaler la d6penfe&a la recette
it elt indubitable, qu'au lieu de guerir nos d6fordres, nous les accroitrons.
Ce n'elt pas que je veuille blamed le terns auquel le boen ordre que nous
defirons aux affaires, a fini; car une fainte intention en a td .a cafe. L
reine mere du roi, leur r6gente, fat perfuadee de prier le roi de tourney
le menage qui fe fefait aux finances en lib:alite afit que les affections des
Peoples ,' dues A leur roi, lui fuffent conferv6es entieres, mialgre les per.
picieufes pratiques qui fe flefaient au contraire. .
Ce falutaire confeil fir telle impreffion aux coeurs de leurs majefls qu'elleI
temirent au Peuple trois millions de livres tant de ce que portrait auparavant
le brevet de la taille, que des impofitions des fermes. Le fel qu'on availt
ropofd d'6tablir par ddit dans les provinces qui en font libres, n'eut point
[ic,, come i fe voit par la revocation des offices cr6s aux greniers fe;
d'Auvergue qui etaient deja vendus a un omme Blancheteau, lefquels fureni
au m1me infant remboures et fupprins.
La douane de Valence fut 6te et la Provence, le Languedoc et le
Dauphind foulags ; on diminua plus du tiers de l'impofition du convoi de
Bordeaux, et la moitie de calle de Charente, autant fur celles-de la riviere
de Loire et des autres.
On remit plus deola moitid des fubventionis auy grande villes, lefquelles
depuis n'en ont quafi rien pay) ; le prix dit fel fut diminu6 de c~nquante
focus par ininot en la ferme des gabelles de France, et en celui de la ferime
Vlu Lyonnais, de cinquante-trois fons ; ce qui revenait lors, fur le pied des
venues, a plus de quinze cents mille livres.
Toutes lefquelles diminutions affaiblirent d'autant la rectte et o terent
le fonds qui fervait A foutenir les depenfes extraordinaires qui peu- A-peu
furent gtandement accrues.
Le roi, defiant que les grands fe reffentiffent de fes munificences auffi
bien quo les petits, triple les penfions de tous les princes donnant a M. le
prince de Cond6 trois cents mille de:penfion ; a-MM. les princes de Conty
es come de Soiffons, chacun deux cents mille lives; aux autres princes,
chacun cent mille lives. Les ducs pairs et officers de ia couronne requ-
rent leir part de tes bienfaits et n'y eut feigieur Ala coutr qui ne s'en
'eflintit. Ces g atifications ini-nes s'etendant jufqu'aux provinces les plus
--lobigniies, ou-les gent.1rhommes qualifies en 6taient participants.
De forte que cette augmention de d6penfe compofait une fomme d'en-
viron 4,000,000 de livres, laquelle, joint a la diminution faite au Peuple,
fit manquer le fonds annuel de la recette de fix a fept millions de livres o et
fans les riranrchemenis que le roi et la reine firent furi eux mimes il eur
fall retablir ce que leurs majeflds avaient donn6 auc provinces pour leur
fouilamienti, et diminuer les libdralitis que recevaient les grands les fei-
gneurs gentilshommes du royaume.
NWanmoins la guerre que Pon penfait lots eviter par cette mun;ficence,
te lailfa de trouble grievement PEtat (I'ambition des hommzs onu leur ava-
rice l'ayant auiti voulu ) ; et elle s'alluma de telle forte en tous les endroits
de la France, et avec telle violence que las. lois furent foulees aux pieds,
it n'y eut rien de facrd qui ne fdt m prif6 eto poll.
En ce defordrqwles d6penfes qui n'avaient excid6 vingt millions de livres,
anonterent jufqun nquante millions ; ce qu'il n'a 6et poffible de foutenir
que par des voiesxtraordinaires qui n'ont pu neanmoins etre juffemenr
bllindeqe, tant parce qu'elles ont 6t6 caufees pat la ndceffitr, que pout avoir
t6d puifaes dans le domain du roi que fa majeftN a voulu dtre engaged, et
les deniers en provenans, employs a rdparer les calamitks publiques, plutnt
que d'interrompre le cuts de fes bones intentions.
Que fi d'ailleurs it eft venu a Iepargne quelques fommes d'argent, q'a tk6
par des creations d'offics don'tt les gages, droits et functions, fe font a fes
depens; et les droits des aiqucrcurs de ces offices, font fi bien confeves,
que, s'il y a pour un teflon de non-valeur, it eft port fur la parrie de
l'pargne quelque petite qq'elle puiffe 6tre.
O -,- fi le- revenue du domaine elt tired A nianut, ls tailles 'qui fe montent
tons les ans A pr-s do dix-ineuif millions delivres7-ne font pas beaucoup-plus-
utiles au roi, puifquil n'en revient a 1'cparguie que fix millions qut pffent
-par les mains de vingt-deux mille colletteuts et qui les portent a cent foixaiate
receveurs des tails, qui les remettent A vingt un receveurs gdn6taux, pour
les voit.,rer a l'dpargne. Et ces deniers des tallies font t rds d6 l'.pargrie,
pour n tre diftribu6s aux trdforiers de extraordinaire de la guerre outt dei rai-
fons, fuivant qu'ils 'font deffinds lefquels en baillent la moindre parties A
ceux qui les doivent recevoir dXeux 5 car avant que les officers par les mains
defquels paffent ces deniers, aie't pris leurs gages taxations droits,
ports et voitures, il fe trouve enfin que 'ces fommes reviennenit A peu de
Quant aux gabelles, la ferme gdnerale eft de fept nillinn qoatre cents tant
de mille liyres, les frais des fermiers rabattus qui reviennent a deux mil-
lions de lives; ret des fept millions qunatre cents mille livres, it y en a fix
millions trois cents mille livres d'ali6nds fi bienque 16e toel n'en retire qu'onze
cents mille livres., qui out et6 affectree l'annee derniere et celle-ci, au paie-
Uient des tentes de la ville don't Feydeau i tait demeurd en arriere.
Le roi a fouffert une femblable perte aux rentes des aides, et par ainfi i!
porte feul la folle enchere des banqueroutes, fit paie pour tout le monde,
Jquelque ncidlir qu'il air en fes affairs.
La ferme des'aides port prs de deux millions de lives de cha.ires r les
deux tiers du revenue de toutes les autres fermes peuvent A peine fuffire pout
en acquitter les charges.
L'on volt done cnUme lIa bond de leurs majeft(s a conferv6 les <-fet< de
.eur premiere liberalir, et qu'A leur domimage les feux de Teurs fujets re-
belle n ot 4tn amortis, la paix xtablie dauns le royaume, et toutes chqfes
remifes daus leur okdre,

n- Sa majefti ne s'eft pas cotntent6e de dfiper les fattions nouvelles aux d6-
es pens du rvcnu de fa couronne; mais a vxp ,i, fa perfynne aux hafards de
es la guerre, jufqu'aux coups de maiq, aui iijures de 1'air et maladies con-
ie tagieufes don't Dieu feul l'a garanti ; et aprts tant de maux ouftferts, fes
e (ujets vivent fous foel obeillance en douceur, accommodds de routes chofes;
n lu 6tant plein de neceffitds. Ce font les marques de fa bienveillance, qui n'a
autre but que de foulager fon Peuple bien faire fa nobleffe augmenter les
Sdroits et gages des comnpagnits fouveraines, et de continue fes lib&alit6s
. aux princes de font fIng, et a ceux qui font pris de fa perfuiune.
SL'on peut voir par-l que les biens que le roi a fits a tous, font causes
des incommoditds quail fouffre ; ce qui ne ferait, s*il ne le voulair, puifque
c'eft par ton autorie que nous jdouons du repos que nous goidons la yie
a et que fa niajeill, pouvant fe donnier 'un pareil contentement -, ne fe plait
qu'a vivre en continue fouci pour notre conLfrvation.
3 En ce chaos d'affaires, it defire avoir vos avis pour apprendte par queles
e faqons il s'en pourra d.meler et fe tirer hors de la neceffiti prefente, ufant
Sen cela d'un proc6d6 qui tourne a la gloire de fa perfonne facree et de ceux
Sqlui ont 'honneur d'opiner en fes fecrettes rffolutions. L'avis qu'il vous de-
Tande n'eft que votre confentement en des chores qui dependent nuement
de fa nmajeft6.
a II demand d'tre fecouru, non pour s'en pr6valoir, mais parce que la
r fdretd publique le requiart ; fa bont6 ne voulant fe fervir d'aucuus remedes
s qu'on lui propofe fi cette affemblIe, pleine des plus Cages et prudens homes
du royaume n'en convent avec lui; rant fi eloign6 de faire chofe qui puiffe
fouler fon Peuple qu'il fa d charged de fix cents mille livres par le brevet
de la taille de cette ann6e qu'il pouvait augmenter autatic qu'il edt ptlu
t fa fouveraine autorire.
t 11 eft vrai que cette gratification a d6plu a quelques perfonnes mal inten-
t tionn6es lefquelles, pour ne paraitre en public auteurs de calomnifes, vont
Sdifant a l'oreille les uns aux autres qu'on a charge le Peuple d'ailleurs et
t par ce moyen veulent d.truire la grace du bienfait de fa majefit. Si leur vo-
lonte erait bonne, ils pourraient parler hautement et dire leur penfee en
Scette celebre-compagwie afin d'avoir des preuves hors de route exception,
* pour faire chatier feverement les auteurs de cette mauvaife action come its
le m6ritent ; cela etant du tout contraire aux volontis du roi:, qui pett et
'ne vent pas que Ion augment charges quelconques fur fop Peuple, nonobf-'
tant que fes finances f6ient eloign6es du courant er que trente millions de
livres ne ['v puiffent remettre; et afin de vous le fire reconnaitre, je vous
dirai en pt u de mots qu'il plut au roi me mettre en charge an commencement
de juin; n'a-ant trouv6 dans Nepargne aucun fonds pour foutehir la d6penfe
du mois, je fuis oblige d'ajouter Ada demi-annee qut j'ai exercee.
t M'6tant enquis quel recette et-dpenfe talentt A fire 'dhrant le refle do
anne ", jappris qu'il n'y avait plus rien A recevoir, et que m6me la recette
d& l'1annee 16z7 etait bien avant entamde, et que le quarter de janvier 6tait
entidrement mange et qu'on avait commence de kver fur celui d'avril; qua
les fermiers-generaux des.aides avaient pr&td un million de livres, et les fous-
fermiers cinq cent mille livres, pour s'en rembourfer aux quatre quarters de
lann6e et fur les deux premiers de la fuivante; que les cinq groffes fermes
etaient affectees a Chariot pour fon rembourfement des grandes avances qu'il
avait fates. De meme eft-il de la ferme. des gabelles de Languedoc A Cou-
langes,Ia ferm6 gn&6rale des gabelles A Briois ,- caufe d'un million qu'il
avait avanc6 pour le paierhent des rentes don't Feydeau 6tait demeur re-
Anfi je trouvai toute la recetre ftite et la depenfe A fair; car toutes les
garnifons prefaient d'dtre paydes de leurs foldes des annues 16z5 et 16z6.
Les armies de la can pagne demandaient leurs montres de novembre er de
dicembre i6z1 et cells de 1'ann6e x16z6 jufqu'alors les paies des deux
aundes dues aux garnifons fe montaient A cinq millions de livres fuivant
1'etat, A raifon de deux millions joo mille livres par an. Que s'il s'en eft
trouve qui aient touch quelque chofe, il y en avait auffi d'autres qui deman,0
iaient 30 mois de folde.
Pour les armies de la champagne, it fe trouve que le roi payait tant en
Italie et en Valteline qu'en France, 91 mille homines de pied et 6ooo che-
vaux don't la bolde revenait par mois A plus de 2.,millions de lives ; et pour
huit moiss, il fallait plus de 16 millions de livres ai quoi ajoutant les 5nil-
ions des garnifons le tout revenait A pros de 2z millions de livres, come
il fe peut jufifier par les rats du roi et par les certificates que j'en ai tirds des
rr4Yfori1 s-de extraordinaire des guerres, pour mettre l'6pargne en quelque
ordre de-compres.
Les gratifications que le roi fai?, reduites fur le pied de quatorze cents
tant de mille livres etaient routes A payer durant les deux an:.&es qui font
environ trois millions de lives. Tous les appointemens des officers de la
Couronne cux de MM.-du confeil, des domeftiques de la maifon du roi ec
des companies fouveraines, avec les penfions etrangeres, talentt A payer
qui fe montent A plus de z millions de livres.
Encore eft-il dd i zoo mille livres de refte du manage de Ia reine d'Angle-
-terre;_ 6( mile livres A MM. les Etats des Provinces-Unies, que le roi leur
a promise et autres dettes. -
Sur routes lefquelles chores j'ai fait payer 400o mille livres de gratficaRiens
en affignations, oo00 tant de mille liv. pour trois mois donnis aux garnifons;
Ito mdle livres pour trois mois dornis aux garnifons; I5o mille hvres done
j'ai affigne le rode Dannematck; 00oo mille livres pour les Mezades de M. de
Savoie que>j'ai fait affigner. plus il a det envoy delay les months, en argent
comptant, 2 millions de lives; favoir, 908 mille livres qu'emporta Metfinn,
oo00 mille livres qui ont dt6 envoydes a M. de Chiteauneuf, 3oo mille lives
que j'ai fait toucher A M. le marquis de Coeuvre au commencement d'octobre,
et 6oo0 mille livres en novembre.
Et. pour foulager le Peuple des aitmes qui retournaient d'Italie, qui 'euffent
entierement ruinme, a 't. donii pour les licencier ensemble l'armee de
Champagne et cell de Picardie, deux millions 3oo et tant de mille livres en
argent comptant, fans y comprendre 33co Suifls qui etaient en Picardie ec
n'avaient fair que deux montres.
Ce qui refte des armies de Champagne et Picardie, avec les anciens regi-
mens qixi font en garnifon a Montpilhler, au Fort-Louis, au Pouzin en Bre-
ragne en Normandle, revenant par mtos, compris Ia cavalerie enterenuee, 1
pres d'un million de livres onut dja requ une iontre en novembre et une
autre qu'on leur pale A prdfent.
I1 a fall fournir a M. le conntr bleL pour le Pouiin 300,000 livres, autatt
A la garnifon de Mompellier qui n'eft.encore contente 3o0 mille lives 4
ceux de la religion pretendue reformie pres de yoo mille liv.hai a 1 Thii s,
environ too mille liv. pour les v iin :mx de Hollande, et'ile fomme qui
6taie due.A ceux qul out fervi a File de R et a Blaver; too mile liv. A


M. 3e i'er,. pour acquisitionn de iji ..-0l; ert vc tout ca il a fAhi fou-.
'tenit les J&cvtics des Ouiaias tui feI paiwe cia argent coomptalr oues ran is,
tetair pour la tiourtiture du toi i, sr. Leit ct de Monheur.
L'on doitne enoutre tos miles mois, r i'e 1 u e o-,,auut is mains du roi
qpu'aux .JIden., de la chambre aux deniers, ag-. rcr- ttforier d& 3a mraitob
an rot meni-us, ecurrie, offandes, viterie fauconnerie, artheas de Jb & n..
'et dJat .idI ptc-o.t Cient-Suifes quatre cent iarchers des garwlfs, 2 d'A2m -., Chivst5u ie-lcgt [,7- .MoIi;eetcmns, remtsens de 4C0o homrfinmS
francafs et de 2200 Sailtes, a ,liir aLmrns de eMus colonels, le tout monrtant
a plus de 7C3 liv., qui font ".our i moois plus de cinq m.eiion~s de livres,
y compris les menus, dons, voyageset parties miupiis.
-l y a encore beaucoup d'autres dipcm~ls qui out k flies cpuis, qui
moritent a de ga(ieri'sfomines, comn-e I'apanage de Monlie-ur, les recom-
penfes doti0es a MM. I'Amiral et de Sourdeac et autres ;ienferb!e 'argent
comptant envoy aux strangers, conune cent mille iies de p.niimon a
Madame la princefie de Pi6mont, et le tout par tres-expres commandement
iun roi.
Toute taquelle depenife en argent comptant a &6t faite par emprunt, dent
les intrerts montent a plus d'un million de livres qui our confomme tout ce
qui reflait de la recette de cette annie 1627, avec les moyens extraordi-
naires qui fe font trouvis dans les affaires du roi; de forte que, pour re-
joindre le courant, il eft neceffaire de trouver de quoi vivre et couler le
refte de l'annee.
J'ajouterai, Mellieurs que la depenfe que M. de la Vieville avait reglke
en 1623 et qui a fait tant de bruit, n'a pas laifW e de monster A y mil-
lions fco inille livres come il fe peur voir par 'etat qu'en a prifenr-
le treforier de l'6pargne, Beaumarchais ; laquelle fomnme ajoutee aux d-
penfes qui font encore dues, il faudrait des fommes qu'll ferait impollfible
de foutenir.
Par-lI vous pourrez juger ce qui fera le plus expedient pour nous tirer
des neceflites o6 nous fommes fur quoi j'en dirai librement mes fentimens ,
lorfque nous entrerons dans le menu, me contentant de vous avoir donn6
aucant que j'ai pu la connaiffance de l'tat prefent des affaires.
Sur la proposition que le come de Carmain fit enfuite aux notables de
repr6fenter au roi les nmiferes oil la pauvre nobleffe fe trouvait maintenant,
comme elle 6tair d6chue de fes anciens privileges et quels itaient les dd-
fordres qui fe gliffaient tous les jours dans ce corps qui faifait la meilleure parties
de I'Etat, et prier trbs-humblement fa majefft d'en avoir piti6 et d'y apporter
quelque bon remede, il fut refolu entire eux qu'il ferait dreff6 une requete
et des articles pour les prefenter au roil et, pour ce faire, ils prierent ledit
fieur come de Carmain d'y mettre la main.
Ladite requ&te et articles fign6s furent pr6fent4s au roi, le to fivrier, par
le martchal de la Force, qui fit la harangue, afliftl du mardchal de Bafflm-
pierre, et de toute la noblefle de l'affemblee en laquelle il prefenta drtat
deplorable de la nobleffe, ainfi quil fruit:

Requite et articles prefentes au rol, par la noblejfe de I'Affemble
des Notables le zo fevrier z6'~7-

Sire puifqu'il a plun votre majefi nous commander de nous trouver en
Affeinblee des Notables, et qu'dle nous a permis de donner nos libres avis
fur les propnfitions qui nous ont tte faites de votre part, m&me d'y en ajouter
de nouvelles, pourvu qu'elles fuflent convenables et utiles au bien de fon
Etat; nous eftimerions grandement man-muer a notre devoir, Ii, apres
avoir rendu tres-humbles graces A votre majefld du choix qu'elle a daign6 fire
de nos perfonnes, nous ne failions quelqiies ouvertures pour le retabliffement
de la nobleffe, comme P'appui le plus aifurd de la grandeur de votre Etat,
'outil plus propre a l'accroillement d'icelui et a l'affermiffement de votre
couronne et quoique nous n'ayons point de charges du refte de la noblelle
tie France fi eft-ce que nous croyons en dtre bien avoues quand elle faura
qu'e nous aurons fupplid tres-humblement votre majeft d'avoir pitied de la
miferable condition ou elle fe voit maintenant r6duite, et qui fat's doute
augmenterait de jour en jour s'il n'y etait prompt.ment remedi6 par les graces ,
ordres et reglemens qu'ils doivent attendre de. la feule bont6 et magnanimity
de votre majefle.
Nous laifferons, Sire, aux hiftoriens, a deduire les diverfes forces de la
nobleiLf de ce royaume, I anciennete de la vraie et qui precede du fang, les
dignites et les privileges dont elle jouiffait anciennement, les services qu'elle
a rendus aux rois vos predeceffeurs. Et fi le feu roi votre pere, d'immorteile
indmoire, fe pouvait fire entendre du lieu bienheureux ou il eft, il vous
dirait, Sire, qu'apres l'affifance de Dieu et de fon 6peI, la confervation de
cptte couronne eft due a la nobleffe de France, ayant fait preuve de fa fide-
lit et de fa valeur fecourable, lorfque la plupart des aurres ordres s'6taient
laiffes emporter a la revolte; et comme nous faifons profefllion de mieux fair
que de blen dire, auii n'eiiprniiterons-nous pointAes neorateurs les artifices et
les fies pour incmouvoir l.i companion' de vorre mr-aje- flur la Jdcadence et
la mifere de votre noblelle; mais feulement nous la fupplierons tres-humble-
ment de croire qu'elle eft au plus pitoyable etat qu'elle fut jamais et qu'il
aons ferait mnal aife de repr6fenter fans larmes la pauvrete qui laccable,
Y'oifivet6 qui la rend vicieufe, et I'oppreflion qui l'a prefque reduite au d6-
fefpoir. Nous en attribuons la cafe A ]a mauvrife institution plutot qu'a leur
inclination naturelle au melange des races nobles avec les roturieres, aux
anfolentes-et trop effr6enes ambitions d'aucuns de leur ordre dn fiecle paffG,
qui ayant diminu6 la bienveillance et accru la defiance tdes rois en leur en-
droit, lesaurait portes a croire qu'il fallait en abaiffer la puiffance par l'616va-
tion du tiers-ratc, et par 1'exclufion des charges et dignites dout ils avaient
peut-&tre abuf&.
Depuis ce tems-11 Sire, 6tant dclhus, nous avons 6t6 prives de I'admi-
iilittation de la justice des finances et de vos confeils, au dernier defquels
il femble toutefois que votre majift6 a deffein de nous retablir, ainfi qu'elle
a voulu nous le fire connaire par fun des articles qui a et6 .i en notre
Affemblee, don't nous rendons encore tres-humbles graces .a vote majeflA.
Art. It". Votre majefte eft tres-humblement fupplide de fouffrir a I'avenii
que les gouvernemens, charges nobles de votre maifon et' les militaires, ne
foient venales, ni retindues herditaires par furvivance, ni tenues par autre!
que par les' nobles. .
SI. Et conime les nobles tiennernt un rang honorable en l'Etat, &tant doun

paus telvi&s en lrglife et en la juflice. Afin de les conviqir s'en reand
capabICs, il lAiaa votre maiefe les pref6rer a tous b .nrfices, et ordoone
qu le ties de tons les canonicats et prebendes, rant aux eglifes cvt,.
Ji-ales que .n-L Jic du royauue fera affected aux perfonnes denobl exmxr
tnOti, t>-
III Et pour a l' card des monafleres des religieufes, it plaira a voter ma
jc1L ne poulvoir aux abbayes ptieuis et places des religieufes qUe del
files de noble extraction pour les monafteres de foundation royale, Lt far
IV. Que Ia quatrieme pattie de tons les regimens et companies de caya.
ierie, entretenus en tens de paix fera remplie de grntilshommes, oil r6.
tablir les compguits de gclidiiinuLs /, felon les anciennes ordonnances.
V. Et d'autant que votre royaume, Sire eft aujourd'hui rempli d'-a
nombre infini de coLeges lefquels au dommage de 'Etat, foullraient aa
public une i1tinite de gens qui abandonnent les arts, le commerce le latmu. et la guerre, tournent a charge au public, tt qui pour avoir paffi
Icuf jeunefle dans 1'oifivete des leitres, deviennent pour la plupart incaprb't
de fervir5 votre majefle ell fupplide de retrancher le nombre excelihf dtftdi
colleges, et an lieu d'iceux avoir agr6able d'ordonner et fair etablir en
chaque archevkch6 ou province, des colleges militaires pour Vinflitution 4(
la june nobleffe.
VI. II plaira auffll votre najeflt& tablir quelque nombre de gentilshoinmer
des plus favans et mieux nourris dans les affaires, pour avoir entree et voice,
ddlibZrative dans vos parlemens, rang et fiance, felon qu'il plaira a vote
majeRf6 ordonner.
VII. Que le tiers de vos confeils de finance, de direction et des partcis,
fera compoft de nobleffe.
VIII. II plaira auffi a votrq majefl6 inftltuer un ordre nouveau pour Ia
pauvre noblefie, fous le noma e titre de Saint-Louis, qui confitie en che-
valeries et commanderies don't la plus balle foit de foo liv. et la plus hauta
de 6000o liv., a prendre fur les b6ndfices vacans, a proFortion du revent
par forme de pensions viageres ,avec les briefs de fa faiater6 requis et n6cef-
faires, come il s'eft pratique ailleurs, &-c.
IX. Que les chevaux et armes des gentilshommes et capitaines des regimens
entrecenus ne pourront dtre faifis, i ce elft par les marchands m&nmes on
autres qui leur en auraient faith la vente.
X. Et pareillement que lordonnance des quatre mois qui fe trouve univer-*
fellement trop rigoureufe, n'aura point lieu contre les nobls d'extraction et
capitaiiies entretenus.

XI. Qu'en cas de crime, les executions des condamnations a mort, ordon.
n6es centre les gentilshommis de hom et airmes, front furfifes pendant quinze
jours, pour &6iter les precipitations proc6dantes des haines et patlions d'aucua
juge a Fendroit des criminals, au prejudice de votre majefte, bien et hon-
neur de la noblcffe, hormis les crimes excepts.
XII. Que conforin6ment aux anciennes ordonnances, aucun roturier no
pourra acquerir fitf ou terre noble fur peine de nullite des contracts fans per-
million de fa majefle.
XIII. Que les gentilshommes pourront avoir part et entr6e au commerce
fans dbcheoir de leurs privileges.
XIV. Et afin de convier un chacun d'embraffer avec plus de courage a
condition de foldat, fuivre vos armies, et en icelles gfnereufement fervir
l'Etat vote majeftW eft fuppli6e de fire bien et paifiblement jouir tous les
gentilshommes capitaines er fo dats eftropi6s ,.des maladre'ies, h6pitaux,.
obhats et auties conceflions qui leur ont t6 faites, et luivant ia fainte inten-
tion du feu roi votre pere.

Declaration du roi, pour le retabliffement de tous les ordres de fin
royaume, et foulagement du Peuple, publiee fparlement, Ie
premier de mars 1 6..7V

Louis, par la grace de Dieu, roi de France et de Navarre: a tous ceut
qui ces prefentes lettres v rront; falut. Le foin que lious avoids de note
Etat et de reparer en icelui les defordres que les longues gucrres inteflines
et 6trangeres y ont apport6s I le munir centre les deffeins et entreprifes de
tous ceux qui pourraient longer de nouveau notre Peuple dans les miferes
defquelles a peme commence-t-il de fortit foulager uos fujets, et les fire,
jouir d'une paix folide et affur&e, nous a fait convoquer, en notre bonne
ville de Paris une Aflemblee de plufieurs notables perfonnages, ta9t de
1'6glife que de la nobleffe ,*et de nos coors fouveraines, pour nous donner
avis 'fur les principaux points que nous leur avons fait propoler pour parvenir
aux effects d'une fi bonne intention A quoi ladite Alleimblee ayantctravaill6 par'
:pluinursi et dirils featicts ilate~_, pr1is en icelle des rT.ulhtions telks que
-nous avons-fujerde-reconnjiire-Ia bonne et sincere affection qu'ils ont eu tous
de correlpondre au defir et deffein que nous avors de la grandeur de cer
Etat, dignity de notre couronne, r6tabliffetient de tous les ordres en leun
luffre ancient, et du foulagement et enrichiffenxient de notre Peuple. Ce que
nous fefons tat de t6 iigner plus expreffement par 1'6dit que nous feroni
et enverrons en toutes nos course fouveraines, fur les avis de ladite Affem-
blWe et autres points de la juflice et police de ce royaume en tous les
ordres, don't nous avons voulu dontner par ces re6fentes l'affurance a toute
ladite Affemblee avant la rupture d'icelle. Mais d'autant qu'en attendant cette'
plus particuliere declaration et exlireflion des chores que notis entendons or-
donner et etablir pour les fins fuldites, il eft befoin de fire connaitte a tous
nos fujets le bien que nous leur procur6ns, et auquel nous entendons ache.
miner et conduire le gouvornement de cet Etat, afin qie chacun fche quel
mal cauferont ceux qui entreprendront d'eu trouble le r pos', et que ioa
tienne et traire comine ennemis commons, dignes de la haine et iqdignaoion
publique, tons ceux qui pretendrcnt privetr. nos fujets de fi grands biens.
Savoir, fefons que.lavis de note trbs-honor6e dame et mcre notre trbs-
cher et tres-am6 free, le due d'Orlians, les princes et officiers de notre cou-
roune et principaux feigneurs de notre confiil, naus avons dir et ddclar, '
Set par ces prelentes fign&es de notre main dithns et decarons, que' notre
Intention, et le but principal aiiquel nous e,.t:ndons, et & quoi nous defi*
s rons ec effaierons par tous moyens de parvenir, elift d'obenir de la grace ec
mifericorde divine que fa gloire foit plus que jamais &iatn'e en routes let
parties d ce royaume;, rdunr tous nos fu ets en I unitee Pde glife catholiqcte,
s apoftolique qt romaine par toutes les bones voies de douceur, d'amour ti
s patience et bons examples, rftablit la fplendeun et dignity de 1'glife p


ex.ite observation des corflitutions ecclefiafqucs, g i ales et pait tuli res, '
et de nos vidonillljces q,! les concernent. ;
Maintenir nos fitjets de la religion pr6tendue r6form6e en toute Ia liberty '
ue notis kur avons accordee, les fefant jouir tranquillement de leurs biens p
et slices, et du benefice des idits et graces qtfils one obtenus de nous
.1t 1iiit uil plaifi a Di u illuminer leurs coeurs, et es ramlener au giron
de fon eglhfe ainm que nul d'eux pr&te l'oreille .,ux p-rfinifions de ceux qui, d
Sr-itlunit 'leur propre bien danis la ruihe publique, les vont fdruifant et
pervertillant pour Ls precipit"r dans les rebelions et perduellions infames.
IRhnettre les bniiws m'x-ris en toutes les parties de FEtat, et le bori c
ordre en totites Is fontiious publiques. d
Av.iit3g.r notre noblefle de plufieurs graces et privileges, pour entrer (
aux bedlKficcs charges et oilitcs tant de notre maifon que de la guerre
ct autres felon qu'ils s'en rendront, capable : fire 'infitier gratuitement
es exercices propres leurs conditions, les enfans des pau'res, gentils-
Jiomnms, et employer ceux de cer ordre tahtt fur la rtier que fur la terre, l
s conipigiic sde cheval et de pied, avbc ,bons appointemens t fi bien pays l
et regles, que la condition en fera ddfirde de tous, et que chacun con- J
iaitra que Pexccutidn de ce deffein eftl la erreur des ennemis, le fecours
&espativrs gentilshommes, Ie bien et le foulagement du Peuple et le plus
honorable eniploi que'nous puiffions donner a lavaleur et couragedejcetordre. I
Faire fleurte la juftice en tois fes degrds, et nos ordonnances en leur
premiere vigneur: ddlivrer nos fujets des vexations qu'ils reqoivent pp, les
deriglemens de cette function,
Retablir le commerce et la marchandife: renouveler et amplifier vil6ges, et fair enforte que la condition du traffic foit tenue en lhonneur
t'il appartient, et rendue considerable entire nos fujets, ain que clu-nn y
demeure volontiers, fans poiter envie aux autres conditions. .
Et pour Ie dernier poifit, diiiinuer les charges qui font fur notre pauvre
People, par tous les moyens que nous en pourrons avoir C ce que nous avons
bien voulu dclirer plus particulierement par ces prdfentes', par lefquelles
pnous nous obligeons en foi et parole de "roi, de le foulager et d&chargex
de trois millions de livres &s cinq annies prochaines, con pris les fix tents
snill livres, don't nous V'avons foulag6 en I'annie prifente. De forte qu'en
1'annie mil fix cents trente-deux, nos fujets fe trouveront d6charg6s de ladite
fomme de trois millions de livres, de ce qu'ils ont portd en I'anne derriere
inil fix cents vingt-fix. Ce que nous ferions en une feule fbis des a prdfent,
ft nous pouvions en un infant augmenter d'autre part notre revenue conimm
nouts entendons faire dans ce items par le rachet de nos domaines et droits
alidn6s fur nos tailles et gabelles.
Ce que nous diclarons a tout notre royaunme, pour rendre nos intentions
connues a tous, et que nos fujets fachent le foin que nous prenons de leur
repos, enrichiflement et profperitt. Voulant croire qu'ils effayeront tons et,
general et particulier, de fe rendre dignes de fi grands biens, et de cOn-
tribuer de tout leur pouvoir a 1'entretinement de la paix et la libre jouif-
fance des graces et faveurs' que la divine bonte nous infjire de leur
Si donnons en mandement A nos amis et faux les gens tenant nos course
de parlemens, chambres des comptes et course des aides que ces prefentes
ils aient a faire lire, publier et enregiftrer, et icelles publier et regiffrer
par tous les fieges de leurs efforts a ce accouturms. Car tel eft norrt
plaifir. En temroin de quoi nous avons fait mettre note feel I cefdites
Donn6 ia Paris, le feizieme jouir de fdvrier 16-%7, et de notre regne le
dix- feptiente. ..
Signed, LOUIS ; et fur le repli, par le roi de Lomecnie; et fcellde du
grand fceau de cire junee,

Des vains efforts faits fPus les regnes de Louis XIV et de Louis X'
pour obtenir la convocation des Etats- Gene'raux6

Le ininiiifre conduit par Richelieu perdit de vue, non feulement (a conf-
titution de la motiarchie qui conlitte dans fes Etats-G6nhraux ; mais encore
Richelieu qui neovbulait en France qu'un. feul pouvoir ra vint a d&pouillei
plulieurs provinces de leurs Etats particuliers, pour fubfituer le gouverne-;
'inent arbitraire du mpnarque.
SMazann cet adroit stranger, qui redoutait auffi tous les corps de l'Etat,,
iluda avec adrifft par fes confeils I Affemble in.tionale. Trois cents f,.ianeurs
d" la_plus hate noble s'affeiblierett malgti la r~gente, foutcnis ItLdu uc
d'Orl..ns dEmaidinht glands cris Ia convocation des Etats-Gendraux: cette
princeffe tergiverfa long-tens avant de fe rendre aux voeux de tant de me-
contens; miais elle fut enlfin oblige de les convoquer.
Le gouvernenient manda pour cet objet des lettres de convocation a tous
les baillis et f1nechaux du royaume, pour qu'on s'alfeTiblt a Tours: it fit
tenu dans V'Anjou dans le pays Chartrain, et ailleurs des Affemblies pio-
vinciales pout da6ptter aux Etats-Gndiraux nmais tons ces mouvemrens, toutes
ces ctues. de convocationi fureir bien inutiles ; car lotfqvte la nobleffe quilt
infilat Iur Ia neceflite de IAl1InITmbile fe fit Epakie 1'Affemblde general
bien promise et d6j~ convoque neunt pas lieu.

La clai:d4hpi;;it 'is operations, qui fut la bafe du mrniflere, a
conduit la France dans I'dtat deplorable ozl elle fe trouve.

Louis XIV, don't la clandeftinite dans less faTii-s fut une des maximes,
et ui eut fbin pendant un fi long regne d'6touffcr routes plaintes fur les
'tl.i'rcs publiques, rl.aives furtout aux droits de la Nation gtait bieni eloigne
de tentr les Etats. On nfen profra pas mbine le nom penrdant toit fon
regne, et quand on eh parlait en focit6 c'etait avec la precaution que de*
mandent ics :.lii,;-s (:.' rtes on danger.dufcs. On avait oublie jufiquau nom
- eme d'It.Its-G.( d r. x. '

S",ray, trop' v'ridique pour le teris, avwait voulu traiter des droits de
,a Plaion dans I'tabliffement des impo*s; tiendritr que (Cobert fur bhi
chauer en lui &tant fa pension. Les cnnemis du roi-voulurent ailfl, common

on le verra mortifier le monarque en publi.nt que lTEurope n e
amais A rep' imnr I'ambirioin du toi de France, i on ne "epriimait fon pou-
voir, et Louis XIV 6luda encore cette affemble ; auffi quand on demand
pendant la minority de Louis XV d'affembler lIs Etats-G6n6earix, le due
I'Orldans ne manqua point de publier que,oademander cette .nifnmbl/ natio-
nale c'htaht ,/i re rovaume, fi.v, 'c' la France centre 4la ,,c ,newnager
des rebelles dans tous fts ordres de i'Lstt Ct jotjjr la guerre civil dans le jfia
'e nos, provinces. .

C'etait pourtant le toi d'Efpigne, petit fils de Louis XIV, qui follicitaic
ette Affembl6e: il voulait reprimer les prmitrs abus du fyiteme odieux
le Law verifier. 1Idette national fanuver FILtar et la foirru des parti-
(tli,-s; mais Dubois maitrifa le duc d'Otidaris,et i ie d&iaration de guerre
ut la reponfe au vceu du roi d'Efpagne.

Ainfi P'hiftoire des derniers terns alea monu-chie Franqaffe prefente de
ongs periodes ot le-fecret parait etre la grande reffource des rois dans
eurs operations; i-t la pUblicite, une fautp Jd.ngerute qui peunt porter pr6-
udice a la tranquillity du gouvernement.

L'nne et I'iutre condilire peiivept fjns doure airivei- an but ; mais Ia pit-
licit6 datis les affatres d'Eta.r .a reAne : quoi. dLe i grand, er de fi loyal,
qu'elle eft digne d'uh grand Empire : ellg. tiinuie les crimeS d'Etat elle
attire la confiance des Poiplces., Ole loice I rJinin .public a fe conduire avec
droiture dans fes operations. Les travauri claindllis du niiniftere nous ont
pteripircs, an contraire, dans les calvmirts les. plus d6plorables. C'eft la
clandeftiniti de iet.uV i ds finances fous Louis XiY, et la volont perfonnelle
du rot qui raignirt -tute fa vie' les r'emontrances, qui foulerent les Petiples
a la fin -de fon regne d'un, fardeau intolvrabl?. Ceftila clandnlliniti du fyfte-
me, qui empecha la Nation de reprimee le,; rent conduit fi avetiglement
par Dubois et par l.:aw. C'eft enfin la clandellinit6 de quelques minmitres,
qui, lous Louis XVI,' a ruined la France pendant une administration de quel-
ques anes. .. .

Les ennemis de Louis XIF demanident pour preiminaires de la
paix qui fut conclude" aUtr.cht, que le Roi a,,if ble la Nlatia,
pour la firete' du traizt. -,Its"s publient uw memoir, pour obtenir
les Etats.

.Revenons an fiecle de Louis XIV. .Quand fon -ambition insatiable de vic-
toires et de conqu&es lui eut attire la haine de toute I'Europe et lorfqu&
la France, &erafee d'imFots, ddpeuplee, et fans consideration chez l'tranger,
fut r6dnite a demander la paix a Its ennelmis pendant la guerre de la fuc-
cellornd'Efpagni, il s'ouvrit dans 1es cohf&rences une opinion pour for..
cer le roi a convoquer les Etats-G6enraux pour traiter de 'la paix avec
Les ennemis du monarque, tououts contends s ts pouvaient 1'htmiliet
jufques dans le fein de la France et au milieu de fes fujets publiaient deja
des ecrits fur la ndcetffit de convoquer en France. ces Ettus-(;enei,~iax pour
y repriir' ,' en prifence de. la Nation 'armbition guerriere du roi. Le
pouvoir defpotique difaient-ilk, eft la force des guerres interminable de
la France eant 'anr q le roi fera le maitie .abfolu de la volonte de fes fu-
jets, it fera infatiable de conqu~rcset Je victoires : mille revers ne I'etonne-
iont pas -. De-li ils concluaient qu'une Affembl&e national 6tair neceffaire
en France pour contenir le pouvoir arbitraire du roi et le fircer confentir
a la paix : ils difaient meme qu'il neofallaitpofer les armes que route la France
ne ftlt affemblie pour trailer avec elle.
Le roi qui connut les mlmoires clanleflins qni. pr:iurcnt fur cet objet, et
qui n'ignorait pas les murmures des Peuples opptimis par tant de fl6aux, fit
r;pondre fur le champ a ce e erits qui ropo\i.wdInt donner l'eveill aux efprits
fur des objets d'une auffi grande cnnimeqence.' La. generation prfente a perdu
de vue ces m6inoires 5 miais je dois les rappelekr ici parce qu'ils font ie vrai
portrait de la fituarion des efprits de ce tetis-la relativement a 'autorit6
royale. Je dirai atifli deux mots for les Etats-Gdn6raux don't on avait alors
perdu 6galement trote idde. Ces.legeres notions foilt neceffaires a intelligence
du mdimoire que fit publier le gouvetniement. '

Situation ides efprits fouis Louis XIV, rdlu.t'em.:t au' droit

Les droits de la Nation et les prerogatives du roi n'kraient pas du tout
connus dans les derniers teams du regne de Louis XIV : pour trouter tine
6poque remarquable op ils aient 6te exerces avec i nirmoniei il .t nt
jufqu'a Charlemagrni qui faut joindre Jle-pouvoir-miliraire cetre .forte de
gouvemiem'-,t mixte., ot .les rois et les PKuplIs agiff.tit de concert dans
I'exercice doe l puiflince. D--pui le regpe .le ce grand mionarque, on a tenui
cependant en France d.s AIffemblces nitionales inais on ne les connaiffaii
guere fous .le regne de Louis XIV que par Foidie chronologique de letirs
dates, ou par le nom du lieu ou elles out ete convoqudes, ou enfin par les
nomis des fouverains qui les ont accordees.

Embarras de la court de France f ur cette propofition. '

Les ennemis de la France ne pouvaient done plus fenfiblement .i Hliicr le
ionir.lue fi jaloux de fon autorite' qu'en -iyi),mt de laffocier a celle des
Etats, et en rdpandatit que lem coiivocadii d.:vairt dte la premiere demarche
pour obtenir la paix. Le r6i et min ljie d: Ni nt-.ioni er tout le pati en
furent confternds. On craignait avec ralion que, a France auffi diol e da
lobng flau de la guerre. que le refle de. 'IEurope nie goutat cette idde ;,i
hardie et fi neuve de convoquei les Efats-G6neraux qu'on pouvait nmem
qualifier d' range.

D'ailleurs Louis, dans fon jeune age, avait et tmoin .et fe nrppILdir
encore la joie extraordinaire des efprits, lorfiue la regente fa mt-re fut
force de promettre les Etats-Ge.ur.iu% ; et come le cardinal Maj irin qni
relonitait tons les pouvoirs des corps, et .'en ,oulit qu'un feulen re.nt .c-
( feloin Ies inihlcntinis de Richelieu qu'il finitir ponctuellemnent ) fut eluder
adroinement cette grande Aff nil'le t L Vie, avec la plus grande fermetd, a 'rejeter inore ouverture qui &lm-nl dI, ir
ine tell Alf.mbld.e, et fit donc repondr. par d'autres mnrmogres tlini.lf.
tins, aux tndmoires des Ang'ais et des H161iatdais qui avaient ofe en fair
la demand.

_ --- I I--~--~P

~___ _IC--L C~I~1111-IL~P

Re wif fe ga zvuernent TFr:uii;as au mdmoire des ennemis. i

D2j2 ceux-d avalent publiC, pour mortifier le roi, qu'il fallait 'accufer
devant fes propr-s fujets, et traitor conjointement avec la Nation de la paix
future et des moyns de ia rendre durable. Voici le mineiire que leur fit
r6pondre le gonvetiement, fous le titre de Lture en rdpoofe d'un amni de la
Maybe a fan ami de Londres far la nicejfid de convoquer en France les Erats-
G draux; ouvrage manufcrit que tous les curieux voulurent avoir, et don't
voici le texte tir des ne6moires particulieis de ce tenis-Ia.
Le politique Anglais,,dit le m moire Franqais, afllure que tant que le
pouvoir defpotique regnera en France on aura beau oter a la France des villes
on des prov'nces on n'6tera point a fes rois les moyens iini envie de trou-
*bler toujours 1IEurope, parce que le Fouvoir defpotique eft la force de I'ambi.
lion et que ambition eji la force des guerres. De ce principle qu'il advance
comnie indubitable il conclut que le feul preliminaire qui puiffe conduire a
une paix fire eft d'obliger le roi de France i rtablir dans fon royaume
uafage et l'autoritr des Etats-Gdneraux.
Eft ce done que le government defpotique eft le feul qui infpire
'a-nbiionp. N'a t-on point vu des rdpubliques memes plus ambitieufes et
plus conquirantes que les monarchies ? Ne cherchons point d'exemples dans
es fiecles ni dans les pays trop eloignes. L'ambition a'a-t-elle jamais prefid6
aux parlemens d'Angleterre ? L-amnbition de ces parlemens n'a-t-elle jamais in-
quiet6 la France ? Qui font les rois d'Angleterre qui out r&6 les plus redou-
tables aux strangers? Sont-ce ceutx qui ont voulu exercer le pouvoir defpo-
-tique, on ceux qui out agi de concert en tout avec leurs parlemens ?
L'autoritr, quelqu'abfolue qu'elle foit, ne porter jamals les Peupl es aux
memes efforts ou lPart de fLduire leur inclination eft capable de les porter;
et cet art eft plus commun dans les gouvernemens mixtes, parce qu'il y eft
plus nicelfaire' que dans les gouvernemens qui font abfolument monarchiques.
La violence s'puife etr elle trouve enfin des obliacles qu'elle tie faurati
vaincre. 11 n'y a que 1'amour don't les reffources font infinies, et ne tarillent
Si le government d'Angleterre n'eft pas [moins ambitieux que le def-
potique, come I hiftoire nous Yapprend et s'il trouve encore de plus
Jongues et de plus confiantes reffources dans les grandes entreprifes, come
nos victoires fur la France nons t'enfeignent, pourquoi le voulons-nous don-
ner a nos ennemis ? N'y a-t-il pas d6ja aflez de difficult6s dans la nego-
ciation de Ia paix fi neceffaire A tout le monde ? Pourquoi cherchons-nous
A y en jeter une nouvelle auffi injufle qu'inutile et perilleufe meme pour
nous ?
On a vu des vainqueurs s'accomnoder quelquefois 4u gouvernement des
Peuples vaincus, et quelquefois leur en donner un nouveau. Les Francai:
adopterent la plupart dzs lois et des coutumes qu'ils trouverent etablies daais
les Gaules. Guillaume-le-Conquerant impofa de novel es lois a 'Angleterre,
come le tire de fon code en fait foi. Ce font les leis et les cuflumes que
li reis William grantut a tut le Peuple de ,-Engleterre apris le conqufff de la
On a vu quelquefois auffi des princes chr6tiens porter leurs armes chez
*les Peuples idlicres, pour les obliger a recevoir le bapteme. Charlemagne
n'impofait point d'autres conditions aux Saxons tant de fois r6voltes. Le zele
.de la religion rendait jufte et bPeat ce que 1'6quit6 naturelle toute feule eflt
faith trouver odieux et infenf6.
On n'a jamais vu des Peuples fair une longue et cruelle guerre ft
require tous a un befoin legal d'un accommodement et vouloir impofer
c'omme une condition de paix, a leurs ei;nemis non encore d6farmds de
changer ou de reformer leur gouverment int6rieur d'en prendre un nouveau,
ou d'en retablir un ancien.
Le gouvernement qu'on leur vent 6ter, faith peur a leurnts voifins, dira-
t-on : c'eft tine epde entire les mains d'un furieux qui en abufe : tous le1
Ihommes ou tin droit natural et acquis de la liii arracher. Si on reqoit cet admi-
rable principle, ou nous conduira-t-il? A fire de 1'Europe une horrible arene
de gladiateurs, qui tie cefferont jamais de combattre et de verfer du fang,
Quand les Anglais fe font baign6s dans le fang de leurs iois, quand ils
les ont detrones on d6capites quand ils les ont emprifonnes on bannis ,
luand ils ont fait fremir tous les Peuples 1 la vue des fanglantes tragedies
de la Role rouge et de la Rofe blanche et 1'afpect de taut d'autres ca-
taftrophes plus nouvelles, et non moins barbares; quand routes ces r6volu-
tions ont et6 approuvdes ou ordonn6es par les d6crets aes parlemens, leur
a-t-on dit que 1'autorirt des parlemens etait une 6pee entire les mains d'un
People furieux, et que tous les homes avaient un droit natural et acquis
A.e la lui arracher ? Les Peuples voifins font-ils venus fondre en Angleterre
pour dctruire cette liberty funefle aux Anglais memes, et odieufe a toutes
--es autres Nations? ---- -
Si les Francais, plus fages et plus heureux ount reconnu le pernicleux
etLi de cen e epee entire les mains du- Peuple-, et il, pour t&re-pius trani-
quilles chez eux, ils id'nt rendue a leurs fouverains, quelle juflice y a-t-il
que, nous entreprenions de les obliger, malgre eux, i la reprendre ? Eft-ce
.afin qu'ils fe maffacrent et qu'ils s'6gorgent entr'eux comme les Anglais ,
ret que leurs defaltres faffent notre furete ? Quelles lois divines on humaines
autorifent une fi deteflable politique ?
Quand il y aurait de la juffice, quel fruit efp6rons-nous d'en tirer? Jugeons-
sious du caractere des Franqais par celui des Anglais ? Les Anglais ailment
quelquefois leurs rois; mais ils haiffent toujours la royaut6 et cette haine
les porte aifdment a hair auffi le rol. Les Franpais fe plaignent quelquefois
de ceux qui regnent; mais its aiment toujours le trone et cet amour de
la fouverainet6 les r&concilie toujours avec le fouverain. Nous n'avons qu'i
lire leur hiftoire pour nous convaincre de cette v6rite.
Combien de fois les Anglais fe font-ils repentis d'avoir reduit les rois de
France i n'avoir plus de reffources que dans 'affection de leurs fujets ? Cette
affection n'a point de bornes, fur-tout quand les rois font malhenueux. Tel
eft le genie des Francais c.q> .de murmirer c(ntre leurs princes dans
la-profpriri ilvi.:IbI-le-nrt attaches a eux quand its ( jigncint de les perdre,
et touijours prits i rentrer dans le devoid quamnd its apperqoivent que 1'tranger
va profiter de leurs fautes. Interrogez les Allemands et les Efpagnols, que
des revokles out quelquefois appeles en' France : comment en font its
fortis ?
Ot font les factions que notre amni de Londres a en France? Oct font les
princes dut f.iig t let shomm- ilhIflr'~s, qui,'.es par une ambition
aventgle, s'Oppoferaient aux volon.s du i odans une affemble d'Etats-

G ntau? Croit-i qu'il n*y a qu'i mettre les Franas enfemble e qu
leur montrer leurs forces, pour voir encore les Etats de Blois ? 11 s'abufeti
plus de trente ans de troubles et de fiditions avaient prepare ce malheureux fpetaede
plus de quarante tins d'ob~:ffance one mis aautres dijpJfitions dans les leprits,
et donneraient an spectacle tout different.
Peut-etre que jamais le roi de France ne nous aurait pa u fi grand ni 9
redoubtable. Quoi qu'en dife notre Anglais, que e ne cross pas auffi bieqr
inform des affaires de France qu'il le vent paraltre, il y a appatence que
princes, grands clergy parlement, nob'lefe et Peple tous concourraient unani.
mement a fair eclater leur zele pour leur roi, et its tui .ofriraient des
fecours, que peurt-6re il nofe pas leur dcmaiindi. Ne nous fouvenons-noup
point avec quel empreff.ment 'annie palfre thacun courait fe fair &crira
fur ,la life de ceux qui do:maient ekur vaiffdle pour les befoins,de l'Etat l
C'6tait une efpece de bel air que tout le monde prenait avec cette ardeur
que les Frar ais our pour leurs modes.
Prefque toues les fortunes partieulieres dependent de celle de I'autorite royale;
les gages, les penfons, les pries immenfes, les arrerages des renters y for
dttachis; f; elle chancelle toutes ces fortes de biens qui font plus des trois qtuirt*
de crux de trous les attres biens, font en danger de pirir. Les Franqais le favent~
mieux-qug nous, et cette autorite leur parait fi neceflaire, qu'ls s'encou.
rageraient rdciproquement a la foutenir, et qu'entemble its fevaient plus
obeiffans encore et phls devoues qu'ils ne le -font feparement.
Ils ont oublie qu'il y a eu des Etats-Geieraux dans leur monarchic et il y
aurait a nous de l'imprudence de les en fair fouvenir.
Quelles reffources en effect la France a-t-elle trouvies autrefois dans feg
plus grandes calamit6s, fi ce n'eft 'affembl6e de fes Etats-Gendraux? Quand
le roi Jean ttait prifonnier en Angleteire, quand les Anglais occupaient plus
des trois quarts du royaume, par otu Charlesl-k-Sage fortit-il de cet abime
affreux ? Comment retablit-il la gloire et la fortune' de fa Patrre ? Comment
Charles VII reconquit itl a couronne prefque perdue? n'aflmtblerent-ils pas
Iun et I'autre leurs Etats-G6neraux pour te reliever ? Les Franqais s'en fou-
viendronti, me dtra-t-on its embtafferont avec joie la proposition que nous
ferons d'affembler leurs Etats-Gen6raux, et its nous aideront a y obliger
leur roi.
Si cela eft, le nouveau prieiminaire, que je n'ai encore regard quo
come injuffe et inutile devient mnanifeflement dangereux pour nous. 11 ekf
vrai que Charles V trouva d'abord des factions qui 'embarrallerent. Charles VII
enur long-terns a combattre fes propres fuiets ; mais les dangers communs
reunirent tous les coeurs : Pefprit frangais fe riveillai; amour de la Patrie
fe rechauffa ; le courage de la Nation fe ranima, et les ennemis de la Franc,
eurent le terns de connaitre que rien neft plus dangereux pour des vain-
queurs que de vouloir trop pouffer des victoires inefpdrees.

Pouvons-nous nous promettre un 6vinement plus heureux des Lrt.s-Gend.
raux qi on nous confeille de demander ? Les Franqais alffembls connaitraietit
les forces et les dangers de leur monarchic. Ils aiment cette monarchie
et le tfom et le fang de leurs rois. Efp6rons-nous de detruire en eux de,
fentimens auffi forts que la nature ? Its front i fruits des conditions aux-
quelles nous voulons lentr donner la paix. Ne nous flattons pas. tls les trou-
veront dures er odieufes et its nous difputeront peut-&tre ce que leur roi
nous a deja accord. L'exemple n'en ferait pas nouveau. Les notables do
France affembl6s r-fuferent de foufcrire au trait de Madrid, et its rejeterent
Ies conditions que Franjois I'" avait accept6es.
Qui ne fait. dailleurs que les pr6ventions des Peuples font invincibles?
Leurs erreurs menmes leur font cheres. On leur arracherait plutot la vie quo
de certain ufages qu'ils ont recus on d*une ancienne confltution on d'une
longue coutume. Ainfi quoiqute nos premiers ancetres euffent commence I
oubl-er leur fWrocit6 et qu'ils v6cuflent affez tranquillement fots le joug
de Rome its fe r6vboterent et ils devinrent plus indomptables lorfque
Varus entr .prit de les police. 11 voulut introduire parmi eux la diftiplina
romaine abolir la barbare maniere de vider les procks par les armes, et
etablir la forme judiciaire des tribunaux de Rome. Les Germains df-,ndirctt
mieux leur d reglement, qu'ils n'avaient faih leur liberty et les Frantais d&
fendraient mieux leur fervitude pour parler comme I'Anglais, qu'ils n'ont lu
defendre leur Patrie. Le reftaurateur Anglais trouverair peu'-tre chez eux
-la mdme deftinde funefte, que le 16giflateur Romain eut chet nos peres.
Je conviens avec lui que, fi on vent fe confirmer dans la r6folution de
fire long-terms la guerre et de refufer une paix equitable qui fe-prefente,
il nt fautpas jetter lhs yeux fur le malheur du roi de Suede : it vautmieux
confid4rererla fin heureure de cette guerre de foixante ans qui a procur la
hbert6 aux Hollandfis. Mais ne conviendra-t-il point avec moi que c'eft
peut etre quelqu'exemple femblable d'une guerre conflaminent pourfuivie et
d'une paix equitable heureufement refuffe, qui a engage le roi de Suede trop
avant ? Peut-etre que ce prince que fa vertu rend digne des plus grande
deflinees-, a trop- confid4re- Ieiemple-d'Alx.indr. er de Darius ; et ilt- ni
peut-etre pas fait affez d'attention fur l'inconifliC110 de la fortune ,qui prt&
hide aux fuctcs des armes, et qui fe-plait fouvent- a trahir-le Icourage ect-l.
pi udLice. ..
Les autres r6flexions de I'Anglais font encore moins fenfies. Quelques-unes
me femblent meme incomprehenfibles. Telles font les frayeurs qu'encore i
prefent it vent que toute 1'Europe prenne des defleins immenfes, qu'il affure
que la France couve toujours. Elle fera un de fes princes roi des RPomains on
empereur :,elle envahira 1'Angleterre; elle fubjuguera la Hollande elle
exterminera toutes les ptiffances qui ne profeffent p>as la rcli, .i,n loiaine
elle ne pardonnera pas m6me celles qui la profeffent et qui f, font alliee
avec les h6r6tiques. Quand on el aflfez malhcureux pour avoir des fonges ir
extravagant, comment eft-on affez ennemi de fon propre bonheur, pour les
raconter ?
Que dites-vous de la fable des brebis que I'Anglais applique avec tant 40
niftefle a Fa France ? Strasbourg Brif'ac Luxembourg Nainur Charleroi,'
Ypres cedes, tons les Pays-Bas Efpngnols vacuds, et Dunkerque ddmo ',
front apparemment les lou/eteaux qu'elle donnera en 6tage., qui croitront
et qui devortront 'Allemagne 'Agleterre et la I-loll.ild, rimides et in-
nocentes brebis ? Cette comparaifon ne vous paraik-elle pas heureufe et biep
fondee ? Elle eft digne du cerveau qui a enfant6 tant de beles iddes,
qu'heureufement pour les lecteurnt it a 'enfermdes en deux lettres fort
Mais en vdrite permettez-moi de le 3 routes fortes de gens obfcums et fans aveun, come, ins le fefons, cet.
licence effrmnae d'decrire injurieufement centre les Fva.ais et contire leatr rot,
dans le .ems quim Iu lions ra'uill.ons A nous reconcifier avec lui. N'el.c
pas au contraite dans cette occafion, que nous devrions'nou fouvn'r du
'* (:condeU

r ,I ....._

rI de notre illuflre Grotius: SU'o, it cavenda non tantihm petfidia feett
S,.i, ae ', animos (o) ..
R;fdtat de Ia demanded que les ennemis du Roi Louis XIV firent
,.;,Jant, quell inues minds' d, des Etats-Ge'ieraux pour la filret,
e l'ur trait, fittur.

Cctte rponfe qui fuffit pour exprimer au nature la"fituation des efprits
dns c tems-la devait japprendre aux J-loll.indais et I toute 1Aingrerre,
sils avaient autrefois pris les armes pour la-defente de la liberty ptu-
,1,e les Francais pouffls par des pafflions contraires, taieit capable de
a me 6nergie pour fittenir 1e pouvoir le plus abfolu, auquel 1.ouis NXIV
Sit attotittime'li Les H6blandais et-les Anglais comprirent 1'6nergie de
Cc mloire, et n iinifterent plus fur cette condition pour accorder la paix.
Au ti ne fut-il plus queftion d'Etats Gencranx, dans leurs n6gociations poli-
tiques nultrieies. .
I.Wlq des conditions plus dures, auxquelles le rol eut la tfiblffle de. foutf-
rre appcllai et'ce 'grand monatiqut- a d'autres humiliations, et les Hollandais
Sle conduifirent dlune condition Ai outtie jufqu' celle d'exiger qn'il tiat a fon
propre petit-fils le trene d'EfragnrL. Leur haine .ne rut pas e idsfaiit et le
roi niourt victorieux encore de toute rEurope en affurant dans la maifon hi
ucoirotieC d'Efpagne. Cet example prove quelles font les forces naturelles de
Ia France contru tu-te 'Europe ligude, et dans eun circonfl.ince ol I'E it
s;tc dans 'a dfqlation, to n iie uplid fans credit et ians finances. Que la
Nation foit done Je confeil et le miinifire de fon roi come fousj Charle-
nagne, et elle conirnandera a route FEurope par fon influence.
Ainfi la rine regente, mere de Louis XIV ayant 6laud les Etats-Cene'
raux et ce monarque ayant privenu ceux1 de fes einemis qui ne voul.iient
fire la paix qu'avec la Nation Franaife et non avec le roi, le regne de ce
grand fmeonarque le -plus long don't nos annales aietnt conferve la mlinoire
s1ecoula fans qu'on ofht parler d'Etats, de droits et de privileges.,


Source des afaires politiques, qui occafionnerent pendant la ni'or:, ti
de Louis XV la demand des tats-Geidratx.

Quand le due d'Orlteans eut 1-ign6 de la rig-nce le due du Maine, il
palut fe reffpuvenir de tout ce qu'il avait eu A iouffrir des princes legitimes
durant la vie de Louis XIV ; it reconnut que 1'dit, qui affociait aux princes
du fang les enfitns adulteres du inonarque, tait injufie ; il ne pouvait tolerer
4ns lenr droit de facc6der a la couronne Ia fippolfiion odieUfe d&e Fex-
tipction de fa famille, il refolut done d'anantir les prerogatives que le mo-
narque avait accordies a fes enfans 6egitimwds. -
Les princes legitimes de leur cote, forts de I'autorite' qiils te-aient des
charges et desplaces 6iineites don't le roi Louis XIV les avait revetus,
refiiterent de toutes leurs forces a cette entreprile du regent, demandant les
Etats-Geniraux pour rte, jugds.
Les princes dui fang intervinrent a ces affairs et demandaient que les
princes lkgitimes fnflent d6chus de leurs prerogacives. Le iigenir nownia une
coninriffion pour examiner Palfaire.

Le minftlere punit la premiere demand des Etats-Gc'ncjit.v.

Alors s'6leverent trente-neuf f ipn,?urs des plus diftingues du royaume, qu:
firent fignifier au procureur general et an grefiehr du parlement on acte pro-
teflant de nullite de tout jugement de cette affaire qai int.relfait la Natior
entiree, demandint les Etats-Gnteraux pour la juger. Uhuiflier A verge qu
fignilia cet acte fut interdit po-ndant fix mois ; eIt le regent- fit arr&ter quel-
ques-us de ceux qui avaient figne Pacte de proteftation favor, MM. de
Cl-i.iil,,n de Vieux-Poit de Beaufreniont qui furent con'd'uits A la Bafr
till &c. MM. de Rieux, de Polign.c et de Clermont qui furent men6s '
Vincennes : et foit A caufe de fes difflrends perfonnels, fbit pour avoir of.
demander les Etats-Generaux, le regent degrada de foni rang la maifon di

Ligue du Roi d'LEpagne, des princes legitimes et des Jefuites
conttre le Rdgent.

Mais quand le due d'Orleans eut croimdc 'alliance avec r'Angleterre
1Emupire et la Hollande qui etaient en giierie contre PEfpagne, le .petit fil
de Louis XIV, Plhilippe V, A qui par droit de naiifance la regence ap
p-.rtenait, fe ligua avec le Iluc du Maine, prince lgitim6 et m6conten
__d'yjoivr -perdu- I'autorite _queluL__Jdoait Louis _Xl par fon tefiament, e
d'etre d chu du rang de prince du fang que le regent lui avait ote6,
-- a- coir d'ETp.-le ,les rees de ja cour de L,"is XIV les JIfiuites
tous les d6vots de la ville, de la court et des provinces fe ligiuereint ave
Ia maifon'du Maine centre le duc d'Orleans, et le pere Tournemine diri
geait la faction de fa compagnie.

Project des ligue'. L'Affembles des Etats-Generaux odieufe at
Regent, e'tait la bafe de leur plan.'

On imagine de faire enlever le regent dans une pattie de p'aifir ,. de 1
transferer en Efpagne, d'Affembler les Etats-G6ndraux, de leurrendre leur
privileges de former un confeil de regence, de vrifier et payer Ia. dett
national cortracthe par Louis XIV de rendre a la Natiorn fes droits an
tiques, et furtout de rdtablir en France l'acicnne confltiution que le du
de Bourgogne, avait expoele dans fes indmoires ; le roi d'Efpagne voulVi
ex6cuter tout cela ',prdant la minority pour donner a la France la flabi
lit6 qu'elle m6rite d'obtenir pour tout ce qui concern Vadminiltration.

Les projects font jventes.

Alberoni 6talt ala the de ce project r, qui n'etait mume qu'une portio
do fon fyfteme gn&ral du bouiverfement de toute 1'Europe. Des princes

(to) De Jur. Blel. ac. Pac.lib. 3 cap. Z ,

des cardinanx des pr6dats, des invgilats des grands feigneurs adopterent.
le plan de reltauration de 1'Etat, Uont Cellamare, miniflre d'Efpagne, 6tait
le mobile etle fEiiteur ; Inais le regent, qui en fut iiftruit par une fille et
par un copifte, fit arreter a Poitiers 1fabb6 Porto- Cavrero, qui poitait en
Efpagne foixante mnmoires fur les moyens d'opdrer la revolution.
Voici .ceux qui coinc rulint les Etats-Gen6raux que voulait convoquer le
roi d'EQpa ,c. On vera combien le prince et fon confeil avaient ouiifc.iv7
d'attachement pour la France qui 6tait le bercean de Philippe V.

AMLIu('ifejiedu Roi Catholique aux Etats-G eneraix 1iz Ri roune de
Frwace qti'il voulait covoqier.

Don.Philippe par la grace de Dieu roi de Caftille de LUon, &c.
A nos trvis-cie's ,t bien-ambs, le trois ordres du royaume de France, t~.Lg,
nobllefle t ties-ciat i Salut.
Que devons-nous penfer du regent qui, n'etant que d pofit ire de lVan-
torir.i royals en France, ofe s'en pr'vaJoir et fe liguer avec les anciens en-
n fmisi de onos deux couronnes fans avoir confultd ni l Nation Francaife ,
ni le parlemens du royaume, et fans avoir mmne donn6 le teams an confeil da
r~gence d'eixainer la matiere pour en deliberer inuretment ?
11' II a vuaprs la mort du roi trrs-chretien notre ayeul avec quiiell
tranquillity' nous l'avons laiffeprendre poffefion de la ragence our gon-t
verner le royaumne de nos peres r pendant la iinorite du roi none rtis-lier
neveu, firis lui fire le moindre obstacle et nue nous avons toiuj.irs per-
f6vere dans le mnmie filence, parce que nous aurions mieux aim .noille, fois
mourir que de trouble le repos de la France er d'inquitrer le refte de
PEurope quoique ks lois fondaouendales de ce roVaume inos en doinicnlE
,adiniifler.u ion pr6fetablemenrt a lui (oi ).
f Nous avons depuis entendu les plaintes que faifaient de tous cotds
centre fon Souvernement, diffipation des finarice. l'oppirtion- des
Peups, .le a i6pris des lois-et des remiontrances juridiques. Quoique nous
tufitons vivefcnit r.ioui.hs de ces d6fordres, ntous avons cru n devoir catcher le
diplaifir au food de notre cocur, et nous ne fortirions pas anjourd'hui de
la moderation que nous nous etions prefcrite ft le due d'Orieans n'etaic
foirti lui-mn re de *routes les regles de la justice et de la nature, pour nous
opprimer, nous et le roi notre tres-cher neveu. e
E En effect, comment pouvoir fouffrir plus long-tems des traits ol Ilhon-
neur de la France et les intrets du roi fon pupile font facrifies, quoique
fits -au nom de ce jeune prince, dans f-unique vue de lui fucetder, etl
furtout apres avoir rdpandu dAnis le public des 6crits inflames, qui annoncent fi
mott prochaine et qui tachent d'infiuer dans les efprirts ia force des re-
nonciations au-deffous des lois fondamentales ?

Un procd6e fi contraire a ce que routes les los divines et humaines
exigent d'un once, d'un tuteur et d'un regent, aurait dd feul exciLer notre
indignation, par eint&rt que nous prenons tant au bienfde la Nation Fran-
Saife, q.i' la confervanion du roi ndtre tres-chir neveu.
S Mais tin fujet qui nous touche encore plus perfonnellement, eft fallianca
qu'il vient de figrer ,avec farchiduc et I'Angleterre apris avoir rejete
Foffre que no s lui fefions de nous unir -enfemb e.
SAu moins devait-il observer une'exacte neutrality, s'il la croyait n6-
ceffiire au bien de la France ; nais' voulant fire une' ligue, n'taiet-ile pS
plus raifonnable de fe liguer avec fon propre fang, que de s'armer contre
i ui en faveur des enneinis perp6tuels de notre enaifon ?
Cetto e indigne prfeence e nedclare que tropA tour Univers fon opini-tretr6
i dans le project ambitieux don't i eft uniqu-nient occupy dpont 11 Ive acheter
l*e fuccus aux d6pens des droits les plus acres ?
SCe n'eft pas ici Ie lien de dire que par ce acharneiaent aveugle a
fuivre des pretentions qui ne lui avaient point ete difputest ii compete
n pour rien de longer les deux Nations dans -les derniers malheurs. Nous
Svoulons feulement vous faire entendre que la conduite injuriecufe du due
d'Orlears ne dimninuera jamnais notre sincere afifction pour vous.
Nous ne porivons oublier que e nous avons requ le jour dans vote fein.
> que vous nous avez. atfur la couronne que nous portions, au prix de votre
fang. Rien ne fera capable d'teindre d&fns potre coeur la tendreffe que
nous fentons pour notre tres-cher neveu votN, roi. Et fi le due d'Orleans
nous reduit a la cruelle niceffit6 de defendre nos droits par les armes V
Scontre fes attentats ce ne fera j'aimais contre vous quie nous les porterons
Sbien perfuadd que vous nie les prendrez jatihais contre nous.
it Ce e nfera au contraire que pour rirer le, roi notretres-cher neveu, de
t 1oppicllion t( le rgent-le-tient-avec -tousfes-fefujts-,-par les-plus grands
abus qui fe foient jamais faits de Iautorite confine.
S-Ce te fera que pour procurer PAffemble esEtats-GnEeraux, qui fails
c peuvent rentedier aux maux prifens, et prevenir ceux don't on n'eft que trop
vifiblement menace. Nous vous exhortons a feconder nos juftes intentions,
et a vous unir a nous dans une vue fi falutaire au repos, public.
"Nous efp6rons tout de votre zele pour le roi vote maitre, de votre
u amitrt pour nous et de I'attachement que vous avez vos lois 'et a votrt
Patrie ; et fur'ce, nous prions Dieu qu'il vous ait, chers et bien-aimes, en
fa f4iinte et digne garden.
e Donn6 an inonaftere royal, de Siint-Laurent, le 6 de fepteinbre 71i8.
e 0 Signe, PR I iI P E.

e Reponfe que devaient fire les Etats-G e'raux aemlitbds, a.u 'oi
. d'Efpagae, et- plaintes fuppofies de I Firance contre le

Ontre ce manifefte fuppof dii ro dETfagiie, qui ne devair avoir de reality
que par rAffemblee des Etats-,GCciauxi on intercept encore une r6ponfe

(i) On fair quie Philippe V 6tait petit-fils de Louis XIV, et qtie le regent
n'6tait que fonneveu. -- 7_

-asrs~--~~r -ICP"~-"~-CC~FI-C~,~-~i~---~-


ftuipoi'tf crite par ces rnes; Etats de France a Philippe V. Ce qui montr
iue Ls projects du roi d'Efpagne et des etifans legitimns de Louis XI
etaient c(,.t.nic s entr'eux et que la ba e du project cotilhait dans cett
convocation des Etats. Voici ia .pi-infi: qu'il 6tait convenu de fire an r(
d'Efp'agne au nom des ats. .
SSire, ious les ordres du royaume de France implorent le fecours d
votre majeftH, dans Ptat oin eft r duit le g,,viinement percent. Elle nignaot
pas leurs malheurs mais elle ne les ~coait jas InoLie dans toute let
Le respect qu'ils ontpour I'atttorit6 royale, dans quelque main qu'elle f
trouve et de quelque maniere qu'on en ufe, ne leur permet pas d'envifage
d'autre moyen d'en fortir que par les fecours quils out droit d'attendt
4es bont6s de vocre miajeft. _
'Cette couronne eft le patrimoine de vos peres, celui qui la porte tient
vous Sire par les liens les plus forts et la Nation regarded toujour
votre majefte come I'hdritier prdfomptif de la couronne;
"Dans cette vue, elle fe flatte de trouver dais vote coeur les meme
fentimens qu'elle aurait trouvds dans le coeur de feu Monfeigneur, quell
pleure encore tous les jours, elle vient expofer a vos yeux tons fes malheur
-t implorer votre affiftance. La religion a toujours 6t6 le plus ferme appu
des monarchies. Votre majeft6 n'ignore pas le zele de Louis-le-Grand pou
la conferver dans toute fa puret6. II fmnble que le premier foin du du(
V'Orleans ait td de fe faire honneur de Firreligion. Cette irreligion 1'
ploogt dans des exces de licence don't les fiecles les plus corrompus n'on
point eu d'exemple et qui en lui attirant le mepris "t-l'indignation des
Peuples, nous fair craindre a tout moment pour le royaume les chaitimen
les plus terrible de la vengeance divine. Ce premier pas femble avoir jet6.
come une jufte punition, l'efprit d'aveuglement fur toute fa conduite: on
forme des traits; on achete des alliances avec les ennemis de la religion.
.avec les ennemis de votre majeft6.
Les enfans qui commencent a ouvrir les yeux en penetrent les motifs; i
n'ea etl point qui ne voie oue Ton facrifie le veritable inti&rt de la Natior
a une efperance que 1'on ne peut fuppofer fans crime et qu'on ne pent en-
vifager fans horreur. C'eft cependant cette cruelle fuppofition qui eft I'ame
Ade tous les confeils, et le premier mobile de ces funeftes traits. C'eft-li
ce qui dicte ces arrets qui renverfent toutes les fortunes; c'eft-la I'idole od
1'on facrifie le repos de Etat.
A la lettre, Sire, on ne paie plus que l feul pret des foldats, et,. es
,rentes fur la ville, pour les raifons qu'il et, aif6 de penetrer. Mais pour
les appointemens des officers de quelqu'ordre qu'ils foient pour les pen-
flons acquifes aux prix du fang il n'en eft plus question.
Le public na reffenti aucun fruit ni de 1'augmentation des monnaies, ni de
1a taxe des gens d'atfaires. On exige cependant les mnmes tributs que le
feu roi a exiges pendant le fort des plus longues guerres. Mais dans le terns
que le roi tirait d'ure main, it rdpandait de fautre et cette circulation fefait
fubfilter les grands et les Peuples.
Aujourd'hui les strangers, qui favent flatter la pation dominant, confu-
mnent tout le patrimoine des enfans.
L'Unique compagnie du royaume qui ait la liberty de parler, a port fes
remontrances refpectueufes a pied du trone. Cette compagnie dans laquelle
on a reconnu le pouvoir de d6cerner la regence, a qui 'on s'eft adreffe
pout la recevoir, avec laquelle on a ftipuld en la recevant de fes mains,
a 'lquelle on a promise publiquement et avec ferment que fon ne voulait
Ztre mattre que des feules graces, et que pour la r6folution des affairs,
elle ferait prife a la plurality des voix dans le confeil de regence, non-
feulement on ne 1'ecoute pas dans fes' plus fages remontrances; mais on exclut
des confeils les fujets les plus dignes d'abord parce qu'ils repr6fentent la
vdritd, que rion feulement on n'&coute pas; mais la pudeur emp&che de
rep6ter a votre majeft6 les terms 6galement honteux et injurieux, dans lef-
quels on a rdpondu, lorfqu'on a parl6 aux gens du roi en particulier. Les
zegiftres du parlement en front foi jufqu'a la la oftrit la plus recul6e.
Les Etats de Bretagne 1lgitimement convoqu6s, ont demands qu'il leur
'fut permis de faire rendre compete a un tr6forier tr6s-fufpect, afin de mettre
ordre a Fadminiftration de leurs finances. On leur en a fait un crime d'Etat ;
-on ,a faith marcher des troupes comme on les fait marcher contre des
Enfin, Sire, on ne connait plus de lois. Ces 6dits qui confacrent encore
aujourd'hui la m6moire des rois vos ayeux, ces edits rendus avec tant de
fageffe pour conferver la faintet6 des marriages, et 'Ftat de toutes les fa-
.nilles, on s'en 'joue une lettre de cachet les renverfe. Quelles fuites une
telle conduite ne fait-elle pas envifager ? Que ne fait-elle. pas craindre ?
Nous ne nous flatterons phl vainement, Sire, en n6us perfuadant que nous
.entendrons de votre bouche ces paroles de confolation: je fens vos maux,
snais quel remede y puis-je iq'olper ?
SII eft entire les-mains de -votre majeftd. Quoique revetue d'une couronne,
elle n'en elt pas moins fils de France, et ces droits font encore mieux etablis
par le refpect et I'attachement des Peuples, qu'ils ne le font par la loi du
fatig. Comme oncle du rpi pupille qui peut difputer votre majeftl le pou
voir de convoquer les Etaits, ppur avifer aux moyens de r6tablirc iordre la
tUrelle et la regence? N'appartenait-elle pas de droit a votre majefi ? II nWell
p:as ans example qu'un prince stranger ait ted tuteur d'un pupille. Saris fortir
,hors de chez nous, Baudouin a come de Flandres, n'a-til pas eu l'admi-
nifiration du royaume de France et la tutelle de Philippe I'" fils de
Henri I" ? Votre majeft6 n'aurait pas m.inque de raifons, fi elle avait voulu
attaquer la pretention du due d'Orldean-'. ,Atui tonte la France a-t-elle fenti
nue votre inajeft6, loin de confulter fes droits na envifag6 que le repos
de I'Etat, dans la confiance d'une fage administration et toute la France a
reconnu dans cette conduit le coeur d'un v6&itable pere.
Votre majeft6 peut s'affurer de fon c8t6, que tons les coeurs voleraien-
au-devant d'el e, qunnelle parastrait avec fa feule maifon. Elle pent computer
quI'iI n'y a point d cpi n qui ne lui fervit de garde. Mais quand on fup-
pofera que pour plus grande fdret6, elle p.u1.itLi. a la tete d'une armee de
;d.x mille homes quand on fuppofera que le due d'Orlians paraitrait A la
i~'e dune armee de 60 mille hommes 3 vottre inuih) peut '.'fuier que cette
' aunde fur Jaqiuelle il aurait compte, et qui ne fervira qu'a le f6duire, fera
la premiere a prendre vos ordres.
II n'y a pas un officer qui ne gemiffe; il n*y a pas un foldat qui ne fente
Iiniquitfet la perverfitd du gouvernement il n'y en a ps un qui tievous regardot"

re eotrme fon librtateur. Tonus s'enprefferaient d'aller reconnattre, d'aller adni.
V rer ten vous le fils de ce prince fi cher qui regne toujours dans les coeus,
te Que p0uvez-vous jamais craindre ou du Peuple ou de la noblefle, quand voas
i viendrez meinetre leur fortune en firet6 ? Votre armine eft done toute port
' en France et votre majeti prut s'aflurer d'y tre auffi puiffant que fut j,
Louis XIV. Vous aurez la consolation de vous voir accepter d'une commune
te voix pour adminiftrateur et rgent tel qie vote fageffe jugera plus convey.
e unable, on de voir'r tablir avec honneur le teflament du fe p ro votre auigU
Ar ayeul.
Par-l1 vous verrez, Sire, cette union fi nece(faire aux deux couronnj,
re fe r6tablir d'une maniere qui les rendrait P'une et lanutre in6branlables a leu
,r enneniis. Par-la, vous e'tabliret le reps d un Peuple qui vous regaide comir
re fen ,ere, et qui ne pent vous 6tre indiftfrent. Par-la yous prcviendrez 1I
malheurs qu'otn n'ofe feulement envifager, et que f1on vous force de prvoir.
Quels reproches votre majeflt ne fe ferait-elle pas elle-meme f, ce que notU
avons tant de fujet de craindre venait A arriver ?
Quelles larmes ne verferait-elle pas, pour n'avoir point r6pondu aux veei
de Ia Nation qui fe jette a fes pieds, et qui implore fon fecours? Nom
s fouhaitons nous tromper, mais Fon nous ftrce a craindre. Diu moins nos
e craintes prouvent notre zele pour un roi qui nous eft cher.
i Si votre majeft6, don't nous reconiaiffons les vues trbs-fup6rieures, g i
r trouve pas apropos de rdpondre a nos voeux, au moins pourrait- elle ft
c fervir de notre requdke pour rappeler a lui-mnme, et pour fire rentrer (ant
a les veritables interets de la France un prince qui fe laiae aveugler, quoiaqu
't on foit force de vous reprdfentek que Ton ne peut s'en rien promnctre.
s Le miniftre de votre majeft6, dans cette cour, peut 'affurer que I'on,
, n'avance rien ici qu'il n'ait lu dans tous les coeurs : ainfi votre maleft w at
n rien a craindre d'une Nation qui lui eft toute devou6e, et doit tout fe pro.
mettre de la nobleffe franqaife .

SLes plans confus pour convoquer les Etats-Gene'raux etant de'oAw
-verts, on ex le et on einprifoune les chefs. On declare la guerre
Sa lVEfpagne.

Telle dtait la requete fuppofee des Etats-Gen6raux au roi Philippe V. Le regent
en eut A peine ddcouvert le complot, qu'il chaffa l'ambaffader d'Efpagne;
il fit eminprifonner le duc et la ducheffe du Maine, le due de Richelieu, le
s come de Laval de la maifon de Montmorency, et pros de foixante genilis.
r homnies qui avaient offert leurs services pour cette revolution. Le cardinal
de Polignac fut exildi et it s'dtablit quelque tens a Paris une forte dinqui-
fitio~n pour d6couvrir les fauteurs de ce projects de patriotifine. Le regent
d6clara. 1A guerre l'Efpagne : on porta e fer et le feu dans un royaup
en faveur duquel Louis XIV avait ruined la France; et le duc d'Orean
avant de conclure la paix avec I'Efpagne, demand qu'Alberoni en flt chaffe
comme le moteur de tant d'evenemens.
Au refte le lecteur reconnaitra aifnment dans les pieces que nous publion
fur la conjuration de Cellamare, combieri le roi d'Efpagne fiut trompe~pa
les refies de l'ancienne cour de Louis XIV qui accufait le r6gent de vouloir
perdre le ieune roi Louis XV; ce monarque et le regent fe jouertnt beau.
coup dans la fuite de ce bruit populaire, et le roi conferva toute fa vie uns
reconnaiffance don't il temoignait le fenttment dans toutes les occasions pour
le duc d'Orl6ans, qui avait eu foin de fes plus tendres ann&es. Une premve
que je n'ai pas woula vous perdre, die un jour 'le due d'Orleans au roi devent
inajeur, c'cf que votre majefl joult de la fanti la plus parfaite.

Le regent fe rappelle du beau project de coni'oquer la. Nations, it
quand Law eut defold la France, il veut affejmbler les Etats.

Cependant, lorfque le fyft&me de Law eut d6fold des milliers de families,
bouleverf6 les finances; et quand tout fut dans une confusion extreme, le
regent fe reffouvint du beau; project qui navait ceffe de Paffecier : it temoignx
fe rappeler que la France avait montre quelque defir d'obtenir fes anciennes
Affenibles nationals, que la vieille cour du fen roi avait negoci es pen-
1'affaire d'Efpagne. Ce prince, toujours porte vers les grandes,
etait gagn6 et entrainW aifement par une idde nouvelle, fi elle avait quelque
chofe deTublime; et loriqutil aperqut le chaos des finances, it fut tent ad
livrer la plaie de l.Etat a 1'Etat lui-m&me:.

Dubois traverfe ce grand deffein.

Dubois qui lenvironnait fans ceffe le firprit unm jour lifant les m'moire
du fen dauphin le due de Bourgogne fur les Etats-G6n6raux, et lui' oant
foudain ces m6moires, il lui en promit d'autres bien mieux raifonnds fur
cette matiere. Le regent qui favait an befoin fe moquer du miniftre et do
fes projects lors minme que, par une nonchalance extiieme, it les laiffait exi-
Ucter, laiffa r6pandre quelques copies du m6moirede Dubois, et ilettli
peu conni et fi piquant, que je dois a la verite de l'hiftoire de ne pas le laiffer
perdre pour la pofterit6.

Raifons de Dubois pour ne pas convoquer les- Etats-Generaux,

SCe n'eft pas fans .raifon que les rois de France, dit dans fati m6moire'
I'abb6 Dubois, font parvenus a 6viter les'Affenibldes connues fous le nomr
d'Etats-Gineraux. Un roi left rien fans fujets; et quoiqu'un monarnoe en foit
le chef, f id6e quil. tient d'eux tout ce qu'il eft et tout (e qu'il poffede, I'ap-
pareil des d6putes du Peuple, la permiflion de pa'rler devant ie roi, et de
ui prifenter des cashiers de doleances out je ne fais quoi de trif qu'an
grand roi doit toujours 6loigner de fa presence.
Quelle force de defefpqir futur pour votre altcff toYaa .qu peut injo ur
regner, en France, (la mort du jeune roi etant dans Pordre des chofes pof-
fibles ) fi elle changeait par une determination pareille la forme du plus puif-
fant royaume du Monde, fi elle affociait des fujets A la royautd, ri elle ta
bliffait en France le regime de l'Angleterre I
LLfipaone, la France, le Pape, les Etats hdditaires de la .maifon d'Aiu
triche, tons les monarques de [Europe, excepts ceux qui regnient en.Angle- "r
terre, en Hongnre, en Pologne, et quelques autres fouverains, out connli
les vices refultans du pouvoir pnrrage. Le pape a lie les mains i fes cardi*
naux, avec lefquels fe terminaient les operations d> fon gnuvrnement. LEr-
i pagne a abaifl- fes grands et perdu de vue fes Corte Ic falut de I'Et~ ,
", -- i :

i vi ces op'ratio':s puifque, dans un empire ou deux pouvoirs agiffent de
nert, on ne volt que tloubles et diilLnriois tandis que la paix rrc,.
dans celui oil le pouvoir abolu petit fonmettre les palfions et les volontes
rop hlardies qui s delvent chaque jour dans un goinvi.niiuint,.
Que vote alteffe royale rcfl'chiffe un moment furt ce qui fe parfe en
france, qi "id le roW t'ablit tine loi on crie des imp6ts. La Joi ddja dilmitcc
Sfon confeil en, 6nmane de ,la plnitude dde- on aniiorite il i nvoic a
fes panlemens pour la faire connaitre at$x Peuplrs. Quelle ft ue pourrait s'op-
pofer alors a l'execUtion de la voloht6 du roi ? Les parlemein ? Ils ne pcu-
vent t ale que des reiontrances: encore eft-ce utI grace qu'ils d,,ivtnt At
votre alteffe royale Ile fun roi, extr6mement jiloux de ton pouvoir, lIur
yit vetface ent dilendi d4'en fare o et fi toutis leufs remontrances finess,
1 ie plait pas au ioi de 'reter ou de modifier la loi, ils doivent I ente-
cmifirer : au contraite le parlement la rqfufe encore, le itonarque lui envoie
des urdrs ul .Jiieus
Alois paraiffent de nouvelles remonltrances qui fentent la faction les
parlermens ne manquent pas de fire entendre qtt'ili sprefeitent les Peuples,
q ils font les foutiens de I'Etat, les gardens. des lois, les deteul'-Mis de
la Patrie avec, bien d'autres raifons de cette efpeco : a quoi 1'autorith re-
pond par un ordre d'enregitrcr ajoutant que les otilciers du w.ileinent ne
font que des officers du roi et non les reprelentans de la France
Petit a petit le feu s'allume au parlement les factions s'y forment et
s'agitent. Alors il eft d'ufage de tenir un lit de nftice pour conduire au point
qi'il faut MM. da parlement. S'iAs s'y foumettent, on eft obei ; et c'eft
tort ce que peut vouloir le plus grand roi du nionde : s'ils r6fiftent encore ,
au retour dans leurs chambres on bien on exile les plus matins et les chefs
des factions, on bien on exile a Pontoife tout le' corps du parlenient. Alors
on fufcite-contre lui la nobleffe ou le dcLrg:, fes ennemis naturels : on faith
chanter des chanfons ;'on fairt courier des poefies plaifantes et fugitives ; et
l'operation done nouss connaiffons bien .aijourd'hui. la march et ls refultats. ,
n'occafionne que des emotions legeres qui nWont aucun grave ihcoiivlnielnt., et
le p.cixdem.t ii 'en eft pas muoins exild pour avoir 6te defobdiffant.
Ont prend alors les jeanes confeillers qui dominent dins ce corps par famine :
le befoin qu'ils ont de vivre dans la capital, Ihabjtude des plaifirs, Iufage
de leurs tiiatreffes, leur comimandent imperieufement de revenir a leurs
foyers, a leurs femnmes entretenues i leurs vericables 6poufes : on enre-
giftre done, on obeit et on revient. Voill toute la niechanique de ces circonf-
tances; it ferait bien dapgereux de la changer.
A prefent votre alteffe royale connait elle des moyens plus efficaces pour
s'oppofer aux entreprifes d'une Aflemble v&ritablement national qui rdfif.
terait i fes volontes ? Le monarque pourr.iir-il dire a la Nation come au
.parlement, vouis n'tes pas la Nation ? Pourrait-il dire aux reprefentans de fes
fujets, vous ne les reprdfiente pas ? Un roi de France poury:ait-il exiler. la
Nation pour fe faire obeir, comme il exile fes pailemens? Pourrait-il mnmee
fire la guerre i la France en cas de refus de nouveaux impots ? Le roi ell
alfitru de fes troupes contre le parlement : le ferait-il centre la France affem-
blWe? OA frapperaiett done e1, Io'fficier le gen&ial, fans frapper
centre leurs comnpatriotes leurs amis, leurs parents, ou leurs freres ? N'ou-
blions jamais que le de'ni r irma.tur des-rois, -ceft de ne-pas jouir de 1'obliffance du foldat ; que compromettre ce genre d'autorite qui eft la feule ref-
fource des rois, s'eft s'expofer aux plus grands dangers. C'eft-la veritable-
ment la partie honteufe des monarques qu'il ne faut pas montrer, meme dans
les plus grands maux de l'Etat.
Voyez la rage de la Nation Arnghife prefque toujours affemblde en forme
d'Etats-Gnerniux contre fes rois: elle les a devouds a la mort, banris et
d&tronis. L'Angleterre 6tait pourAnt jadis la Nation la plus catholique, la plus
fuVerilitieufe et la plus foumif* des Nations a fes mionarques. Ah Monfei-
gneuri, que votre bon efprit 6loigne de la France le project dangereux de
fire des Frangais un Peuple Anglais >.

Le Regent fe degoilte de fon project.

Tel 6tait le difcours de Dubois an regenrqui change de deffein en fe ,mo-
quant et du miniftre et du m6moire.
Le rdfiultat des efforts de la Nation fous les deux derniers r6gnes de nos
rois, fruit done tel que Louis XIV accord aux ennemis de 'Etat les condj-
tions les plns dures ttt que de confentir a leur demand de convoquer
la Nation. Dans la lirte le regent declara la guerre a 1'Efpagne ; il fit em-
jiiiiiocnr le due du Maine et les plus grands de lEtat qui en tramaient la
convocation ; et leta a la Baffille et an chateau de Vincennes des feigneurs
remiarquables qui oferent en parler.
Tous ces embarras du gouvernement a chaque demand des Etats rappellent
ilt trait quoe Ihiftoire nous a conferve et qui retrace aufll la pufillanimite des
cheft de a Republique Romaine, quand on ddcouvrit dans le tombeau -de
Numa,plufieurs fiecles apris fa mort,les livres les plus anciens de la religion : la
lecture de ces livres devait prouver I empire ufurp6 des pretres fur les efprits,
etla crainte d'un e co:mipr.iiton ii bien fondue des anciens t is aux modernes
_ordonna d'en brdlerles monumens.
Ces anecdotes expliquent aufll pourquoi les cardinaux de Richelieu, de
Mazarin et Dubois puts encore Lamoignon et Brienpe ont trenbld, ou font
entrts dans des convulfions, quand les Frauiuiis ont demand de relite leurs
Des anciennes Affetblees de Ntior en general, et de leur

Pour affarer ort dans tous fes po ; executionn du pact fuppofd fait par
ha Nation avec fon chef, il devenait n&ceffaire que tous fes membres s'af-
femblilalleiit, on u des dpoques fiies ce qui s'et long-teini, pr.'iqti parmi
nous, on tous les gois que les circonflances pouvaient l-xie> r, amihA que
'ufage 'a voulu dans la fite.
Deruis la fiundtoii de 1'Empt re Truiicai jufqu la fin de la premiere
Dynalie, nos anc&tres, conformn6ment a cette coutume qui n'avait pas en-
core reMu d'alterarion, fe runiffaient au moins line fois par an, au mois de
Mars ou de Mai, pour dlib.ier des .aftfaitcs les plus importahtes dans ces
nouveaux Comrnices.-
Pen u pen, t thurn la fin de cette premiere' race les.,nallheurs pubhcs
avast ifo1U le prince de fes fujets ceux-ci, la claffe du Peuple fur-tout
', 1,'lenti~enen-affervie, laifferent bomber en' dfu~tude un droui impref-.
uti\m\hl de fa nature,

A computer de cette 4poque qui ft autli celle do la decadence de la mo-
natliie, les afleimbles du champ de Mars on de Mai ne furent plus en
Durant cet intervalle, il s'en tint beaucoup d'autres que les publicifles
onr appele Colloquta, parlemens, compof6es des nobles feuls qui d d igrfetien
de s'y trouver avec le Peuple reduit pay eux en fervitude.
Ce fommeil de la liberte publique, et principalement de celle dui Peuple,
fit interrompu par Pepin et Chakuinagne 3,les deux plus c6Lbres rois do
14 feconde race.
SIs ne fe virent pas plutok fur le trOne, qu'ils crurent devoir rtkA-iller
dans le coeuntdes plus malheureux de leurs fujets, cet aniour natural pour
la liberty, en leur rouvrant Yentree 'des affemblees publiques, d'oi leur
negligence et Porgueil des grands les avaient exclus. Leur interdt les port
a laiffer .1 la puill.ince des nobles tuioleur etaient contraircs.
Fidelles a lear principles, plufieurs de leurs fucceffeuts maintinrent cette
prerogative la plus minente de routes au corps du Peuple.
Dans les treizieie et quarorzieme liecles il fe tint, au lieu d'Etats-
CGnciamx, des affemblees folennelles, des placitis, des parleihens. L'oa y
agitait', en pr6fence du prince, les grandes quiilimis politqii.:s ; 'on y
decidait les affaires civiles 1on y Itatuait fur toutes les matieres cri.
A P,6gard des objets de simple administration ou de police ils taient ren.-
voyes par au jugement da chef et de fon onnoeil.
Ce confeil rtait d'abord compofe de meimbres que le Peuple chofififfat'
que le terns a fait trouver ~ nos monarques le moyen de nommer feuls
que les Etats-Generaux dans quelques circonftances ont remplacA par
De cette maniere s'eft toujours religieufement perpdtu6 jufqu*' nous ce
principle fundamental que nous ont tranfinis les Germains (xz).
R6p6tons qu'il confine ia hiffeTr la d6cifion du chef et de ceux- quiap,
prochent de fi perfonne tout ce qui ne fort nas de l'ordre common, et a
rQferver la connaiffance du furplus ioit aux affembiees g9nerales foit aux
parlemens qui les rej'refenttnt. I
Aufli M. le president de Harlay difait-il an roi Henri III, lors du lit-de.
juftice du 15 juin i586:
SNous avons, Sire, deux fortes de lois (13) les uties font les ordon.
nuances de nos rois, qui p vent fe (changer felon la diverfite des teams et
des affair-;; les auties font des rdonnances du royaume, qi font inviolables,
par lefquelles v6r et-s montr au tro'!e e, et cette couronne a kt6 conferv6e
par vos pr d Id -iii'urs. Entr, ce-s lois publiques celle-la eft une des plus
faintes et' ;u lPe vos preecTffeurs ont religi aufement gardee, ee ne pu-
blier p iii or.on-aunce qu'elle n, fdt verifiee en cette compagnie. Ilv
ont e01 que iolr cette loi c'etait au(li violer cell par laquelle ils foint
rois e donnl r ocction A leur Peuple de imecroire de leur boute .

Da doi't de convoquer les Etats-Generaux,

mans les p renrs terns de la m-narchie, les Affemblees nationals fixes
primordialemtint foi;- au mois de Mars foit au.m)ois de Mai navaienc
pas fourni l'occati.n d'approfondir lequel du chef choifi par la Nation,
on de la Nation elle-mrmei, pouvait provoquer la reunion de tous les
Quand Pepin et Charlemagne ont maind leurs fujets pour les remettre
en poffefflion de leur plus beau privilege ils n'on't pas pr6tendu par cet
acte de'juflice, v:oler La libe t6 Franqaife dans le point le plus effentiel, an
moment qu'ils s'occupaient de lui rendre tout fon effort.
Mais toutes les fois que les rois ont eu des propofitions ou des demands
a fire A la Nation, il a tallu qu'jls Iaflemblaffent et cette n6celte n a janais
pu fe transformer en un droit exclufif.

Mais a fon tour,
au contract primitif,
libre, et veiller au

la Nation qui peut avoir a fe plaindre des infractions
devait jouir de la faculty pour rdtablir Yequi-
maintien du pact qu'il lui 6taitt libre d'adopter ou dn

Ainfi Childeric I, quatrieme roi de ia feconde race, ayant attent6 A
P'honneur du fexe, fes fujets lui oterent I'Empire (14), dans une affenible
gendrale que ce prince fans doute n'avait pas convoquee.
Ainfi, lorfqu'il fat queflion de donner un fucceffeur a Childeric, les
Franqais, de nouveau, fe rbunirent (ry) ; et Yon prevoit aifenment que le
prince, bien loin de confentir cette affeinblee, s'y-ferait oppofe formelle-
ment, fi cette demarche lui edt r et poflible.
Ainfi les Franqais revolts de la- barbarie- de Gillon qu'ils-venaiiint d'le-
ver a la place de Ch1ldric n'attendirent pas fes ordres pour former une
troifiemie diete, fe fouth'aire A fa tyraunie, et rentrer fous l'obeiffnce de
leur ancien roi (i6); qu'ils fuppoferent corrig6 par le teprs et les revers.
Aitift Pepin, maire du palais, ceft-A-dire, maitre abfolu de la Nation,
par la mort de Carloman fon college, ne peut-il refifter an voeu g6n6-
ral des Fran"ais qui s'affemblent (17) pour placer fur le trrne le jeune Chil-
derid Ill, aprbs un interregne do pris de cinq ans.

(12) De minoribus principles consultant; de omajoribus onines. Tacit. de
M. G.
(13) Regiftre du parlement, x586.
(14) Childeric fe licendie a debaucher les fetmmes et les filles de fes fujets
qui le d6graderent de la royaut6. Mei, r.y hift. de /Childertc.
(i5) Cependant les Franqais s'affemblent pour lui donner un fucceffeur.
Vety, ibid.
(16) Les Franqais vont au-devant de lui jufqti'a ar,et le retabliffent dans
Ia royaut6 avec des formes VMqc..), ibil.
(17) Pepin a l'infl bItom1d p feigneurs Francais qui avaient encore do l'atta.
chement pour la famiile wo)akle, mit fill a l'interregne. Daaiel, ibid.



Ainfi, les noeurs T'1i-s et 4-rniifim'et de ce mime prince d4renninhetent-
its fes fiuts, dans une afl'f_-bl&e des Ettts, oi il fe rendirent de ur projpre
Imouveinient, A lui 't.:, clouronne, pour la pofer fur la tete de Pepin-
1 Ujef L
Aitfifles 51-' .u-n-is de limperatrice Judith, fcmnme de Lous-le-Debon-
maire ayant poull- .1 la revolte les enfans de ce prince ir fist rtabli par.
1a .Ait ii'i qui fe convo!ua d'eille-mnmeea Nimegue ; -conme Ie defirait le mionar-
ue qui navaJit ;-s alosi afflz de pouvoir pour l'ordoiuer.
Ainfi retomb6, pour la feconde fois entire les mains de fes enfans rebelles,
C."p-r-, avec le plus grand a"iilu, ., A Rosfeld; ce m&me prince ne trouva
la fin de ces perficutions que dans unw AnLinbl.le du Peuple a Saint-Denis,
od ce ': uaiilue venair'd'tre transfer par fon fils Lothaire.
Ainfi les foupqons .dF linconduite do Richarde, fem,'e de Chales-le-Gros ,
la faibleffe d'elipit qu'il fit parairre dans tine diete a Tribur, ayant indifpofd
i .fujets, ils s'ajournerent, en S88 a Compiegnue ou is eleurent Eudes
a la place.
Aiuni, pour forcer Eudes de remiettre, come il l'avait promis, la cou-
ronne a Charles-le-Simple, lorfque ce prince ferait en age de gonverner la'
Nation s'afiembla-t-elle, de fon propre movement, a Reims, ou le 17 jan-
vikr 893 elle fit affeoir ce jeune prince fur le trrne de fes peres.
Ainfi l'ufurpateur Raoul etant mort, les Franqais ne fuivirent, pour 'affem-
bler, d'actre impulfion que leur attachment a. la-maifon -royale, et ils an'6-
terent unaniinement d'envoyer au plus tot en Angleterre offrir, de la part
des Erats, la couronrne a Louis d'outce-mer, auquel e!le appartenait.
Ainfi Louis V, fon fi!s, etant nmort fans enfans, la Nation fe rariembla
? Coi~piegne pour dtliberer fur le dioit du duc de Lorraine, lorfque Hugues
Caper ayvhnt avec .des troupes diflipe le paulement foutint, par une perfidie,
I. puififce qu'il ,s'dtait ut idonner a Noyon.
Ainfi fl'dit de Louis XV dn mois de jnillet 1'717 confirm le difot qu'a
ia Nation de s'aflernbler d'clle-mwme, au moins dans !e cas paiticulier que le
1monaique exprime, qui efl celui d'une traiiilbn de fa part.
Ainfi la province de Dauphinden ai-t-elle donned dans les derniers teams un
exemple memorable (18).

Obfervations particulceres fir le pouvdcir des anclens Ftats-

Charlemagne, qui le premier a fubftitu6 les Affembles par reprefentans
iaux Aifemblees par individus, rccueil'ait quelquefois-dans des-affaires en fuf--
-ens, le vceu general etlegitime des Peuples.
11 ne fe bornait pas a fair prendre 1'avis des gens en-place., des nobles
-on des propri6taires; ii voulait qu'on s'adreffat a tous cEux encore qui n'avaient
pour ,tout bien que la liberate; it ne redoutait pas Finfluence de la claffe la
:>p:us mini:6able, par .cela mime la plus digne de fes foins.
Charlemagne, en un mot ne penfait pas a-voir fatisfait a fes obligaions,
en consultant tous les itdividus, mais il exigeait une preuve authendte de
.'opinion d'un chacun.
* La plurality des fuffrages decidait du fort de la proposition; et'fi la-figna-
-'ntre des riches, comme la marque ou la simple croix des pauvres places
aj bas du project, l'emportait fur ie nombre des oppofans, ce project alors
recevait iindeftructible caractere de loi (19).
Telle eftl la narche qu'en 1798 plufieurs 6crivains propoferent de fuivre
pour la decision des principles queflions qui s'elevatent fur la composition
des nouveaux Etats.
Cet honimage rendu par un roi aux droits du Peuple, eft un trait hiflo-
.ique precieux a confervgr. Plufieurs autres examples prouvent que fous Its
diverfes races les rois farent fiequemiment forces de refpecter -galement le
pouvoir que les Etats-G~Ueeaux exercaient au nom du Peuple.

Brunehaut, propofait a Clotaire II de prononcer fur une question delicate.
Voici ce que le oit lui repondit : Le premier pas a fire eft de convoquer
]a Nation comme la coutume I'ordonne : ce n'eft pas une vaine c6remonie
que je peux negliger mnais un droit inviolable auquel je lie drogerai jamais ,.

Puti it declare en terms formels Naejon n'aura pas platot parole,
-qu'il fera de fon devoir, et qu'il s'einprelfera de fe conformer a tout ce qu'ellk
aura juge convenable de prefcrire .
Vainemer.t fe retrancherait-on a preendre que I'Affemblee don't il s'agiffait
-devait 4tre compofde feulement de nobles, et qu'ainfi on ne pouir.Ait en tirer
unie conflquene zc pleinerment fatisfefante.

Ou peut mener cet argument, fi ce n'ef a la plus inviol.ible.preve, id
pouvoir des Etats-Gn&eraux, qui n'auraient pas en moins d'autorit6 que cette
AfiemnbLe particuliere-?
Attribuerait-on aul feul cotnit6 des nobles un droit de fouverainet6 que
Ion refuferait aux Afl'emblees g&n6rales, ou ces memes nobles, fe trouvent
avec le Peuple?
Lnrtervention meme du Peuple, indifpenfable pour caracterifer ,ne Affem-
blke gne6rale, produirait-elle l'efet contradictoire de border la toute puif-
fance des Etats par cette reunion, qui feule la conflitue ?
Syfltme abfurde ; et bien loi de repandre de l'ombrage fur la puiffance
des Etats puiltance forTelIlement avouie par Clotaite 11, ie la conolide.-
uit-il pas d'utne maniere plus authentique ?

(18) Voye leproces-verba des Etats de Danphin6, affemblds d'eux-mnmes
le 21 juilet 788.
(9) UtPopulus interrogetpr de ca pitiis que in lege noviter addita flint,
et poftlquam omnnes conlnferint, fufiriptioneo vel manu firmationes fuas in
ipis capitulis taciant. Lex Salica. I.u.: tl,, A. 1, n0 40.
' t r t "

Imibu des m&n es princives, fon fils Clovis 11 les retralait inorgquer,
i .Al -1ml'lc de Clichy-la-Gareane.
StLe vain clat qui m'environne, difait-il, loin de m'bloanrr, re r,
qu', neclairer fur 1'6tendue de nies devoirs.
SPariti les obligations q'ils miimpofent celle de regler totes m*s 4
marches fur la loi, do tie prenm.i. aICun pJti, dans unA affaire importraH,
qu'apres avoir recueilli vos fufnrute et de uiinterdne toute innovating
que vous n'auriez pas a;ppinilvI, tient a jufi titre le premier rang. cc
C'eft--dire, qu( a a nceffite de prendre-dans les grahcdes affairs e va I
de la Nation, eot joint i feig ig.Imient du prince de fe conf6rmer irrtyaS.
tablemient A fon r6fultat.
C'eft- a -dire, que le chef ne peut vouloir que ce que la Natioji veu
qu'il n'a que la faculty de repr center ce qu'i| croit utile que la Naticn '
feule le droit d'en dtider, et tjii'une fois adopt6e par elle, la loi n'afI.
jetit pas moins le chef que les ihdividus.
C'et a-- dire que le pouvoir rtfide neceffairement, et tout enter, dan *
1'Affemnble generale, que les membres rnunis font les feuls et v'ritabli
fouverains, et que les rois de la premiere race ot)t perpetucllemcnt recon
pour leur conduite cette incontefiable v6rite.
Pour la feconde race, on vit Charles-le-chauve raflembler cette doctsin
ians utn mene capitulaire oil les lois ajoute-t-il, qu'il piomiugue do
I'agr6ment de fes Piples, n'obligeront pas moins fes iILceilcus-Sque hli.
mttieme. .
tun ev6nement remarquable, qui a prec6dd le couronnement de Louais 7
et de C.ilmniii accumule les preuves de la puiffance des Erats, ec coaf.
patent furtout I'idWe qu'en avaient concue les deux princes, qui leir dautea
de regner enfemble (20).
On trouve encore fous la troifieme race des vefliges de la p ,ifftnce &de
Etats-Ge6nraux et de l'opinion qu'avaient les rois de 1lur autorit6, fit
qu'ils fuflent composes des trois ordres, ou qu'ils ne renfermaffent en plus
.;-,an.le parties que des barons.
Sachez d6Lia ait-Louis Hutin I fes Peuples, que je n'ai past fait feul
la loi que vous allez ex6cuter, elle ne doit pas moins fa function aux per-
fonnes charges par vous d'en delibdrer avec vote monarque (zi).
Reconnaiffance formelle de la puiflance d'ut parlement compofd de barons,
'et par contfquent de Vinconteftable fup-riorite de l'Atremblee g6nerale.
C Plut a Dieu (s'6criait avec douleur Saint-Louis, en parlant du roi d'An.
gleterre ) que je puffe triompher de fentrtement de ceux don't je fuis obl;
de prendre les confeils!,
Aux affemblees g6nerales de 1319 et de 1327, Louis Hutin et Philippe
de Valois promr-ttent du ne lever aucune taille que de P'avis de Lur t~eupla
et de leur-confentement express. I
Ils recouin.ill-Air donc formellement aufli la fiuperiorit6 des Erats Gneraux,
qui fignalerent avec plus d'6clat .encore leur piiiffancelotsdiles deux avenemta
dt Philippe-le-Long et de Philippe de Valois a la couronne.
*Du marriage de Louis Hutin avec Marguerite, fa premiere femmte,it ne refic
a la mort de ce prince qu'une fille qui s'appelait Jeanne, et avait pour onde
le duc de Bourgogne.
Celui-ci tenta d'elever fa niece fuir le tAne l'excluflon de Philippe-Is.
Long, free du prec-dnt roi et vouluvtetayer du filfrage des Etas-
Generaix affembles en la capital.
II repoufferent fa pr&tention en confervant au profit de Philippe-le-Long,
la .prerogative des maless.
S Dcifion qu'attendirent avec refpect le duc de Bourgogne et Philippe-k-
Long -'et ce fut un novel hommage rendu' de leur part'4 la puili"nce due
Etats-G6n6raux qui avaient tennin6 le diffirend. -
Bientrt le d&ecs de Charles-le-Bel fans pnfolrit6 mafculine, fit renmitrr
la conteflation entire Phi.ippe de-V.jlois defendant en line directed di
Phiiippe-le-I1ardi, et le roi .d'Angieterre Edouard, innmme iffu d'une'fille di
Philippe-le-tel. *
La caufe fut difcutee folennellethent aux Etats-Gdn6raux, qui prononceraf"l
en faveur de Philippe-de-Valois (zz).
Jugement qui ne laiffe plus de doute fur la puiffance des Etats-Gnraii a
Dbutait-il de cette ftiprmie puilfance Charles VIII, don't le (hancelier,
en presence et de 'agriment dui prince, parlant, en fon nom, aux Etas
affembles & Tours, en 1484, les trairtat refpectueufement de meJiIgnZLr.J
SDnomination bien remarquable, foit par rapport au teins ou le mninirtr
iu prince_ setni fervi, _foit rJlar.iver.-m~ i an caractere- du p,+-rflonTiap .
qui a-ppas cru pouvoir la refiifir, foir inlin d'aprfs le monarque el it
prifence duquel fon chancelier en a tait ufage.
Louis XII renonqa 1 conclure le marriage de fa fille avec Charles-Quint
auflitt que les Etats eutrent cafe flmprudente promelle faite par ce prLfinls
qui Wneut garden de vouloir l1uder ine deliberation unanime.

(zo) C'eft encore une affembl6e rale qui dif&ra la couronne a LoIS'
et a Carloman, enfans de Louis-le-Be~ e et qui d6ida la quefltion if ,
repudiation de leur n;v..r devait les emp&cher de fucc6de'rau tro te. Lat. i,
fir les pademens tome I, page 19.

(21) Et feiendum quod nos et barons noflir flatuimus ct ordiravimus. I12t
lift. ft les jp.iimrcisi, toneI, p. 303..
S(z) Finalement parties ouies, fut par lefdits Etats prononc arrtr fel
avis de tous les princes, nobles gens de bone ville', jfticier tor noblab1'
oarns et accord par les r.ontmnd.ui, par lequel fur audit Philippe de ViTl'
djug le royaume d France et ft dclar. leur vrai roi et siuvr.'i t *
gur privaP ..yent boire tous autres et enjoint A tous d Ie reco' ,e ett lii. ob:ir et lots fut ningt a Rhims, par Guillau~tea"
nh.qI ,oo dudi. lieu, le jour de la Trinit en prudence duidit Edoo. ..
1m ne empecha pas. Papon, liv. 4 ,it. I, ar. 4, Frofard eNa '

Ma!grd le goat doe rlau"o's P' et de Charles IX pour le defpotifDe et
J a dilipiato.n, iJs no fongercn pa s plus A\ rdfifer aux Erats-Gd&raux qui
r pnelIt ic trait6 faith a Madrid par e vainqueur de Cerifolies, et bornerent
Chiles IX dans fa ddpenfe.
On a encore dans le difcours de Henri III .aux Etats de Blois, la ha.
jangue de Henri IV aux notables de louen, les lettres de Louis XIII et de
Louis XIV pour les convocations de 1614 et z6xy, des preuves nouvelles
de la fuperiorite des Etats, reconnue par ces quatre princes.
Si vous en ufez autrement ( expofe Henri III aux Etats de 1576 i Blois,
en leur denemandant ]a rdforme de plufleurs ;bus qu'il ddfigne ) vous ferez
combs de maleadictions vous imprimerez une tacho perpetuelle d'infamie
a vote mdmoire. ',
Et moi, je prendrai a t6mo'n le ciel et la terre, j'attefterdi la foi de
pieu et des homes, qu'il naura pas tenu A mon foin Pi a ma diligence,
que les defordres de ce royaume n aient etd rdformns; mais que vous avez
abandonn vottre prince en une fi digne-, fi fainte, et Li lovable en-
treprife. '
Et finalement vous ajournerai I comparaitre au dernier jour devant le
jge 'des juges 1 pou les intentions et les paflions fe verront A de-
convert." -
'11 ne leur dit pas ce prince, fi vous ne me fecondez point aveuglmenr
dans mies projects ,- jaurai recourse a I'jutote e, toujours inf6parable de ma
perfonne ; il (e coutente de leur oppofer l'opinion publique, et s'efforce
d'exciter en eux les fentimens de lhornneur.
Ce qui prove que fes functions A l'Affemblie general ne confiftaient,
de fou aveu, qu'a propofer, et non pas a refoudre qu'a remortrer, ,et
non pas A prefcrire 'quafoumettre fon opinion particuliere au fentiment uni-
veifel,et lion pas A fi bjuguer. '
Dirait-on qu'en accordant aux Etats le pouvoir, foit de rejeter les lois
propofees par le prince, foit den creor eux-memes, nonobflant fon oppo-
fition, il lui reftait toujours' a i moins le droit de goner le cours de cells
qui lui paraitraient propres A perpdtuer les abus ?
Charge de l'exdcution des lois, ajoutex ait-on qu'i' ferait pofllible de 'aflreindre
A fire refpecter des difpofitions qu'il croitaic connaires a l'intert general.?
Independamment de ce qu'une femblable restriction ramenerait tt ou tard
le pouvoir mionarchique au delpotifine les lettres du mame prince portant
convocation dts Etats.i Blois, fourmiffent encore la reponfela plus fatisf'cf.nte
fur ce point.
,, Alurant nos fujets ( encontre- t- on A la fin de ces lettres) que, de
notre part, ils trouveront route bonne volont6 et affection d'exccuter entie-
rement tout ce qui aura e6t avife et rdfolu auxdits Etats. "
II 6tait difficile de rdunit en faveur des Etats-Gdneraux autant de tires
en auffi pen de paroles, et de cimenter plus folidement leur empire.
times ntiaximes-, mme respect pour la conflitution ineine promeffe de
donner i la volont: des notables et, A plus force raifon a celle des Etats,
tine jufle prdfdrence fur la fienne, dans le difcours de Henri IV i l'Alfem-
blqe des notables. tenue A Rouen au mois de novembre 1596.
'Si je voulais acqatir titre d'orateur, j'aurais appris quelque belle et lon-
gue harangue et la prononcerais avc affez de gravity mais-, Mcflieurs ,
mon plaifir tend A deux plus glorieux tires, qui font de m'appeler lib6tateur
et-reftaurateur de cet Etat.- Pour A quoi parvenir je vous ai affcmbles. Vou'
favez a vos d6pens come moi aux miens, que lorfque Dieu m'a apple.
a cette couronne, j'ai trouv6 la France, non letdement quafi ruinde mais
prefque touted perdue pour les Ftanjais. Par grace divine, par les prieres,
par les bons confeils de mes ferviteurs, qui ne font profetilon des armes
par l'6pee de ma brave et g6n6reufe nobleffe "(de laquelle je ne diftingue
point tmes princes, pour etre notre plus beau titre ; foi de gentilhlmme, )
par mes pemnes et labeuts.i je T'ai fauvde de perte fauvons -la a cette heure
de ruine. Participez mes fujets, i cette feconde gloire avec moi, come
vous avez fait a la premiere. Je ne vous ai point appeals, conime feflient
mes prideceffeurs, pour vous faire approuver mies volontds. Je vous ai fair
affembler pour recevoir vos confeils, pour les croire pour les fuivre, bref
pour me mettre en tutelle entire vos mains ; envie qui ne prend gueres aux
rois, aux barbes grifes, aux victorieux ;mais le violent airiour que je port
a mies fujets, I'extr6me-defirque j'ai d'ajouter deux beaux titres A ctl.ii de
roi, me fait trouvcr tout aife et honorable. Moty chancelier vous fera en-
tendre plus amplement ma volont., ,
Un dernier argument en faveur du pouvoir des Etats, fe tire de h r6-
fiftance qt'apportcront en 1788 deuxominifres Fau.hl-veque de Sens et
M. de Lamoignon Con collbgue, A la convocati t. effective de cotte AlTem.;n i.iale', don't, avet ratifon ils redoutaient poureuxiles co'nfquences,
La crainte qu'ils avaient des Etats confirm qu'ils' talent penetres d'
I. cJainte de perdre leur pouvoir, et ils ne fe tuffeiir pas replies fous routes les
lotmes pour en louderr la tenue a 1exemple du cardinal Ma-zarin fi tI
prince n'avait eu qu'a s' montrer pour voir pr6mulguer fes ordres.
On pourrait accumuler, les examples pour prouver que depuis Petabliffe-.
meit de la monarchie Francaife jufqu'a fes dernieres periods, opinion de
la fitprioritn des Etats-Gdndraux fur le pouvoir de, rois, s'eft maintenue.
Scette opinion a qbelquefois, p temprter les exces du defpotifme il
au ajouter "que ce n'tatt qu'uone.bien fable barrier opplofpe ce torrent
defttucteur; car les rois ne parvenmiemt-its pas toujouis a luder cette ormbre
i,. Ia p.uiffince national foit en ne convoquant pas les Erats foit en les
afletvu.- in leiurs volontis, fi rion par la fored, du moins par la rufe,
corruption, les dons les plces ? Et d'ailleuns, la composition m~tie dt
cesO ats, oft dominaient denx premiers ordres appuis iiit-reiffs du def-
p te, ne les rendait-elle pas toujours les auxiliaires de Iautoeitr royale,
aetnes a donner une garantie e1gale 1 leurs ufurpations?
Preuver des ifiir ationi et des- progrs filuceffifs d pouvoir royal'en
France.-... Etat'. duigoiavernement dari les derniers terns de la
monarchie. "
.Nous avons examin ,le gouvernemnent Frangais tml quil a. t6 lors de
f'tab~lfment des francs dana leos Gaules, nus. 'avoas fuivi dans fes dif-
fOrentes p riodes. .... .... .

11 eft hors de doute que ce qu'on appellait fous Louis XVI 1a conft"ru-
tion du royaume, prlentaitipede rapports avec a conflitution des premiers
temside la monarchle.
Le People Franqais dans I'origine, a dd jouir de quelque liberty, et il ne
s'eft-pas d'abord donni un maitre abfolu. Cette verit6 eft appuyde fur une
preuve infaillible inalterable er qui 1'emporte fut celle des faits hiftoriques;
c'eft.qu'il eft abfolument iipoffible que le chef d'une troupe d'hoimi-s,
ui fe r6unit en foci6t foit un defpote. II eft choifi parmi fes dgaux, et
il ne pent enter danls 1ide e ceux qui dlifent. de luiii donner fur eux une
autorit6 illimitee. Ce pouvoir ne peut done s accroitre qu'a la fdite des
fiecles, par la rufe, par la force, 't par une multitudes de eirconflances fou-
venit imperceptibles, et qui echhppent i robfetvaion.
Nous n'avonfs point le contract faith entire les premiers francs et leurs chefs,
et fans doute il n'en a jamais exif&. Lorfqt'un People errant, guerrier et
fauvage, fe forme en corps, il ne redige point par kerit les conventions do
fon alfociation fes mceurs, fes ufages, fes lois, te confervent long-tems ,
inalterables, fans qu'aucun titre les attefte. Lart de l'6criture eit ignore, et
Idrs mmeV qu'on vient a le connaitre, des fiecles s'6coulent fans qu'on ema
ploie fes.caracteres a graver des initittions qui sobfervent religieuferent.
La tradition verbal ttanfinet avec fid6lit6 aux generations futures le petit
nombre de maximes fur lefquelles repofent le fort de r'Etat et le bonheur
des Peuples. C'eft lorfque l'ouvrage de la civilifation s'avance, lorfque les
lois fe compliquent, lorfque les infractions fe multiplienc, qu'on penfe'
prendre des pr'6cautions centre la mauvaife foi.
,_ Les monumens du premier age des Nations font toujours effaces par Ie
tens, ou dtin uits par la guerre et tous les fliaux qui renverfent les ouvrages
fragiles des humans.
Les debris qui nous reftent ne remontent pas a une tr6s-haute antiquity
ils fuffifent cependant pour conferver des traces fenfibles diu genre de liberty
premiere don't jouiffait la Nation.
On regarded commun6ment la loi Salique comme le plus ancien monument de
notre droit public. En fuppofant tous les doutes qu'on a 6leyvs fur fon exif-
tence, fur 6poque de la reidaction, fur la finc&rit6 des articles qu'elle ren-
ferme, claircis, cette loi eft plus, civil que politique, elle ne s'explique
mome pas fur les droits et les pr-rogatives die la Nation.
Mais en raffemblant ce quii nous eft parvenu des, capitulaires, ce que nous
eonnaiffh ns des anciennes Affembldes des Champs de Mars et de Mai, ce
que nous connaiffons des premiers Etats-Gkn6raux et mille traits 6pars
dans notre hiftoire, il eit certain, it eft evident que' nos rois talent dli-
gibles, des-lors plus foumis aux volontds de ceux qui taient" libres de les
nommer; qu'ils ne pouvaient rien fans le voeu de la Nation, que toutes
les lois effentielles talent faites de fon confentemrent; qu'ils n'avaient d'autre
revenue que'celui de leurs domaines ; qu'ils ne pouvaient pas lkver par eux-
memes le moindre imp6t' ; qutils n'avaient point de troupes itegl6es i que la
Nation s'affemblait A des 6poques fixes ; qu'elle ddcidait de la paix de la
guerre., de routes les affaires importantes.
La Nation s'ef lat ff ddpouiller infenfiblement de tous fes droits, et ilnt
lui eft plus ield qu'une ombre de-libert6-et un fantomedeopuiffance. Elle
ne fongea pas A rdunir en corps les principles, fimples qui fervaient de bafe
A fa conftitution, A les ex primer dans des articles claims er precis et A
fire n-i pace folennel ; elle ne prit aucune mefure pourt en garantir lob-
.fervarion; elle fit a fes chefs des conceflions itiprudentes, don't elle ne pr6-
voyait pas les suites funeftes ; elle fe divifa en parties, en factions, en ordres,
en corps et la puiffance royale, toujouts active, profit habillement de ces
fautes et de ces imprudences. Sous prt-exte d'6viter les divisions er les
guerres que les pretentions A la couronne faif.ieti ntaire la mort des
rois, on rendit le royaume hdrdditaire ce qui donna une grande facility aux
moniarques de tendre au defpotifme, et de fuivre avec conflance la march qui
devait lesy conduire.

Aufi, les voit-on fans ceffe occupds A envahir tous les pouvoirs p.irti-
culiers,, pour accroitre lear domination its ne neglig-nt aucuns des moyiens
qu'une politique odieufe peut leur fugg&rer; ils fement la haine, la division
d.ns toutes les c lffes a focitsd ils foileventrles petits fouverains entire
eux, leur mettent ls' marines' a la main les lailleir conid'mer leurs forces dans
dres guerres continuelles, etr sempnreit de leurs d6pouilles lorfqu'lls ne pe vent;
plus les ddfendre its careflent le Peuple pout lo porter a la r(volre contre
les grands`, qui Ae tionent fous I'efdlavage de la glebe ; its lui oitnt des
privileges, des franchises pour Pattirer dans leurs- domaiies, ils fe fervent
du clergy pour.dcrafer la nobleffe; d- la noblelle pour abaifer le ckltt ;
tour-a-tour et fuivait leurs, inrre&s, ils le rangent de lan .ou Inautie panti ;
its obtieninent de chacun ce qu'ils d-irent i la moit6e de la Nation Ie troiivo
perpetlilelient oppofee AI autre ,, e lle nie s'a.pptoit pas qu'elle combat
pour fe dontier des fers, et/fe me.ttrefous l'empire abflblu d'un chef.

Les rois on grand! foin de masquer leurs deffeins, ne pas.dnne
d'ombrage et de n'infpirer aucune crainte. Its confervept a la Nation P'ap-
parence de fes pouvoirs ils refpectent les anciennes formulas, ils aItenhl,.tc
les Etars, non plus ,-it eft Vrai, a des epoquts ddterminees, mais dans les
grandes occasions et fuivant leurs befoins; i.s ne demandent plus leuis vuo
lontes, masi leurs confi.ils; ils folliciteit des fccoursincelfiiresqu'ils obtieinnitit;
ils en follicitent d'inutiles, qu'on n'ofe leur refiifer ; pen-a-peni its ont de
Pargent avec' lequel its co rompentr des troupes regides- av;ec lefquElles i
intimident; ils deviennent redoutables i ceux qui veulent leurt i6filter ;'chaiun
tremble de leur I dplaire; 1-urs defirs deviennentr es lois; its halardentr' des
abus d'-u.otit6 qui font requs avec foumilfion les ufiirpatidJn fe fuccienit
et paffent pour des acres legitim-s ; on perd de vue Porigine de ,iur. p'Iu-
voirs; its pr6tendent les tenir de la divinity mdine;' et les-r'tres dans un
terns de fipeiftition, ne rougiffent pas de confacret cette maxime intinffe'i
its el6igneur la Nation des affaires, des regnes ntiers fe pillitnr fins la
convoquer ; its ne la reunilfnt plus qtie pour hli tem.nandir des ibIkids ;
Vis lui permettent de d.lib r. r fur TuIquies dkrails d'aidfiinillrrion', fur des
ordonnances' i ce point dhiuimiliation qu*ils nie hi, laiffenr plus la liberfc que deoprd-
fenter de tres hufables remontrances, des fippliques ; pour d6grader les
Affimblkes nationals et les rendre inutiles, its nimaginenr des convocationw
particulieres de membres choifis a lear gre dans les diff4rentes provinces diA
rovaume; enfin ils fiiment i'odieiix project d'tcindrE A tnujuts toites ces
affemhldes, qui confervaient encore in retfe d'ahergie etroppofaient qu'l-
quefois, une efpece de r-iflance .3 leuts volonuds; ils. ,4corent d'un ima.,
lacre de pouvoir des course de jufices, don't its fe fl.ttent de corromipre les
membres avec bien plus de far il, : telt dait le dernier afyle de Ja libert6
Sfrancati' depuis plus d4 u ctle et demi. ..

li---- -u--

I .... -M-

C'cft en parcourant les diffetens monu imens de Ihifloire, eten fihivant avec
les luniieres de la raifon ia chiaine dts ev6nemens, qu'on peut fe fairc une
ijule idee de %VcioifflnuAit piogrrffif du pnovoir des rois, et du deperii-
f lieit lent et graduel des droits de la Natiojn.
Tous les rois de IL.muope out ufurpd le pouvoir IpgiflatiFrur leurs Peoples,
les poquc's de cette ufurpation, dans P'lHiouire de la Nation Francaife, ont
donnt lieu a des recherchcs favantes. Voici cell=:. qu'indque'nc les moiumensS
hiltoiiqu.-u .
La Nation Franr qife eft forte des forces de Ia Gernanie. Les Peuples qui
les hab talent font les feuls que 1 s lo mains n'aient jamais conquis. C'etaienr
des Peuples ignorans, barbares, nmais braves, et ddfendus par leurs marais
leurs tIo'ts et leurs nIoeirs : ce n'elt pas chez de tels Peuples qu'on peut
trouver des monument qui nous aippiencnir ce qu'ils talent, et fous quelle
forne de gouverneient ils vivaient inais 'hiltorien remain le plus digne
de foi, nous a, trac6 leurs mmeurs et leur maniere d'ule goIvcrnuLS; c'efl de
,Tacite que .ntous devons Iapprzndte.
S':on lui les Germains n'avaient dautre propriedt que des efclaves et des
troupeaux (il ne fallair pas beaucoup de lois A un tel Peiiple) i s /taieunt
itons folJers ; ils fe lCk!ifr]j'.nit au. chef, et cc'tait lear roi : fous fa- conduite
ils allaient:au pillage, et fc ifj:'irt la guerre entire eux.: c'eft ainfi que vival .ir
daris la Germanie pne infinite de Peuples fous differens noms, fous lefquels
ils ont enfuite envahi 1'Europe..
SIs fe rafj,',?bl-ient en ple;n champ autour de ler roi et de ler chef pour fare
leurs loisS, 'i-.. air pour deliberer fur Yes dcof, importance a tous. Les princes
Sdeliberaien't fur ca rettes chofes a Nation fur les chofes imptrtrantcs i ce qui
avait ee d e ,ir par la Nation, tait auff port devant les princes (3).
Les Francs un de ces Peuples Germaiins, pafferent le Rhin, et firent
4d abord la conquete d'une parties des Gaules, enfuite de routes les Gaules.
s Iine prirent pas les lois d6s vaincus, que le defpotifmie des emperents
7 .1romiiSs ;ivihs i1s. ltur dloinerent les, leurs.

Auffi ,Aoic-on les Francs raflemlbksl autour de leur chef, en plein champ,
fire des lois: en common des,le commencement de cette monarchie qu'ils.
*tab flaient dans les Gaulks.
Tout Franc ou Ganlois vivant fous la Ioi falique ou ripuaire, avait le droit
*le fe rendre a cette affernbtle, .et v occupait une place. Quand une loi
propofee ne leur convenait point, ls ,laU rejetalenlit part nn murmure uni-
veriel; quand elle leur convenait, ils ftappaient fur leur bouclier en figne-
Ade conltcmiinenc. ,
Cell d.ns ces afftmblIes que; furent fateses les lois faliques; et 'on rettonve
Ldans lefpiit de ccs lois rout ce que Tacite a dit des moeurs ties Germains.
-On voit bien que les, Fi,is font un de ces Peuples don't l'hillorien d fi
bien ret.ic6 les m-urs.
Quand les Francs fe furent difperfrs dans les Gaules, quand ils devinrent
proprietaires, ils ceiferent de tenir leurs affembnies, par la difficulie mime
d(z fe rafltmblr.
.41 eft impoffible de d&terminer i'dpoqu poil ces affenibltes ceflkrent; mais'
qr oDi qu'il en feit, ce Ilut par le faith, at non par le ott.

Ne pouvanr rafflenibler le P,?upie Ftancais, les rois raffemblerent les vedques
Set les principaux chefs, et il s'ctablit une ariftocratie, an lieu d'une democratic
t jempmrle par le poaivoir dui roi et des chefs, telle que Tacite nous reprdfente
10e gouvernement des Gferniaiss.
Les rrancs trouverent Ia religion catholique 6tablie dans les Gaules; ils y
t'rouvtrent des eveques et des pietres; et Clovis ayanr adopted avec ton0115 Ies
i rancs la religion chritienne, il erait natural qu'un Peuple extr&mement
-ignorant, donnat bkiicoup de pouvoir et d'afcendant aux pietres de la
religion qu'il adoptuit.
Mais les evques, accoutum6s au defpotifine des empeteurs, et etant les
fieuls qui alots fuffcnt lire, etiient deflins a reproduire ce defpotifnme, et
iA faire oublier bintitt aux Ftaiinius letir conflitition libre.

: S. Paul avait r0comma.nd I'ol,',fa e la plus entire aux pujfaaces., et le
ckrg6 prUcha 'obeiffance aveugle au roi
Cependant les ve&ques voulrirnt retenir pour eux- memes utne parties du
poilvuir icgiflatif aufli n'efl-ce pas line monarhlie abfolue qui s'etablit alors
anais une ariltocratie du roi des eveques er d&s grands du royaume, qu'ori
appelait aloes Icades., anirufltonrs fidelles.
C'eft par ce corps ariftoctatique que furent faites les lois fous la premiere
r* ace dk tios rois. : ..
L'Ailemblie qui tf tint a Paris etf ,6x, tait ainfi compofae, et I'ordon-
Ssnace qu'ele public en eft la preuve (14).
16 Tout e tn onde faith comment les maires du palais s'emparerent de ,'auto-
;ir ,,royale ai, prejudice des v6ritables rois. Pepin monta fur le itene; it fe
.fit facrer par.; papere Etienne, pour Iei impofer a des Peupies fuperlitieu.x,
par le prestige. d'une cir6monie religieufej eti de a11 les !y~ques. renou-
S velau les tihpcrltitions du Peuple JJuif, commencerent d'appeler les ris I'oint
2du Stignear ,. la proper' puiffinte des v&ijues s'elevait par cette nouveaure,
SLp4if'qeac'taent Eux qui Lainient les'rois par Ia ccricmnnie du face, et les
corps ie perdent jamais V'occalion d'acqudrir .que!qu'avaritage. ,
Pepi, pour colorer encore fon usurpation, appela auttout de Iul, non
tous les vMque-i .r tous les grands du royaume, mais ceux qui iavaiit
gid' dans fes projects et il appeil ceite aflembiee de fes conf6dedrs, lalftmbler e
I':ra ,a. Nation rr.itnaif i : il e fir dfrerrpar ,eux une couronne qu'il tenait
"daja' par le droit do plus fort, et qui n'etait pas en leur pouvoir.

-(2) De mineoratu pri ,onfultant, cdie majortbus ones 'itea camest at eia
qu&wum penis Plebetrrm arbltrium qft, aped prinipes quoque pertracientur.
(24) Ceire MIdofnance avait pour but la riEforne du gnuvernement. Quciiarqu,
Veir hant deliei'CLewi quavn urnrrFiiriBs CT CN MAGsa"1 viris olti-
matrtirs -rnt riifrazewu ?ztrrs ti fynodaly oncidlio inftiuimus, tnieere
prAfumJfirit in ipfwn, capital fententid judicttir. Ait. 14. '

Pepin continue de tenir ces affenibtes au mois de mai; elles furent apple
Champ de Mai.
Ch;,len:.ugne eut du genie et des vermts ; il parent connaitre les droi(s 8
horinme,s, et ii voyait le Peuple avec refpect avec lequel les homw
vulgaires voient un prince fugitif dMpouilld de fes Etats.
JI favait d'ailleurs que le feul moyen dopdrer le bien public c'&tait
iitercifer chaque citoyen.
11 ett r6gigcr4 la Nation Fraiuaife; 1 e6tait affez vertueux affee jufih
et fur-tour affez dclaird pour lui rdlitner fon antique forme de gouvernerag
triais, d'un cbt, la Nation n'6tait pas Jl.airee elle-mnme ffur fes u oi
de l1autre, il lui eat et inmpoffible da. vaincre la reiftance des eveques C
des grands. .
Ce .ft avec peine qu'il fit admettre le Petple aux affemblees : on pe@
bien qu'il ne put y paraitre qu'avec le plus grand ddfavantage.
Les capitulaires qui, fois fon regne et fous celui de quelques-uns dc -
fucceffeurs, out ete rdiges dans ces aff4mblees, font, apres la lol .ilique, b.
feul monument narionil qui nous r,eftle Ces capitu'aires annontent que 14'
lois doivent erre faitcs par le concoirs du roi et de la Nation, par la co. flatuci
dui roi et le confentement du Peuple ,(I).
II n'eft pis permits de douter que la puiffince lgifliative ne tefidat d
le corps de la Nation fous le regne de la fecoride race puifque fes ci.
tul:it 's difent eux-memes que la loi n'eft autre chofe que la volonie ae la NVt.iw
promulgue'e par il prince.
Chailemagne edt pu s'emparer de to6s les pouvoirs s'il 'etir voulu; is
division qui regnait alors entire la nobletle et 'e clerge, et ha haine gc*
-rale ties P'uples pour la noblefe et le der.g6 qui les opprimnaient eu*l
ete pour lui des moycns inftaillibles.
Mais il eaitr trop grand honmme pour tie pas voir q ue;a libertt des Natiom
eft la source des grades chaoes, et quunh roi na de v:fitrale puiltarco
quaiutant qu'il regne fur une Nation puiltlnte. 11 meditait de grandes chofC,
et il preparait la Nation a les executer.
Enfin, ChIulemagne donna tounours 1'exemple hlu-mrnie do refpect di isa
lois, autant parce qu'ciles eraient la feule bafe inibrinlable de la grandeit
et de fa puifflane, .que pour apprendre aux Peupl-s a les relpecter (z6).
tLes faibles fucceffeurs d e grand prince-ne furent pas maintenir les l i1
et I'ordre politiqiuei qu'il avait etbli.
Charles-le-Cliauve voulur fe rendre maitre abfolu; en ne convoquant phl
le Champ de Mai il crut fe rendre legiflateur ; les grands du royauiimi
devenus independars, nhe lui contefterent pas le droic de commander, paic
qu'ils s'ktaient, arrog6 celui de ne pas oblirr; et alors commenqa de s'eidkii
Paniarchie la plus affreufe fous le nom de gouiverneient feodal.
La pniflancefouveraine fiut de toures parrs envahie par les feigneursli l
plus puitilImt d'entre eux, Hugues Caper t, s'empaia du rrone; er Ion no
connailrait plus deji en France d'aurre lien focial que la foi et himninage.
A ceite 6poque, Ia plupart des feigneurs 1.,iqnes televaient encore dIit
couronne; ima-is biertfit ils en devinrent independans; et grand noinbrr'ih
feigneurs diient' u'ils n e tenaient leur fief que de Diet et de lA.r tc et fo'a-
tinrent fouvent ce droir centre le roi, les arms a la itin.
,Chacuns'empara de quelque fief, et les petits fe mettaient fous la prO
section des grands pa l foi t e homage.
On appela feignemie allodiale, ou aleu, le fiefqui ne d ipendait de perfonn,
et 'iire.-iefcelti qui tendait toi et hoinmage a un aucre.
Le Peuple fit r6duit en fervitude reelle.
Les feigneurs firent b.ittre monnaie ; ils s'artribiierent le droit de gusffe
e tde paixi le droir de faire rendre ib jullice ; le droir de regale fur its
glifes de Ieurs feigneuries, en wi mot, tons les droits de la fouverabl
puiffanice. '
Les rois de France etaienr bien loin de jouir alors de 1'exercice de la pa~
,fance 16giflarive ancun lien i'unilfit la loci-et ell- n' pas. La p6
face Ilgiflative n'avait d'aillcus aucun moyen de vfexercer ; car chaqi
feigneur allodial avait fa cour de justice, et rou- les procks etaient jL
fuivant les coutumcs des fie(fs, qui renaient lieu de lo;s, et par Ia diti !:
Les parties avaient le droit de demander le duel pour d6cider leurs dil4
rends, de le demander contre les itmoins, er meme corrtre is juges; d ab
cofitee le premier qui ouviait fon avis, puis centre le second er ainfit
fuite ert fielles laiffaienr rendre un jugemen fLans demin ler le duel, 111
avalentle, droit de Je demander centre tous les juges qui avaienr renr4tu.
jugement.. .1
,Des hom"Mies aufli barb.ires que ceux-11 ne pouvaient reconnaitra aucusei
ni aucune puiffance legillative.
Ce regime a dMfole la France pepdant une longue fire de fiecles.
-Chaque feigneur avait (a cour de jtiftice, le roi avair auffi la fiemne
comma roi, mais comrne (figneur ; cependant cetce cour etast appelee la
daf roi, et elle 'lt lorigine des parlemens.
SLes vaffaux imamidiats de la coironne d4pendaient de cette cour; m
mefure que 'autorite d& s rois s'agrarcifiair, les vallaux des autres C-ig'1t
Jludaiene les course de leuis luzerans, et allaient chertier une protsctioiw,
coir:dueroi. .e
Cependant cette cotr du ioi fe remnplit de barons di duche d- Fria-k

(z5) 11 ne faut pas entendre par confaimin du roi, autori*du t .i' l
fianctiuon du roi, .
Lex fit confinfu Populi, et confitutione rffis. Capitulaires, annei 864.
(a6) Taflillon ,duc des Bavarois, futcondashn : mtnore par la Nai.n
il 4tait parent de Char!.-magne, qui ne luii accord yas la vie d4 Toa aot-
privbe; il demands (a grace A la Nation et i'obtit.

1 '

Lrri-~l II Cl-- ---L1-l---u-*---. ^..I.-. ..-

S-,ii d'Orlant ; e st Ies grands vaffTax nli'ne, qui n &trejitgs
:-t ,ei lois fredales, que par leurs pairs, par une iniconifqlient bien
dela v.i iabiliiL de routes Ces lois, ou plutot coutulnes, lie 1e firent
ii-e diflicuitd de relfortir a cette couch qui, compofle de -feigneurs bien
.'.tiuns b uil(ils qu'eux, et attaches an roi, fe flrent uh devoir de dgtrader la
1'i'iitbies premiers fiefs pour devenir eux.-mneiies les 6gaux de ceux qui Its
I i, r ,

La confiance que ces feigneurs avaient dans leurs propres forces, les em-
1ieclla de s'appercevoir de IA forme que preliait le parlement; fans cela ils
., .iiitir pas touffert que des barons, qua n'etaient pas pairs du xoy.niine,
ilik-it ksljges de la palne.
Une vanity mal entendue Jes. emltnechair encore de fe rendre A la court du
oi; ils trouvaileit toujours deb exetis pour ne pas v'y rendre quand its erai6nt
,,, .i:s iet le, roi, qui r Ldouiiic leur pr6fence, lie manquait pas de trouver

Les pairs eccleiiafliques s'y rendaient ; ei crmme 'ils avaient deja dtabli des
ii,,.iL1ies r guiieres dars leur in.miere de rendre la jufftice ils portercert ces
itiem1ts rcgles a la cour do roi. C'eft ainfi qune coiinmenta A s'eta.blr ile: forte
'a i'.iularitu dans l'adminiftration de la justice.
rhilippe-Auguflte, facr6 en ,xiSo, 6tablit Iappel de deni de juftice 'ou de
.,'i, diit. 11 trappa in giand coup conutte li gouverneneiit fModal par cet
Le roi convoquait le 'ailcment iuand il lii plaifait, et il le
coinlilie it le voulait: il n'y app la que des pr6lats ft des' f'igneurs d6voues a
fes vololnts: il t~ifait antitrili-.r toutes fes mefures par des arrets de fa cour,.
tr lts grands valthux qitli .'Ce'iifienti d'y obeir dcfuuis enrre eulc, ei n'ayant
aucutii-oyen de fe reuhir pour fe-fountoiir muitcllelnikt., eraient iaiies co-Ciille
'Jts. On les acculait de trouble la paix piblique quand le roi paraiflait
'i,at ; ;r et refpecter lui-mneme les coutumes ftodales.
An lieu de fe rtunir, les feigneurs ne s'occuperent qu'a fe detruire entire
cinl, et A acqunrir eux-n mes fur leuis vaffiTx les droits que le roi acquirait
tolls les jours lir eux.
bidord roi d'Angleterre, et liun des grands vaffaux du roi de France par
la puilifion de plufleurs feignieuries confiddrables, avait tenu Philippe dans
tine contraiite extrimee ii mourut, et Jean Sans-Terre, fon fucceffeur in-
capable de foutenir fa fortune centre Plulippe ne trouva perfonnie qui ofat
Oin1i .i %ultic 'hlir.a it i poiuri dtL ndi-; au;contraire, le duc de Bourgogne
lt hl cwiit!fl de C(h uiiinpge s'unirent Philipihe, qui fit la guerre avec trcces Sins-Ttrre, et le fit cond:mim:-r a mort par fon parlement, pour leo
uintrA e de Ibn neveu Artus, due de breotagne, avec confilc.ition atu profit de
lh Ctiuouime de tous les doiiaiiis que Jean Sans-Terre polftdait en-d&qa de

I',t cette nmlioivre, Philippe-Augufte acquit la Normandie, PAn~It le
haJit, le Poitoa, la Touraine, 1'Auvergne, le Vermandois et IAito;
I'.s-Ilos il ny eout plus d'egalite de forces entire le roi et tous les grinds
v.i].tu, du royaume.
Loiuis-le-Gros avait pr6c~demment affranchi les communes, plus par befoin
d'. '. int que par politique. Les fcig nacits avaient imite cet example pour les
nttlias taiiLs.o et le Peuple avait commence'a refpirer et a fecouer la fLrvitile
1-.ud .:, en achetant une liberty quil renait de ia nature.
II 'et:it formni des villes regics par des confils, des 6chevins. Cependatit
os %ill.s J'peid dii.;it des jufi'ces des feigneurs qui leur avaient vendu le droit
tie -.niiil .llU .
Les commnunes qui ne depend iiil t pas du roi fe faifaient garantir I'.allurn-
dmillfii t par le rot et les rois qui trouvaient drns cette formal tln agutiliiL-
tlie.t ktdatorite nie manquaient pas d'accorder cette garantie.

Its eiablirnt des baillis et fenchaux pour adminiftrtr la justice. Ces bAillis
tiCpitaieoti fans itl -i'm les droi:s des feigneurs. Si les parties plaidantes de-
CarAitl erie obus la protection et garantie du roi ans menne examiner le
tit, Vs baillis s'cntiparaitnt du process. Ils imaginerent les cas royaax, mais
I... taiais en detinir la nature, pour fe refarver dLn ori.te xte terniel d'envahir
'a S;. dts feie"urs et enfin les feigneurs perdirent la fouverainete de

Sonsle isk de Louis VIII, les feigneurs eux-memes, appauvris et deftriis
atu la'tfLs Lde l'eat de guierre dains kqucl ils vivaient entire eux; les feigneurs
i.' ii i,, des vexations que Icins lut,. rains exerqaient centre eux t Ils
t,, -.iu. s qui s',taient uiiliitli.'es cl*in1.tiint les maux tde cette aiu.irchlie
odaklj. LLs i i t \ ti de tous les dtats 'commnena'eit A reffentir le b-f l'ii de
l(is qui rte1plalirent des coutumes bliz..rics el -i,c vrt;ints. Louis VIII lit
'I1t1-*i. ilhul.miiuni g1lmerauxs "u is ce -, ieglnimnis Bg.neiiraux Ilot des traits que
Jas paties iniitiel;cs preomcttent d'obierver (7. .
,um''lt.tij qui lui ifuccd.i, et fur fac 6 en 2.26 ee le premier de nos
tois qui air fait des lois g..i'Cales qui font appirj s E,,i,N]:,.'m.,,s de Saint-
l .is. *
Cts tra.blIiLIi:,lss font pilitot)r des conf'eils que des lois. Tons les Frt
y d u:,.,parce que Saint-Louis iiianitfll."Iu des vues, de bieen public, ct
li- utouR, lafles de i'anarchie !i'i.ila et des maux qu'elle avait products,
i.ii, ii lt be befoin d'iune pLill (e lIgll.tive bikn loiigus dI .ivoir en qui
dolt tefider cette Ipuil.oicOC 'ils voyaient la nccdtiie on-louleiient de fixe-r
-'.5- '0,ulluicsqii petndaiit qu.mi c files avaient tenu liet de lois, avec nIio
ili!ii,. iitnuyable, enais. eicori eI bcti-in de lescorni -L.
II sctablit alors la tiaxime que le rotl it.i le fouveraim de nius parce que
tol voull!i,.int fe deb.urail r dos .ifii'.s fouverains. Le clerg? 2uLci iguliriit i
tn P-lltiiqlU que le i-etto des Ft.,n it., voyant fon piufit paticticlier Ala Id, i-
Iii6 ti.,i1 du gouvernt'eietit i oddal, Yiptir tes' a'n i tilcs opinions fur l.i royauti,
< i-lit le dfpo6ifine.

('l Ldotcttus Dei gratcitd F1',n, R ', oi '...' ad quos litt.r ir f-rt.t
fcrttieat, fuauttm : ntveritis quod per ,oluantatem etajjenfufm 7,:..'q'.f/ Je.. iI, ,,
'. .**"***,', b,.mrnuun et militum r.g .i .LFrtca quit Judgeshabent c q..'; :.,Ui.-
Sa de k ,nt, fecimus jfabdillmenripn 'per"Juddos, quoad juraverunt ten',idum illi
S""",a'rnpifubfqjbentur, Ordouninucs uu Louvue ,tiJ. .

La profcription du duel juiniaite, qui avait ete la Ceile iiurfpi i0iir-- de
ces tens barbares, ayant tait place a uie imatiere de pirc. di reguliere, les
imagiftats dilrent entendre des timdins confulter.des actes, des charges. Les
feigneurs, qui ne favaient pas m1me lire, furent obligs d'admettre parmi
eux des hominmes tirs de la bouigeoilie', fous Je nom d,: ,4ii'.t, .tlla U.'i.u.s ,
confervant pour eux la denomination de confeil/ers-jugears.
Saint-Louis fit traduire le codede Jufti ien et la Bible, que ces iuges talentt
oblige de lire. Les feigneurs fe d6godterent de ces fGoAiLtion4 pnibles et
uis les ab.iiidonnericntL en enter aux confeillers-rapporteurs. Bientot serablit
ce novel ordre de citoyens que nous avons appelle de robe. La
nobklle les am6prifa. 11 s'auradlerciir a faire leur court an roi, et a degrader
la dignity et la puinTfncze d;s polltlcuis des fiefs.
Ces magiftrats intreffis d'un Ic6t 3 abaiffer forgueil des fiigiipuiiis en
levant la prerogative royale, ntrav.llrent fans relkche A remplir cts deux
objets 5 dun autre c6t6, n'ayant d'autres conntilances que celles qu'ils pui-
faient dans la lecture de la Bible et celle des I ititiitions de Jtflinien ils
appliquerent I 'autorit6 des rois d'e Frapce tout ce qu'ils lifieiit de cle
David et de celle des empercurs rom.nins.
II fiitillait encore des feigneurs, ind4pendaiis on aleus; mais leur indd-
penidmicc difparit bient6t devan Its fubtilicts du parlement et des jurif-
Le parlement n'6tait pas fidentaire avant Philippe-le-Bel ; le roi le coin-
poEfit tous les ans fa volomi lPhilippe-le-Bel le lenifit Ifdent.iiie. Ses fuc-
cefleursNeen out enfaite cr6e d'autres'dans touts: etendue' du royaume; et
ces corps 'agiffant toujours par la volont6 des rois, ont inv.lli les rois de la,
puiffance de la Nation. ]ls ant garden une parties de cette pii~tince, par 10o
droit quils fe font referv6 d'enregiffrer les lois i forme qui du moins a
conilc:i v, I'idee -que les-rois- de-France ne-font pas les-maitres-abfolus-de-
leurs fujets.
En 1788 la Nation commenqa a fentir la n&-efret6e de reffaifir fes droits :
un cri g6niral s'6leva centre les rettes de 'ana.rchie feodale sx centre cette
autoritr ridicu'e et abfurde d'un corps de magifirature, quin, pour comble
d'abfurdite achetait le droit de partager la puiffance legislative.
Elle s'eft accoutum'e a prendre le' faith pour le droit, fans longer qte la
puiffance legislative don't out joui les rois, concurremment avec les park-
mens, etair lne ufurpation r6cente des uns et des autres.
-f ,-s rois de li preniie race -fen out point joui-;-ceux de la feconde ont
dticli'. ui x-irie.1es, dans leutrs capitulaires qu'elle appartenait a la Nation ;
ceux de la troifieme race n'en'ont pas joui pendant toute la durie du gou-
vernement feudal, et cette dur.e a 6te longue.
Saint-Louis commenqa a Pexercer et Philippe-le-Bel sen mit en pofef-
fion; tccft Ini qui le premier raffenbla la Nation i e y appela le Peuple
mais feUleinent celui des provinces' meridionales counnes fous le noni de
Langacdoc et Languedoil. i
II n'appela point ces affembldes champ de Mars ni' champ de Mai, mais
L .its genei tdix. ',
Ce-sElats-generaux ignorant tous leurs droifs, 'ne firent que contribuer
augmenter la puiffance royale : c'eft alors .quon imagine les cahiers et les
doleances for lefquelles ils laifferent au roi la, liberty de frarner on de ne pas
Ilatuer, quand, its avaient le droit d'ordonner en legiflateurs, et de ret-
treindre le pouvoir ex6cutif das s limits quil leur, aurair plu de lui
indiquer. ,
Cependant', malgr6 cet abaiffement de la Nation et cette ignorance de fes
v4ritables droits, les rois ont toujours JI'_i.i ces Affemblkes, et la der-
nieie, avarit celle de 1789, ne date pas moins que de pr.s de deux fiecles.
Nous allons tracer, d'apres un 6crivain c6'ebre, le tableau de leur puif-
failLe dans les derniers terns de la monarchie.
-Depuis plufieuts fiecles le-roi en Fial aic- it-ini'tit d..uls fa main tons J,
gei cs de pouvoir, et fon autorit6 etait illiminrte :, I iaifait ks lois, e',
veilldir a letiur execution j qu'on l,!lecihilf. aux coifequences d'une tlie
cumulation le pounvoirs. Les troupes fbnt a lfes ordres ; il decide fenul de
la paix et de la guerre conclit les' traits dalliance de cui.,:i; .11, ',
I.,. m.tions voifines; dilpole foti gre du trifor public, et tfian &tre, oblige
'.n ridre aucun compte; nomme aux emplois civils iill air.s, eccl6,
.fi.lliqu.s ; difiribue les graces, leve les imp6ts qu'il lii pl-i t.,s piri,Jit
le conientementde la Nation,; il eenfin maitre abfohlt, puifqu'il a dauts t
miii.a tous les moyens de force et de corruption.
f..i nature feule des chofes pent refifler aux projers infeiife< et tyranniqnes
qu'il lui plairait de forrier: ainti que le Peiulc,, epiuile oir dans 'iimpolfi.
bilitd de supporter le fardeau des imiputs, id taut bien qiu'il 'le thil-, Ot
an inoiins qu'il naiumnieii,: pas un polds deji trop inlupportable ; ainfi, que
le cr-elit public perdut, Ila-reifoulce- ds iupr ntis hii- eft fenire. A -
fi vous .1-xc:ptez iune force nijmaure contie l.lii-nIle.toute la pniffanic humaineo
vientl fe bfiler il'neft pas une feule action qu'in f oi de trance ne puifle
faire iminpandment.
11 pent fe'jouer de Ia liberrt de la propri&td de fes Ilijels. Eo ivemit d'un
'ordre eman6 de fanrain., il fair arracher'un pere de riille de fa inaifon ,
le hit prcipitri dans un cachot fans que des enfans pl-ilet i clamer leu
pere dans, auc'n tribu nil. l1 le feraif; empoifonner il lI I .,ii perir' fan"s
u'il fdt poflible d'en tirer vengeance. -Les lois ne font rien pour liii. 11 et
d.reIndu ianx citoyens de pretet -:ir ai- effiuts du taux fix6 par les
.ot dominance", a p- in'e de plinliioin L.einipl.1re et il ouvre publi.]ii-..; ni des
L2e'p muni- a un denier fuperieut. LotiJuc les conditions en font fixes, cc
que le pillic fous la cooflance doe la pi.-) ifL- royale, a porte fes deniers
all trrfor, par des volontrs potl-iicilncs, :t Ions le pretexte injufte et fri-
vole des beloins dJT rit, ii viole fes e6igag.onirt, et baifle l'intiret ao-deflous
nieimne du taux l .ipl. C'eft ainfi que, par des diminutons fucceflives et arbi-
tr.mir's, des capitaux confiderables font devenus fans valeur. Un babque-
;routier eft f ltri d.iis I'opinion publique et puni par les lois; il faitune
baniqueroute, et fes cryanciers font dans iqupuiffance d*invbquer ces lois .
il faut -onc-,. quits revLi nt la main qui les depouille on do mioins qu'ils,,
etouffent leurs innuniees. 11 s'enpare d'ne fenime qui a en le malbeur do
lii'plaire; il exile le n-iadi qi ne peut plus fans defobdiffnce approcher
de la compagne a qui ii a itn. et qui lui a jure a la face des autels une
fnd.'id t inviolable; iLvit publiquen,'r.t avoc elle, i la dlare fa( miaitreffe,
Sf.uus respect punolti k:I. liot* d f iNaiu n, en ourrageant tout ce qu'il ya .1a


*s u i -- s i a t d .....
I aslI : iA elui dz-, r;
11 y a tj t) roi Zfs Ao i r 6itaflSif&S b-ij' &e..I trjs oiuit m
aims Ce ?'_UiJt C Ce dqati ti 0! he I-.- v:P C7 c l I-0ff L e
het fdiua 4Etst ';I ;u; I., g -. avec .-i-t .i JL tc ur tWe de
)ii:-i.:c -, leit c: s a de fe~s fuj is ,I
lhg':,t:i'de fon il u-,fc Ii'i U fI I,-s B iMCIMS L Ce q u e --fl quclit:
de cIn i&xerC, t c i e j p iwr &s fikveams elt sa e ot liBilue, fi n
i" ii i-I U1 t1 i4-''d, um ieua!ile attoce a la t&e do cou crut-
p p.a comniuttre a for gi* t Els !cS A5 fi t g i
la .Cf'i. Or, dais -tuoj desr difireAs igas, dans sdemieitrs fultout,
,-'.I na k -J acte de dfbofai:: polI- qt3u ait etetommisa
Exnamins litzed:-la Io:' fCots Louis YVer fos Louis XV fCotS ces re-
gees voit-onine LL-,ai--:co q- 3,'b i'-c fiton e baicer rautorit du
fo.",'tin, au mori; s'op,.'-rr in..u!icsc qu ilui phirait .de faire?
Ou Af-il ce c corps Iui a ?s ..; de r:d:c ? ou wz Les ,cnoyens arnes
,de qugt c ponvoir? La N",un De un vafte corps don't les niambres dif-
perles Wontau cun lien politqae qui Ies uniffe, et ce defaut d 'mle -n ic ]a
rend faLs monuvemen et "i'il. ece. Des germes '.i1oers renaiffans de haine,
de jfaoufi, fnaitmenLt as contraire des divisions perpeltueles entre kes corps
et les dif:.ees cafes de citoyeas.
11 a et plus facile de r:iir-par des co-.',cd'es, des alliances et des traits
es parties di p-ci'.s du viie territoite de la France que de raimenle a
un posing da ri'-abe er d'urniti es lois, les coutumses, tfpzrit des habitans
qui vi'.aiet focus des gouverneme-s divers.
1i s'en fut'p encore que ce caractere d'uniformiti foit repandu
9n s esa d3ifare.'es pro.iraces da roy'aite; et an stranger qui parcourait la
Gafcetgne et le Limofn ans favoir que ces deuax pays font focus la wnime
domination, etait bien dlGige& de le croire.
Toutesles provinces r o''. -!! ant allies on conquifes avaient conferv6 des-
:-.: i: ::- des tranchifes parades capitulations et des traits ; chacune avait
i'fcl* fa canue de la cafe commune, chacune avait moins de force pour
refifter auz'entreprifes desfouverains; elles fourniffaient les moyens de s'oppri-
nmer 'es et les autres : elles nuilaient airfi a leur dUfenfe particuliere et
a la defcafe gindrale.
Sous ce regime defructeur, la Nation fe trouvait partag6e en trois grandes
divifiorn le cirge la nobleff, le tiers-etat j ce font autant de factions
ennemies que des imamonitcs, des prerogatives metent continuellement aux
prifis. Le but conflant d&s deux premiers ordres eft d'ecrafer le troifieme,
er de rejettsr fur lui le fardeau des imports.
Avec de frmblables difpofitions, les trois ordres, loin d'oppofer de la r&-
fifacce au fouverain, 10i prefentaient au contraire la plus grande facility pour
devenikr d fpote, et fire regner fes voiontes arbitraires. Sans beaucoup d'ha-
biktt, i! proitait de leurs querclles et favait fe fair un parti puiflant, avec
sequel il etait affur dde la reufice de fes projects.
R:marquez que nous fuppofons les Etats affembl6s, c'eft--dire, la Nation
adns le plus haut ddgr6 de fa puiffance. Ehl bien par notre mauvaife conift u-
tion fociale, et par ie dtfaut d'harmonie entire les citoyens, dans ce moment-li
mime, le roi eff maitre et on laiffe up libre course a fon piouvoir abfolu: ce fut
ie rtfulat de tousles-Etats-gtnraux ,jufqu'auaernier fiecle. -- -
Qu'eft-ce don, lorfque ces Etats ne font point aflemnbls? Et le fouverain les
convoque i .fon g commie alors il peout a loifir tout fire, attaquer, tout
4dtraire commd il peut donner des fers a fes fujets, fans craindre aucune
oppohtion aucune defense !
Le ciroyen le plus Olev6 en dignity eft fans force, et le premier prince du
fang tell pas plus A 'abri d'un coup d'autorit que r'homme de la claffe
Ja plus obfcurc.
Les course fouveraines font des corps touiours fubfifans par la nature de
leurs fonctions mais elles n'ont que 'omrobe de la puiffance. Elles ont
done des preuves de courage et de patriotifme dans plus d'une circonliance
plus fouvent encore elles ont trahi la caufe de la Nation, celle du Peuple
fur-tout, pour la confervation de leurs intdrits perfonnels, de Jeurs prdro-
gatives, de lewrs droits. Que peuvent leurs remonttances les plus fages, leur
gVnereufe fermete, lorfque le fouverain ne vent pas les entendre, et qu'il
fe montre opiniatre dans fes deffeins ? Tout flchit fous un trbs-expres conm-
j-andement, on bien le monarque d6ployant l'appareil-4taeifpotifine, vieni
au milieu de fes parlemeus donner fa volonte pour loi, et fire enregiltrer
par force.
Lorfque la rhfiflance des course eft vive, qu'elle eft appuyde fur des motifs
folides, les lois qui excitent de femblables reclamations font prefque tou-
jours corrigees, mais avec des temperamens, des mefures qui les defigurent
et les corrompent. Les imninires ne veulent pas que f'autorite royale, on
plutbt la leur, paraiffe trop revenir fur fes pas, cramte de la compromettre,
eoiunme fi .e.. nHtt.. pas bi:ii plus. ttrantgciut (omproinift: p at u ilijullice,
pque par faveu d'un- erreuir ; its capituleir, ils adnmeent une parties des-
reformes propof'es, ils rejettent le furplus; ils laWit.,; tes articles douteux,
iequivoques, qui peuvent diverfement s'interpreter; ils en pafenit quelques-
Uns pour qu'on lear en accord d'autres :,,c'eft ce qui fait qu'en France.les
lois Ies plus inportantes n'avaient point de caractere prononce, une expref-
-fion-libre fiancie Ect piocif.- on eII umb le exac- er regulivr dais toIutes
leurs parties, tn des plus grands inconv6niens de toute 16gillation.
II faut ajouter que l uirte et le bien public n'6tant pas toujours la btfe
des remontrasces, des oppofitions des parlemiens, les miniftres facrifiaient
des vues fages a des clameurs infenfies.
Des affemblees provinciales ont 4tie tables dans les pJoviucs tie 6. FianceI
qui dtaient regies en pays d'dlection. Les membres on etenoinse- pn la
cour et requent leur impulfion do miniflere; le choix des repridentans dII
tiers-etar a excited les plus vives rdclamations. Ces reprdfentans jouiffaipent
prefque tons des privileges de la nobleffe ; de forte que le Peuple, c'eft a-
dire, la majeure parite de la Natioin, avait de pretendus reprtfentans et point
de defenfetrs. nfiin ces .af3Iamllees provihciales don't on renta .nrilife-.
anent, taienr entuerement dans la ddpendance du fouverain ; elles n'avaient
aucun tooyen de ti.ilia:e o h li oppofer contre fes ensntii's fur les droits
de la Nation.
Efl-il d'autres clafes de citoyens qui euifent plus de piiuiffance ?
-crin.t.r ,-les-., n-i. ?-.Os .r<.-fii -v.ains -et-qilfe--crovent d'uiie- antrc
nature que les anties homnmes ce font des oefdaves attaches par lets em-

!,i 31- cour, qui tre0ient leurt fortune et leurs dignits dtBn maltre d
Ii s diei r Ies caprices et 1 qui iis ttemblent de dplaire.
Seraite to nle itiir ? Cleft au contraire l'inlirument le plus redonaible
d,!piiii'ie. Les fois font fervir a leur gr6 contte la Patie touts e 1 11
chines atmees pour ia defendre. 1 faut avouer nanimons it la louage de ti
corps, que dans les dcnuieres anixes, c'elil-dire, depuis la guerre de I'-.
dpcniiiac Amiitcaine, untre ivolution aulli etonnante que falutaire en i
un peu, sais aiblemrnt encore, ch ang6 l'efprit.
Seraient-ce les renters doutt la fortune eft entire les mains du fouveran.
don't lOxiflleLce depend de fa volonte, qui dun fecl mot peUt rduie y
cfaik e irjumbcur la nmendicit6 ? Its aimeraient mieux voir better la Nadca
ians les fers, que de voir i'intirt de leurs fonds diminuer.
Ton Iles antres ditoyens font enchains & des dtats qui font Ila difpofitio
du roi. COr, alors en France 6tait-il un feul hommne qui p;At exercer fon
indufirie ni donner teffor a fes talents fans en avoir acher~ la Pcimit ion
et fans avoir obtenu des lettres du gouvernement. iA nelt aucun eta blitiemenr
que le miniflere u'infpectit et ne dominat; onI le voit, principalement rfoui
le dernier regne, fe mler de tout, vouloir tout diriger, tout coiiduirej
ii altere, il change les ftatuts qui fervent de bafe aux atts, m ntiers et pro.
feffions divers ; it affljttic les membres a des exercices, a des examens,o
Jes taxes; ii fait des corporations nouvelles, defunit les anciennes de forte 1
enfin qu'il nreft pas d'individ qui ne fe trouve ainfi tourmente par iautoritioz
fouveraine et dans un aifujettialement perpdtuel.
Chaque etat eft diflingue avec foin d'un autre ; chaque 4tat a des pr1&.
minences, des prerogatives particulieres et on ne pett impunnment paitEr'
ia ligue de demarcation. Les degr8 qui conduifent dut mtier regard conte
Ie plus bas, iufqu' 1'emploi le plus honorable, font infinis. Les homma
ivr6s a ce nombre prodtgieux de profefions, qui donnent kl movement et t
la vie a la fociete, dvitent le plus qu'ils peuvent de fe confondre. Celu
qui fe croit d'un cran plus dleve fait fentir fa fuperioritd a fon inferieur
Jans les circonflances de reprdfentation ; la predminence du pas,.devient nu
affaire tres-frieufe et mille proces atteflent comb ien les corps ajoutent d'im.
portance i ces orgueilleufrs folies. De proche en proche, chacun rend t j
humiliations qu'il regoit. AinLi des guerres inteftines et fourdes fe tomentenr c
uarmi routes les claffes de citoyens, et cette defunion des membres fait la a
force du chef. Sans ceje il divifair pour rigner. ~c '
Joignez a cela le caractere national, qui .vient encore fortifier cette pull. a
fance. Combien le Franjais n etait-il pas idolatre de fes maitres ? ne bmnifait.
it pas avec une firte de fuperfltitution les chaines qu'il portAit ? Au moindie e
signal de bienfefance et de profperite publique, fon roi eft un dieu. Le mnalheut
accable-t-il les provinces, le Peuple g6mit-il focus le poids des imp6ts et des
abus du pouvoir ? Le roi eft bon mais les miniltres le trompent ; il lui nI
attribue tout le bien qui fe fair, et it rejette le mal fur Ies courtifans qui v
QuAeflt dorc le frein politique qui eut pu empicher le defpotifmie ea
FranceqT Que on eut mis un C.gilaH. un N6ron fr le trne le fang n'au d
rait-il pas could par torrens ? Sans le defordre aff eux des finances, et quelaud d
mneur d'efprit public que des 6crits, dchappds aux pourfuites de I inqudiiune h.
firent 4clorre eut-on jamwis eutendu parler d'une revolution ? a,
On parole fans ceffe de deux puiffances auxquelles les rois, dit-on, fon, Ja
fominis ,-dont ils fontles efclaves et qui les-empechent de fair le Iralheur de
euris Peuples.... Letr inrtrt et opinion publiquc. On confond tonjours cegue
les fouverains devraient fire, avec ce quils font ou ce qu'on fait en let p
L'homme devrait etre temp6rant et fobre, it s'en trouverait mieux an uh I
fique et au moral ; combien de gent neanmoins font immoderds dans le a
defirs et fe laiffent em orter par la fougue de leurs paffions! LU'omne, pou
fon propre bonheur, devrait &tre vertueux et il s'abandonne au vice eCti le
crime. -
Les rois dcoutent-ils toujours la voix de la raifon et de la juffice, ou o
font-ils pas dans tous les teams, les infirumens aveunles de leurs paffions; ne
font-ils pas plus expofds encore que les auttes homes a 'erreur? ?Environpi1
des 1'enfance de flatteurs accouturmis I etre obeis au moindre capriJce, I
nerves par une vie molle et voluptueafe eloign4s de toute occupation f bi
rieufe, adonnes a tous les plaifirs, ce font peut-dtre les plus imparfaits da cc
homes; aufdi compte-t-on le petit nombre de ceux qui ont dchapp6 aut
vices de leur education premiere et a tous les genres de corruption don't O t
les afidge. O
Et l'intdret du Peuple eft la digue que i'on pretend oppofer a Irairrit e
abfolue des monarques! N'eft-il pas evident que cette digu elft impuigtanD
et qu'elle a dti mille et unille fois renverfde ?
Eft-ce pour I'intert des Penples.que les rois s'enivrent de la folie des Coat ide
-9qutes, qu'ils entrepreneneit des guetres injutes, onu pour fatisfaire leurn t mii
bition ? I
Eft-ce pour tinteret des Peuples qu'ils font des ddpenfes 4normes. i1 11
recompenfent fi magnifiquemnent leurs flatteurs et les vils artisans d0 "1111
plaifirs? El ce pour 'interdt des Peoples qu'ils laiffent piller le trifk Ies
de 'Etat par des financiers avides, par des minifres infidelles? Efi-ce pour vil
linter&t des Peupl-s qu'ils ne s'occupent point de la chofe publique, et vi
qu1ils fe dechargent du foin de rdgner fur 4ds fubalterneu qu i commanidet fi
en leur nomn? Eftl-ce pour nt4ride des Peuples enfin que piraiTent toutes
ces lois injultes, oppri crjptions, ces einplifouneImets? op
*i^ o 1
L'opinion publique eflt, dans Iles pays libres, tn frein plus puilffant contrt pC
Sufurpation ; mais 'qui1 eft faible fous le defpotifine Pour.qu il'opinion Pu' de
blique file toujours dclaire toujours .age qu'elle fe de.ployar avec d gnt6 ter
et energies 11 faudrait que la pe .: net efdt -poi t contrainte que tout hommet
pflt rendre fes iddes publiques, que la p 'ff ft libre ehfin alors Ia f- rei
n .ion rdpandrait la l fuere et inftruct on dans es efpit. Mais fi cu O
qi. out .idrc de fire adoprer un project, font en rinC terns mtl ti &c
d'emptecher qu'il ne foit xamiin6 et contredit, s'il n'elt permis d'ouvrir I!
bouche que pour le louer, de quelle i-nportance peut tre Popinion publique
Quelle conflance iirtirj.1a un tuibn al qui jueait les affairs fur e gapOf
d'une .feuie pattie ? "t es l r l e
On Ie fir l'opinioni puhliqu re ticoule as toLours d'une force ttt
pore. erfnne .ignore par qoos artifices on ha ordpare. LoS gens en P n nur r' e.
,ie ,, gl',grt ron tur tdlfpofer les efprit- I accu i;l]ir urs deff iS les p.:
(imief x ;. us -,r ,,les n p.1rro- des -epion I-teitk gages -iien fo.p
fponriix -loges, es w laorlgfent dans les painters ptblhc i d;e

YYIIrl~lrr*rrrr~~*Ilsl~llOlr~ULIUI** C _L

Nulle part on n'apper.oit la main du ldgiflateur cherchant a unir les
iommnes entr'eunx, A adoucir leur fort A protiger leurs perfonnes, lears
biens, a fubordonner 1'int6drt particulier A interestt gdnrtal, a les fair
colcoiourr a I'harmonie fociale;
Nulle part on ia'apcroit ordre, cete fyminmtrie qui brillent dans les
Otivrages de la nature et qui en font la beauty et la durde. Par tour, les
devoirs, Ies droirs de l'hominm font m6connus, oublids confondus le faible
efl opprime fous la puiffance du fort.
Si la tyrannie fod.le ne faith plus d'efclaves, elle fait encore des inal-
liherext. S'il eft permis A l'infortuid de devenir propridraire, l'imipuiffance
de fes facultes 'v'mpdche d'ufer de cette prerogative, ou s'il le devient,
Mnille entraves g~nent fa joUiffance et le forcent a 1 abandonner. S'il eft libre
de fa )C- Ioniine, .f.s -befoms i'enchai'ent A des travaux durs; penibles, et
qIni Ji procutrent A peine fa fnbfiflance.
Mille bifarreries, mille contraridtcs jettent le. trouble et la confusion dans
Is f6unilils et dbrailent leI propridtses plus flables. Chaque ville, chaque
village, chaque hameau a fes uWages paiticuliers. Ici le droit remain eff en
vigueur la il cft fans force; le fort des perfonnes, ce ii des chofes varient
fuivant les lieux. '
La France etait gouvernde par plus de trois cents coutumes, la plupart
oppordes les liness aux autres dans leurs difpofitions. Ind6pendmiment de ces
coutumes, comb'ende lois parfes dans des fagmens plusou moins com-
Plets, fous le tires d'ordonnances, d'ddits, de declarations a mefore que
es crconfailces inmpivues fe prAfnentent, on en faith de nouvelles, on in-
terprte fes anc;ennes,, qu'on laiffe toujours fuibfiler dans les parties non-
rtdl-.,.-s, de forte que fur la meme matiere on trouve vingt lois diffG-
renres et inconciliables. Com'iien de fornalites pudriles et don't la plus legere
romi.tion rompt les imefires les plus ages, ditruit les contracts les plus
facrds t
A peine dfans cette Ilfnilt de lois en trouve-t-on qu'on puiffe dire
*' tit elles dprouoventh en paftant par claa'>iie province, des changemens
qnu endent zndconhaiifal,. *
Dti fein de cette confusion, do cette contrarie6. de ce chaos 6pouvan
t be, naillicnr des divisions des diff6rends, des proc6s fans nombre et
cs prTocs ruinmient des fanilles entixcs en femlant la haine et la dilcorde
pami les--(itoyens.

~e la Nation qui fans jugement ,erfotinel; croit aveugliment fur la foi
ajtiirnri, rperc 1 'nnil'on ce qu'elle entend, ce qu'elle lit : et voila dans
Sr n,,, .uiit i'opinioni publuqiiu former. Le petit nonibre de ages qui rdfl6chit,
qtui nmdite dans le ilence de la 1rerate gin veut finc&rement le bien du
eenre human, sleeve centre cet engol4ment; les effects juflifient fes rdcla-
J,.tio,"s ; mais il /eflt plus terns, les coups font ponties, le mal eft irrdpara-
ble, et le monarque n'a cru cependant, qu obirs au cri public, an vCeu
uhani e de la Nation.
De plus, il n'eft pAs. A port.e d'entendre ce voeu. tielfgud dans le fond
de fon palais, les alatteurs qu. 1entourent lui donnehr leur opinion come
drant I'opinoiin publiqaue :s lui iemetcent fous les yeux les fuffrages d'ecri-
yains mercenaires qu'ils ont achetds.
Et fi enfin le moonarque eift parvenu a dddaigner l'pinion publique, a
s'irriter contrelle, la' regard.:r come un cri fddirieux, et A traiter ceux
1jui la fhorment comme des rEbelles, que devient alors ce guide que ron
veut donner aux fouvcr.iins e; qui doit rdgler leur conduit ? On voit qne
'opinion publique ne peut point fervi, de rempart A 1a liberty des
Maintenant, quel elft I'iomine de bonne foi qui puiffe dire que ce n'eft
pas lI un government defpotique ? Remarquez-le bieoi, un roi peut n'etre
pes defpote, quoique fe trouvant.a la t.te d'un gouvernement defpotique,
inas fon fuccefteur le fcia en un mot, il fuffit qu'd trouve toutes les
facilities pour le devenir iiiuptnmenrt dans la mauvaife conflitution de fonetat,
pour que cet epat foit delPotique.
Un niotiurie Franqais, obferve-t-on commiandait au norm de la loi, et
liii obill'i't r. ime tandis qin'ii de[pnte goliverne par fes volontds arbi-
traires. Cette d flinction iell qu'on jeu de iots pu6ril, qui, bien examine,
ne icfdcite aucun fans r:.:ifonnable.
11II neft ps iun feul etat d.inr le monde oa il W'y ait des lois; il Wefi eft
as uin feui des-lqrs oe0 le chef le plus abfolu tie command an nom de ces.
is: elles font, il e ft yrai, i fruit de fes volonmds arbitraires, et fous
ce ppiot de vue, il Aonvern par fes voIontes. Mais que font-elles done
au.rr- chore en tFrance ? N'ef-ce pas le roi qui fait les lois, qui les fair
cinti les reprefentations des cours fouveraines, centre les reprefentations
de la Nation elle-meme affemblde ? n'efl-ce pas lui qui les change, qui les
aa64ntit a fon gre6?. En un mot iil ny avait effentiellement aucune diffe-
ience eitre le pouvoir d'un roi de France et celui du Grand-Seigneur
et celui d'?ucun defpote: car quand on peut tout il n'exiflte rien au delA.
Aufli quels malheurs affreux n'ont pas rdfu't6 dans tous les terns de cette
mi.vaife conflitution et combien font crudls ceux oui nous afiligent I Une
variation perp6etielle dans les principles des gueires ianglantes et ruineufes,
des courtifans et des maitrelfes tenant les renes de I'Etat, difpofant des
graces et des faveurs, des imp6ts excefllfs/ des emprunts enormes, le
credit public perdu le tr6for royal livr6 A to is les genres de brigandages,
des dififpations folles, nucune bonne foi dains ,es promiff4 s les d6biteurs
de r'Etat mal pays, des banqueroutes, le comincice d6truif par des traits
hoaiteur, I'agriculture fans vigueur les campagnes ddfertes, la Nation
avilie chez les strangers, les propi4t4s' attaqt0es, flinffabilitd de tons les
emplois, les ordres de MoEtat perp6tuellement le jouet de rniiflres ambitieux,
la liberrd des citoyens ravie par les coups les plus arbitraires, des laittes de
c.achir des emiprifoniiemesiis ,n luxe effrend, la.corruption des mneiins pu-
bliques et domeftiques: et combien d'autres maux on ne finirait pas A en
preienter hliorrible tableau'.
Ce que 'on appelair notre droit civil, cette partie des lois qui erablit
les relations des citoyens entr'eux, fixe leur rang dans la focikte attache
des prerogatives on des difgraces a leur nailfance regle la maniere d'aqunrit
les, biens, de les recevoir, de les tranfmettre, de les perpetuer, 'tait tin
amas informed, un m6elange bifarre des lois gothiques et dtrangeres, rmal
conquest, mal rddigdes, fbriqudes fans aucun plan, fans aucune proportion
dans des flecles diginoiance et de barbarie.



Les oi's qui decident de Ilionneui et de fa vie des hommes noins tent-
ues dans leurs rapports, dtaient plus cruelles.encore dais leurs offers,
les ne refpirent que le fing la more, er fans ceffe la mort. Elles conf-
rent centre V'accuf6 fans jamais' rien dire en fa fayeur. 11 eft jet6 dans
es cachots affreux o. il reqoit des peines articipdes par des pri'vtioms,
s mauvais traitemnens de toure efpece ) tin myitere .effrayant envelope
iftruction j les forces font des pieges quiIli font re,,dui ; c'ef aau milieu
troub'e et des angoiffes qu'l eft interrogei on Ienlace da6s des quef-
ns fubtiles il refte fans ddfenfeur et if eft queflion de fa vie;. il ne pent
juflifier que lo.rfqu'il n'eft plus teams fes juges font ,dai prdvenus, la
Sleur a enjoint de n'entendre que ce qui pouvait 4tre a fa charge jufqu'a
fin du procks, et les t6moins, qui pouvaient depofer de fon innocence.,
at morts dans cet intervalle.
Que d'incertitudes fur la nature des preuves, que de yft dmes dangerent
le degr6 d'importance qu'on doit ajouter aux prdfomprions et aux pro-
bilitis i nulle, proportion, nulle gradation dans les peinms le complice
puni comme le coupable, le voleur come I'aiffinan des fupplices affieux
ur des d6lits 16gers, mille-cas non prtvus et laihifs i Afarbitrage des juges.
ins la balance des opinions, une voix fait pencher, une voix fuffir pour
ononcer Parret de mort.
rft-ce done ainfi qu'on fe joue de la vie des hohies, difons mieux, do
*vie des fables et des infortunds, car le riche et Je puiflanr ravent tou-
ars fe fouftraire A la rigueur des Jois? Le fupplice d'un hoinie dlev' eii
gnite devient une dpoque remarquable dans les annales de la juflice, et
.fque les lois le puniffent, elles tcmoignent encore des 6gards et une pr6e
election injufte. pour fa perfonne.
Combie-n I'obfcuritc de ces lois n'a-t-elle pas epvoy6 d'innocens an fup-
ice combien leur atrocity tfa-t-elle pas privd la foci tr des citovens qui
naient pia lui etre tiles, combien leur injuflice n'a-t-elle pas encourage
a crime.
Unte 6bfervation biendigne de reinrque, c'ef h que ces lois criminelles,
in de s. tre adoucies et pei Frectioniees avec ihumnanit4 et les lumieres des
ecles devenaient chaque,jour plus cruelles er plus abfurdes. La peine de
ort drait prefque inconnue chez les premiers Francs, tous les ddlits de
uniffaient par des amendes,, la proceduree par juries 'ttait en vigueur et
humanity avait donn6 des defenfeuis aux accuf6s.
Tont prercrivait donc de changer un ordre de chofes auffi nuifible au bon-
?ur des citoyens et a la profperit6 national. .
Telles font lFs v6rites que d6s l'annde 1787, des philofophes offrirent an
euple. Franqais, malgrd les barriers et les inquifiteurs employes a entraver
ur circulation.
Nous altons nous occuper a en fair connaitre les, prmiciphux fire
nemar.uer leur influence a filvie Ipurs effects, concurremmninrt avec ceux
ue ddrent produire egalement fur r'efprit public les f.iues di gouvei-

Le mot parlement a fignifid autrefois toute affemblde oit Pon re r6uniffait
pour conf6rer des affaiTes publiques. Les Champs-de-Mars et de Mai ont
t6 ainfi appel6s, et les Etats-Gnriraux, qui leur outi fuccMd6, ont 6te
defignes d'abord focus le nom de grands-parlemens. Les affemnl es conniues
lepuis plufieurs fiecles focus ce norm, et don't if eft ici qu~ flion out dt6
nhituees pour rendre la juflice, et fe tenaient deux fois par an. Elles etaiene
originairement compofees des hauts barons, parce que le dioit de rendre
la jullice, a de tout terns paru le plus bel apanage des fouvejains et des
ft-igneiirs.. -
Les barons 6taieuit pen infiruits, et la maienre parties ne fevait pas lire.
On lear donna pour affeffeurs les jurifconfihtes ou lgiftes appeles chrics, qui
compoferent feuls les chambres des enqudtes.
Le roi payait des gages A ces confeillkrs, qui furent appeles maitres. JIs
remplacerent les barons, et le parlement fat uniquement compof6 de gens
du tiers etat. Le roi ayant convoqu6 plufieurs fois les paihs au parlement do
Paris, come i I avait fait en d'autres lieux, et cet ufage ayant fubfifi ,
le parlement a prdtendu former la cour des pairs. Une parties de la haute
iobllte a continue de remplir les functions de juges dans quelques-unes des
provinces, qui avaient des foiiverains particuliers, et qui depuis out 6t6
reunies A la couronne.
La Bretagne eft de ce nombre, et il fe trove encore dans le parlement
de cette province des families de I'ancienne chevalerfe. Une feule eft refi6e
dans celui de Paris ; c'eft la famille des Anjorrant, qui depuis Saint-Louis
fiege dans cette court fans avoir j'anais 6te elevde a aucune des grande
dignites de la magiftrature.
Les 6vdques furent exclus du parlement, A exception de ceux don't les
domaines relevaient immidiatemenc de la couronne, qui en confluence
tdaient comptes parmi les .pairs, d'apres la signification exacte de ce mot,
qui fignifie parils ou egaux. II1 fe donnait A tons ceux qui relevaient du m&me
eruzerain, et rouvint a tous les homines d'une condition ,gale c'eft par,
icette raifon qu'il y avait des pairs bourgeois.
Les remontrances n'ont t&6 oligir iremenr que des r6ponfes fates auxi roe,;
qii demandaient au parlement fon avis, et le parlement a pris enfinte hlia-
bitude de le donner et d*infifer pour qu'il fdt fuivi, fans avoir te' confulre.
Les befoins de i'Etat ayant fairt imaginer de mettre a profit le droit que 10
roi avait de nommer aux places de confeillers et de prtfidens du parlemeit,
oa crda plufieurs offices deiconfeillers, qua furent yendus, et par la iiite
ces offices et touns les emplois du royaume eurent un prix fixe ; enfin on
finit par crier des emplois pour les vendre. Ce fut utn grand mal dans ces
terns, mais les inconvdy ens en onat & rachetes dans les teams polifrieurs
par des avantagcs rdels. I
Lorfque le parlement fat devenu' fddenraire, les rois s'hiiruercmt a la
confulter; et dans les tens de trouble, les chpfs des factions dominanrtes
avant eu aunfi recours au parlerniehit, il devint 'arbitre des plus grandes affires.
Ceux en faveur defrques il ddcidait, avaient interest A foutenir fes droits,
et le parlement dtait, pour fon propre', por6 a favorifer I'accroif-
1 k

__~~_ -U -C.~FY- ~-C

fement du pouvoir fouvet;n, en opposition & 'ariftocratle des nobles. Le"
roi, les grand, le i'eiult, ayant cherch6 en diveffes occasions un ;ipui
daus le parlement, fon antfrlte a pris un rapid Un acte d'at-
torite, favorable au fouverail tait faivi d'un auttre acte qui lui rair i con-
traire et l'on ne pouvait foivent contefter Pun, i.iau porter atteinte A
Pautre. Ltiftruction donnee aux deputs des premiers Etats de Blois porte
que >> bien que las course de parlement ne foient qu'une forme des trois
Etats raccourcis an petit pied, its out le pouvoir de fufpendre., modifier
ou refufer les edits.

Cette instruction, qui prove ce qui n'dtait point douteux, que les par-
lemens ne .p:i-linaicut pas la Nation, lear accordait cependatit un pouvoir
d'oppofition, en quelques points knmblable a celui du parlement &dAngle-
terre ; la transcription faite fur les regifires du parlement, des arrets, lois
et reglemens 6mands de la puiflance royale, flit rorigine de 1'euregif-

Les prleeniiis prdtendirent par la fuite, que certe transcription fur leurs
tegifires stait une function neceffaire 5 et le Peuple s'habitua A croire qu'une
loi qui n6tait pas infcrite fur ces regiftres, manquait d'un caractere effentiel
et nDeeffaire a fon execution. Ce sentiment prevalut, furtout pour les ddits
- qni dtabliffaient de nouveaux imports, don't le Peuple 6tait intereffd saf6ran
chir. La puiffance des parlemens augment dans les teams de trouble, et le
parlement de Paris a plus fait qu'aucune Aflemblee national ; il a donn6
trois fois. la .r6gence et caff& le teftament de deux rois. Ce meme parlement
&erivait de la mniniece la plus foumife au conn6table de Montmorency, en
1547; voici fes terms qu'on a peine a conicilier avec l'ufage oil it s'elf
-naintenu d'ecrire Monfieur au regent du royaume petit fils de Louis XIII.
Notre tres-honord feigneur, nous avons bien voulu vous avertir de ce
que deffus, a ce que votre bon plaifir foit Payant fait entendre au roi.,
nsous commander fon bontvouloir. ,

Les'parlemens, et dans quelques circonflances les chambres des competes
ct les course des aides ont oppofe une courageufe rtfiftance aux entreprifes
de l'autorite arbitraire et ont ete eficacement fecondes dans cette lutte
contre des miniftres defpotes par les moeurs et les ufages fortifies de lopi-
nion, qui a toujours eu on grand pouvoir en France.
Le parlement de Paris rait depuis plufieurs fiecles form des pairs ecclie-
fiaftiques et feculiers et de magiftrats qui achetaient leurs charges. Ceux
des provinces, inflitues par les rois, jouiffaient des memes prerogatives, et
les pairs y avaient egalement fiance. Les pairs ne fiegeaient au parlement,
que lorfqu'il s'agiffait de leurs intbrdts, ou qu'ils y talentt convoqu6s par
le roi, ouinvit6s par le parlement A y venir prendre fiance, dans des cir-
conftances oil il %oulait fe fortifier de leur prefence et de leur avis; fouvent
ils recevaient des ordres du roi pour-ne pas s'y rendre. I1 faut observer que
plufieurs fois ont af4iftt en perfonne aux process criminals des pairs; et la
chambre ou court des pairs, etait par tout oui il plaifait au roi de les con-
voquer, et non pas dans le parlement, de Paris, exclufivement i tout autre
lieu. Le pai element eli convenu, dans le quinzieme fiecle qu'il rnavait que
Ie droit de juger les procis, et non de connaiie des affaires-de finances,
du- gouvernement et de la guerre i mais dans les teams poftdrieurs, il fur par
Je fait fubtjitu6 aux anciens Etats-GUneraux.

Souvent il fufpendit la march de Pautorit6 arbitraire, et etaya la puif-
fance legitime et n6ceffaire du fouverain ; et l'on ne pent fe refufer a reconnaitre,
que la France et PEtat out les plus grande obligations au parlement de Paris
et a ceux des provinces.
Le parlement de Paris a &td le d6fenfeur de la loi falique et des droits
de la cduronne, centre les entieprifes de ia cour de Rome. Attaches aux
vieilles imaixiimes, les parlemens ont empech6, du terns de la ligue, que la
France ne fair dmnetmbr e. Les parlemens come tons les grands corps,
etaient peu flexibles et ils avaient cet affujettiffement aux forces, qui paffe
pour de la pddanterie, et qui eft cependantJle plus- fur rempart centre le chan-
gement et I'alteration des principes. Intermddiaires par le faith entire le trone et
les Peuples, ils out fouvent maintenu 'lun, fouvenr paru d6fendre les droits
*des autres.
Au refte, il p.iratra fans doute arrange, qu'en achetant une charge avec
I'agrim-nt du roi, on devint le reprefentant de la Nation le "difpenfateur
de la justice et le dofenfelr des Peuples.
Les magiftrats dtaient en general pen infiruits des objets strangers a la
jurifprudence; et divers prejuges, par la nature meie de ces corps, y
demeuraient profond6ment enracines. Confervateurs par effence des lois an-
ciennes., ils talent fans ceffe en garde centre les idees nouvelles-, et fii-
vaient tardivement les progres de I efprit i un corps ne peut pas fe mouvoir
avec agility6 d'un individu, iI march toujours plus lentement.

On ilur a quelquefois reproch6 de combattre, pour le maintien de leur
autorit r et de leurs prerogatives avec plus de force que pour les intrerts
des Peuples; et cet attachement a fes privileges eft un trait caracteriftique
des corps et de toute aociation. On en .1 \u des exeiples frappanis dans
les corps religieux. Le teams 6tait arrive de faire d'importmis changemens
lanis Padminiffration et 1'anantiffnment d'anciens prejug6s les rendait faciles.
On etait vivement frappe de la n6ceflitd d'etablir des imports, don't la perception
fit moins compliqude moins difpendieufe, et de fire difparaitre 'injufte
in6galite de la r6partition. Les parlemens, par defiance du gouvernement,
etpar affiijettiffenent aux anciens ufages, auraient oppof6 quelquefois de la
rdfitance a des plans fagement combines. Mais un gouvernement fermne,
6conome et 6claire aurait vaincu ces obstacles fubjugu6 tous les efprits
par P'vidence et la puret6 de fes intentions s enlin il edt determine ces corps,
don't il aurait gagn6 la confiance, a feconder Lfes efforts. Les, lois civiles et
eriminelles avaient 4galement befoin d`'tre retondues; la fimplification tairt
&6cellaire pour les unes et pour les anrltS, et Irhumanite prefcrivait l'adou-
(aiffr-,int on la fuppreflipn de lois barbares, don't plufieurs 6taient puikfes
Origiuaireuient dans le code religieux.


So-s les dertiers regnes.

lEa puiftance executrice, ou l'admuniftration du royaume, &ait confide anx
giiniftres et anx intendans des provides ; les afiin s qu'elle embraffe talent
zlpa.ui..s entire quatre fetrraares d'Etar. Les depanieens talent
v.. i de i guwne, de hla maine e; de. alAites tuagepect.

La talfon do roi, la police de Paris, les affairs da clergy et ,Ctei
des Proteftans formaient un autre d6partement mait quelquefois ces objte'
etaient divifes et ajoutes a celui d'un minittre en ct6dit. Les affaires g6n6
tales des provinces etaient diftribuees entire les fecdrtaires d'Etat ies conflia
qui s elevaient dans chaque province etaient portes devpat le fk.cretaire d'Etat,
qui en avait le d6partement, et c'tait par lui que le roi failtai conunnatr
fes intentions aux commandans, aux intendans, aux dvques et aux different
corps on communautrs. Le miniltre de la guerre avait de droit, par fa placi
la direction de toutes les affaires des provinces frontieres. Les quatre ot
cinq fecrdtaires d'Etat, car le nombre n'en &rait pas invatiablement fixd,
travaillaient chaque femaine avec le roi fur les affaires de leur department
et quand il y avait un premier minifre il afliftait I ce travail.
Les finances talent. adminifltres par le controleur gnnral, depuis qyu'l
ny avait plus de furintendant; ce minifire n*l ait point conmptable, pare*
que routes les d6penfes qui excedaient mille livres etaient ordonn'ees par
le roi, et I'etat en etait fign6 de fa main. Les details de la finance &atetr
confids, fous l'autorit6 du controleur gdn&ral, I un magilitat qui avait Ie
ite d'intendan des finances, et travaillait avec ce minifire don't il n'eia
que le premier commis avec un titre honorable. Ces places donnaient l
premiere confiddration; et fouvent des intendans des finances but prefrr6
cet emploi liable et utile an pofte orageux de contrbleur-genral.

Le chancelier de France 6tait chef de tons les tribunauxj il erait 1'organa
des volont s du roi aupres des course de juflice pouvait mander chet. iu
les fecr6taires d'Etat, et prfdidait an confeil prive, compot- des confeiller
d'Etat et maitres des requetes. La dignity de chancelier 6tait la premiere,
pour le rang et les prerogatives honorifiques. 11 pric6dait dans les confeils
les ducs et pair, ne terminait jamais fes lettres par le mot ferviteur, aD
rendait aucune vifite, et ne portait le deuil de perfonne, tant c nfi rrip e
tenter- Pimpalfible juflice. Enfin le chancelier jouiffait d'une prerogative bien
plus prdcieufe que ces brillantes diftinctions, il 6fait le feul des iuiniftre*
qui f-lt inamovible ; il pouvait eire exile mais non deftitu6. Une place fi
important par lon -objet, qui etait Vadminiftration de la juftice, et qui
procurait autant d ddifinctions honorable ne donnait pas un grand credit
*a la cour; le chancelier ne confirant aucun grand 'emploi, aucune place
lucrative. Les empreffemens etaient naturellement dirigds vers les tmifitres
des finances, de la guerre et de la marine', qui avaient des moyens multi.
plids de procurer de grandes fortunes.

L'emploi de garde-des-fceaux tait quelquefois joint I ta charge de chan
celier; mais le plus fouvent il en erait Lepar et le garde-des-fceaux jouif-
fait de tous les honneurs et prerogatives du chancelier a exception do
l'inamovibilite. C'etait un empioi de pure confiance; ei ds que le ,toi
n'avait plus Jes services d'un garde-des-fceaux pour agreables il lui en-
voyait demander les fceaux qt'il remettait un autre et quelquefois il ea
exercait lui-meme les functions.

II y avait plufieurs conffails diftincts par lobjet qui s*y traitait, et par
les perfonnes qui les compofaient. Le premier dtait le confeil d'Etat, ;u-
quel afliflait neceffairement et de droit, le feul fecr6taire d'Etat des affairs
etrangeres ;les autres membres-de-ce confeil, etaien- ou-des-fectrtaiie
d'Etat, on des mardchaux de France, on d'anciens ambaffadeurs. Les affaimre
exterieures talent feules difcutdes dans ce confeil ; le ,fecretaire d'Etat dAo
affaires 6trangeres en 6tait le rapporteur, et y faiait la lecture des ddp$-
ches des ambaffadeurs. Les membres de ce confeil 6taient appelds minijihs
d'Etat ; le caractere, que confdrait ce titre; ait ind6elbile. II fallait chaque
jour de confeil dtre averti par leoroi i pour avoir droit de s'y rendre I at
un miniftre qui aurait t&6 difgracid pendant vingr ans n'avait befoin pour
y reparaitre, que d'etre averti, parce que ca utre 6tait toujours cenfi fulb
lifter. Le chumcelier 6tait rarement de ce con"eil, don't les objets etaient
abfolument strangers a fon miniftere; et comme le rang fupdrieur que lii
donnait fa charge femblait lui accorder ute preeminence, qu'il aurait pu,
dans quelques circonftances, ne pas borner a la fLance, fa dignity 6 tait ua
obstacle a forn ambition.
Le second confeil etait celai des dep&ches ; i1 avait pour objet les affailte
de Vintdrieur: et quelquefois on 6voquait a ce confeil des, affairs particu.
lieres, don't les tribunaux fe trouvaient par-la d6pouillds. Mais les 6voea-
tions n'avaient lieu que lorfque ces affaires exigeaient par leur importance
attention de legiflateur, et quo les queflions intereffaient a la foii, et
l'ordre judiciaire et I'adminiftration ; le chancelier et tous les fecditiires
d'Etat afliftaient a ce confeil, et deux confeillers d'Etat y avaient fdante.
Le troifieme confeil, dait celui des finances don't le contrileur-geneth4
6tait le rapporteur, et le quatrieme celui du commerce. Des conf illers gEnt
avaient feance a ces deux confeils avec les nmintires. Lorfqu'une affaire
contentieufe, portee an confeil des dp&eches, exigeAit de grands develop-
pemens, un maitre des requites Otait nomm6 pour en faire le rapport de.
vant le roi.

Un corps de magiflrature, qui fefait l'apprentiffage de la jurifprudence dau
les parlemens, etait en quelque forte en opposition avec ces compagnies,
et palticlieremEnt devoud au roi c'etait le confeil prive, compofe de con-
fI-alle, d'Erat et de im.mnrc, des requ6ees. Ce tribunaLpouivast mtne confikir
comme le garden de la puiffance excutrice; il 6tait le tribunal de revif.rtn
pour tons les arrests noands des course, et dans lefquels les formes prelcrites
par les lois dtaient violdes. Les membres de ce confeil, divifes en plufieurt
bureau, draient juges d'affaires contentieufes, relatives a l'adminiftrato10n.
C'etait parmi eux ~t'on choififfait les c nanaifras ddpartis on intenldant de;
provinces, dans lefquels rdfidaient en parties la force et'la fuive.illance da
pouvoir ex6cutif. La diftribution des impots lenr ttait confide ainfi que I
pouvoir d'en affurer la perception, et le jugetient de la plupart des difi
rends qui en rdfultaient. Its 6taient charges de la confection des chenmins et
de plu tieurs parties importantes de. la police qui exi geaient de la cdl6tit
dans I'exkcution. Ils furveillaient l'adminiftration des villes et 1'emploi de leurs
denkts, et tons les details dconomiques du service militaire : le pa'ementet
le loement des troupes &taient encore confis a leurs Loins. Le gouvcrti r t
par le move do ces magifirats, avait rconein.jlf ci de tout ce qui fe paffi4
dans les provinces. Lent autorit6 6tait regarded comme ln frein oppofd, al
entreprifes du pouvoir judiciaire, et aux abus du pouvoir militaire comnii a1i
commandans des troupes; les intendans, rvetius d'une aufli grande autorith,
neceffaire pour contre-balancer tous les autres pouvoirs et maintenir la pail'
fance royale, devaient n6ceffairement exciter la jalotfie, et fair nnrre diver,
conflicts : fouvent ils y donnaient lien par des abus rdvoltans d'autoritm.
Sous l'adminifiration de (.olbrt, les ntendans ufaient avec rigueur t di
potifme de leur pouvoir, et, ils ne fefaient que fuivre les impulfions et let
odres de cet hommneT cldkbre I'dclat de fon adminif dibon a conyet. No
odiefe frc.iie, minais fa correfpondauce o:T1e des traits du plus barbare d*
pOtifme. ,



es torts graves que lon teproclice pluffeurs itidendanu, ddrivenlt Maui en
are de la negligence et de la diffipation ; et c'elf aux iniifmmrs des finances
tuwil faut sen prendre a cet egard. Entrainds par le torrent des affaires du
nioment, occup6s fans cefle du credit public, des tmptunts, de la hauffe ou
de la blillk des tffets royaux ces muniuittcs portaient rarement leur attention
fiur les provinces, forces de tout revenue. Uls no furveillaient point atfl,.
fadminiflration des intendans, n'excitaient point leur zele., et la faveur trop
-uvent. 'Yemportait pour le choix des fujets.

11 y avait dans Iadminiffration une force interieure qui hluttai quilque-
fois centre la dillipation Vignorance et Pimperitie ; c'tait la routiile des
agens fubalternes. On a dit avec raifon que le gouvwInI lnir fiaiiais etait
jureaucratlque. Mais dans le perpetuel changement dc inimhilts, qui a fignale
les regnes de Louis XV et de Louis XVI, il ttait heureux pour I'Etat qu'il
t edt des homes permanent dans leurs polls, et A portee de guider ces
hiinftres eph6meres, et de les premunir centre la fiduction des novateurs,
1'enthoufiafime et Partifice des gens a projects. La machine de l'adminiftration
avait coinienco ;i etre organif6e pendant le miniftere de Richelieu, et s dtait
confolidie focus Louvois et Colbert. L'efprit qui avait animd ces deux mi-
niftres, lesprincipes qii'ils s'dtaient faits d'apres I'explrience et leksI lumieres ,
les forines qu'ils avaient dtablies$ compofaient un fyft1me comp!et d'adminif-
tation, qui eut en quelque forte force de loi pour leurs fucncIfe.i-u,.'Les chefs
des divers bureaux, conhus fous le nom de premiers commis, penetres de
(on efprit, habituaient celix qui etaient fous leurs ordres et devalent leur
fuqc4der a 1obfervance des farmes, et aux principles qui les avaient dictees.
Delay feulement rdfultait tine march filivie dans les ailTiires, qui fefait en
parties le Ifcces des iunifires. L'hAbitude de voir aller les chofes, en quelque
fbrte, 6galement fous chaque mi dftreo, rendit le roi moins attentif dans lcur
choix; it ne s'apercevait pas, i la march des affaires, du changement des
perfonnies. Le miniflre, nonmnd le famedi, fuivait, le dimanche au travail du
rot, le fil.des affaires; inftruit par fes agents, il ,en difcutait les details, come
s'il edt t6 en place depuis un an.
Cet attachment aux forces etablies fous Louis XIV, et aux maximes de
itinifires c6lebres, fe foutintjulqu'A MM. d'Argenfon et Machault. Les chofes
changerent a leur difgrace ; on comnmeqna a s'dcarter des anciens ulages et
des forms. La march des affaires a cette dpoque fut moins affur6ee, et les
innovations fe multiplierent; ce changement out pour principle 'elevation des
militaires et des gens de la court aiu nminifere. Louis XIV avait eu pour maxinme
de ne confier 1'exercice du pouvoir qu'a des magiftrats don't I'ambitioe etait
circonfcrite neceffairwement dans une 6troite fphere et que Phabitude du tra-
vail rendait plus capable attention. Enfin les magifirats fans famille a la
cour, fans entours puiffans, avaient peu de moyens d'y former des intrigues
C'eft a l'epoque du miniftere du margchal de Belle-Ifle et a celui du duc
de Choifeul, qu'on voit les ordonnances fe multiplier, la discipline s'alt rer,
et le militaire fe dgoditer d'un service oft it fallait fans ceffe apprendre et
oublier. Les manoeuvres, les uniforms, les principles de la discipline, les
punitions, les moyens d'avancement, les denominations des emplois tout
changeait a 1avenement de chaque minifre; cette variation de perfonnes et
de principes ne dimiinMa pas fous Louis XVI, et a pu contribuer a ali6ner
U'efprit des troupes.


La v6nalit6 des charges eft un des plus monatrueux abus qui puiffent etre
introduits dans un Etat. Quoi de plus rdvoltant que d'acheter le droit de
rendre la juftice celui d'examiner les etats des comptables, d'adminiftrer le
royaume et de commander tine troupe militaire ? Quoi de plus decourageanrt
pour les homes n6s avec des talens, que de ne pouvoir les exercer, fi 1You
n'a pas et& en naiffant, favorife des dons de la fortune ? Le rdfultat d'un
tel ordre de chofes devait etre que des homes qui ount pay le droit de
juger leurs femblables, s'indemniferont, par des prevarications, des facri-
fices qu'ils ont faits, que les tribunaux front compoqfs des homines les
plus ignorans, qu'il s'y fera un honteux traffic de la justice, que des chefs,
laches etr diffamis front a li tete des corps militaires, qu'enfin dans routes
les parties du corps politique regneront I'avidite et la corruption.
Montefquieu a n6anmoins reprefent6 cette v6nalit6 d'oflices comme utile
dans les monarchies, voici comment il s exprime :
Or dans une monarchie oA, quand les charges ie fe vendraient pas par
tn r6gletient public, l'indigence on l'avidit6 des courtifans les vendrait tout
de m wie le hafard donnera. de meilleurs fujets quo le choix du prince ;
enfin la maniere de s'avancer par les richeffes, infpire et entretient l'in.
dufftie, chore don't cette efpece de gouvernement a grand befoin.
Les charges de la finance 6taient, cells qui couvraient furtout les phis
odieufes depredations. En les vendant, le gouvernement femblait aliener le
droit de preffurer les Peuples. II en exiftait une infinite d'autres de tout
genre. L'abus 6tair, et dans cette venalit6 en elle mdme, et dans la mul-
tip.lic.t et l'inutilite des emplois qui en dtaient Tobjet.
Le contr6leur-g6ndral Defmareft ayant propofd :au roi, pour fubvenir aux
depenfes de la guerre la creation de pldieurs offices, Louis XIV frapp6
du peu d'importance de 'leurs functions, dit A fon miniftre qui eit-ce qui
achetera ces charges ? Voire majeft6, repondit Definaret ignore une des
pnus belles prerogatives des rois de France, qui eft que, lorfqu'un roi crime
"le charge Dieu crie a infantt an fot pour 'acketer.
Enfin l'ab(is de cette multiplicity d'emplois rafit d'autant plus grand,
quon avait attrib46d la plupart des eseanptions qui ajoutaient a charge
es Peuples.

Des "mbtflPs qui out eu le plus d'inflence J fous les derniers

Ce n'eft qu'en France ou l'on. a vu les places de miniftres he'rditaires,
- rt es jeunes gens ficc(der & leeis peres dans ces emplois important. Le
ecrtitaire dEtat illeroy qui a 4t cinquante-fix ans miniftre n'avait gutee
Ps de Vingtrans, lorfqu'il ft revtu de ceire charge' qu'il a exercde fous
qeuatre a cinq rois. Un Lominie excrjai. la muaic

Henri IV. Louvois avait vingt ans quand itl Aft adjoint I f(n perte. M. de
Barbdfieux Jui lucccda fort jeune. Sous Louis XV, M. de Maurepas et M. de
la Vrilliere, fon cotifin, ont 6td fecretaires d'Etat a feize ou dix-lept aus.
Une telle fingularitk mrite d'&tre expliquie.
Quand on fonge A la capacity n6ceffaire a un miniftre, on porte haturel-
lement fes regards fur n hommine qui reunit ('experience aux talents ; mais
il faut observer que la place de fecretaire d'Etat ne donnait pas Tentree. au
confeil, et que dans les anciens terns elle ne donnait point fautnont., qua
a.6td, fous Louis XIV, attribute A ces charges.

Dans les terns oil i y aivaitun connetable qui jouiffaitidTun pouvoir abfola
fur le militaire un colonel-g6dural de Pinfanterie, qui nommait a tous les
etrplois, eto an gland-maitrc de fartillerie, le fecr6taire d'Etat de la guerre
n'ktait, pour ainfi dire, qu'un expdditiounaire. L'activit6 etla ntuc
des formes fuffifaient pour un pareil emploi, qu'on exerqait come uti med-
tier ; et la befogne' dtant prepare par des coimmis qui avaient de 1'expe-
rience, le fecr6taire d'Etat, avec un peu d'application, rtait bientot inti6
aux affaires, qui dtaient mni aufi nombreufes, ni auifi compliquees qu'elles
Point t6 depuis.
Louvois commenqa par dtre adjoint de fon pere qui avait et6 long-temns
en place, et qui le guida dans les commencemens. Louis XIV fe plot a tra-
vailler avec un home, qui etait A pen pr6s de fon ige, et qu'il s'imagina
enfuite avoir form. Ce monarque dans la fuite crut, aver plus de raifon
pouvoir infiruire ou former fes minifires, et cette idee le difpofa A nommer
Seignelay et Barbelieux a la place de Colbert et de Louvois. L'exemple do
ces choix d6eterminerent le regent, en faveur de M. de Maurepas ot de M. do
la Vrilliere., qui comptalent neuf fectxatres d'Etat dans leurs families,

Le come de Maurepas avait la plus vive conception une mtmoire pro.
digieutfe beaucoup d'agr6ment et de gaiete dans 'efprit. II fut fecr6tairo
d'Erat a I'age de ieizc ains environ, et it eut ficceffivement diffdrens de-
partemens. 11 ne fe diflingua dans aucun par fes vues on fes operations j
mais it s'acquit une grande c6ldbrit6 d'efprit, par aes mots plaifans et heu,
roux ,et fe fit reimatqucr au confeil par la facility de fon tr.vail.
Brouill6 avec Midasme de Chateauroux, il fut en butte a fon reffentiment
-et fi elle ne fdt pas mortar, fa difgrace dtait affurde. Elle ne l'appelait quw
le come Jfaluinct.

Le comte de Maurepas avait du godt pour les lettres, et s'occupa avec
une fociet6 intime de gens d'efprit tels que M. de Caylus et de Pont.deVefle,
a la compoftion de quelques ouvriges frivoles, mais qui font ploin d'efpric
et de-gaietr. 11 eut grande part a un buvrage de ce genre, appelY les
E Tn:iiCus de la Saint-Jean, et A des parades. 11 ne put content fon gdnie,
porter A la raillerie; et des plaifanteries, rep6etes centre Madame de Pom-
padour, et un mauvais couplet de chanfon, le firent difgracier et exilec
avec duret. Chlii in fefint, un homnme, qui ignorair fa difgrace, s'appro-
cha de lui pour lui parlor d'affa res PermetteL Monfeigneur que quotque
vous foyez en route.... ah, Monfieurt dirtes en deroute repondit le mt-
iiftre.. IIabondait en-bon mots, -en faiillies.ll obtint dansla-fuite-avecpeine-
de revenir dan's Paris, et il s'acquit, pendant fa difgrace, une gra-de confid6ra-
tion. It s'appliqua aux belles lettres, dtudia I'Anglais, et fe rendit l'arbitre des
differends qui furvenaient parmi les gens confiddrables. II aimait A fe miles
des affaires de famille a recevoir des confidences a negocier des marriages a
ceux quii le confiltaient, trouvaient en lui un coifeil dclaird et les reffour-
ces d'un efprit ficond en moyens. 11 connaiffiit toutes les. families de ;4
court, les prerogatives de toutes les nuances qui feparent les divers eats
de la fociete, ainfi que le ton du monde. I preffentait avec fagacite les
effects d'une d6maiche, et avait lart de faifir les convenances fugitives du

Le come de Maurepas s'dtait fait ainfi uneefpece de miniftere, en devenant
le confeil des perfonnes les plus confiddrables. Quand on etait embarraffl
fur une demarche delicate A fire on dfairt: il tfut en parler a M. de Man-
repas, et il donnait prefque toujours on bbon confeil, et trouvait des biais
pour concilier les parts oppoids, on fourniffait des exp6diens, auxquels on
n'avait pas fong. .

Le, dauphin dtait fenfible a 'efprit .et oppofi a Madame de Pompadour.
Le come de Maurepas qui 6tait mal avec elle et homnie d'efprit, avait ainfi
un double titre a fon eftime. Les foeurs du dauphin partageaient les fenti-
mens de leur ftere pour ce miniftre, et A la mort de Louis XV, elles dd-
terminerent fon rappel au confeil. 11 parait que le roi ne comptait point lui
donner 1'exiftence d un premier miniftre quelques perf'onnes out dit, que
s'etant rendu a Choify pour faire des remercimens an roi, il lui :xpiiit fa-
fenfibilit6, de la conliance qu'il lui trmoignait en le fefant fon premier mi-
niftre, et que le roi lui ayant dit que ce n'etait point ton intention, M. de
Maurepas lui repliqua: votre majefle m'a donc apele' pour lid tppreairt' a se,
Son Age et fon experience femblaient lui affuret la part pinicipale aux
Affaires i mais tout fur decide par I'app.irtenenit qui avait une communication
avec celui du roi. Louis XVI prit l'habitude d'aller chez lui, et des-lors il
fut de fait premiel miniftre. On s'adreffait A lui pour tout; et come il
aimait a fe mnler de routes les affaires et A caufer, it recevait bien tout le
monde, entrait dans le detail de la fortune et des projects de tous ceux qui
s'adreffaient A lui. Son aces etait facile, fes gens humbles et modeftemetic
vetus ; it n'avait qu'un fecr6taire galement ifiodefle et qu'on connaiffait A
peine. Infenfiblement it ameba les miniftres a lui porter tous les ours leur
travail, avant de fe rendre chez le roi, et a travailli. avec lui en fa pr&e
fence. Defintereff& ilt ut A peine cent mdiie fiancs de traitement; et comnme
il rtait riche'par lui-meme, cette fomme lui fuffifait pour tenir utio A t ho-
norable et fans falte. Le come de Maurepas avait, dans tin Age .1Vin'.:',
cette 16geret6 qui eft lattribut de la jeunefle et dans les plus imp6rrantes
afliircsi, il melait un ton de plaifanterie, fouvent nuifible a leur difcuflion.
Les intr6ts de la France 6taient pour lui circonfcrits dans la fphere dtroite
des jours qui lui reftaient, et il n'aurait pas entrepris quelque chofe d'utile,
don't le fucces edt t6 0 loigih6. Porte par amour pour la nouveautd6, a favo-
rifer tous les gens A projects, il leur accordait toute YI',aue inn qu'ils pou-
vaient exiger. 11 y avait en lai deux homes, celui qui voyait', et celui qui
voulair. Le premier 6tart pin6trant, dclair6, et 'autre chai.mi-at et ifc1orl14
Perfonne mieux que lui n'avait I'artde deconcerter one intrigue; et 1ex-
pra-flion de dijouer femblait avoir it6 ieventde pour definir le talent qu'il
avait de donner le change, et de faire avorter un deffein, i1 etait vindicatif,
et fon caractere n'avait de fiuite que hIifr'iI i hJiilfit. Un trait, que je vai9
rapporter, peindra en pen de motar fan mepris de opinion des homes eo
des affaires. Le marquis de Poyanne, lii ut,.it ',;r-,'-nmrl et ancient miiliir.,,
.tant un jour A fouper A c6t6 de lui, cet ow1ica hui dit : M. le cointre quel

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elt ce feune hohnme, qui eft au bout de lh table, et qm parait re de la
mailon ? i1 tft miliitoii, a ce que je vois et je fuis luipris de ne pas le
Coninaltre. Tant pis pour vous, ltui dit M. de Maurepas, car c'efl thomme le
Plus isn,1.,A it'il y ai t e France. II efl a'mant de ma coutine *,, qu'il gou
'verne ; ma confine gouierne ma ftmme laquele me gouverne et je goaVerne la
France. Tout cla etait exactemeiit vrai s et iI parlait de lui, come aurait
pu fare un de fes ennemis.
Avec mn tel caractere, itl tait impoffible que M. le coimte de Maurepas
limit beaucoup d'importance aux affaires, et qu'il etit un l flee fuivi. Le
governmentt duo grand royaume etait pour lui un amusement. Indifferent
pour ce qui arriverait aprbs lui il plajait en quelque forte en viager la
gloire et la fortune de Etrat.
II voyait avec une grande fagacit6, les inconveniens qui r6fultaient de la
Tprefrrence dounne par la reine a une vie privie fur la majeftA de la repr6-
fentation royale; mais fa 16geret6 ne permettaic pas qu'i s'occupat d'y reme-
dier. 11 fe contentait de plaifanter, quand il aurait pu contenir, par de fages
confeils et de graves remontrances. C eft ainf qu'un home, qui avait le
genie et 1'exp6rience necelfaires pour le gouvqrnement d'un grand empire, a
aiffd germer les principes de la plus furprenante evolution quil uralit pu
4,touffer d&s 1'origine.


A oim, Controleur-Gieneral des finances, le 4 aoilt 1774, fuceida"
l'abbd Terray, qui les admtinflrait depuis le az decemnbre tI 76'

II rtait d'une ancienne nobleffe, et qui remontait au terns de l'antique
chevalerie; mais fes peres, centre P'ufage, &taient entrrs dans la magifirature
et avaient 6te revetus de charges importantes. Ce minifire avait une figure'
belle et majeflueufe et des manieres fimples; il rougiffait facilement, d6s qu'il
fixait I'attention, et qu'il &tait en fc6ne; et l'embarras qui regnait alors dans
fon maintien, pouvait egalement &tre le produit de la .timidite ou d'un
amour-propre inquiet et fufceptible. Son abord etait froid, et fon vifage pre-
nait une expreffion marque de dedain A linftant que les perfonnes exci-
taient en lui ce fentiment par leur caractere ou leurs opinions. Avide de
connaiffances et laborieux, il ne furt jamais diflrait de lTtude par les plaifirs,
ni par le foin de fa fortune. La science de 1'6conomie politique occupait les
-efprits, lorfqu'il entra dans le monde 1 et fon application aux matieres don't
elle traite le tnit, en penu de terns, au nombre des perfonnes les plus inf-
truites. M. Turgot fut regarded comme' une des plus zeIes partifans de la
liberty. Nomm6 a l'intendance'de Limoges, it fe diftingua par fon zele pour
'int&r&c du Peuple; occupy de le foulager., il .ne trouva rien de plus preffant
que la flip.preffion de la corve ; fon courage furmonta la refiftance du gou-
'vernement attach a l'ancien ufage et l'ardeur de fon zele, qui le faifait
.entrer dans tous les details applanit toutes les difficulties.

Les craintes malhepreufement trop fond6es du Peuple, inquiet de- oute
innovation ne furent pas un des moindres obflacles qui s'oppoferent a un
projectt dictd par amour pour ce mame Peuple. Le fuccbs couionna cette
g6nereufe entreprife. le fardeau dn Peuple fut diminu6 la claffe indigent
fut affranchie d'une tache, qui tenant de la fervitude et les chemins furent
-confiruits avec moins de frais plus de folidit6 et de promptitude. '

Les foins del'adminiffration n'emp&cherent pas M. Turgot de fe livrer
aux lettres et 1'etude des sciences exactes ; il compofa plufieurs articles
por l'Encyclopddie, et un ouvrage fur l'conomie politique, qui content
d'excellens principles, et qui eft e rit evec une d Igante irnplicitr5 il s'oc-
cupa auffi d'un genre de poefie qu'il appela metrique, et qui confifle a fair
en franqais des vers fcandes comme des vers latins. M. Turgot traduifit ainfi
qu.- quest glogues de Virgile mais la quantity n'efl point affez marquee
Cans les -mots de la, langue franqaife, pour que ce rithmne puiffe dtre
M. Turgot avait un talent fup6rieur pour la pofie, qui fut pendant fa
vie un fecret, r&v6l feulement A quelques amis intimes ; et ce myflere faith
'6loge du caractere de M. Turgdt, qti a fu refifter aux tontations de l'amour-'
propre, toujours fi avide de jouiffance m&ne aux d6pens du repos. C'elft
apres fa mort qu'on a fuCqu'il &tait l'auteur d'une piece de vers fur le trait
de Verfailles, donr le danger et les inconveniens font points des plus fortes
Voltaire dans le meme tens, et parmi lefquels fe trouvent ces vers iler-
Siques, centre le rapporteur de l'affaire de Lally :

Ses yeux ouila ferocit6
Prete de i'ame A la fupiditd.

Tout le monde faith que c'eft encore M. Turgot qu a faith ce vers fu-
blime qui fert d'infctiption au portrait de Francklin :
Eripuit elo fider:cn fceptrumque tyrannis.

A 1'1ivtnement du roi au tone, la voix publiqu, fut confult6e pour le
'Choit des miniftres. M. Turgot fut nomme fecretaire d'Etat de 1.' marine
c\ fi femaines apres, miniffre des finances.

L'abolition des droits fur les bis et de tones les entraves qui g8nent
Vinduffrie et la liberty: indefinie du commerce des grains fignalerent le
,court efpace de fon admiinhiiration. Enfin la fupprefion des corvtes dans
tout le rojauwme don't il s'tait fi long-tems occupy, fur la derniere de fe:

Le clerg6 la nobleffe et les parlemens s'dleverent centree cet acte d<
,bienfefance ~chiide.. Le premier miiifite commencait a etre jaloux de l'af-
rendint que les lumieres et la vertn procuraient A M. Turgot ; et loin de
itm1-Iur cet hommine vertueux, il accueillic des rtclamations dicttes par Jl'i
icet et par d'aungles pitdjugts.
M. Turgot furt difgracib,et ron peut Jui appliques ce vers :

Non homo pulfas erat, fed in no pulfa potefta
vyirsuefeuf drets. '

M. Turgot n'avait d'ennermiS que ceux dui bin public, et ne re tta d
fa place que le bien qtuil auraitr u y fire. Un mois avant fa, diPfgra l
toi avait dit : II nty a que M. TAur, t tmoi qu aimions e Peuple.
M. Turot s*occupa dans fa retraite, des sciences et des lettres, et
v:cu au milieu d'un petit cercle d'amis, don't I'attachement itair uar call
c'tait Otre amd de la vertu que d 'tre ami de M. Turgot, 11 ne favan po~i,
composer avec les fiiblefls des hominmes, et encore morns avec -le vie, ra.
capable d'art et de management, it allait droit a ton but, et navai po;tE
affez d'&gards pour famour-propre.

M. Turgot agiffait com1me un chirurgien qui opere fur les cadavres, eti
fongeatt pas qu'il op-rait fur des &tres fenfibles. 11 ne voyait que les chofe,
et ne Soccupait point aflezi des perfonnes. Cette apparent durete avait pot
principle la puret6 de foi ame, qui lui peignait les hommes come animi,
d'un 6gal defir du bien public, ou comme des frippons qipi ne meritaient
aucun, tninagement.
Lorfque fon edit fur les corvees fut fign tdu roi, on Pengagea A diner
avec le premier prdfident du parlement er quelques-uns des prnncipulx memn.
bres de ce corps dans l'itde de le mettre a port6e de les dilpoler F.n0.
rablement par des provenances, qui, de la part d'un home en pla. ,
avaient alors tant de poid : M. -Turgot dit quelques pirules d'un ;ur traid
et fententieux.
Un de fes amis voulant a plufieurs reprifes 1'engager A fair des avanceset
des politeffes plus marques, lui dit, c It le moven de fire after v0nr.
edit : fi le parlement vent le bLen, epon dit M. Turgotr, il enregifjrera l'idI;.
't il continue a garder fes manieres froides et rtfervees.

L'auf"trit' de caractere, qui ne lui permettait pas d'ufer tde foupleffe et
de m6nagemens pour aflurer le fucc&e de fes operations, a fait dr dire tde i,
par opposition a 'abb6 Terray qdTlfaifait fort mal Ite Len, et.'abbir fort
bien Ic mal.
M. Turgot etait connu pour un tconomifte zi66 pour tin himmine prote
et pour un adminifrateur a fyflteme : il rempla'ait un miniffie fIns i'ioral,
mais non fans habilet6 ambitieux et dur mais paffablement econome et
fecond en reffources; ii tfant dire paffablement dconome, parce que fous Ie
plus depr6dateur des rois, c'eft beaucotup de ne depenfer que la moitie de
ce qu'il ordonne.

Sachant que M. Turgot ne d daignait point les iddes d'autruii, un M. Richard
des Glanieres voulut publier un ,plan oppoft au fifldme de M. Turgot. La
cenfure, tout-a-la-fois baffe, craintive et defpotique, s'y oppofait. M. Turgot
permit A i'ateur de publier fon ouvrage : ce premier pas vers la liberty de
la preffe, a une 6poque ou elle gtmiffait fous routes efpeces d'entraves,
fit conjecturer que le miniftre voulait s'eloigner de la route de fes prjd&
ceffeurs i mais une portion d'hommes qui abhoiaient la philfoiphit. com.
menoa A turner centre lui fis principles de philofophie, et lui it un crime
de fes liaifons avec Voltaire d'Alembert, le marquis de Condorcet, &c
Les financiers fe joignirent A ce part anti conomifte ; ils redoutaiint lIq
r6formes et 'oeil fdvere de 1'economie. Quoique le bel efprit ne foit pas un a
de leurs-armes, onfit chez Iun d'eux un vaudeville plus fatyrique que gai,
et qui n'eut quelques fucces, que parce qu'il attaquait un home done j&
Nation concevait de grades efperances.
Ce fiA ce moment que choifit M. Necker pour attaquer M. Turgot, dans
un ouvrage fur l l.z/islaion et le commerce des grains. Le but de cet outrage
etait de prouver qu l lallat defendre 1'exportation des bleds, et pnnrrcra
celle des marines. 11 trait d'ailleurs abfulument contraire aux principles d'jd.
minillration de M. Turgot. Les amis de celui-ci Pengageaient A pr&venir I
publication d'un livre auquel la fortune et les intrigues de fon auteur don.
neraient quelque cledbrite. M. Turgot didaigna ces craintes timides, it
voulut foumettre a ia difcufflion une queflion aulli important.
II avait nufli a. combattre M. de Sartine, qui qui no trouvait pas dans
fes ftvtrites les reffources don't il avait befoin pour fe foutenir dans fon
Ca minifre de la marine, qui fe croyait du talent parce qufil avait de
I'afluce favorifa les pr'rntitns 6Ioigndes de M. Necker, qui, quelques
anntes apres affura fa chdAe, et le jeta dans 1'oubli honteux oa it a vdu
jufqu'A fa prudent 6migratioti. .
M. Turgot fur affez mald defendu dans des lettres fur le commerce des
grains, qu'on a attributes a Condorcet, et qui prouverinr qu'on peut tre
un fort grand gtometre et un fort mauvais economifte. Le clergy, .u'oa
comptait alors pour quelque chole, accufa auflli M. Turgot de philofophie,
et quielques prtlars le d6fignerent comme un athle dans leurs favans man-
demens. ,

Lorfqu'en voulait en France fe dtfaire d'un mninifre, les gens de cour
lachaient centre lui les brochuriers, les pr6tres, les roquets du Prnaffe;
et cette mithode Tiifliffi:it ordinairemn nt ch,- tine Nation qui pardonntit
tout, except le ridicule. Voici un de ces farcafmes, qui faift les d6liMs
de la bone compagnie.

Un Limoufinu, trbs- grand r6formateuir,
D'un beau haras fait admninifl:aieur.

Imagina, pour enrichir le maitre,
Un beau matin de retrancher le paitre
Aux animaux confits a. fes foins.
Aux strangers il ouvre la prairie
Des rateliers il faith 6ter le foin.
Un jour n'eft rien dans le course de la vie.
Le lendemain les chevaux affamns
Tirent la langue et dreflenr les oreilles.
On court a l'homme. II rtpond: A merveilles 2
PIs y front bientot accoutumis,
Laiffez-moi faire. On prend done patience.
Le lendemain, langueur et dtfaillance;
Et f1conome, en les voyant pcrir
Dit : ils allaient fe fair A l'abftinence
Mais on leur a confeilld de mourir i
. Exprs, pour nuite A moo' expdricnce.




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Cette inalveillance de la cour htemp&chait pas M. Turgot de prepared
des plans de reforme don't nous avons vu depuis les uns executes par
M Necker, les auttres propofes a I'Affemblee des notables, et pluieurs
'r,.ifis par I'Afemblee nationale. Mais auflitot qu'ils eurent perc6, ils
et erenlt tant de contradiction et irriterent fi cruellement cette portion
'lt-z nombreufe qui vivait des abus du gouvernement qu'ils jurerent an
1iniiftre cette haine active qui ne fe repofe que lorfqu'il elf dans ladifgrace.
our la hater, on attaqua autll prefque tous ceux quil avait rendus les
erateurs de fon travail ; et come il avait 6et nourri loini du
fcaile, et qu'il n'en connaillait nullement les detours, rarement il s'occupa
dai foin neceffaire de pr6venir les coups qu'on lui portair. On lui fit un
crime d'avoir lai(fV paraiitre, focus fes anifpices, un ouvrage qui avait pour citre,
les incOznveilens des droits feodahx. Enfin ce miniifire ayant centre lui le clergy,,
la finance, la cour'et les parlemens, ne tarda pas A fuccomnber. Ces quatre
corps peuvent fe dire aujourd'hui qu'ils exifleraient peut-etre encore, s'ils
' avaient donn6 Ace minifire le teams de, dvelopper ec d'afleoir fes projees.
Svoulait par-deffus tout cette liberty don't T1Alfemblce national a fait laa
bife de fes operations it menditait abolition de la feodalite, des gabelles,'
de la mtiltiplicite .des imp6ts, de la vdln.lte de la juflice, de 'ancienne
forme de perception i mais on vint A bout de tromper le roi, et de lui
perfuader que la probity et la thborie 6taient deux qualitbs dangereufes dans
I n uniniftre; que la premiere le livrait aux fpiculations des fripons, et la
feconde A la fureur des fyfthies.
La verta ia plus pure des moeurs feveres fans pidanterie, des connaif-
fances profondes dans I'adminiftration, des talens qui feraient honneur A un
lhmine de lettres, un coeur fenfible A l'amiti6,i un amour paffionn6 pour le
bien pub ic et l'humanitd formaient I'alfemblage des vertus et des qualities
de ce miniffre que le ciel, dans fa bonte, avait accord A la France et done
I'a privde fon mauvais deftin. II mourut peu d'annees apres, laifflnt une mie-
moire chere a quelques amis et uie reputation qui na fait que s'accroitre
avec le teams et a mnefure que des fucceffeurs fans calens ou fans probity et
nos malheurs ,ont fair connaitre 'etendue de la perte qu'on avait faite. S'il
ett vdcu, l'eflime g6ndrale, et non un efpric de cabale, l'opinion publique,
et non cette effervefcence excited et dirigee par des intrigans et d'aveugles
enthoufiaftes, auraient fat peutrerre rappeler ce qu'aurait product afcendant de la vertu ?

Le come de Saint-Germait a joui d'nne grande reputation militaire-, ce-
pendant il n,a jamais command en chef, ilt a point eu de fucces eclatans.
II quitta le-fervice de France par jaloufie, par humeur; Appell6 en Danne-
marck pour prefider au directoite de la gueire, il change, bouleverfa
toute la constitution. Forc6 de fe retirer, la defiance naturelle de fon carac-
tere lui fit preftrer A des penfions une fomne d'argent comptant. 11 la play
for des ntgocians qui lui firent banqueroute; c'elt alors qu'il fe ctrouva reduit
A a derniere mifere; et un homem, qui avaist commander dans de grandes
provinces qui avait i6n g6ndral, miniftre n'avait pas fa fubflitance affuree.
Les officers Allemands, qui dtaient at service de Fratice, voulurent fe co-
tifer pour lui fire un fort. Le miniflere de France crut devoir, par honneur
en quelque forte,-vnir- A fon fecours, et leroi-li -accorda une pension &d
dix mille lives. Pour temoignage de fa reconnaiffance d'un pareil bienfait,
i: adreifa an roi un m6inoire for la conflitution militaire. Des lieux conimuns
fur la religion A li morale, dignes d'un capucin ; des idles vagues des
phrtics trivi.les fur hI discipline et des moyens tires de la confitution all-
mande, fans aucune intelligence des moeuts francaifes, de l'elprit national,
de la court ; voila ce que concient ce m6moire. Au moment oil i fut envoy,
le marichal Dumuy venaitt de mourir ; c'6tait un homme ferme jufqu'a Pen-
t6tement, vertueux, inftruit, qui avaist de l'efpit mais une tcde 6troite et
remplie de prdjuges religieux. Sa reputation de vertii., fes connaiffances ,
S'amitte du Duph'n pour lui avaient determine la confiance-du roi et il avait
de 1'afcendant fur fon efprit. On chercha un home qui ne fdt pas a portee
d'acqu6rir un grand credit, qui n'eAt ni liaifon ni parent- a la cour; un
liomme, qui ffit ifol6, qui ne fdt attached aucun part, et qui, par fes,
talents, juflifiat cependant le choix qu'on.-ferait de lui., Le come de Saint-,
Germain rempliffaut en apparence tous ces obiets ; il venait de fair tin ml-
moire fur le militaire, qui dXapr&s fon no m, fut jug6 excellent ; et un abbe
Dubois fut dep&ch6 a Lauterbach pour lui ainoncer qu'il 'tait 'minifte de la
guerre. Jamais revolution plus complete tie, fut rprouvce. De la mifefe il
paflait ~ la richeffe, de Ianeantiffement au plus grand pouvoir.
ArriveiL, Fontainebleau il y requ(t accueil le plus flatteur P; Ienthoui.iarme
public fe.'joignit aux hominiages des courtifans. Sa celbritc fes malheurs
la rdputatjio d'efprit donnaient opinion la plus avantageufe de fon mitnttere;
on le voyait ddia, apres avoir foraud un militaire le commander a la guerre,
et re6nir les talens de; Louvois et de Turenne. Mais le minrftere,eft une pierre
de touche pour les talons et le caractere. Sa reputation fut bientbt come
lexiftence de l'impie.
J'ai paff et il n'ltait deja plus.
I donna des projects fans ks avoir n..Jirts il les exdcuti avec pi cipitation
il couta tous k-s gens, qui s'tiriptreifet d'ai teacher la confiini.ince 'ui mnilhli
et traliquent de leur acc6s. I
11 fit des ordonnankes et y laiffa inettre des refrictions qui les aneantiffaidnt,
it ptiftudit faire des economies et aigupncma les d6penfes. 11 affichait dans Ifes
difi.ou1is, I'hiroifine de la vertu, et il 'avilif.iii en fecret par des bafleffes (28).
Il montra enfin tons les genres de taiblefle, except celles qui tiennenti i un
coeur lknibih. ,
Apris .voir foinm'airement expof6 fa conduite je vais tracer ton por"

Le come de S.iint-Geimain avait une phyfionomnie fpiitur.Ale et qui avait
plus de tnnied; que de ten ; des minameres po ies et ;illecrueules, et qui avaient
,qulque tholi de I'linrfiL P et du jifuite. II avait dc I'eiprit, mais fes qua-
ites ntajlent ni i'tendue ni la force mais de la <.onception jufqu'A ure
cettaine I11ueur. II avait de 'agr6ment et une tournuie ioliique ; fon efprit
.ta inc.lpal;, d'emobratlr de grades affairs, des'cs ue:e en g6ndral
e s'lever A n brin'pe de defcendre dux details, de divifer, de clfer

( z8) ,ndi'l qu*ll parla de fa imoration, de fon difinrr.'ff'ment', 1-r-
fait 1 offe qu'o Ii i' avait faite de le meubler aux ddpt-ns du roi at demand
:cent niili -cus pour fon.r.Ablif'.menr a la cour. Le miniftre des finance,
-tra cette fomme exorbitant et Ini fitdes repr,.mn tioni' ; s i M. de-
Samt-Germain infifa pour qu'elle lii filt compete et il tcononiifa lur cettpe
ITe quaraiite nille kcus q'il placa chez lrttanger. ,

les objets. 11 r6duirait tout A des principes g4ntraux : i croyait avoil des
vues, et n'6tait que le fervile twaducrtur de la Nation allemande ; mais il ne
corn.aifflir pas la langue dans laquelle Il traduifait. L'affaibliifement de fou
phyfique ajourait encore A fon incapacit: et ein efprit fatigue de la p!us
legere attention ne lui permettait pas le plus court travail. Les calculus les
plus finiples Peffrayaient, lVordre de la comptabilit6 lui t&ait incnonu et
cependant it revenait fans ceffle la parties 6conomique., qu'il croyait entendre
fuperieurement, Son caractere 'tait lger impatient, incofltait ; inconipa-
tible avec fes 6gaux ennemi de fes fuphrieurs il 6tit affable pour ceuix qui
lui 6taient fubordonnes. D&tracteur de tout talent haineux et vindicatif, nmais
trop faible pour exercer des vengeances qui auraient demand de la fuite et
dia courage d'efprit, it fe bornait A d4pr6cier fes ennernis. 11 avait un dlgr6
de defiance qui ne pett s'allier avec- un coeur g6enreux, et mneme avec une
certain 6tendue d'efprit; il fefait des changemens et par inquietude d'efprit
6t parce qu'il trouvait de la volupt6 I detruire. II etait rfterve, impendtrable
pour tout ce qui ne lui etait pas favorable, confiant, abandonna, pour com-
muniquer tout ce qui flattait fon amour-propre. 11 n e parlaic iamais de fes
craintes les plus fondles de fes mauivais fucc6s, n'avait jamais recours au
conreil de fes amis, dans les circonftances embarraffantes out itl trouvaitc
mais it aurait dit le fecret de I'Etat, pour manifefler une marque de confiance
dii roi.

Nommn Controleur-Geinral, le 20 mal 1776.
Mort dans fa place fix mois apres it n*a t& connu que par les foins ex-
tr&mes de fa famille : elle a tir6 de fon miniftere le mnme part qua s'il eat
dur 'dix ans. On fit A fa mort cette pitaphe :
Ci-git un contrdleur digne qu'on le pleurdt
Aimaint beaucoup la France, et point du tout la vie.
Confentant de bon coeur qu'elle luai fAt ravie,
Lorfqu'il aurait eteint les dertes de 'Etat.
Si le ciel lui edt faith cette grace, il edt autant v6cu que Mathufilem. C,
fat M. de Maurepas qui fit prefent a la France de ce controleur general ,
don't il refte a peine la trace d'une operation qu-.conque, et cependant on
fouvenir defaflreux.

Nomme Contrdleur-Giniral, en octobre 1776.
On avait pour but d'accoutumer les Franqais A veir cette place c6nfiee A
un stranger et' a un proteftant, puifque dans le mdme teams M. Necker fut
nomnm6 confeiller des finances etdirecteur du trifor royal. M. Taboureat
alurajt eu grand tort d'imaginer des plans, des fyftemes ,; fept a huit mois
apres ,. il fut oblige de donner fa demiffion, et fon rival sempara des finances
le z juillet 1777, epoque fatale qui a occafionne tons les maux focus lefquelt
ce roy.ame a gemi depuis.

Le d6partement des affaires 6trangeres chez une grande puiffance eft un
fardeau trop difproportionne iux forces d'un feul home. Y a-t-il en effect
beaucoup de rtdes affez bien organifdes pour s'occuper a. la fois d'une me-
diationr, d'un trait de commerce d'une difctrflion politique d'un project
d'union de 'interdt de fes allies, des mouvemens de fes.rivaux.; ici, du foin
cach6 de fomenter des troubles lI, de les prevenir plus fouvent-de les
appaifer ? Veiller a lA Phonneur de la Nati on a la liberty des mers, diriger
les organes particuliets de la volonti fouveraine, avancer le fyft&me d'amelio-
ration, S&c......Quels details I
A cette action continuelle de la penfle joignons le travail journalier, les
dep&ches, les confeils les' audiences, les remplacemens, les inftructions, la
furveillance des bureaux I'importunit6 des follicit.iions ,,les devoirs de, la
place, e.t fur-tout Ies luttes continuelles centre I'intrigue, P'envie, l'efprit
des c-,urs.
Rapprochons de ce fardeau immenfe la capacity de 1efprit human; eti
general -timide parce qu'il eft borne imprudent s'il elt hard incertain s'il
eft pr6voyant contiant fi le fucces le favorite, cemari.aflfe au milieu de fes
propres connaiflances meant a 1'habilete de la l in Ai la fineffe, de
I'affuce ; A 1 aftuce, de la matvaife foi : abattu par les diicuhlts opiniatre
danis l'erreur, fenfible au douxoencens de la flatterie,'i in.tble .1 'apparence
du bltme. A
Apres cette double confideration il eft aif6 de conclure fi la place de mi-
niftre des aifmces'dtrangeres eft facile A triiuplir, s'il en eft qui ait plus de droits
Aa 'ind.ilge.nce.
Ii (Lfrit injufte de juger le.cornte de Vergennes .d'aprbsle. filence-rigoureux
qui a covert fes operations. Depuis qu'il eftdefcendu dans la tonbe chacuri
s'eflempreff6 dee reprendre fes 6loges. Ses ennemis mine, a peiine dnt-ils
faitappercevoir leur triomplie. Son maitre feul a rAfielI Al'imptdfioin tgnd,
rale, et prefque Jui feul a ddfendu fes talens commela la lgitimit de (a for-4
time. R4re et. grand exenple don't les obfervateurs ont :..nlimp'.: a :.ce
111011,11ue, dans lequel la nature a mis un coeur hl,,nAte t ijtte. Jerttons
un counp-,oe'l fur I' s operations de fon miniftre. [Tichois d'en faifir les
ves, es principles .le cairactere, les dfatits les erreii s. Ce travail ne
feta pis inptile, s'il apprend a fes fiircEcffns et a fes riyaux co mtei'
qu'une cerpaine portion d'hommes les furveille, et qu'il faut enfin p.u.AiTc de-
vant le tribunal les Nations.
C'eft dans riambaflade de Conflantinople que le cointe de Vergennes jettA
les pteumiers fond&mcns de fa renio'nim'e. Cette mifllih exige plus de fig,-lie
qUe de g6nie plus de fiite que d'activire ; il s'a.iirii de conferver une in-
fluence que la jaloufe Anpgleerrre a depuis votiin p itageronu plutor detruire,
et de maintenir une pr6ponddrance d'opinions dans un contfeil touiurs trop
flegmatique on trop ,f Le conmte de Vergennes y etait parvenu. On
jui en tint peu de compete a VerliSll, s parce que Pon jougea la befogue
aifee iependant les tracafferies politiques -ia chevali. r Ainflie I'r.I,euvnr
que c'ntait quelque chofe. Le dtic de Choiieul don't' les vues actives em-
briflaient IEurope dfait : Le come de Verg'inme, ronv, .Jotbujours des
r.ifons contle ce qu'on lhi prprfe uais.ja.-1i dc hiiil chrs pour Fexxcu.
ter; et, fi nous lui demindiionis la''tre-du vilir i 'noi ecrirait que cela
efl daugcre-ux 4 mais il nous lPenvei;wit .
i ".

~rrc------------- --:-----~

~ ____~

b- -

11 eff wvrai qt'faux foins du min liu;e le comite de Vergennes joignit celni
de fa fortune; il etl des poles qui la doinent. La Suiffe et la Porte doivent
enrichir un ambaffadeur come Vienne er la Rutile doivent le ru-iner.-
Nous avons cependant des exemiples propres a rafuiter ceux qui doivent pa-
raitre daais ces d&ux course. Si nous ecrivions la vie de M. de Vergennes ,
cetre ambaflade de Turquie prefenterait quelques traits honorables a la me-
pnoire i;ais ce Weft pas le bur que nous nous fommes propofes. Tichons de
1ailir des objets d'un int ret plus general.
La million de Sudde lui offrit de la gloire a imoiflonnier; mais il etn profit
mual. 11 s'y trouva a cette brillante 6poque oe un roi pupille mit fes tuteurs
delpotes -dans limpuiffance de le maitrifer, fans leur other la poffibilite de le
fervir. Cette operation, oil le hazard fervit fi bien la prudence, aurait pu
avoir pour premier moteur le miniftre Francais. II n'y part que comme un
cooperateur indicis et celum qui tait deftin a favorifer une revolution
bien plus importance, femblait indifferent ia celle-ci. It ferait imprudent de
le blamer. Je fais comme tout le monde, les raifons que le cabinet de
Verfailles a cru avoir de prodiguer fon or fes confeils, ton appui a un roi
du. Nord; mais je, ne fuis pas igalement perfuad6 de la folidit6 de ces raifons ,
moins encore de leur durde. La politique vieillit avec certain pr6juges, et ne
s'apperqoit que tard de la n6ceflit6 d'ob6ir aux 6v6nemens.
Quoi qu'il en foit, M. de Vergennes 6tait loin de foupconner'que l'am-
baflade de Sudde le conduirait au miniftere des affaires etrangeres, c'eft-i-
dire, au pofte qui exige le plus de talens (29), le plus de reffources, le
plus de lumieres puifqu'a chaque infant lon tient dans fes mains le fort
des Nations, et que par le m6lange des interets politiques, la tranquillity de
I'Allemagne depend da miniftre de Verfail es, comme cell de la France du
prince de Kaunitz.
Le comte de Vergennes ne dut fon elevation ni a des fuccks precurfeurs
de fa gloire future ni a l'intrigue de fes protecteurs, efperant s'affurer un
credit folide ni a des ndceflites momentandes, qui forcent d'appeller le
plus ancien dans la carrier. Sa nomination fut l'ouvrage du comte de Mau-
xepas (30), qui cherchait un inflrument docile a fes volontes un homme
moins avide de gloire que de conferv-r fa p.ace, plus empreffe de fervir que
'de briller.
Ce vieux courtifan, trop experiment pour oublier que la plus haute
hfveur meme a befoin de longer a- fe maintenir, ne negligeait aucun etai.
Mais ce qui eft plus curieux quieconnant pour ceux qui le connaiffaient a
fond, c'e qu'il fe trompa lourdement fur deux perfonnages qu'il plaqa. I1
crut M. de Vergennes bon homme et un autre extr6mement adroit. C'eft
done cette opinion de bonhomie qui mit le omte de Vergennes au timon
-de 'Etat. 11 dut cette brillante fortune a un homme qu'il ne connailfait
prefque que par la voix publique, fi infidelle lots m&me qu'elle vent dtre
jufte, et fi injure lorfqu'elle eft paffionnee. On a trouv6 dans lVhifoirepofi-
tique d'Allemagne, un rapprochement heureux entire M. Arnaud de Pomponne
et M. de Vergennes. Le premier fut choifi par Louis )XIV, comme Iautre
par Louis XVI. La reffemblance n'eft ni dans le caractere ni dans le genre
d'efprit, ni dans les principles. I1 fanut avoner cependant que le paffage eft
curieux., II eut dt6 difficile de deviner qu'un homme relegu6, pour ainfi
dire, tdans le fond du Nord (l'ambaffade de Suede ),. et fans appui particu-
Aier a la cour, eAt pi &tre prefer i beaucoup' de dignes fujets qui tdaient
pr6fens -et qui ne manquaient ni d'adreffe, ni-d'empreffement pour reuflir.
Cette nomination furt un pur effet de la wolont6 de fa majeft6, qui de fon
propre movement, fit ce qu'elle crut devoir faire pour le bien de fon
service. On reconnut en lui un homme implement applique a fire fa
charge fans porter fes pretentious plus loin. II )oignait i beaucoup d'habilet6
pour les n6gociations, une extreme modeitie et une probit6 des plus de-
fintereffies (3i1),.
Pour prendre une idie jufle du miniftere de M. de Vergennes, il faut
fe tranfporter au commencement du regne de Louis XVI. Son aieul avait
laiffl le clergy turbulent, la magiftrature difperfee les finances fans credit
au-dehors et fans reffoburces au-dedans; la marine languiffante et cruellement
humiliee 3 unie furabondance de d6penfes fuperflues que Ia Nation fupportait
en murmura'qt; une arm6e changeant de manoeuvres commune de miniftres,
Ain ddbordement dans les moeurs, qui gagnait rapidement tous les ordres de
,citoyens une fubverfion g6nerale de principles ages et d'idles faines.
Dans cette crife, le come de Vergennes fuccedait a un home d'efprit,
grand travailleur, ami de l'ordre, devor6 du befoin de reputation, d'un
homme qui avait plus encore at reparer qu'A acquirir, mais jett6 dans des
intrigues don't les circonflances lui avaient faith une niceffit6 et fa famille
Leduc d'Aiguillon avait done n6glig6 'Europe pour la court: d'ailleurs, n'ayant
pas t6 a meme de connaitre par lui-mame les differens cabinets des grandes'
puiffances, il 6tait dans lhumiliante position4 de s'en rapporter aveugltment
a fes premiers agents, et l'ont fe dtgoute brentbt d'une befogue quon eft
oblige de faire fire. (32)

-(9) Non c'll le ldifpartenieiet -des finances. Pa.courons 'iNtroduction d'un
livtC e'ldmcntaie fur CLttE paitie vous verrez qu'il faut du ginie, un grand
caractere, 'tune vertu eprouvde un courage inoui enfin I'allmnblage de
tous les talens come de/toutes les qualities. La force odI je vous renvoie
Weft pas fufpecte puifque f'auteur du livre a fourni les prtceptes et le
-(3o) On a faith a ce miniftre des reproches bien m6rit6s, mails 0o lui a
uffli InIdui liop .pe de justice, vu la difficult du role joaier en 1775y.
II fallait non pas regner focus un june prince qui cherchait des confeis
avec la candeur ingenue d'une ame ouverte an bien; miais fubftliniet I'exFe:
vience a -cette premiere ardeur qui croit tout facile mnontier afflez de genie
pour raffurer un jeune roi for I'brindon de fa s ounirice, et ne ias lui fire
fenti- le poids de 1'age et les droits de la raifon. An lieu de ripandre fur
les affaires cette gCuavire minifterielle don't s'enveloppent la plupJrc dEs gens
en place M. de Maurepas traitait les objets les plus important avec rentt
gaiete palihle qui announce un efprit net, un talent exerce,, un hommine pre-
pare aux 'veinemens, et Fabondance des reffources pour remndier a tout. La
uialhgnile ,lenintir tousles ridicules de la frivolit aI cette mnthode. De Ia les
farcalmes', les chanfons oles fatyriques gaietes don't lui-meme avait rte j'adis tout
;1 la fois victim et partifan..
(31) I y aurait deux refl6xions effentielles 3 fire fur ce paffage. Le lec-
teur nous apenc-,tre dtji prdvenu. II fuftic de les lii indiquer fCans enter dans
un plus grand detail.
(32.) Ce que nous nouts promettonis de direde M. Ie due d'Alguillon dans ce
moment, c'eft qu'il a en pour ennemi aclarn6 le vieux ia Chalotais un des

Ce nltakt pas-la le rival qu'il fallait 6galer ou fire oublier. Le due 4
Choileul reprefente a Londies dans tne avec ce furnom : e c:
de 'Earopel, avait rempli tous les cabinets d'iiiquictude-, et la France d
fecurit6; fonl nom excitait toujours des regrits; les pr6tendues dillipaltor.,
*la ,lgrert apparent, fa fiveur exclusive les calomnienfes inventions I
fes ennemis n avaient pu atfaiblir, dans opinion general, la force de roa
talent. On pourraitt foupqonner que le come de Vergennes, qui e entat
pas fon audace, parce qu'il n'avait pas fon geniee, chercha une route oppof,
et efptra de fa prudence mnyftrietife et de 1'art de tergiverfer ce que fon
pred6ceffeur Choifeul avait obtenu d'une fermet 6impofante et du grand
fecret de turner les 6v6nemens en fa faveur en les prdparant avec habiletd.
Le come de Vergennes commenqa par r6tablir un fryftme fiuivi de cor.
refpondance politique. Beaucoup de miniftres n ont exig6 des envoys refidini
aupres des course ktrangeres, que la relation feche des evenemens monotone,
qui fe fuccedent dans la plupart des pays; d'autres ont command un efpio.
nage actif pour deviner et meme venter les projects diune cour (3z), Un
homme, vraiment digne de fa place, dedaigne des foins auffi vils, et veut
que les perfonnes charges des affaires des rois confacrent leurs tiles loI.
firs & 6tudier, A faire connaitre le royaume ou on les envoie. La qualitt
du fol, IePtat de la population, la richeffe national, les productions indi.
genes, les reffources, l'activit6, les principles du commerce l, e fyfelT
financier, la quantity de num6raire, la constitution de PEtat, fes forces
militaires, fes d6pendances politiques, 1'efprit de fon gouvernement, fes
vues d'aggrandiffement, doivent etre le fujet d'autant de nmmoires raitun-
nes.' C'eft ce que le duc de Choifeul exigea avec autant de Termet6 que d'in.
telligence ; c'eft ce que fon fucceffeur jugea mins effentiel c'eft ce que le
cowmtede Vergennes retablit, mais fans jamais porter aufli loin que le ditc do
Choifeul, cette moiffon de connaiffans 6conomiques.
Ce d6but fage eut Plapprobation du premier minifire, que le timid et
adroit Vei genes laiffait Y'arbitre de routes fes demarches politiques, et fur-.
tout des graces attachees a fon d6partement. M. le come de Maurepas
rendait compete au roi du travail des affaires etrangeres comme de fon propre
ouvrage : mais le miniflre fubalterne devait recueilir un jour le ffiiit ds im-
preffons qui demeuraient dans l'efprit du monarque ; et telle eft la force do
cette confiance pleniere qui a dclat6 dans les derniers ann6es du minifere
de M. de Vergennes et refilul aux plus fortes attaques (33).
Pourt conferver les premiers mouvemens de cette confiance, nde des bonds
offices de M. de Maurepas, et fur-tout pout 'dtendre, i fallout connaitrela
cour pays stranger a un homme abfent depuis plus de vingt ans, et que fa
nailance, quoique bonne (34), n'y avait pas amend 'ds fes premieres an.
nees, n'ayant d'ailleurs pas requ de la nature cette phyfionomid heureu qui
difpofe les coeurs aux deuces perfuafions de 1floquence. Sa conversation
navait pas non plus cette force qui fubjugue, ou ce charme qui entraine.
Mais dans fes audiences, it montra cette adroite circonfpection avare de
paroles, qui faith prendre -ne phrafe pour une efp6rance, et un fuffrage pour
un bienfait; il fuppl6alt a de qui lui manqua par une politeffe froide, u'on
prit.pour l'expreflion d'une prudence confommr e par une auftIdrit de
principles propre a fire croire que les inter6ts, domeftiques .ditparaiffiieri
devant fon inflexible probitr6 par une retraite foutenue, quiiifemblaitlnnomt.
cer que fr de fon zele et de r'quite de fon maitre, il ntavait bet'oi qpe da
ces deux appuis.
Cependant il 6tudia, fans paraitre trop s*en occuper le caractere de alti
niftres charges comme lui, de la chofe publique; les courtifans., et It
puiffance fecondaire, aux yeux de la multitude mais qui devient defporiqule,
toutes les fois que la beauty et la fuduction veulent employer leurs atees,
et taire ufage de leur empire 3 pertains grands pesfonnages de la cour, qui,
pour n'dtre ni dans les charges, ni dans les d6partemens, n en; ont pas
moins de pr6ponderance, et doivent a la confid6ration perfonnelle, qu'1i
ont acquife, ce que d'auttes doivent an pouvoir don't its font revdtus; la
rivaux, ialoux de lautorite qui s'oppofent en fuppliant, don't les.6crits font
fi humbles et fi refpectueux, et les actes fi dangereux et fi hardis, et qul
enfin, centre le pouvoir monarchique, s'dtayent des lois, s'dpaulent des
pairs s'entourent du Peuple et tiennent toujours le fouverain entia
deux parties extremes une f verirt allarmante ou une indulgence an
Aprbs avoir recueilli en filence ces lumneresr, et s'etre rpet6d long-tems I
lui-mnme, que les miniftres comme les malheureux Wont point d'amis
fe d6fendit de toute efpece d'6panchement, plaifir fecret des cyeurs fen-
fibles, mais qui tot ou tard, met focus la ddpendance des hommnes toujoirs
enclins a en abufer (S5) 5a famille devint une efpece de folitude ferrn e aut
folliciteurs obfcurs comme aux courtifans officieux. HWlas its brifent Its
digues les plus fortes. II fallutdonc commencer par effuyer lctalage delert
projects, leurs importunes combinaifons leurs pretentions ambitieufet Lo
come de Vergennes fentit int6rieurement que leur language enchanteut et
perfide pourrait le jeter dans des erreurs involontaires. 11 prit 1p fage plu1
de fe demettre-en faveur de M. le come de Maurepas, du plaifir do0b
ger. Adreflez-moi, difait celui-ci, tous ceux don't vous voudrez vous d
barafl'er et j'en ferai autant des importuns, qui voudront me -ptier d

plus mechans et des plus vindicatifs mortels qui aient paru fur ce glo',
Voila l'osigine des defagremens qui ont empoifonn6 fa vie.
(32) Frederic II, fi grand homme d'ailleurs, ne favait point tirer p .
fes miniftres au-dehors. Tout Ie' monde lui femblait. propre a ces fortW1d
places. II a quelquefois adreff4 a de grandes puiffances des hommes don't 0
n'edt pas fait des fecrtaires intelligens ; et lotfqu'il a eu des'OOJers (
pables dans ces poftes, it n'en a rien exig6. A peine fe faifair-il reJdr
compete de leurs dp&eches lui qui rdpondait a un 'fonneur de clocher,
un bedeau.
(33) 11 difait, en plailatan qu'on apprerair .dan -Ile ferral i bravftr 1
intrigues de cour.... que fes ennemit avaient beau fire. qu il avaic tait vtti
mourit mnitre en place.
;(34) Sans .tre n6 d'une famille illuftree, il dtait forti d'une fdurce to
pure et tres-ancienne, ainfi que 'aflurent d'exccllens gentilslhinmes. dM oy
gogrid, fes compatriotes. i
(5y) C'tait un desdefauts du dac deChoifeul. Sa f.anchife naturelle l'enC '
na1i Au d.A.1 de ce qu'il avait projeter de dire. II ,ne pouvair rifier ni au maileu
qiti rei.nd fi 6tloquent, m art repentir qui a tant d'einpzrd fitr les ai'es o
nees. II y a maintenant en Europe un grand perfonnage 'bien ans-deffus, P"
rang t, du due de Choifeul, qui a la bonne-toi d'avnuer qu'il refuCe des "*
.eines, parcc qu'il eft fuit a nie efulet f bourfc e b a nl fon ecet e ,:
qui vou.traient s"en empare.r.



vous follickter en leur faveur ". Ainfi, M. de Vergennes pAifeitr de patter
Four un mninitte fans credit ; dans Pid6e d denieurer I une certain dif-
tance des grands oragts infepnrables de la faveu qui difpofe des rois et de
la fortune. Le people de la cour (car it y en a on 11 come ailleurs) prit
cette conduit pour rinipui0ance ,dun hominie fans ufage, fans connaif-
-ft:e de Con fi6cle et des avantages de fa place : mais on petit nombre d'hom-
ines rdfl6chis, apperqut dans cette conduite, la march combine d'un poli-
tique rnf6, bien fur tie 1'avenir le dedommagerait des facrifices qu'il .faifait
an moment pr6fent. En revetifflnt les dehors d'un home profond6ment
occupe, si evita le ridicule (36)1 qui a la honte de la Nation devient
entire les mains des courtilfins mains et fpirituels le premier moyen de ren-
verfer le mierite mme o a plus forte raifon, un talent ordinaire ., convert d'un
pen de charlatanifme.
Cepeidant on avait adroitement pr6veni la feconde perfonne de la cour
contre lui, centre fon fyftime centre la forme de fon travail: elle le
croyait contraire a la grandeut de fa mailfon qutelle vetit tellement amalga.
iner avec les interets de Ia maifon de Bourbon, que ces deux formidable
puiffances, s'entre-pretant de mutuels fecours, puiffent un jour donner des
lois I'Europe. Quelles que foient les preuves allegu6es A cette princeffe,
.iluel que foir le degr6 de foi qu'elle ait crd y devoir elle a renferm6 le
tout dans le fecret de fa penfde, et dans toutes les occasions apparentes, ho-
nor6 le choix de fon augufte 6poux.
Tel fut le d6but du comnte de Vergennes a la court. Examinons.maintenant ce
qu'il fit dans fa place.
Son fyfltme politique 6tait dirig. centre les Anglais,' don't it lui femblait
jifte d'abailler I'indomptable orgueil, et effentiel d'affaiblir la coloffale puif-
fance. lts poff6daient deux royaumes outre celui qu'ils habitent : fun
dans l'Amerique, plus vafte que I Europe; P'autre dans l'Inde, plus 6tendu
que la plupart des lieux qui les avoifinent. Vergennes commenja par les
tromper, en attendant qu'il ptut leur nuire. Cachant la haine qu'il avait
htrit6 du duc de Choifeul, il liii fallout d6vorer des m6contentemens et des
humiliations .que lui prodigua la hauteur britannique mais it amaflait la
vengeance. Elle n'eclata ni ne fe repofa jamais. L'Am6rique entire fut Con
aliment. La revolution la fatisfit ,'mas ne la combla pas. C'6tait cependant
tin grand coup (37) porter a cette Nation fuperbe que l'ind6pendance de treize
Etats, confervde par le fiffrage et Padh6fioni de pr efque tous les rois de I'Eu-
rope. Jamais n6gociation ne fut men6e avec plus. dart. La force fecondait
l'habilete. Lorfque Ihabilet6 s'6puifait, la rufe (38) venait a fon fecours; et,
que's que fillenr les.ioyens-, le-fucces les couronn.iit. La Mere-Patrie., hu-
-niliee et defolde, vit fes filles rebelles fe refugier dans le fein protecteur de
la France, oa fe coifomma I'affranchiffement de tout efclavage et de toute
domination. Les guerres les plus fagement combines, les victoires les plus
glorienfes n'ont pas eu des rdfultats auffi effentiels. Le principal moteur de ces
grandes operations a droit a la reconnaiffance de fon pays come a lahaine
eternelle de 1Angleterre.
A cette dpoque on lifait cependant dans les chroniques de la Perfe ( lune
de ces productions malignes qui viennent de terns en terns trouble i'horifon
des course) qu'il n'avait rien fait encore pour r6tablir la gloire et I'hl n-
ieur de l'elpire perfan ( franqti's ), et cependant utine Nation toujours rivale
lui avait parl avec hauteur plufteurs fois, et avait widme manqu6 au fophi
dans la perfonne de fon vifir. A la vdrite, c'eft uine anecdote inconnue au
refte de la Franced, mais don't les fefeurs de chroniques n'emnbelliffent pas
moins leur texte. Une rdponfe qui contredit 'le chroniqueur perfan et qui
n et pas apocryphe ft celle-ci. M. de la Motte-Piquet fortant de la baie
de Quiberon, rat rencontr6l par une frigate et une corvette amdricaines qui
Io duerent. Il y r pondit par neuf coups de canon, honneur qu'on rend aux
pavilions des RBpubliques. L'ambafladeur d'Angleterre inftruit de ce fauint
rendu, court chez M. de Vergennes, fe plaint, demand une explication.
Le ruf6 miniftre r6pond avec la bonhomie apparent d'un homme I peine
antruit: t C'efl peut-etre le paroli dtu falut que vous avez rendu jadis an
pavilion corfe, lorfque votre cour favait que le roi mnon mattre traitait ce
Reuple come rebelled. ,
Le grand trait d'habilet6 du come de Vergennes eft d'avoir engage le ca-
binet de Petersbourg a bercer celui de Saint-James d'efp6rances menfongeres.
II follicitait ardomment des fecours pres de la Ruffle 5 elle les profit et
les refifa; et nullement dtrangere a Part des rois, -elle ddjpua coniplette-
ment l'Angleterre, qui, dans l'efpoir d'un fecours incertain fe plongeait
dans des d6penfes r6elles.
En vain dirait-on que le come de Vergennes ne fit que reprendre en fous-
ceuvre les projects du duec de Choifeul. Cela m6me d'abord eft un grand m6-
rite. Ce que le bon fens a de mieux firee c'eft de profiter des plans du
genie.d En vain ajoutera-t-on que le docteur Franklin avait conqu tout le
plan de la t evolution : n'eft-ce rien de ex6cuter et de triompher des diffi-
cut6s que les homes apporterit tmene a leurs propres avantages' Quelle
.adnree no fallait-il pas pour d6cider M. de Maurepas, que fon grand age et
fon caracterr 6loignaient dgalement des enitprifcs p6rilleufes et que M.

(6)'Des hoinmes de beaucoup d'ef it n'ont pu sy foufraire ; des thommes
tres-mediocres ont fu. adroirementl 'viter. M. le chancelier de Maupbou, et
M. Bertier peuvent fervir A d6velopper ma penfde. A_
Ce ridicule inn6 4 certain pcrfonnages, A certaines farniilles, don't tout
lefprit poflible ne fuve pas, le Frangais le faifit avec une jufieffe admirable.
C'eft une armb Idgere qui nO rue pas, mais qui ddfigure. On peut dtre honn6te
ionmnie et ridicule, mals rarement grand home et ridicule fur-tout fi tout ee
qui VoUsti tent de plus prbs ajoute les fiens A ceux don't vous dtes d6ji covertt'
et cela eft arrive focus Louis-le-Jufie, 4e me femble.
(37) Pour s'en fair tne idde, it faut clouter les Angljis eux-mimes, eot
eire te que difait Poppoflition avant que la revolution fdt confomme, ielle
raillamt PAngleterre l'dtendue de fa prte dans des tableaux bien blo-
que nsj: on ls a depuis atliblis, parce qu'il faut finir par'fe cotnfoler; mais
oufot de ces dvdnenens que vingt fiddles ne peuvent effacer.
(8) M. le vitcmrv de Stormont voulut s'inttruire des engagemens pris par la
iltI avec lAmtrique. Le comIte d Vergennes battit la camnpagne. Le mi-
iire anglais repliqua qu'il pouvait regarder comme un faith ce don't on avait
td dans le carroflfe du roi. Le miuiltre lui rdpartit: Savez-vous ce qui s'eft
dir dan le carroffe de la rine ? On a racont que les Anglais avaient tentr
Pr fnpible. pour conclre leur traitd ?vec les coldnies mais fans fiucm-.
fae, M nieur 'ambalfadeur foyez tranquille ': en politique ceux qui en
ave _! ts font ceux Iqu en dlfept le molns it n'y a \que les fots qui
pat et or crojent..... Ceci a 6t6 auribue au eotte de Maurepas et dit
,, la M. de Vergennes,

Necker effrayair fur les d6penfes ? En vain infifterait-on en difant que, fans
Jes fautes multiplies du miniftere anglais, jamais les projects de M. de Ver-
gennes n'euflent &t6 conduits a uneheureufe fin. N'dl-ce pas le comble de
Ihabilcre d'dlever autour de fes ennemis les nuages du doute et de I'incer-
titude, afin de rendre leurs mefures fauffes, leur prdvoyance nulle leurs
calculs erron6s ? Les fiers Anglais n'ont jamais cru que la France rrodigue-
rait les millions, les vaiffeaux, les homes, pour defendre une poign6e de
mutins qu'Albion penfait 'a chatier et non I vaincre. Lorfqu'on apprit a Lon-
dres que la cour de Vetfailles avait reconnu les deputrs am6ricains come
miniftres, une furprife mlee de conifternation fur gendrale. Les plaifans di-
faient que cet acte avait product P1effet de d'tincelle olectrique, et frapp6
toute la Nation du meme coup. On ajoutait que cela devait etre, pnif4ue le
docteur Franklin avait fourna la matiere renferme Hans. le conducteur.

Nous ferons fans fcrupule enter dans l'loge du come de Vergennes les
foils adroits, quoiqu'un pen difpendieux, d'entretenir le flambeau de la di'-
corde en Hollande (39) non pour d6pofer le flathouder, come des gers
mat infiruits on malveiilans Iont infinud, mais pour prevenir I'alliance avec
l'Angleterre. Ses rdjouiffances fur la derniere operation militaire font mieux
que neus l'mloge do come de Vergennes. 11 ert done raiton employer tcus
les reflforts de ce qu'on appelle la politique pour retenir le penchant du
prince d'Orange, don't les inclinations anglicanes taient plus que foupqon-
ntes, et don't les lumieres ne vont pas jufqu'a favoir que les Anglais nWort
point d'allids, mais des fujets qu'ils enchainent on qu'ils dupent. Le comte
de Vergennes eut tort feulement de dire A fon ambaffadeur qu'il devait ne
s'occuper qu'n gagner la province de Hollande, come celle qui entraine leg
fix autres. Les foins du miniffre devaient etre plus marquis pour celle-la,
mais non plus exclufifs. Au re'fle, ft les principles 6taient bons, 'ex6cutioa
drait d4teftable. Convient-il A une grande puifance d'aller en deffous ndgo-
cier avec des mdcontens, de groflir leur nombre par des prdfens corrupteurs,
de lent fournir des fecours indirects d'exalter leurs efpdrances ? Sans comp-
ter les minifires accrddirts, combiens d'agens fubalternes charges de femcr
dans l'ombre le trouble et-la division ? Quand on pent donner la loi,- ks
trames myftlrieufes aviliffent. (40o) Auffi a-t-on vu fix anndes de n6gociations
perdues, ainfi que bien des millions. pour n'avoir pas faith articuler des vo-
lontis precifes par M. Gerard de Raineval en 1787, pour avoir mis a cette
epoque de la roideur au lieu de fermetn. Au refte, tout ce qui eft arrive
eft enigmatique. S'oppofer a Pouverture de l'Efcaut menacer les forces
impdriales, et trois ans apres laiffer paifiblement ariiver' les houfards pruf-
fiens qui pillent les villes, difperfent les foi-difant patriots r6tabliffent le
dictateur', n'eft .pas conf6quenit; et c'eft ce ue n'edt point faith M. de Ver-
gennes. II avait plus d'harmonie dans fa marche, et cet accord de principles
( la premiere des qualit6s du second ordre) tient notre plume en refpect fur
plus d'uie erreur imporrante.
Ne fut-ce peutt-tre que ce trait6 de commerce quia excite tanr de mur-
mures et furtout ruind l'induftrie facrifide. (4t) Selon certain obferva-
teurs (4z), ce n'eftL encore qu'un mal d'opinion. Nous ne jugerons, pas ce
grand procis 5 mais il eft impoffible de difimnuler qdie jufqu'ici 'avantage eft
douteux, et F allarme rmelle.
Ne fdt-ce que pour avoir indirectement pr&et la main a cette confeddration
germanique, bien mieux organifde pour nuire a la France qua eiempeteur.
Car enflt fi la Hollande et I'Angleterre ali6ees appellaient c s princes tou-
jours prist a courier oi I'on paie, ils formeraient bientot tine armbe qui occu-
perait la France fur terre pendant qn'Albion ddploierait fes forces ma-
ritimes fur les mers. Les vrais politiques, Al'emands meme, n'ont pas comprise
pourquoi le cabinet de Verfailles avait favorite cette demarche mral vue, mal
calculde et vicieufe jufques dans fon execution. Comme allies de
l'empereur come ennemis naturels de l'Angleterre comnie pretendans
4 la premiere influence fur le gouvernement des-fept Provinces il.
fallait esy oppofer. Heureufement que d'elle-m6ne elle fe diffoudra. Les
princes qui nWont point d'argent ne guerroyeronti) pas; ceux qui en ont
te mettront I convert en fe vendant a des puiffances etrangeres. On a cru
devoir refpecter dans cette affociation l'ouv-age du grand Frdderic. II y con-
fentit, il eft vrai mais alors il comptait d6ja foixante-douzeans ; et foixante-
douze ans -taient un fiecle, fi lon confidere les fatigues le travail les
pines, les agitations, qui remplirent cette brillante et orageufe carrier.
Ne fdt-ce que pour avoir rallepti les fecours deftinds auix gran es Indes,
ouA les forces anglaifes Iemportaient deja fur les notres avant qu'elles puffenc
fe coalitionner avec les fouverains du Cap de Bonne-Efperance et de l'opulente
Ne fat-ce que pour avoir mdcontent6 gratuitement; la cour d'Efpagne dans
deux occasions importantes, ce qui fit dire au cointe d'Aranda que les Fran-
qais 6taient plus adroits mais que les Anglais tdaient plus habiles.
Le grand moyen de politique du come de-Vergennes, come fon trait
de caractere marquant ( ce qui eft prefque fynonim.e ), fu de ne jamais
donner une rdponfe d6cifive. On lui propofe de s'allier avec la Prufle, it
repond'7: cc Frdderic eft vieiux, les principes de fon facceffeur font inconnus:
avant traiter it faut s'inftruire, mais c'ett un moyen que la France ne doit pas
ndgliger. La cour impdriale fait demander en 1778, en cas que la Pruffe
s'oppofe 4 fes projects, fi on peut computer fur vingt-quatre mille homes pa
fur .a millions f-tipulds dans li- traite-dei766. M. de Vergnnes fit une
belle d6pkche don't le refultat eft que la France offre fa mediation. L'empe-
reur infille, et ne fe content pas de belles phrases alors le miniftre repond
que le roi fon maitre ne fouffrira pas qu'aucune autre puiffance fe m6le de

S(39) On pretend que cette operation a colt6 des fommes confiderables a
la France. Un miniflre peut-il en difpofer pour appuyer les fyftimes? Non,
fans l'aveu de la Nation. Mais fous M. de'\Vergennes cette puiffance nario-
nale n'exiftait point. Ce miniftre 6tait fouverainement maitrc du tr6for, et dbs
que fan genie lui infpirait une operation, les caiffes s'ouvraifnt a fa voix
(40) On a vu un miniftre arriver a Berlin an mois d'octobre 1787, charge
de menaces de la part de la France, parler de fon camp de Givert, oa il
I 'l aviz pas deux bataillkns, de cent mille lionmnes qui s'affemniblaient dans
iaI limnIre franqaife, d'o4 'on fefait filer incognito quelques artilleurs de-
guifes. Cell bien le cas de dire : Parturient in"zc nafct"r ridiculus mas.
(43) Les 6chevins de Lyon out motive la demanide de fecours au gouver-
neiment, ppur prdvenir !'emigration de x i mille outvniers, par le coup que
le traits de commerce avec les Anglais avail port a lears fabriques. Leuts
itlarn-aitioris font imprimees. .

(a2) L'autetur des Ohfrvaio'atn rapii'es fir la lertr, de l. de do ,hne .u ou,
faith honneur de ce trait6 a M. de Clomine qmi n'y ett ancune part.

--- --- --

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la querelle furvenue centre cells du Nord t et que i fa i-xfjdhe vent accepter
la mediation de Verfailles, elle fera content des egaris qu'on aura a 1es
droits. Daus le meime moment, la court de Potfdam aiclau.ait la gauntie
donnee a trait de VWeitphalie pour le iainti-n de la cown'itution ger ma-
mique. On lui ripondit : Que jainais la France n'avait impuuement vu la
lnat!Couticotage (43) -*

Le vicomte de Stormont miniitre d'Angleterre, demandle oli!eiiemienit
fi la france pretend foutenir les rebelles d'Am6rique. M. de Veigennes icpoiid
minillnriellement, .-que le roi de France a A d'autre but que de rendre le
commerce libre pour routes les Nations. ,
On fent bien que cette indcifion [volontaire et calcul6e n'eft qu'une forte
nua ce de ia fauffiet la plus confommee. L'habilet6 reuflit, la fineffe mnme
quelquefois ; mais prefque toujours la fauflere echoue. Aulti lorfque dans cette
m&me guerre de 1778 le comte de Vergennes effaya de trailer la cour de Belinl
romme il avait trailt la Porte et le vieux Frideric come un fultan, fes rufes
6taient connues fes carefles fans profit, fes meraces fans effect; et pendant
que fes d6p&ches aftucieufes allaient effayer d'endormir le lion du iNord, d6dj
'es troupes marchaient vers les frontieres de la Boheme, et allaient terter de
fuirprendre la vigilance autriclhienne.
Auffi un Pruffien dcrivait-il : On dit que M. le comte de Vergennes a une
logique politique turque, qu'l veut introduire en Europe. Je ne crois pas que
nous autres Allemaxnds Fadoptions ; nous tenons A nos anciens ufages, et en
fommtnes contens. 2)
Si on parcourt Phifloire on voir qu'elle conserve avec une certain eflime ,
le nom de qui ont fu le mieux tromper. Sans citer Richelieu et Mazarin, les
plus grands impofleurs politiques que Machiavel air forms, les fourbes par
excellence, peunt-on nier que le lord Chatam nait tire fes principles r, ffources
pour la guerre de 1756 des rufes qu'il employ contre la legereit franqaife.
Loin de nous le coupable project d'affaiblir le regret dd a fa memoire. Je veux
feulement rappeler que la politique n'eft qu'un nom plus honnete donn6e a un
commerce fuivi de fupercheries on de trahifons, felon la nature des inter&ts
On a dit de Pizarre ( qui ne favait pas lire ), qu'il avait r6uffi dans tout ce
qu'il avait entrepris, pirce qu'a la rulfe et a la diflimulation it unulait la faga-
<:ite de d6emler les deteins des autres.

Le cardinal Ximens Cecil, miniftre d'Elifabeth, Elifabeth elle-meme,
le comte de Murrai, regent d'Ecoffe, Maitland, don't Robertfon a dit que
fon adreffe digenerait en fourberie et que fa penitration etait un melange de fb-
thite et de rafinement; Louis XI, qui avait tant de gout et d'eftime pour Par-
tifice, qu'il n'ofait s'en vanter parce qu'il les tenait pour des vertus, et mille
autres anciens et modernes, trouvent chez les hiftoriens des 6loges foutenus,
parce qu'ils fe font jou6s de leurs femblables. Au refte les Franqais en general
a'abnfent pas de ce talent o et s'ils conferventquelque fuperiorite dans l'artde
negocier fur les Nations voifines c'eft qu'ils onut plus eloquens, plus aima-
bles plus tourmentes du befoin de rduflir.
Ce defautde finc6rite chez le comte de Vergennes fe cachait fous un air de
bonhommie qui, les deux premieres annees, dejoua les plus fins courtifans..
11 montrait une candeur domeflique i affectait avec fes fous-ordres. une fim-
plicite qu'ils prenatent pour le developpement d'une ame 6trangere a fon
metier fallacieux. II jonait avec fes enfans, dans le fecret des petits comites,
racontait routes les particularites de fon fejour en Turquie fe livrait a cette
gate pure et franche qu'on croit le pattage exclufifdes ames honn&tes: c'eft
un merite eminent pour ceux qui font en place et un ridicule bourgeo s des
qu'ils n'y font plus. On croyait par une obligeante indifcrItion, 6tablir 'ide
d'un fi beau caracteie. La fimplici e eft le fard des grands hommes. Archelaiis
jouant aux noix avec fes enfans, attendrit. Les grands perfonnages ont
Fair de fe d6pouiller de leur grandeur et de fe remettre volontairement dans
la condition des autres homes. Ceux-ci s'honorenr de cette condefcen-
dance et fe preffent d'exagarer la hauteur de ceux qui defcendent jufqu'a
eux. '
A cette bonhommie factice fe joignait une indifference pour les critiques,
qui neft jamais infeifibilit6 mais qui, chez les bons elprits, repofe .!ur
1'tude qu'ils ount faite des hommes de la foci6t des course: Voltaire a pre-
tendu quelque part, quit fallait conferver les couplets, parce qu'ils 'con-
tiennent Popinion du moment o6u ils out paru, et par-lI meme font anecdote.
On chantait pendant pendant les fix premiers monis du miniftere de M. de

Parlez-moi du terns prefeut
Pour la politique :
Vergennes eft affurement
Un hommie A rubrique
Querelleur ne fat jamais,
ToBjours it aima la paix ,
Vive unt tel minifre, & gu,
Vive un tel minifire.

Chacun choifit fes heros ,
A fa fantaifie
Pour moi, j'aime le repos.
Autant que la vie.
Nous allons etre i prefenrt
Battus et jamais battant,
Grace A de Vergennes, 6 gtu6,
Grace A de Vergennes,

11 laiffait chanter 1 laifflir les papers Anglais s'efcrimer fur 'fa arche
tortueufe ; it laiffait Paris blamer fes lenteurs, la cout prononcer fon inca-
id.' ; et pendant ce terns, it jettait les fondemens de fa fortune. Cette
'ioind ,ire vaut bien les efforts 'rit6rks d*un de fes rivaux que cha.que nouveau
pamphlet jettait dans le ddlire, et qui, dans les convulfiohs de fon amour-

(43) S'il 6tairt permis de comnparer la maniere de trailer les affairs des rois
I une fcene de comedie, on croirair voir maitre Jacques raccommoder Valtrt
.ave; Con pere, fous pritexre qu'ils fe font querellds fans s'entendre.

propre irritd, invequait publiquemenrit les places, les rubans les dithincjca
colune auralt dgidc centre la t6merite d'un Peuple ingrat ec furout
ainmant a rite.
Con(erver du fang-froid au milieu des fucces, eft deja un affez grand efft.
On eft fouternt par le litfracge du petit nombre qui juge fainement, mais rn
pas s'en d.pantit lorfqu'on a des torts A fe reprocher, c'eft le come ad
'habiletr, car ordinaireiment on eft toujours preff6 de foutenir fes b 4 ue,1
C'un etait une au commencement de 1776 de propofer A la court de Pterar
bourg une alliance offensive, oil devait aufli enter 1'emperetr, pour affutr
A la Pologne la paix qui n'dtait pas trouble et refferrer le, rot de Puffa
dans les elites qu'il ne penfait pas A ieculer ? Une telle operation demIn.
dait a .tre mditte,e hafard6e par parcelles, et ne devehir publique que 4
jour du fucc6s. Cependant on fe mit dans le cas d'etre refuft ; et fans I'adreffo
du comte Panin qui fe rejetta fur la diflicultd de executionn ; ce refuse mn.
tive entrainait un ridicule, tache que les course doivent 6viter comme les
-particuliers. Cette affaire fut fi mral conque, fi rmal dirige fi rmal n6gocide,
qu'elle donna lieu a un trait: de garantie mutuelle entire Vienne et Peters.
bourg. Le come de Vergennes fentit le vice de la fpLculation, rappella fan
nigociateur, et comprit qu'il fallait eflayer les talens avant de les employer.

On lui a reproch6 d'avoir donni des places impprtantes A des proteges qui
n'avaient encore 1Igitim leurs pr6tentions par aucun lucces. Dan$ les occa.
fions, il faut foufcrire A fes detracteurs et fe taire fur ce qu'il eft impu.
fible d'excufer. La beauty n'avait plus d'empire fur lui; ,mais PIint igue, et
furrout ce qu'on appelle vulgairement le comme'rage, difpolaiei .qtlelqufoil
de fa volonte.
Ce fut une femme qui lui fit confier une n6gociation important au jeune
Ariftemi. Non que le godt du plaifir eut fiurvcu i foun grand age, nmais
ceux-meme qui ount abjure cis fortes de liaisons, trouvent encore tluelque
douceur A voir les graces cortiplaifantes folatrer autour de leurs cheveux
blancs, ddrider leur front re mbruni par les affairs, et leur faire croire quo
la fageffe chez eux elt une vertu de choix, et non les triftes fruits, d6e i
niceffitr ,
Ce fut encore, une femme qui Pergagea A faire adreffer une lettre dt
bureau des affaires etrangeres a M. Par ckoucke, entrepreneur du Mercure.
M. Linguet avait mal miene M. de la Harpe, A i'occation de fa reception A
I'academie Franyaife. Le come de Vergennes fe m6le d'une querelle d'au-
teurs, et demand au Ikibliopole, ., qu'avant tout, il ait a ne plus employer
a cet onvrage la perfonne qui a commi' la faute, et qu'il lui donne I'alfu.
rance la plus positive de ne plus lui confier la riedaction de fon journal.
Un miniftre ne demandait point a un libraire, il lui enjoignait. M. .d
Vergennes obiiffait a un reffentiment particulier, et des-lors, ilt devait datr
avare de fautorite de fa place. 11 s'expl quait peu decemment fur un home
de lettres connu qu'il mitamorpholait en flipendiaire. II s'expofait A una
rdporfe defagreable, qui ne lui manqua pas, et dans laquelle on lui donna;
avec vigueur des lemons miritdes.
Ce trait ddroute entierement ceux qui obfervent fon caractere. On no
retrouve plus la 'prudence du ferpent et la timidity de la colombe. Pourral.t-
-itlui paraitre indifferent-,- de -i-mcontenter un home don't Ja plume dlo.
quente avait alors des partifans ?
Souvent cet amour de i'artifice lui fefait prendre les plus petits moyens;
Pour richauffer les courtifans des Amdricains, il fit difendie de parler dans
les caffts de Paris, de leurs fucces ou de leurs defaftres. C'6tait le moveit
de r6veiller r'enthoufiafine, en faveur de la liberty, et conf6quemment do
fes martyrs.

II 6tait brouill6 avec le come d'Eflaing, it raya de fa main, fur i'epreuve
de la gazette,,, un article qui rendait un compete glorkeuxx d'une operation d.
cet amtral: ce qui fit dire au come de Maurepas, que la trompette valait
mieux que la plume.... Que de tentatives auprs de la cour de Naples,
pour affaiblir fes liaifons avec la court de Ruflie, dans la crainte que les
Anglais ne tiraffent quelques avantages de la marine Ruffe! Ces manoeinves
obfcures contraltent itrangement avec vingt-quatre millions de fujers cinq
cents millions de revenues, le plus beau fite, les'toteaux de Bourgogne, do
Champagne, et une induftrie toujours renaiffante.

Tels ne devraient pas etre en effect les efforts d'une vafte adminiflration.
Mais auffli oi trouver un homme pour cette place qui s'empare d'ane des
plus nobles functions du gouvernement, qui ne fe borne pas a une contrde,
mais s'6tend jufqu'a l'extr&mit6 du globe ? Ceci n'eft point une faftueufe
exaggeration. Pour fe d6cider fur le part A prendre au mois de dicembro
1787 avec PAngleterre prefque meniaante, ne fallait-il pas auffi bien con-
nairre fa situation dans l'Inde, que lks forces de fa marine a Portfmouth ec
a Plymouth ?
Que d'efpeces de talens font nleeffaires pour paraitre avec un certain
4clat, ou .du moins infpirer de la confiance dans les functions importantes
d'un miniftre des affaires 6trangeres ?
Le comee de Vergennes, n'6tait pas dou6 d'un efprit extraordinaire
mais il avait une excellence routine. Averti par les frondeurs ( qulquefoig
utiles) des fates vraies ou iddales de fes predeceffeurs il s'6tait fait uno
march qui fans dtre abfolument fdre etajt cependant affez folide. Il favait
qu'il fallait hair les Anglais, conferver PL fpagne, ne pas heurter l'emperer.t,
bien vivre avec la Pruffe, gagner les Hollandais, proteger les Turcs, fo
dtfier de. a Rufflie folder la'Suede, tenir Rome en respect, .fonutenir lrnAm-
rique naiflante, payer la Suifle, furveiller les Colonies. Tout ce qui cog'
trariait ce cath6chifine politique, trouvait chez lii une r6fiftance qui s'affai
bliffait ou fe renforqait en raifon des circonflances.
L'amour de la Patrie, ce fentirent dnergique, qui jadis a enfant des
prodiges, et touche mnalheureufement au ridicule depuis que les rois prodi-
guent le fang pour des querelles etrangeres, et pr&tent Indiffiremment leurt
fujets aux deux parties, 'ce fentiment; ,tait froid chez M. de Vergennes.
II avait 6t6 lii avec le chancelier Maupeoti don't il faifit les principles avec
'avidit. Deli- fon averfion pour les parlemens, et fon penchant aux ct
feveres. I1 evitait de fe compromettre avec ces grands corps qui ne hTdfe1 t
jamais inpupn6ment, mais il nourriffait avec adreffe I'eloignement du fouveram
pour fes pritendus co-admniniftrateurs qui, fous prirexte d'exifter par la ,'
t pour a loi, devaient finit par ne plus exifter, ou par renvetfer leur riil.
M. de Vergennes fe ddclara centre la liberty de la preffe, comme fera tont
miniftre born dans fesvues et pourvutde conniiffmces inmdiocres. II re-
doutait_ ces grands taits deforce et- delumieres que ripandenr fur tout lI
globe des ouvuags congus par le gnie et appuyds de I'experience.





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A I'reerpie d carctere, A 'iinibranlable fermetd le come de Ver-
genees fupplea par une extrAme foupleffe. Croirait-on que des moyens fi
datlfens conduifent au mime but ? Ce n'eft pas un paradoxe. Peut-6tre vaut-
il autant fe plier aux evenemens, que de les forcer. Celui qui trompe fon
ennemie eft core plus fur de la victoire, que celui qui vent fIacheterpar
le combat. C'eft a regret que nous retraqqns de tels principles. Qui fent en
'oi les germes d'un grand homme, doit les abhorrer. Qui n'eft qu'uin miniftre
habile et laborieux doit malheureufement les employer avec 'une adroite
conomie. Pendant que M. da Vergennes envoyait des fufils de for, des
artilleurs aux Amtricains it ropofait an cabinet de Saint-James d'abandonner
les rebelles, sfil voilait laifer augmenter la marine Fran aife et retire le
olnil A re de Iunkerque. Cette dupticit eoft fans doute iufinimont blamable:
inais C'elt par elle que V'on opere les revolutions les plus inattendues.
Le tableau de fon admnniftration nous montre, cependant des inflans oal il
fnrt pas fans nerf. M. le come de Lafci arrive a Paris en 1778. Le pr-
texte 6tait pour r6gler une affaire d etiquette, la vraie raifon, pour renter
un c reconciliation entre la France et 1Angleterre qui 1'Am6rique allahi
chipperr fans ictour. Georges III, en quality d'6lecteur d'Hanovre, avair
reclame la mediation de P'empire, M. de Lafci trouva un mur d'airain dans
M. de Vergennes. Celui-ci meme le ramena a fon propre fentiment : mais
quelques traits particuliers ne laiffent pas moins fubfifter la nuance domi.
nant Un grand connailfeur ( le come d'Aranda ) difait: je caufe avec M. de
Maurepas, je negocie avec M. de Vergennes.
Les formes de ce tninifre Witaient ni aimables, ni foignees, mais affez im-
pofantes. Tout home qui trouvait une retraite au milieu de la cour, qui fe
doimait les dehors graves d'un'homime applique, et fe faifait regarder come
stranger a toutes efpeces de tracafferies, perfiuad*it que, livrd A la chore pu-
blique,il ne quittait pas util moment les affairs de o'Etat (44). M. de Vergennes
s'h alt fi bien acquis cette reputation, que dans une de ces faceties que la cour
invenrite our fe derober a 1'ennui, on le reprefenta come accabl6 focus le
fardeau a travail. II s'agiffait de mafquer tous les minifires et d'autres per-
fonnages iunportans. La reine devait deviner et reconnaitre les mafques .le
come de Vergennes furt reprifent6 portant le globe fur la tdte, une carte
d'Amerique fur la poitrine, et une d'Angleterre fur le dos.
Avec des talons fi mediocres-, le comte de Vergennes jouait cependant un
ro!e dans 1 Europe. Sa inort a mieux fervi le Stathouder- que les huffards
pruffiens. Pen imported aux Nations qu'un miniffre ait plus on moins de g6nie:
ce don celefte eft fi fingulierement 6valu on a fi rarement occasion d'en faire
1n ufage marqu, ; mais chacun rend hommage a 1'experience. -
Le duc de Choifeul avair de grands talons; M. Turgot de grandes connaif-
fances; M. de Vergennes une mddiocrite impofante i M. de Maupeou une
fermet6 defpotique; M. de Calonne uue facility impardonnable. Tout cela eft
reconnu, de meme que la prodigality du premier, le penchant decid6 aux
projects chez M. Turgot, la tergiverlation du come, les baffes mendes du
chancelier, Ila difllipation du duc miniftre, d'ailleurs bien mal jug4. Choifeul et
Maupeou font de brillantes reffources pour Ihifloire ; Turgot et d'autres,
d'aimples fujets de difctffion. On citera 1'6poque du miniftere de Vergcires
et de Calonne, mais non leur miniftere. L'indepei dance de 'Aminrique devait
illuffrer A jamais le come de Vergennes; mais la maniere doet ilkr a travaille
lemble ne lui en pas laiffer tout hlionneur. -
Pourquoi la reputation de ce miniftre ne lui a-t-elle pas furvwcu, quoiqu'il
ait certainement laiff6 un grand voide ? 11 eft difficile d'en afligncr la vraie
cafe. Peut-etre commenqait-il A &tre connuipeut-&tre le public honteux
d'avoir fi imprudemment vante fon ddfintereflement, s'en eft-il venge par un,
filence cruel. Conime fes qualitds tenaient plus de place que fes talens dans
opinion publique, elle crut n'avoir plus rieh A dire.
1 fe trouva alors un contrafle frappant. M. de Calonne accuf6, on du moins
v~limentement foupconne d'avoir echang4 avec adreffe, d'avoir dirig 'fop&-
ration des mnonnaies a fon avantaga, d'avoir diflipe avec une indecente pro-
fulipn, part et fe retrouve avec tine fortune trop penu confiderable pour Pei n-
pecher d'avoir recourq aux rentes viageres. M. de Vergennes, le huiti me
fage vantr pour fon defintereffement, part.aufli, mais laiffe des tr6fors don't
le roi a dt6 oblige de purifier la force pour effacer la tache qu'ils auraieni
imnprimee a celi dontit avait fait fon ami. ,
M. de Vergennes paffe pour 'un home religieux et prefque div6t il ferait
ai4c de le aver de ce dernier reproche (45).

Anecdotes fur le miniiteqre d Fergennes.

l e duc de Choifeul foutenait les confideres de Pologne. M. de Vergennes
les abandonni A eux-memes, convaincu qu'il dtait plus avantageux a la Friance
iue les trois puiffances co-partageantes euffent ce pretexte de difleinfion, que
fo a Pologne eit demeur tantrt fous les lois d'un prince d'Allemagne, tarot
oula cles dun gentilhomme couronn&.11 pretendait que lPagrandiiffe.ment de
a riffte t..t une cluminire, ct qu'une arme et un tr for n'dtaient pas nii
Soyaume. Jufqua quel point avait-il rafon ? C'eft ce que nous laiffons A d autres

M. de Vergennes promit A MM. Franklin et Deane qu'au commencement
del 'anne 1778 is feraient traits et requs come minifires pl6nipotentaires
du congrs. Lorfque -le vicomte de Stormont fut infIruit de ce plan, il dit
tort hautr.: iefpere que cela ne fe fera pas en ma prdfence, et qu'on n'aura
as la hardiefe Te ne manquetr ce point., M. de Vergennese, aqu el ii s'en
Sli)ua avec vivacitr lui rpondit avec fang froid :.; On en parle eauco.up,
reas lee ne ois rien s'effectuer. Si cela arrive, IAngleterre et la France front
6galeirent furptifes.s,

lI tait question din trait6 de commerce entire la court de Berlin et les

44) Le vulgaire veut que les heoimes d'Etat foient graves. MM. d Choifeul,
d epasde Calonn, eufentljoui dune plus grande reputation, sils
liavaient pas eu cell d'hommes aintables,

S or dans Con oer, napprouvait pas tout ce qu'il faifait dans la
., "i"ril d mei q et ruorfqu nu pr esntrait qutlque chofe a fignict on
_ M] le.! .oe dt F -que des raifonr d'Eta it 'obliigent a fgner ceqie je np.nfrc
Cp ause ofts dt o vin s nrs a to t pri f *r_ a ucffati e. co f
Ce niiiifli allait tons les jours A Ia nmeflc; ceft en dire aiTfe.

Etats-Uiis. Cela mimem &ait fort dans te goutt du feu roi de Pruffe. MM. de,
Sartine et de Vergennes s'y oppoferent. Ces miniftres avaient leurs raifons.
Its ne voulaient pa- bi Ler paffer dans d'autres mains des bndfices qtu'i pon-
vaient faire eux-mnmes, ou du moins par ceux qui agiffaient on lCur nom.. o
pr6tendait, et non fans quelque fondenient, que les deux minifires avaient des
fonds confiderables dans les envois qui fe faifaient en Amerique, et que pour
en affurer les retours, ils profiterent des circonflances' qui appellerent la
Le comte de Vergennes s'oppofa conflamment a ce que le roi fe mlat do
l'affaire de Baviere, malgre les inftances rdite&res de la cour de Berlin qui
rdclamait notre garantie ftipulee dans le trait de Weflphalie. Depuis cent
cinquante ans, difait-il, on a port tant d'atteintes I ce traite, qu'il faudrait
fare une guerre g6ndrale pour obliger toutes les puiffances a rendre ce qu'elles
ont ufurp6 les unes fur les autres, fans nul droit quelconque. oPeutit re avait-il
raifon fur le trait do Weftphalie, mais it avast tort de confentir a ragrandif-
fement de ia maifon d'Autriche.
La court d'Efpagne, qui craignait que fes colonies nimitaffent un jour les
colonies anglaifes, nuapprouvait pas le project d& foutenir les r6belles, et de
reconnaitre des miniflres pl6nipotAitiaires. M. de Vergennes en vint au point
de dire que s'il fallait choifir entire le pacte de famille et Pind6pendance, it
n'y avait pas a balancer, et appuya fon avis ait confeil de tan' de raifons ,
que fon envoya a itambaffadeur de France des inflructions d6cifives. Depuis
cette epoque, la cour d'Efpagne ne traita pas M. de Vergennes avec beaucoup
de diflinction.
On 6crivait en 1778 : Le comte de Vergennes a 1'efpoir d'Atre focus pen
le doyen du confeil et des miniftres. Le come de Maurepas Ia recommand6
au roi come 'hofmme de fon ,royapme qui puiffances comme un grand' travailleur et le mtilleur g6ographe de l'Europe.
Effectivement ce minifre a la memoire heureufe iit fairt fur le bout de fon doigt
le nom des villes, des bourgs et des hameaux de tous les pays il amufe le roi
qui I'appelle fon nomenclatbur.3
M. de Vergennes ayant refiuf les vingt-quatre mille hommnqs ou les vingt-
quatre millions flipulks par le trait de 1756 avec la maifon d'Autirhe, un
grand perfonnage de la cour bouda. M. Necker repondit qu'il niavait apport6
aucun obfli cle. Quoi. lui dit le miniflre des affaires 6trangeres, vous n'avez
*pas de quoi fuilre ce qui eft entreprisj et vous avez de quoi entreprendre
ce qui n'eftpas ncerfaire ? II fe tut.
Quelqu'un ayalt demand a M-- le comte-de-Maurepas-i-c'6tait-lui-ou-
M. le come de Vergennes qui avait former le plan pour la guetre qu'on
allait faire aux Anglais : cc Ni fun ni 'autre, repondit-il i a mon aige,
on ne faith plus de projects. On ne s'occupe que du prefent, par la raifon
qu'on ne peut guere computer fur Yavenir. Mais cependant, lui rdpliqua-
t-on, fi par bialheur vous veniez a mourir avant la fin de la guerre, vous
laifferiez fans doute au roi des inftructi6ns a ce fujet. Pas la moindre.
M. de Vergennes et moi nous avons 6td au jour le jour; et fans la menace
que nous a fait M. Franklin, nous amuferions encore FAngleterre, et nous
Wnaurions point conclu de trait avec ks Etats-Unis. Vons .auttes politiques
de Paris vous ignorez les moyens qu'on emploie pour changer la face des
-Etats,- il n'y a que les petits geniesqui-forment des plans, et jui fuivent
danfs tout ce qu'i s font une routine methodique ; fi nous nous-etions con-
duits de cette maniere, les Anglais auraient fu depuis long-tems ce que nous
voulions faire ils auraient pris des mefures en confqutence. Infiruits de nos
projects, ils n'auraient pas fait tant de fotifes ; et fe feraient petit-6tre racom-
mnodes avec leurs colonies : nous leur en avons 6t6 la poffibilite. J'efpere
vivre affez pour voir l'inddpendance des AmSricains reconnue, et Angleterre
humilide e'eft tout ce que j'ai promise au roi. ,


Lorfqu'un home par fes intrigues a determin6 de grands 6evnemens,
it eft intdreffant d'en parler, pour faire connaltre kIs moeurs d'une cour et
le caractere des perfonnes fur lefquelles it a, influx.
M. Maffon de Pefai 'tait fils.d'un premier commis des finances, qui ne
laifla qu'une tres-petite fortune.
11 avait deux enfans, une fille et un garcon ; la fille fut marine a. M. de
Caffini; elle &tait d'une tres-jolie figure, avait de t'efpiit et poff6dait an
fouverain degr6 Pefprit d'intrigue. Elle trouva dans la galanterie des reffources
pour fupplter a la midiocrite de fa fortune, et elle eut pour amans des
perfonnes confiderables:.
L'amour n'6tait pas le feul lien qui attachat Ielle ; fes amans (mettaient 'a
profit fes talons pour 'intrigue. Une femme jolie et fpirituelle faith pine-
trer airimenr dans le cabinet des miniftres-et des-gens en plae'e; elle -,poldei-
ntlir que dureC la beaurd, des moyens 4'enttrainer les hroines et de les fale
coicoiurnr a fon but. Quand elle advance en age, les anciennes relations qu elle
a fu entretenir lui font encore utiles fon experience fOrt 'a 'clairer fur
les faibleffes des hominmes ; elle s'affocie a des fenimes plus jeunes s em-
preffe d'ftre lefur confidence, et conferve encore de 'empire dans le monde,
Ri elle joint de Padreffe et du iranege A tin activity foutenue.
Telle etait madame Mde Caffini; elle a en part aux plus grandes intrigues,
focus le regne de Louis XV oet s'etant enfuite entierement d6vou-e ati
come de Maillebois, qu'elle a fuivi en Hollande elle a &tr la confidence
et Pinftrument de fes pr6jets.
Son frere, M. Maflon de Pefai, avait de l'efprit, une figure agrdable et
du' talent pour crire en vers et en profe.
11 ddbuta fous les aufpices do fa four; et pour ne pas laifler de traces
de fon origine bourgeoife, qgtat le nom de Maflon et fit fe appeler le
marquis de Pefai. .
II entra dans le militaire, et fa foeur le mit a port6e d'&tre connu de per-
fonnes confiderables par leur rang et leur naiffance, et le faqonna de bone
here 4 l'intrigue.
Le marquis de Pefai fe livra a a tirriainre, et pour occuperfes ofirs, et
pour obtenir quelques fucces dans le monde. It devint tiaui intime de
tDorat; et ces deux po&es a l'exLnmple de .naltiumonmi t Chani le tiren
impriimer leurs vers en common. Leuts pouties parurent avec touted lu xe'
Sea typographi e de a gravure; certaient des pitres a Iris, des herodcs,
ds vers fur des jouiff.nccs, fur dos ruptures, &c.

~-~-~-rl -- ~I,,.~-n---,------r~-----~I--- ---,--

~_ ~~_ _~_~ c--C~e~-LI~I~ IC14111


Le marqtis le Pcrai s'a.tandi au nomtte de Maiul.:lbis, lionine diflin" 1
,par les t-dik's initiirt-s lfis agri-ens foiln efprit, fess Iulheurs. 11 oiuvrit
an mai'quis de Pcfiil fts ,pin-t'.iiillst, % einplis de imi>woiiitS int6reflans fur
dierttes operations iilit i5ts fur le ie et atillerie la tactique ut la
Jdilipline. M. de Ptfai, n0 avuc une conception vive etle talent deprohtere
dies connaiffances des autres, et de les prefenter avec clartd, profita de ce
,noven preci ui de s'initruire. 11 mit en ord e toutes les pieces relatives an
iartdchal de, e en compofa un ouvrage quil fit imprinmer fous
le ritre de C'a,, de Maillebois. L'iintieitu, le bel efprit, le credit de
raidame de C.... et de fes amis, fouteniientle marquis de Pefai et.lui pro-
t-uraient des, 'itutitics paffageres ; mais il tair bien loin d'detre mme dmns
Tailance, et il crut, avuemeit di ro au tre avoir t a rouv lemoyen
-aflure dune grande fortune.
On annoniait Louis XVI comme un home f6vere et occupy uniquement
-du bien de fes Peuples. Le marquis de Pefai imagine qu en adreffant au roi
-des mmeoires propres A feconder fes vues et des moyens de foulager le Peuple,
il fixerait attention du roi et obtiendrait enfuite tune part dais fa confiance,
*qui le conduirait a une place confiderable. I1 ecrivit an roi une lettre qui
contenait plufiturs avis int6reffans pour le moment, et dans laquelle il en
annoncait d'autres, au cas que le roi agreat qu'il muhipliat les t6moignages
de fon zele. II ne figna point fou nor mais' il eut foin dans le mnme tens
,de caufer avec M. de Sartine, des objets renfermns dans fa lettre. II tait
perfuad6 que le roi s'ad:efferait au lieutenant de police pour d6couvrir I'au-
,'eur et que celui-ci, d'apres la .conveffation don't j'ai parle, fixerait fes idees
fur lui, et le defignerait fans qu'il fe fit
La chofe arriva comme il 'avait prevue ; le roi montra la lettre a M. de
'Sartine pour favoir celui qui i'avait ecrite s et M. de Sartine, apres 1'avoir
lue, fe reffouvint de fa conversation avec cM. de Pefai. Les idWes etaient les
m'mes, et il n h6fita pas de dire au roi que M. de Pefai devait tre Plauteur
-de ia cttre. Le roi en parla avec eioge a'M. de Sartine qui rendit tin temoi
grnage avantageux de l'au:eur, et le reprefenta comme un home d'efprit,
qui avait de F infiruction et de'la probity. Le marquis de Peiai retourna chez
M]. de Sartine, afin de juger par fon accueil, de F'efet de fa lettre fur le
'oi. 11 connut promprement aux politeires iu'on lui fit, a Tempreffement qu'on
lui temoigna, a attention particuliere qu'on prdta A fes difcours, que le roi
etait favorab ement difpo1e pour lui. 11 continue des-lors a ecrire au roi et
ce fut d'apres les fuggeflions du marquis de Fefai, que le roi fe determine"
i renvoyer a.ibbe Terrai.
Le roi pendant quelque rerns ne rfpondit point a fes lettres, et te marquis
Jde Pefai lui ecrivit un jour-qu'il etai inquiet de for, fiLnce, et defirait etre
ralfure pour continue a iui foumettre les idees qud lui dictait Ion zele ; il
.iniffait par fupplier le roi queo, dans le cas o il approuverait fa correfpon-
danre, il daignat, pour lui 'en donner la preuve s'artrer un infant A la
troifieme croilee d'une piece,,par laquelle il paffait pour allert vepres. Le
*m. quis de Pcai fe rendiz au jour fixe a le'ndroir defigun, Lt vit avec fatis-
faction le roi s'arreter devant la croifee.
M. de Maurepas'fut inflruit de cette correfpondance, et accueillit avec
.dilfinction le marquis de Pefai. Al. de Sartine dev nu miniltre, lui accord
tin aces facile aupres de lui, et le confulta dans plufieurs circonflances. Le
marquis de Pefai, qui avait du talent pour ecrie, et une teinture de favoit
fur plufieurs ob ets de l'aJminitlration, .compofa des memoires re:atifs aux
-atfaires de ce tums; il-s'adreflait- Ades-perfoines infiruites pour-acqueiir-des
connaiffances de detail et favait faire ufage de leurs iddes avec habilet6,
les divifer, les claffier, etrenfin les prdfenter avec un art qui prevenait en
.fa fayeur et lui fefait flippoler une giande capacity. Le roi lifait ces lettres
.avec intr&6t; le premier miniftre de la marine le confultait, e.t tant de dif-
pofitions favorables lui offraient la perfptctive d'une fortune brillante. Mais
i! f.,llait pourvoir aux beloins du moment,t, oniver des reffources pour fe
-foutenir dans tin 6tat decent, et 6viter de le difc editer en follicitant de pe-
.tites graces pecuntaires.-
Le g6nie intr*gant du marquis de Pefai lui infpira l'idee de s'adreffer A
Ml. Necker, hoinmme riche et tourmente d'une fecrete ambition; il penfa qu'en.
Iui offrat Ion credit pour fervir fes vues, it obtiendrait en &change les tonds
qui lui rtaient neteffaires. C'eft ici que le marquis de Pefai devient verita-
,ble'nent it.tereflant ; c'eft en ce moment que fes intrigues vont-commeoncer
a influer fur les affaires, et qu'elles deviennent le principle de la revolution
de la France.
Le marquis de Pefai aima't, comme nous l'avons dit, la littirature etcom-
pofait de petit vers; il avait lait auli un ouvrage intituld : les Soirees helvj-
ricnines; et I titre de bel efprit, il etait depuis quelque terns admis dans
la fociet de M. Necker, don't la femme avait fait de fa maifon un bureau
d'efprit oil etaient invites tous les gens de lettres don't on reconnaiffait Ia
domination dans la focited, et qui rtaient propres A foutenir un parti. Le
marquis de Pelai fit confidence a M. Necker de la correfpondance qu'il avait
avec le roi o et, des ce moment, Yon pretend que la caiffe du banquier lui
-fut ouverte.
Peu de terns apres, le comte de Saint-Germain, d6ferteur de l'arm6e fran-
caife, furt apple au miriniftere de la guerre. Tous lIs gens fenfds blamerent
un choix qui etait d'un fi mauvais exemple-, mais le public frapp'e du fpeciacki
inattendu que lui offrait le rappel d'tin general celebre et malheuteux, applaudit
a fon retour. Les troupes p6netreesd'effimte pour le comte de Sain;-Gut-
main, furent charmies d'avoir pour miniftre itn militaire qui s'etait flit un
-grand norm la guerre ; on crovait voir Ciacinnatus quittant fa charrue pour
commander une armee. 11 fur queflion d'etablir un confeil de guerre o et parmia
ceux qui s'etaient nis fur les rangs pour tre de ce confeil, etait le prince
de Montbarrey. Sa femme e~nit de la maifon de Mailly et le come de
Maurepas qui tenait a cette maifon par ailliance et s'en fefait honneur ,.
protegeait le prince de Mon b.itw-y, et'lui avait promise une place dans le
confeil de guerre. Cet rabliffement n'eut pas lieu par les obstacles que fit
;naitre le nouveau minilhae, qui craignait laffaibliffement de fon.autorit&.
Le prince de Montbarrey follicita alors la place de direcreuri-g6ndral de
Ia guerre, et le marquis de Pefai le fervit efficacement, pour faire creer en
Ja faveur cet emploi.
L'!h ii'nu de fes projects devenait de jour en jour plus vaftle Ile come de
Saint Germain fe difcreditair et ne pouvait refer long-teins en place. Le
marquis de Peflti avait imagine de fire le prince de Momi.tbrev directeur
de la gueri'e, afin de familiarifer le public avec fon el6vation a la place de
fecietaire d'Etat de la guerre; par ce moyen, il fe rendait en quelque forte
le rmaitre du department de. la guerre, et s affnrait un prompt advancement
dans le et des graces pecuniaires. Occupe de ce project, if ne per-
dait point de vue M. Necker, qui le regardait cominme utile a fon devatiomn,,
et lui prodiguait les plus folides marques de reconnaifflaice,
M. Necker, A poride de fe procurer des renfleignemens fur 16etat des finances,

compofa desd mnmoires propres a feduire le roi et tfn premier- tnin;,, J
Ia des plus grades reffources, et le marquis de P-M-ri fe .
de les fire parvenir au roi il y joignit une lettre, dans Iaiu,.I" il",
lait qu'il 'etait long-terns applique a plufieurs parties de i'adininifttion
mais qu'il n'avait fur les finances que des notions iiparfaitcs; que defIT
fe: rendre utile au roi et juftifier fa confiance ,il's etait adtnife a i'hn, e
plus infiruit datis cette partie, fit qui connaiffait a fond, par la hearie a
l'experience, les 16rmens et le mecanifme du credit public. La letrte 'd,
marquis de Pefai et les memoires de M. Necker furent communiques aup .re
inter miniftre, difpof6 par caractere a adopter des idWes nouvelkis.
11 commenair al tre inquiet du credit de M. Turgot, et e6ti biten
de fe mni ager des reffources, il faifit avec empreffement cette occafjon d, e
s'affurer en fecret d'un home 6clair6 dans les finances, pour oppofet re
iddes a celles de Turgot. M. Necker comprit fes intentions et s'appliqu.a d.
lors A critiquer fecretement les operations de Turgot, etj A le difcrediter
dans le public. Le marquis de Pefai envoyait fes memoires et prfrentait fua
cefle M. Necker comme un gdnie tranfcendant dans Ia parties des finances,
Des services auffi fignales excitaient toute la reconnaiffance de M. Necker,
qui trouvait, dans fon iimenfe fortune, des moyens de tedmoigner au mar.
quis de Pefai fa fenfibilit6. On dit qu'enveloppe d'une redingotte, il eft vena
plufieurs fois attendre, chez M. de Pefat, au fond de la remife d'u ca.
briolet, le moment oul il devait revenir de Verfailles.

On ajoute que ce fut le marquis de Petai qui, fuivant avec conflatnce (f,
proiets, trouva le mnyen, dans 1'efpace d'une ann6e i-peu-pres, de falri
npmmer M. Necker miniftre des finances, et le prince de Montbarrey fecrt
tire d'Etar de la guerre. La bouffe de Necker lii relta ouverte, et le ca-
binet du minifire de la guerre, ainfi que celui de la marine lui furent fou.
mis. II1 regnait dans ces deux d6partemens, don't les plus importantes afaiies
etaient quelquefois envoydes A ion examen; mais il 6tait bien loin de h
consideration. Sa vie paflee, fes manieres legeres, fes petits vers, tn vernis
de fatuit6 repandu fur toute fa perfonne, ne permettaient pas de Voir en lhi
tn homihe appel6 aux grandes places. Le credit toujours fi envie, fi cona.
(iddre, *tair en lui un ridicule ii fut 6bloui de fes fucces, enivr6 de f6
faveur, et fa conduite peu circonfpecte et fes indifcretions lafferent M. dS
On avait cr66 pour lui un emploi d'infpecteur g6n6ral des c6tes, qui
aurait pu 6tre exerce par uri maechal de France, et fon traitement annud
erait port a 6o,o0b francs. I1 6poufa une fille de qua'itd (mtademoifelle da
Kouget) et paraiffait enfin etre dans le chcmin de la plus brillante turtune;
mais il avait perdu fon credit par fes jactances et fes indifcretions, et on fat
bien-aife-de-s-en-debarraffer-,-en-le-faifait-partir-pour-fon-.inlpection. La t -
pidit6 de fes 6tonnans fucces avait port le trouble dans fa t&e faible et 1-.
gere ; il agit, il parla, dans les provinces par oil ii paffa, en mmiltre tou.
puffant et imperieux, en Louvois, et excita des plaintes multiplies contria
lui. 1 dcivit une lettre infolente A Hintendant de Bretagne,. pour lui ordon.
ier de fe rendre aupres de lui; cette lettre fat envoyee au miniftre, et i
fut evident que le marquis avait perdu la t6te. La perfpective d'une difgrace
prochaine lui cauft une violence inquietude, et il mourut prefque tubite,
ment, le coeur ferr6 de chagrin tailrant une jeune vwuve A quelle on
accord 800ooo liv. de pension (46). Tlle elt l'hiftoire d'un petit-maitre, po6re
et intrigant, qui, par de fourdes manoeuvres, porta au miniflere un hommn
4pi a fait le deflin de _a France et c'ett dans ce rapport qu'il eft intieffEIa
a fair connaitre.


Necker, fils d'un regent di college de Geneve, vint I Paris pour y fair
fortune ; it entra chez un banquier, et, de commis de fes bureaux, il de-
vint fon affocie. Sa fortune, dans l'efpace de douze ou quinze aols, furpaf~
c*-lie des plus fortes maifons de banque. Onwprt.nd que des traits frauddt-
!eux avec la coinpagnie des Indes et des fp6culations fur les fonds anglais,
au moment de la paix de 776;, don't il fut inftruit a l'avance, f nt les piin-
cipes de cette Etonnante fortune, evalu6e A fix millions par les calculs let
plus moder6s. Sa conduite avec la compagnie des IndAs elt trop connuae
pour en retracer ici le tableau; mais une circonflance relative A Iaffaite rd
fes fp6culations en Angleterre, mirite d'etre rapportee.
Un premier commis des affaires etrangeres, favor de M. le due de Prafl'n,
avait connaiffance, par fa place et par 'a confiance du miniftre, du prochain
fucc&s des n6gociations pour la paixj inftruit avec certitude que les pr6limi-
naires 6taient au moment d'etre fignes il voulut mettre A profit cette cap-
naiffance et concert fon project avec Favier, home trs-infitruit des affairs
de 1PEurope. 11s convinrent enfemble di fire part de la notion affaree qu'ils
avaient de la paix, a un rithe capitalifle en 4tat de fournir des fonds pour
acheter au plut6t 4ks e&|,-ts en Anplt.-rte. Ces effects perdaient considerable
ment, et il.etait evident qu'lls remonteraient in'fiiliblemeiit A la premierO
nouvelle de l- paix.- Lts t'rths de Ia' ngoc:iation devaient etre partagdh
qntre celui qui fourniflait les fonds et ceux qui donnaiedit l'avis important
qui d6terminait Pentreprife et en affurait le fucces.
On s'adreffa A N -ker, qui fentit tout Pavantage du project et fe chr"es
des achats ; on lui fit part enihite d'un 16ger obflacle qui s'oppofait a la pair,
mais a rarrivie du courier fuivint, les affocies s'empreflerent de I'inflriitre
de Ia levee de cet obstacle et de la certitude d la paix. Necker, des I
lendemain de leur premiere entrevue, av it expddid pour Londres n coutrie
charge d'inftrucions 'pour fes correfpondans, auxquels il marquait de ne pas
perdre un moment pour faire des achats confid6rables de fonds anglais. 11
setait auffi engage avec Favier et le premier commis, A partager les b W&
fices ; mais ils different a mettre par 6crit leurs conditions. On pretend
qu'ils furent en entier pour lui, et qu'ils s'dleverent a 40 pour cent.
L'ambition comment a alors a balancer dans "'aie de Necker 'aviditw. J
fongea A s'dlever A quelque place de Vadmi'ftration 5 mais .il ne porta P's
fes vues pour le moment par de 11 l'emploi de premier commis des finances.
Impatient de fortir de la claffe des banquiers, iA s'occupa d'acquerir uh

(46) II n'tait pas encore mort, que des agens de M. de Maurepas faifareft
chez li le depouillement et l'enlevement de touted fa correfpondance minif-
terielle et meme royales car il avait eu du roi des rtp'dnfe aux lettres qu~'l
lui avait cratess; il fEut aiouter que le jour de P'aneedote do la croifee, i,
avait fuivi le rot dans fon cabinet et e vac lii une premiiere convetaUo
devant M. de Maiitucpas.

Ji ll.

















du i











-lllC311111C----~-L--"l~--~--* __

optitation iuKrre, et. la circonftance lui offrlt un hfjet a traiter, favorable
Ib ois et a foil ambition et au defir qu'il avait 'ditre comnptr parmi les
-s de Jcu-tr. II d6veloppa dans 61loge de Colbert, un grand apparcil de
Coinaillances ferficiles fir le credit public et (e commerce qui en
inipofa aux acadmniciens, d6ja difpofes en a. faveur,'par fes provenances
et par afcendant que donnent les richeffes.
Le difcours de Necker, crit d'un flyle incorrect et fouvent obfcur, r6mplh
'exprefiions impropres et emphatiques fut .couronn6e, et I'auteur ds'-lors
com,. AIItI. 1 a fixer ftr lui attention publique. Les intrigues de fa femme
atiprs des grads fes empreffemens envers les gens de lettres, concou-
ruretit pufilammeint antfi a repandre Popinioti du merite de ton man.
la question de la liberty du commerce des blWs occupait depuis plufieurs
Lapais p eurs
Sales efprits; elle fixa'plus particuli remenrI attention, fous le nuiiftere
de Turgot, partifAn paffionue d'une liberty indefinie.
Ljn 6venement extraordinaire, et don't onr na pu decouvrir le principle,
aj Iuta encore a l'interet de cette question. Un grand nombie de payfans
atrouip s s*'taient repandus dans les environs de la capital et jufqu' Ver-
fjilles, fous le pretexte de la cherte du pain et de la rarete des bles its
,ilaient les magafins ; et des homes, qui fe plaignaient de la raret6 des
ls jetaient la farine dans la riviere. is paraitfaient plurtot fe, promener
ue fe r.volter ; ils fe tranfportaient paifiblement d'un lieu a utn autre j et
idiquaienrItPavance leur march. Ces mouvemens manifeitaient un principle
d',tfirvefcence, qu'il 6tair important an government de calmer., et c'eft
dans cette circon.itance que Necker crut devoir faire paraitre un ouviage
fur ia hi "l.'S.,,n des bls, bicn plus propre a enflammei les efptits qu'A les;
Les objets de 1'conomie politique nWavaienr e6t jufques-la traits que par
des hommnes inftruits, qui avaient plus fonge au fond des ch6fes, qu'a la
mniere. de les piefenter. M. Necker crut. qu'en rdpandant les fleurs de 1'lo-.
Squence for une question fi intrefiante, it fe ferait lice des gens de lettres,
des gens du monde oret des femnimas; et que celui qui aurait trouv t le moyen de
les initier en quelque forte a la science du gouvernement, leur paraitrait
Ihommne e plus eclaire. .
Son ouvrage, d'un ftyle pompeux et oratoire, eft rempli de principles
gnbraux et d'idbes vagues ; et il eft facile de s'apercevoir que fauteur s'eft
entr6 d'un. crit ingenieux et profound ;" intitule : Dialogues fir la liberty
du commerce des blues, par M. Iabb6 Galliani i enfin, come il cherchait
principaleinent a faike fenfation dans le public, et A fe faire lire des per.
fonnes qui primaient dans la fociet6, it eut foin de femer dans ,'ouvrage
quelqusco-mparaifonsebrillatite-s-et- d'y fai-r-rgneir- un ton- f.ntimiiital-,
propre a donner I'opinion de fon amour pour I'humaniit. II liilla Li qialltion
i"ndcife, apres avoir balance le pour et le centre, et il tvita par cette conduit,
les attaques, du parti.auqu el it fe ferait trouv6 en butte, s'll edt adopted nette-
ment une opinion decidee.
On fut fach6, en lifant cet dcrit, de voir un homme ne chercher qu'a
montrer de l'efprit et 'a augmenter Pincerrttude fur l'objet le plus important
a une Nation agricole, et fe jouer de la question pour fire parade de fes
forces, tandis qu'e 'aniour du vrai et de A humanity prefcit trout honnete
homme le devoir imphrieux de remonter aux principles et d'eclairer, de
toute la lumiere de forn efprit, une route t6ndbreufe.
Cependant Iectit de M. Necker produifit feffet qu'il en avait attend i-
eut un grand fuccs fur-tout parmi cebax qui 6taient oppofis a Turgot, don't
on redoutait l'aufltrit.
M. Necklr attaquait indirectement l'opinion de Turgot et des -conomnifles.
\-Son ouvrage fut vante par les gens de lettres, et M. Necker commenqa A
6tre annoice6 comme un l6gilltetir en finance. Turgot fut/revolte centre un
6crit done il fentait le danger dans les circonftances ritiques o) fe trou-
vaient la capital et quelques provinces. II fut indigno7de la mauvaife foi de
M. Necker, qui avait cherche auparavant a gagner fa bienvetillance, en fei-
g-ant a'etre du minme fentiment qae lui ; enfin, fon zele paflionn6 pour
l'int&&t public lui-faifait voir, av.c une fort4 d'horreur, un homme qui,
femblable A un efcamoteur, don't la dext6titd fait paraitre et difparaitre une
balle, femblait fe jouer de l'humanit6, eht montrant la plus important des
3ueftions, tantbit fons une face, tantot fous une autre. Un minifire propofa'
e fire mettre N-cti Aa la Baftille; mais Turaot, quoique violemment irri ,
fit ceder Ion refltintiment a fes inebranlables principles de tolerance. Ce miniftre
fut difgraci6, et remolacd par un home qui ne vit dans cette grande place
qti'un moviiio de fatisfaire fon godt pour le plaifir, et don't on pouvait dire
avec Tacite : Scorta et fm:ninas volvit animo et 11zc principatds prtmia purat.

M. Necker, qut commencait a jouir de quelqueo reputation, fougnga pro-
fiter de la dihlipation oi vivait le miniitre des finances, pour fe rendre ne-
ceffaire. Ses liaifons avec un intrigant, qui avait fu fe procurer une corref-
-'.id.hime diitceI avec le roi ,-le nqrent A portee d'attirer fur lui attention
du roi et du premier miniftre. II remit au come de Maurepas des m6moirA
fur les affairs de la finance, dans lefquels il exagrait les r'lfourtes et pre-
fenrait Li plus bA image. Le premier iiniltre amateur de nouveaut6s
go0ta ces "noyens fans les appprofondir; it propofa en confdquence de confier
M. Nccker la direction du trefor royal;, ainfi que les details relatifs au credit
public et aux emprunts.
La fortune ravide de Necker, fa capacity prefunmde, d'apr&s fes fucces
perfonnels dans la.banque, firent croire au come de Maurepas qu'il faurait
attirer au trefor royal Vargent des capitaliftes frangais et strangers. L'inap-
plication de Clugoy aux affaires 6tait encore un motif determinant de lui
aflocier un home qui edt de 'experience dans la parties des finances, la
plus intreffante pour un gouVernement, qui, n'ofant fonder la profondeur
dnman'avait recours qu'a des palliatifs. Clugny vint a mOurir dans ces
irconlances ec M. Necker fut adjoint a fon luccefleur, qui ne tarda pas
wtre la viciullin de fon impatiente minbition.
Parvenu an miniftere, M. Necker ne s'occupa qtte des moyens d*'blouir
le public et d'exciter I'enthoufiafine. II femble s'tre pint lui mtme, dans
10 I liii'til, de fon dinge de Colbert : Ilfera femblable, dit-il, d ces he'ros
de theatre, qud des battemens de mains excitent on dicouragent,

P6 eff par cet unique et imp6rieux befoin de fucces et del lbuanges, il
publia fon Compte rehdi : et cet acte de fa vanity ambitieufe, auquel' le pre-
er mniftre n'eut pas la force de soppofer, fera remarquable dans I'hif-
toire. Ce f"it la premiere fois que Yon vyt le minifire d*un roi, rendre compete
a dautresqu 'aui roi de 'etat d s finances et de I s opcr inns. 11ion voui prdfenrer
au public un tableau, faith avec art, bien allure qu'e fe Ionmnetrauit e tro
* ii cuce.llctajt uue ampk onifiToa d'. lpl.sudiirki)mns. Bientoit aprs il

tenta, dans V'ivreffe du fuccds, de fe prtvaloir du fuffrage public et afpira
a enter au confeil.
Le premier miniftre objecsa a M. Necker fa religion, et lui propofa d'aller
a la merfe. M. Necker infifta, mena-a, de quitter fa place persuade que la
cra'ile le ptrdre i'emporterait fur le fcrupule que faifait naltre la diff&-
ren religion. 11 furt la dupe de fa prefomption, et on le laiffa fe retirer.
D'-s ce moment, il y eut en France un parti anime contre le gotverhemnent,
et determine a dectrier routes fes operations. Les gens initruits n'ofaient s'elever
Contra F opinion de ce parri dominant its jugeaient Necker comme la pofl&t
rite le jugera; is voyaient qu'il n'avait point de doctrine, qIuil 'n'avait
employ d'autre art que celui d'emprunter a tout prix, pour en impofer par
1'6tat brilliant du trtfor royal, et ofduire la multitude, enchantie de voir
faire la guerre fans augmentation d'imp ts ; ils g6miffaient de cetto charla-
tanerie, qui devait un jour aggraver les charges de IEtat. Enfin, il etaic
evident a euts yeux que Necker n'avait rendu aucuns services reels, et que
la fermentation qu'il excitait, pouvait expofer FEtat aux plus grands dangers.
Les gens de letties les femmes accrdditees, leurs amans et la troupe
fervile des imuitateurs, fefaient taite le petit nombre de gens dclairds. C'eft
une chofe remarquable que 1'enthoutiaf.ine des femmes les plus diftinguees
par le rang et la beaut:6, pour un homme d'une figure ignoble et eloig-6
de toute galanterie par Iauflterte apparent de fes moeurs. On a vu, qu..!-
ques jours apres fon renvoi, la ducheffe de Laufiti de routes les femnies
la plus douce, et furtout la plus timide, attaquer dans un jardin public un
inconnuti qu'elle entendait mat parler de Necker, et fortir de fon cai.actre
au po.nt de lui dire des iniures !
Les femmes n'ont point contribute fa 616vation de Necker, et dans l'obfcui
rite o il etait avant fon miniftere it aurait envain brigti6 leur appui i1
grandeur t I'eclat font ndceffaires pour fubjuguer les femmes, et trompent
fouvent et leur cceur et leurs tens. C'eft lorfque parvenu a une grande
place, il commenqa A fixer les regards publics qu'il dtef mina les femmes
en fa faveur. II flattait en fecret cells qui avaient le plus d'influence fur
la foci&6, et rfes flatteries acqueraitnt un nouveau prix deola feverit de
fon caractere. Les femmes accreditees,! qu'il fut gagner par fes louanges et
fes differences, attirerent les fuffrages de tous ceux qiti avaient interest de
leur plaire ; leur confideration s'accrut rdellement par intimite de leur
liaifon avec un homme puiffant, et elles s'enorgueilliffiient de leur afcen-
dant fur un homme fi fier de fa vertu, fur cet impaffible Spartiate.
Sa difgrace fut A la fois une atteinte portee a leur credit, et une in-
jure pour leur amour-propre, interefl au foutien de leurs entoufiaftes fen-
mtiens. /
De-'a les cabales centre le gouvernement, et ia fermentation des efprits
fur les objets d'adminifration ; le difcredit des effects publics les Etats-
Generaux, et la fubverfion de la plus floriffante monarchie.
Necker avair encore pour lui tous ceux que des micontentemens particu-
liers rendent erinemis du gouvernement, et fon part devenait ainfi de jour
en jour plusw nombreux..
L'ip6ritie de Fleuri, fon ficceffeur, format encore un tableau de comparaifon
avaritageux ANecker. Lepublic, ttrompe et animi par fa cabale fe plaifait i a1
iaunter come le plus grand des'adminiftrateurs et fes 6crits lui attiraient
i'adiniration des 6trangets.- Is -taient frapps -de-la pompe de-fon -ftyle ,
touches de fes hom6lies en faveur de Phumanite, et ne pouvaient apprecier
les circonflances ni verifier les faits.
Jamas, en France, les homes en place, ou appeals a y-parvenir, nWavaient
ecrit fur les affaires; leur f lence t regard commoe tne impuiflance e
Necker, fans rivaux, profitait ainfi de Pavantage d'tre le feul adminiftra-
teur qui eit public des ouvrages fur ldconomie politique.

La pofl6fit6, iclairee et impartial cherchera. avec furprife comment un
Peuple 6claire a pu etre induit en.erreur au point de regarder Necker cOmme
le plus grand des adminifirateurs ; elle fera etonnee que fes contemporains
ne fe foient pas demand : Qtiel canal a-t-il creufes? queloe branch de com-
merce a-t-it vivifiee? quels impots ont et& abolis ou modifies ? quels edifices
out dt6 levis par lui ? 11 a ecrit de magnifiques phrases, mais oil font les
oeuvres ? Elle ne trouvera ni dans la capital ni dans les provinces, ni dans
les ports aucun etabliffement utile qui confacre fa mmoiire. S s ouvrages
renterment des idees g6n6rales et des projects vagues mais on n'y decouvre
ni doctrine ni perfee profonde fur Padminiftration; et c'eft une chofe
digne de remarque qu'il ne fe trouve pas, dans trois volumes fur les fi-
nances, une feule citation de faits, ou un expofo des anciennes opinions.
On voit clairement que ce miniftre fuivait Felan de fon imagination, et
quitl s'eft circonfcrit dans la parties itnrale des affaires, qui n'exige, pour
etre approfondie, que la fagacite de Fefprit, fans aucune des connaiffinces
niceffaires Aradmiiniltrateur.

SC'efl cete fulad pure que Necker, homme d'efprit, -et fouvent ecrivain
eloquent, a droit aux 6loges et le public feduit a confondu le merite de
l'adminiftrateur avec cetui de 1 ecrivain.

Mais cetix qui diftinguent Fun d'avec Fautre s apperqoivent qu'il na
connu ui 'hiftoire, ni les principles de la finance et du commerce, ni ap-
profondi la throne de l'imp6t, 11 leur eft promptement ddmontr6 qu'il n'a
cherch6 qu'a faire effect fur les gens du nmonde, par des phrases brillantes,
et fur le Peuple' par Faffectation de la fenfibilit. II1 reffemble A ces auteurs
qui font des pieces pour *les acteurs et qui rudiffent, parce que les roles
fe trouvent conformes aux talens de ceux qui ropr-lentent la piece i un fuc-
ces b illant, mais 6ph~mare eft leur rcompenfe, et leur e6nite s'evanouit
avec les acteurs.
M. Necker fut rappel6 au miniftere lorfque Fautorit du 'roi dbranla,
n'avait plus la 'force de rdfifer aux clameurs du public, anim6 par les par-
tifans de ce miniftre. I1 eur alors la principal part aux affaires, fous le nowr
de premier minifire des.finances ; mais cette place ne fuffifair pas A fon am.
bition a cette foif effrende de fucces populaires quai caracterife Nck h-.r it
fonaea .ds ce moment a devenir hiinifire' national, et parur uniquement
o cupe de carreflrt la multitude.
Une lettre derite en '1788 par le come de Mirabeau prove quit
avait d6mele les projects de Necker, et quil fentait le danger de l'afcendat
qu'il avait fu acqtirir fur le Peuple.
Nous atlons voir, dit- ilt, ce chiruum *,le, roi de a ca-

11~11~~ ____1_~-_--~~ ------~----i I---~*l--~cc--C- -~*-FI-C-b----~---- ..-.~-~-C~-F ---(~----~----~II

. .. ,- di

.iille s elte feule id a du courage ; et sil drit le mattre elle finirair par
tout cuatigltr focus fa direction.
M. Neck-r avait fortrm le project de rhgner fur la'multitude, et de s'dle-
ver par elle it avait en conlmcqunce', contrae avis de tous les minifires,
fait prendre la ieloluioni d',en ibler les Etats Vertfailles, a quatu h ues
d'une ville immense, ou fermentaient toutes les pmisons. Dans l.i udt
des caul-s qui out concouru a la destruction de la monarchic il en ell
Voit-t qui ay:iit eu une plus directed influence que le dchoix de la ville de
Verfailles et le refultat du confeil. Necker avait ainfi d6terminId 'afcendant
-du tiers, don't itl e flattait de profiter.
Apres avoir vu rejeter par ie roi un article qu'il avait infir6 dans le project de la
celebre declaration du z3 juin 1789 Necker ofa s'abfenter de la fiance
'royale, et afficher ainfi fon opposition aux fentimens dut roi. 11 dtait evident
*u'il ne cherchait qu'a plaire aux communes, et qu'il feparait fa caufe
davec celle du roi. La cour refolut de nouveau d'dloigner un minifire que
le part oppofe avait forced le roi de rappeler aupres de lui.
Le People de Verfailles fut inflruit, par les emiffaires de Necker., de ce
project it fe tranfporta tumultueufement dans les course du chateau, au
moment oil ce miniflre fe rendait chez le roi. On vovait aller et venirdans
fet, galleries les partifans tde Necker ; on les voyait s'entretenir avec les
membres des communes, pour les enflammer en fa faveur 5 ils s'efforqaient
d'infpirer aux bons citoyens les plus vives alarms en leur peignant le dd-
fordre qu'entralnerait le renvoi da minifttre des finances. Le monarque fuat
encore bligd de ctder, et de conferver dans fon confeil l'homme qu'il
regardait commie l'auteur des troubles et 1'ennenii de fon autoritd.
Le chemin du minifire, en fortant du cabinet du roi, 6tait de paffer
par les galerids ; mais il voulut profiter de l'effervefcence populaire ,
favourer les applaudiffemens, s'a'urer de foiln afendanr et effrayer le roi
et la reine par le spectacle et tranfports que fa prdfence devairt exciter. 11
defcendit par le grand efcalier au doux bruit des battemens de mains
repetes, en feignant d'etre entraind par la multitude. Efcort6 preff6,
applaudi d'une foule immenfe il fe rendit lentement chez lui, en traverfant
les course et la rue, ihonddes des lots renaiffans et agites d'un public en-
thoufiafmd, compofd de perfonnes de tous les rangs.
Quelqu'un, furpris du chemin qu'il prenait, demanja ou0 il allait : Chet
*iat par le plus coart, dit un homme d'efprit.
On vit en ce moment une des plus gtandes dames de la court, connue
,par fon ardent fanatifme pour Necker et fes cabales en Ca faveur, arret&e
devant une des grilles du chiceau, contemplant avec delice ces mouvemens
tumultueux jouiffant du trio-uphe de Necker et de l'abaiffement de Iauto-
vite royale:, et -s'6crier avec une orguieilleufe fatisfaction : on n'oferait le
renvoyer. Le roi fupporta encore quelques jours la vue de Necker, et prit
enfin le partti de i'eloigner. Le Peuple retait depuis long-terns en fermenta-
tion ; une longue fuite d'evenemens et d'exafpirations avaient formed un
amas de matieres combuflibles, don't l'explofion dependait de la plus l6gere
Le renvo &de Necker fut cette 6tincelle ; car it eft conflant qu'il tait, a
1ifance de fes talents, incertitude de fes vues et fon ambition. L'enthou-
wiafme et la chaleur da come de Lally rdveillerent quelques refles de pr&-
vention favorable, ranimerent les cendres d'une admiration prefque entdre-
nment 6teinte. Son eloquence et les intrigues des partifms de Necker, agirent
efficacement fur 1Affemblee et fur le Peuple, en faveur du miniftre dif-
La multitude drait difpofde et prdpar6e a de grands mouvemens. Le duc
d'Oi Ians et Necker furent les Ehros du jour. Le roi fut force d'6crire au
,dernier de revenir; l'Affemblie entrainde par le come de Lally et preffee
"4ar les niouvemens populaires, Jui ddpdcha des couriers, et la France en
tiere fit des voeux ardens pour fon prochain redour. On allait jufqu'd crain-
dre qu'il ne fe refiufAt A tant d'empreffemens : ceux qui jugeaient mieux ,
favaient que la vanity T'emporterait fur tout autre interdt, et fur la poli-
tique qui devait 1'emphcher de revenir dans un potte qu'il ne pouvait
A peine fut-il arrive que chacun futr tonn6 d'avoir, defird fon retour ,
l'Affembl6e le vit revenir avec indifference, le Peuple ceffa dans peu de
prononcer fon nom et les orateurs du parti populaire ddcfamerent avec im-
punit6 centre cette idole vermoulue.
11 fit attaqud dans los l ournaux fon adminifration fon caractere fa
perfonne, y furent points fous les plus noires couleurs. 11 tacha vainement de
louvoyer au fort de lorage 5 fans reffource dans l'efprit, fans caractere poli-
tique, il ne fut etre ni Ihomme du Peuple, ni I'homme du roi.
Le__tems_ tait venue oil des paroles ddcevantes ne- pouvaient plus tenir
lieu de realitds; le terns de la foi aveugle etait paff et l'Affemblde exi-
geait des ceuvres-i elle fondal'abhne du deficit, et demand des rdlfoutces
au minifire.
L'Affemblte reconnut dans peu que le miniftre des finances avait emprunt4 a
tout prix, et que le deficit drait Je produit de fesiemprunts ondreux, combines
fans lunueres, aux ddpens des races futures.
Prefl~e par les befoins du tnomeht, 1'Affemblee s'adreffa a lui pour ob-
tenir des CGcours ; le miniftre dcrivit des phrafes' magnifiques, parla de fes
f-imintin et finit par propofer de continue la Afpenfion du pavement des
billets de la caiffe d'efcompte. Les befoins augmenterent; on sadreffa en-
,core an genie tutrlaire de la Nation, et il propofa une nouvelle creation de
billets de la caiffe d'efcompte.

I1 drait evident, que le moins infiruit en finances parmi les membres de
1'Affemblie, aurait trouv6 les memes reffources. En horreur alors au roi
et A la reine, pour qui fa prdfence dtait un fupplice, accabIl de ddgodts
par I' Affemblde et menace par le Peuple, ambition le foutint quelque terns
et lui fit fupporter le mpris et la hamne. Mais enfin la crainte triompha de
tout autre sentiment; il q'itta le miniftere fans faire la plus Idgere fenfation,
et eminportant le mepris de tons les parties.
te rot, la nobleffe, le clerg avaient dgalement a fe plaindre de fa dd-
fection, de fon puen de moyens de fon orgueil et de Iincertitude de
fes iddes.
Les anuis de la royantr6 voyaient dans fan administration les principles des

dtfordres, et dans fa conduit depuis fon premier rappel, la care ,c
iimwediate de la ddgrad itiollun du monarque de 1'etihdiio dui fang et de d
chief. N-e ker avait infill pour que les Etats fufEnt tenus a P.i-is, nalgrde le
vives reprefentations du part royal; et dans le meme terns, il avait r
bid autour de Paris, quinze nrille ouvriers manoeuvres et artifans do 4
genre ddnuds de tout moyen de fubfifter, t6unis dans les fauxbourgs et
environs. Ces homes depraves par 1'oifivet6 itratDs par la mifere, i
prdrs a tout entreprendie pour le miniftire des finances, don't is recevaiert an
paie journaliere. 1i avait determine l'Aftfemblee a laiffer ouvertes les tribuna-
et n'avait niigligS aucun des moyens propres a enflammer le Peuple. II s-'
abfeott de ia feancp royale, apres avoir redig6ti une infidieufe d6earaiio,,
il avait fans y atre appel4 par fa place, opine centre le veto abfolu; enh
il tdait evident que fa conduite avait eu pour objet, d'obtenir un minihta
inddpendant de la volont6 du roi.
Ce qu'il y eut d'6tonnant, c'eft que'bientot aprs, le part populaire qu
fe crut jou' a fon tour par ce minifire, ne lui fcut aucun grd de tout ce qu'
avait fait pour amener la revolution.
Necker fe retira dans une terre en Suiffe, et 11 fans efpoir fond de re.
monster fur la fcene du monde, et croyant toujours qu'on eft occupy de lui,
il reffemble a ces homes mutilds, qui eprouvent encore dts douleurs din
les membres qu'ils n'ont plus. Ne pouvant fe rdfoudre A refer ignored i
compofa des ouvrages, pour avoir le plailfi do parlr de lui, d'entretenir le
public de fes fentimens et de fon admmiflration.
Lorfqu'il devait entrer pour la premiere fois au. miniftere, on, fut alhre
d'abord de voir un proteflant charge d'une partie aufli effentielie de l'admi.
nifiration et la fecte des 6conomnifes employ fort mal fes moyens pout
affaiblir 1'illufion que fefait alors cet heureux parvenu, Deux des coryphVes
de la la fecte gemiffaient focus la tyrannie d'une lettre de cachet. -M. Nec.ker
fe preffa de la fair lever, commie A fon ratour de Suifle anu ois de juillet
1789, il eft accouru a l'hobel-de-ville folliciter la liberty du baron de Befet.
val i mais quelque terns apres it ne traita pas avec la mdme indulgence ua
M. Pdliffery qui avais attaqud fes opdraoions, dans un ouvrage intuitul 1
Cafe politique d'Amfterdam. Cette pren iere fyderit. refroidit I'admiration,
ddja un peu calmde par la faveur exag6rde que le directeur des finances ac-
cordait a la loterie royale. On s'attendait A voir u' plan vafle raifonnO; et
M. Linguet, qui 6crivait alors fes Annales politiques, difait avec une ironli
maligne : 1 M. Necker tranfport6 fur un theatrre orageux, travaille frai
doute a realifer les grandes vues don't la- fuppofition a motiv le choix quil
a dlevd.
Ces grandes vues confifterent a fupprimer les charges (47) d'intendans des
finances et a rdtablir la compagnie des Indes don't il 6tat uan des .principaux
acrionnaires, cette compagnie don't I' national vienr de prononcet
la destruction, au grand contentement de tous les bons citoyens, fi die avt
renvoy 1'exdcution de Ton ddcret a deux ans.
Le feul' fecret de.M. Necker a dt6 de fair croire qu'il en avait un, e
que Yon verrait fucceffivement lclorre des plans reflaurateurs. 11 crdair do
nouvelles rentes 1'efpoir que ces rdflources prdparatoires conduiraients a M
plan fixe fefait que les emprunts 6taiejt aulitcot rempl-s' que forces et ct
condivons on6reufes pour a 'Etat' nayant tdtireconnues telies que dix ant apl,
favorifaient la cupidity des pr&teurs et les op rations du miniftre. On a fai4
le parallel de cells de M. de Calonne et des.fiennes et l'on a irouvt qu"
M. Necker, 6conome, excellent comptable vertueux, &c. avait rdellement
plus codir a la Nation que M. de Calonne, prodigue dillipateur, et Famait
du fexe enter. Pourquoi M. Necker a-t-il en ce defavantage ? C'ef qu'en
ouvrant des emprunts, it fefait ault des rembourfemens. Cette manceuvr
furprenante examine jugae par les gens d'affaires, lui enleva k .coa, ffi .
Pour la rappeler it fallut un appear. 11 ne fe trouva que dans de gros inti-
rets. Ceux qui s'y laifferent preodre favaient bien que lhomme d'Etat na
fe foutiendrait pas avec leurs fecours ; mais que le banquier, a force de ro.
couvremens, pouvait les faire durer quelques annies. C'en etait affez pound
leur affurer de gros bendfices et les engager A itifpirer une confiance qau
leur intre&t les obligeait de repandre.
D'ailleurs, its donnaient un dclat extraordinaire A de fimples opirationstdo
banque, ou plut6t de comptabilite. Tel fut-i'atft du confeil d Etat du i8
octobre 1778 portant etablijfement d'un novel ordre pour toures les .aiffe dS'
depenfe. Cette difpofition tres-fage obtint un applaudiffement gendral, et valat
au niiiifitre aitant de louanges que fi c'edt 6td le travail d'un homm
Attx fiupprelfions des places A Verfailles, il joignit I'amhlioration des hapi-
taux, et. d'utiles changemens dans les prifons fe flattant que les b6ntdictions
de la multitude dtoufferaient le cri des victims qui tombaient fous le coute2i
de la rdforme. Et come ces. operations partielles furent revdtues de routes
les forces oftentatieufes, le public s'y laiffa prendre et les poates, efpeca
complaifante qui va toujours chantant les poetes dis-je, s'6crierent :

On vous damne come hdr6tique,
On vous damne bien autremint
Pour votre plan dconomique,
De zele immortel monument.
Mais ne perdez pas I'efpdrance,
Allez toujours A votre but :
En rdformant notre finance,
Pourrait-on manquer fon falut
Quand on fair celui de la France ?

Ce fut dans les m8mes vues, que M. Necker engageA le roi a fonderAf-
prix aninuel en faveur des nouveaux iahlbi:iiens dui commerce er de l'ia-
duftrie. Ces petits moyens valalent beaucotip de louanges A leur inventeur, t
fort pen d'avantage an royaume ? encore ces louanges 6taient elles omnpenfeei
par des pampll'ets amers, et prefque toijours accueillis parce que ce n!'
niftre, qui ne inontrait aucun vice,s dtait covert de toute elpece de ridicules,
II affectait d'dcarter les grand, et courait apres les diftinctions qui les td*
corent i affectait I'infenfibilith A la gloire, et mettait les favans de fon cWt6
par des dons A l'acaddmie. Peut-&tre aulf voulait it former tin corps d'atu*
liaires, pour foutenir la petite guerre centre une multitude d'dcriainsfians.

(47) Anaales politiques, civiles, tonaelI, page 75, dition d LondreS i
,777. '

---s~-i-~ ~^ I ----- I I-

c rs, qui atraiu.'rent fucccfivement toutes fes operations. On ne pouvait
f.erT urtout u- lque cItime I un ouvrage intiteI : Tableau comparatif de ce
^Mlef pafl en 1716 7 1717, 1 1 1719 e 1710, et dce quiseft pafei en
67~6 777 A 778, 1779, 1780.

Nous tie fivrons point los aureUrs ade ces difcuflions dans la carrier pol&-
nque et ous nous bornerons a quelquts renuarques inmpatiale-. M. Necker
Sit' point conqu le hardi dcfferin de rg6n6tier la Frace il n'avait point
-li. profperite future fur un plan general quail fallait fire exicuter ou
p'ir. 11jiinaginait qu'un ordre plus ligourcux dans 1a comptabilitin qu'une
..che. plus vcoriomique fuffirait pour teparer les mauxi que fa verti et fes "
fflcces dans f s aifT.res perfonnt les en impoferaient a la multitude, et ral-
lieraient autour de lui tous les hontintes gens. Loin de calculer que dans aticus
ik ie forment point Ite plus grand noabre, il ne foupqonna pas adme que
es honit'des gens font toujours.difpofes a croire que les remedes violent
font les plus 'anuvais, et nt fe fpr6teit que bien: tard a la n6ceffit6 des retran-
chenils flibits. EL qtioi confifterenti donc les resources du miniftre ? Suppreffion
de charges qu'il noe inhourta pas ; emprunt don't Vint&r entait excefif ope6-
rations de' banquet iiieufles pour fEtiat reforne particle dontles provinces
e r(cii)nt .uawcmune uliti; I'Viagricultute dabandonnee aux mains devorantes
du fifc le coln nrce uins liberty et 'its encourageeientr; les imp6ts oiiercux
et accabia s fabfiftant dans toute ieii force, et jarnais tine id- e mere, qui
romit lIa creation de tous ces flrmixs. Ces faits font confignes dans les on-
r age 'de M. Bourbouoan dans Ia kitre du pr'tendu marquis de Caraccioli,
dans les olb-.avatiors dl' M. deCle Calon i et furtout daiAsles meanoires'de
tiaotitratits dr i I. Pain lhad. -
.1ii-r tous cc, fairs protiv'ait feulnement que la Nation s'ctait enthoulianaiee
avic exces des talons de ce.t ettanger.
On li reproche des rfes corntinnelles, des demi-confidences, desu pani~ in-
crin ri.iii's des m6nagenens infidieux,des difcours apologetiques de f1 taltens.
Oiant j hepoque du rctfi"i ( ie 50 juillet v1789 ), c eft une nullit6 coemplette
de tonlc crpf.L d nmoyend, :\nli qua plufiets membres de I'Atfeinblve n.i-
ationale o et art icult. Qui reifra-it-il a rone d 1 cet adminiftLaieuir ? tin certain
p nchant a iconoinie. Mats come, malgre ce penclia, r if y a c-n dains
Une annie de foIn miniflere pour feize cents millions 'ordonnances de coi'np.
trtt (is) imaginees pour voiler ute infiid de dierens qu'on await eu homente
d'avouer, nous ne voyoes plus la diiferwnce qui fe trouve entire un mainifthe
6coloine et un miniiftre dpr.dateur.
II rfte a paderl de a perfonne, e&eaprs avoir peint le miniftre, a raffembler
qouJques traits do 1un caiarttne propres A fire connaitie phonmne.

Son phyfique prlfente des formes dures. fa phyfionomie offre a loeil ob-
fervateur dut dedain, doe t'garemnent, de la moqudt.ii, de la profondeur et de
lin nklibiliet. A ttavers la referve con rAinte de fon maintain it eft facile de
deviner une violence agitation intdrieuve. On lui reprochait de tnultiplier a
Iexcss les r mvirences.

La domination perpertunll d'un objet, qui ne permet auctine dift action ,
efl nides principles de la folie er t efprit de Ncckcr en a eprouve qultqies
atteintes. 11 a t0 pendant deux anndes enteres, incapable d'aucune attention
et accable de vapeurs qui offufquaient fa railfon. 11 eut enibite tine faini canine
qui'obligeaie de manger a toute heorei ; et c'eft de-l quil a contract Phabi-
tude de tenir fes mains dans les poches de fa vefte one it femble chercitr
uelque chofe. Sa femme, confidence forces du d6fordre de fes i. Ies er
fortement ineirellee a en d arober la connaifflince au public a irodigue 1:s
foints a on eponx dans le teams de Paledration de fon efprit et s', ft par la
acq'is fur lti le plus grand afcendant. Nekcr s'exprimen avec difficult et cit
'uditemerinent ditnui du talent de la paroles cependant il a beaucoup d'efprir,
rt un recueil, qui contiendiait des pofears choifies avec difcertiemenrt dans
fes ouviages, fornerait un excellent livre.

Ses ennemis i on prdiendu que Thomas avait corpofi une parties de fes
ouvrages ; et cenax ui ont hafard6 tin pareil jugement out plus conftair lerii
pavilion que les lumikres d'un eflric exerce. Les beaux morceauk ai-pandus
dilns les ouvrages,de Nei.ker, flont au- delfus de c que Thorrias a fait de
mieux. Come ain tue e t inlg ldo .ti, s fes dons cak a refue ae Neclk, r
1 talent des aifaires; it le feirait et aviir foin de fe cirtonfcrire dans dvs
prilini--s generaux, d'abregf r l.a c',nvetfrian et de r. nov r promnpteientit
a fes fubalternes potir une diecurlion approlon lic. 11 ttit difreiT a ioid er
r ferv6 dans la conversation, dedignrux, et quelquetois Trioqnour dans les
audiences et'la plhipart de ceux qui avaienct affire a lui, 6prouvaieint un
freoiftchnt fenfible dans leour a mour-prbpre a qui digeiii.rait promptemrent en
haine. Mais il avait d'auitres manieres aver ceux que. le-u- influence dans le
nionde eiingag. ; a m6riager eort 'a.t qu'il employait dans ces circoiftances,
a ere un d les plns efficaces moyens pour enflamrner les tares et fe procurer,
dr'it.^ epartifans. 1Le front de cet homine aitere s'sclairciffaitr e fercit
de cert home (i ffoid', fi roferv6t fent blait s'echApper de fesrlevres, preffn
pari ks rfc:iinens de fon coeur. Les flatteries les p us outrees paraiffteaict lui
etre iln.ichides pi irrefilible iunpulfon de la ver.te. Des railleries aier.s ret
de fines plaifanteries rtaient rMpandues par cet homime sufere fur ls enine
mis des perfonnes qu'l accuillair avec tant d'arti et come ces perfonues
naaiezt oii des grandes adiies., ou des homes deminenspar l.ur iang, oun
confiderables par leur influence, et pen infiruiies des afftires alors il ern
parlait devant efles avec affiTurance, et it ne oIi itait pas difficile de feur en
impoler, Ces pcifonnelis fortaient de chez Neck r, ' 4e fon
favoir, enchantes de Con efprit et flatties de fa.confia c-. En voyant tin jour
le prince de Poix enter dans fon fa ton, Necker s'avance vers lu, et s'dcrie
avec transport : Quand je vois M: le prinae dc Poix, il me femble voir et bienu
public re:fl., ru ,
Tel lrait fort lanigage avec les hoinmes qui pouvalent le fervir. On a cite
d'antres traits h'mr prouvcr quil 6tait loin d'avoir pour les honutes qu'il
1avait pas intitert de mri.iaigr, pour les victims de fes riformes financieres,
les 6gards m~iae de l'inuuanii.


Nomme' ConztrJkur-Ce'n&ral en 781.
Lrfqne cei confeiller d'Etaur fat appeI an timoi des finances, il declara
avcC autant de modetie que de vdrirt qafil n'y entendait rien et qu'il

(48) \oye7 le livre rouge, page 4.

ntacceptati ce pofte que jufqu'a que les yeux du roi fuffent tombs fur un
choix plus heureux.

Cet interim dura cependant deux anntes : ou M. Fleury trouva qu'on pouvait
ttbistkn fe p.fler de connaiflancvs Jans cette place,' ou it f.ctfia, la France
ai pl.ilir de repziienter dans un des poftes quit lattait le plus Tambition des
Suivant la route tiac6e par fes psrcndkceturs, ij fe mit a emprunter; et
pour ne pas y revenir fi fouvent, i in'ira la Nation a lui porter dpux cents
millions avec lefluels it pourrait adminiftrer A ion aifre. Comme la (tomme
itait in peu tonre, iI donna la facility d'acquerir Ibn p ,ier moiti6 en argent,
moitie en anciens conuaLs.
Les frondeurs ne manquerent pas de critiquer l'op ration; mais come il
en r6fultait que le preteur placait fon argent 1 fix et trois quarts pour cent,
il fe prdfenta paflhablmnit d'.cqu6reuis. M., de Fleury etait par lui-m&ne affez.
manvais charlatan i notri danm le barreau it n'oubliait jmais les forms,
mais a nvirt un premier commi, qui fuipplait a tout, et qui avait une do
ces confciences financieres de FanIcien teams.
Un nom tr&s-connu dans la robe et auquel on attache tonjouts des id'es
de probity un age aflz. avanc6, aflez dX cunomie, firlnt qu'on nii'xigca rien,
de M. de lery etr lui de fon c6t6 ne iongea f-ukmcnt pas A former urn
plan if -deut, comine on dit vulgairemOien, au lour le jour, fe rendit utile
a la t'milk, n'unblia p:s tout ce qui intono rait,r. 'eut point alfzz de m6n
rite pour avoir d s aboyeurs ni aiiez d'inc pacit6 pour que les reiforts do
la machine a ratrallent.
Cependant, tin an aprbs fon entree dans le minidflre, malgr6 les pr~tendus
di\ millions qui, felon leCompte uendu, cI::idai.nt la d penfe, il fallout cher-
cher tin re iiedi aux dJepnfes fives. On im.igin. in grand com1ic- ou fe
taitaeriica r ks grants projects de finance. Le conite de Vergennes, le garden
d&s l.eaux Miromefnil et le conn 6lur-gener l Flenuy, deviuri.t .les enfanterr
pour ne pas les trouiler dans leurs icc.ouuhiemins laborieux, on cr6a un petit
comit6 pour les op aitions journaliercs. 11 fut c.mrnpof6 de Bourgade, enite-
preneur des vivris ; de .Leclerc, pre iier commni des finances, tr&s- rule ;
d'Harvelay, garde paflif du trefor royal, rt de Dmu; agent tres- actif dti
menie tielor.
Cette double creation tie produiffit ikn. De'teris fn terns M. de Fleury,
qui avait coonaiienct par fe donner pour inutile, sinma-inait 4tre devenn n6-
celfaire; et demandait fa detillion ; d'autrs ont ct t qu!il stait I bout de
troute efpece de movens, et qu'il prf&era une tetra to tbllicit6e A un renvoi
facile a prevoir. 11 fut remplacd par M. &dOrmeffon.
SM. D'O R' M1 S S O N,
< Nomme Coniirdeur-4Gneraldes iiamnces A lin de mars 1783.

11 6tait june, et vraifemblablement fans 1'exp6rience qu'exige une place
aufli important. M. Ne'kcr reforbm les intendans des finances, don't
M. d'O nu fn etait Utn. S:s moeurs, fon intgiitd fpn application, lui va-
ll ent cette place don't il aurai parljiirenen it Crtipli ta monid6 ctIi-a-dare ,
le contentaex .mais les affaiics dcmandJai;nt uin nomme de genie qui coiinnit
les befhins d'un gi.and royaume, et fur- tout kls rJl ounces quil peuc
On s'ape,.it que M. d'Ormneffon, qui-n'avait que du zele, de Ia fermet6
et du patriotfmei, ne, reilerak pas & unle t,,b.le quai m.:ttair .es qualities au
rang des plus grands d6fauts que pft avoit uul milillve des finances. On lui
fiIItitair un rival auqul perfrotne tne pouvait refufer des talens et infininienc
d'efprit. M. de Calonne 6tait ce rival, qui requt le porte-fl~uille de M.. d'Or-
inicfon, le 3 noveilbre 1783.

M. Necker, qui foupirait dans la retraite apres u'i rappel que fes amis l1i
promettaient conime certain s'etait confol6 en voyant fa place occupep par
des homes qui ne pouvaient que Je fair regretter ; mais lorfqu'il .n vit
un qui pouvait le fire oublier il eut unredtwii'tl'i-int de regrets, ,'t cs
anis un n, uvel access de zele.' On refflucita centre ll. de Calonnel'ancienne
coinuiiflion de Bretagne, et I'fTaire fur-tout de NM. de la Chalornis, qui CIA
tait le principal objet. On ne manqua d'exaghrer 1e goth du plaifir in-
conciliabl# avec ls fonctibns miniftrielles; mais fe plahant au-d&.1lus des
propos et fur-outi de fes ennemis, ce fut par des operations bien combines
qu'il refolut de leur repondre : examinons comment il y r.uffit.
Lorfqu'il part A la chambre des comptes, il appreheniait quelques ddfa-
gremens, comme &tant enitach6 par qu Iques corps de magifirature. O-a 'y
recut at contraire, comme le reflaurareur des finances. D a', Ie tiionde, on
lui fut grd de l'expulfion du fieur Coffer, nccul d'Xavoir profit de l'inexpd-
rience de M. d'OrnitTon i on luii fut plus de gr eniore d'avoir banni d's
bureaux un fieur Hamelin, couvrant" fa rauvaife repittion ded I protLction
de M. Nctkeir, qui, dans cette occasion, doamair trop de prix aux takns,
gt trop peu .a la vertu. M. de Calonne aur ,it dd ilpcut -6tre s'armrer re la
Tlnto e ftvi't centre les actionnaires delia iIk d'efcomtr qu'il accueillit
d'abord avec fochereffe, et conbl.i enfuite d'une bi. nvill dance trup mar,]u4e.
11 mantra plus d'adreffe encore dans tine affaire qui concernait la Bretagne.
11 s'agiffait de fupprimer fes Etats, et de les transformer en fimple g6ne-
ralitd. M. de Calonne para le coup i et dan's p ufi-urs erntretiens avec M. Ie
cotnte de la Vi lais, prtfident de la nobkffe il vintr bout de lui p rfuader
que MM. de la Chalotais- mnme n'av.aient pas A fe plaindre de lui (49). 11

(49) Auffi, dans une chanfon qu'on fit fur lui, diftingua-t-on ce couplet:
0 Frm iii1, rmes bons amis I
Trop aimables 6tourdis
Jadis dans votre d lire
Ce Calonne qt on admire ,
N'dtait, mia foi, propre riea. ,
Eh bien
Eh bien I
Bliniffez votre deftin .
Tout, jufqu'a ta genre bretonnne,
Aine Catonne,

---*~L-~--- "-~--CCCIIF~--" ----

,hiployAit benI plus dk'hibilte' encore avec les gens de la cour; auffi, trois
i.ois zapres fon ,lrfee au cort'iileh git-iiral, obtint-il le caractere de niiillrc,
et prit it place an conleil. Cette faveur lui etait d'autant plus jict.llaire-,
que le 'plniiit de Paris ne partageait pas 1enthoufiafine qu'il avait inlipie
puifqu i etait quiliun d-.ipulfeir 'abbe abbauer, uniquement parce qu'il
j .affair pour l'L'plot.attur de M. de Calonne.
Au premier 6dit d'emptunt que nuceffita l'6at des finiatnce, M. de Calonne
bobtfrva au premier prd ci-t.t, que cette operation devait fouffrir d'autant moins
tie dtificulres a 1e'ri-egiltihmeint, qu'elle n'otait qu'un reviremenet de t'emprunt
il dt ux cents millions i. ntc par M. de Fleury, et ferm6 i cent. M. Lefebvre
4.'Aiecourt, grand ambitieux et petit intrigant, ainfi que d'autres membres
Ade la cour parlementaire, s'y oppoferent; et le miniffre, i cette occ.fiun,
Faperqut de laimalveillance de ce corps diefputique qu'on vient lheireufenican